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En France si vous saviez

Chômage : Les fausses solutions

· Cahiers du féminisme, n° 58, automne 1991 · p. 5 · 725 mots

Une croissance mondiale ralentie , l’OCDE qui prévoit l’accroissement du taux de chômage des pays industrialisés pour 1991-1992 , la persistance de près de trois millions de sans emploi en France, sont autant de réalités qui font apparaître les propos scandaleux de M.Charasse sur les “faux chômeurs” pour ce qu’ils sont : une diversion.

Malgré la dérisoire manœuvre du gouvernement de recourir à la définition restrictive du BIT (bureau international du travail), qui ne retient pas comme chômeurs les personnes travaillant ne serait-ce qu’une heure par semaine, le taux de chômage atteint 10 % de la population active et n’est pas prêt de diminuer. En France, la précarisation d’un nombre croissant d’emplois est en réalité du chômage partiel auquel s’ajoute la persistance d’un chômage de longue durée. En 1990, les chômeurs de longue durée (plus d’un an) représentaient 3 1 % des demandeurs d’emploi inscrits à T ANPE et parmi eux 58 % sont des femmes.

Grandes purges et petits boulots

On assiste à la mise en place d’une vaste entreprise de diversion.

Charasse et le CNPF désignent à la vindicte publique les « faux chômeurs » : les saisonniers, les artistes, et les femmes au foyer qui sont à la recherche d’un travail. Le premier déclare : « S'il y avait 2, 7 millions qui soient de vrais chômeurs, ce serait la révolution sociale, l’Inde en modèle réduit. » Et 1 explosion des jeunes des banlieues qui sont exclus du marché du travail, la colère des enseignants et des parents, des infirmières et des assistantes sociales contre les pénuries d’effectifs... Charasse t’es sourd !

J.L.Giral, président du patronat, reclame l’épuration des fichiers de 1 ANPE en insinuant que « notre régime de protection sociale serait trop parfait et engendrerait des comportements anormaux. »

Aubry obtempère et enjoint aux agences de « virer » les indésirables voire même de leur faire payer des « amendes » !

Pendant ce temps-là les entreprises des secteurs de pointe continuent de licencier par milliers : Bull, Thomson, Citroën, Michelin, Renault, Rhône-Poulenc, Air France, Aérospatial... Parmi les socialistes, certains « s’émeuvent » et parlent de moratoire sur les suppressions d’emplois mais M. Aubry et le gouvernement demandent aux directions de revoir et non de surseoir, les organisations syndicales s’indignent mais la majorité d’entre elles signent, avec le CNPF, un accord qui constitue un recul du droit à la formation des salariés Le patronat bénéficie de baisse d’impôt et d’exonération de plus-values mais surenchérit en préconisant par exemple la suppression de certains avantages accordés aux salariés sous contrat à durée déterminée. Bref, tout le monde s’accomode de cette situation sauf les exclus.

Le remake des « petits boulots » est aussi honteux que la version originale. Garde d’enfants, des personnes âgées, ou des appartements, telles sont les « tâches » qu’ Aubry veut faire passer pour de vrais emplois. Comme le souligne A. Gorz2, « les loisirs des élites économiques procurent des emplois le plus souvent précaires et au rabais à une partie des masses expulsées de la sphère de l’économie » et font renaître « une classe servile, que l ’industrialisation, après la seconde guerre mondiale, avait abolie. »

De plus, tout le monde feint d’ignorer que ce seront principalement les femmes qui effectueront ces travaux subalternes.

Le défunt projet de transformation sociale du P.S. prévoyait les trente-cinq heures dans les plus brefs délais. Plus de cinquante ans après la loi des quarante heures on travaille encore trente-neuf heures par semaine. Pire, on constate un allongement du temps de travail via les heures supplémentaires. Pourtant des milliers d’emplois pourraient être créés dans les services publics (enseignement, santé...) où le manque d’effectifs rend insupportable la charge de travail des salarié(e)s.

Une autre voie est possible

Partout il serait possible de travailler moins pour que toutes et tous aient un emploi. Aubry a déclaré, devant les militant(e)s CFDT réunis au Zénith, ne pas croire à cette solution alors qu’il n’y a pas eu de réduction significative du temps de travail hebdomadaire depuis belle lurette. Les réactions de la salle ont prouvé que de nombreux militants n’étaient pas de son avis.

Ne serait-il pas temps de reconstruire un vaste courant contestataire unissant les salarié(e)s et les chômeurs(euses) autour de l’exigence centrale d’une réduction massive du temps de travail sans perte de salaire ? Cette question mérite d’urgence discussion.

Catherine Rosehill

Notes

  1. 1 . Non seulement les salariés désireux de suivre une formation supérieure à trois cents heures devront prendre 25 % de leur temps personnel pour ce faire mais en plus l’employeur n’a aucune obligation de reconnaissance des nouvelles qualifications ainsi acquises, (cf. Rouge 1 1 juillet 1991).
  2. 2. Métamorphoses du travail, Quête du sens, Edition Galilée.

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