La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Présentation du dossier

La maternité à quel prix ?

Cahiers du féminisme, n° 59-60, hiver 1991 - printemps 1992 · p. 22 · 523 mots

Lorsqu'il y a dix ans , naquit Amandine, le premier « bébé éprouvette » français, ce qui frappa d'abord, ce fut la performance technique qui pouvait donner un nouvel espoir à des femmes stériles . Pas d'inquiétude alors, d'autant que l'équipe à l'origine de cette prouesse, trois hommes, médecins et chercheurs, était connue pour avoir soutenu le combat des femmes pour la liberté de l'avortement '.

Quelques années plus tard, ce sont les imbroglios juridiques incroyables provoqués par les demandes d'insémination post-mortem ou les « locations » d'utérus, entre autres, qui nous ont forcées à ouvrir les yeux sur les dérapages inquiétants dans l'utilisation possible de ces techniques.

Aujourd'hui, on peut à juste titre parler de dérives angoissantes ; des techniques lourdes et très coûteuses, mal évaluées, sont souvent appliquées de manière abusive et au détriment des femmes (grossesses multiples, enfants prématurés de plus en plus nombreux, souffrances et séquelles imprévues, etc.).

L ' ivresse de médecins grisés par le pouvoir de « maîtriser » la vie n 'explique pas tout Pas plus que cet « irrésistible » désir 2 qui pousserait les femmes à faire n 'importe quoi pour avoir un enfant On ne peut ignorer ce retour au « devoir » de maternité qui de nouveau s'est progressivement imposé, avec le recul des mobilisations féministes.

Et ce que nous ont fait comprendre quelques chercheurs et chercheuses, c'est que le moteur principal du développement prodigieux de telles techniques, de telles pratiques, n ' est pas à chercher d'abord dans la demande sociale des couples stériles.

Il y a en effet déjà un véritable marché de la procréation, comme existe, à l'échelle mondiale, un marché du sang et des organes. Pour les firmes et les laboratoires concernés, il ne s'agit pas seulement d'écouler des produits qui existent déjà (des hormones par exemple), mais aussi d'en mettre au point de nouveaux : des tests, par exemple, permettant de détecter puis de soigner des maladies génétiques. L 'embryon, dans ce cadre, devient un « matériel » d'expérimentation dont il faut bien assurer la production. Et certains d'affirmer qu 'il ne faut pas hésiter à « trier » les embryons et qu'à terme l'objectif est bien d'« améliorer » l'espèce.

Il est impossible d'éviter de telles dérives eugénistes sans recourir à la loi, encore faut-il s'entendre sur son contenu et empêcher que, sous prétexte de « protéger » l'embryon et le fœtus, on remette en cause le droit à l'avortement La définition de l'embryon retenue par le Comité national d'éthique, « un être humain potentiel », préserve ce droit.

En France, on s'apprête à légiférer en matière de procréation médicalement assistée et de bioéthique. C'est une bonne chose. Mais que devons-nous exiger des députés français ? Rien n ' est moins évident Et pourtant, il y a urgence. Le débat devrait avoir lieu, théoriquement, lors de la prochaine session parlementaire, au printemps. En Europe, plusieurs pays ont déjà adopté des lois, très différentes.

C'est pourquoi, en toute modestie, nous avons décidé d'apporter notre contribution à ce dossier. Nous espérons que ces quelques pages aideront à clarifier ces problèmes complexes et essentiels.

C'est là notre seule prétention.

Notes

  1. 1. Les professeurs René Frydman, Emile Papiernik et Jacques Testart
  2. 2. L'irrésistible désir de naissance, René Frydman, PUF, 1986.

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