Après deux ans ou presque de lutte continue, neuf semaines de grève reconductible, des manifestations de grande ampleur, des initiatives spectaculaires comme le blocage du TGV, le 7 novembre dernier, en gare Montparnasse, les AS nfont toujours pas obtenu satisfaction sur leurs revendications, ni même l'ouverture de négociations. Mais les AS sont « opiniâtres » et bien organisé(e)s à travers leur coordination et quels que soient les aléas de la lutte, les acquis sont d'ores et déjà immenses.
Occupation du square Boucicaut.
Comment expliquer que des assistantes sociales si dévouées, si « gentilles », aient pris la « rage » ? Pour comprendre le ras-le bol des AS, il faut prendre en considération plusieurs facteurs dont le mélange est devenu explosif.
Les AS sous pression
L’arrivée de la gauche au gouvernement en 1981 avait suscité chez les AS, comme parmi de nombreuses professions du secteur éducatif, sanitaire et social, l’immense espoir que l’action sociale pourrait enfin devenir autre chose qu’un cache-misère. Mais depuis dix ans, comme en témoignent les AS et comme ne peuvent que le confirmer les « spécialistes » « pour les jeunes professionnels, le quotidien vire au cauchemar. D ’un côté, faire face à une inflation de demandes sociales sans réponse. Insérer les RMIstes, (...) former les jeunes, loger les moins jeunes, remédier à la noyade des endettés, réduire le chômage et empêcher la délinquance. De l’autre, satisfaire des exigences bureaucratiques d’un autre âge (...) 1 ». Les AS ne réagissent pas seulement au surcroît de travail mais aussi au sentiment de bricoler en permanence, de ne pas pouvoir répondre sur le fond aux problèmes sociaux des usagers. Edith, qui travaille dans le Val-de-Marne, parle de « colmatage » ; Pascale, sa collègue, dénonce ce travail « dans l urgence ». Daniel, un des animateurs du Collectif des assistants du service social Ile-de-France (CASIF) sur Paris et membre du syndicat CRC 2, nous explique pourquoi les AS ne supportent plus de « vendre de l ’illusion aux gens » : « Si on avait un cadre gratifiant, on continuerait peut-être d’accepter de bosser pour six mille balles. Quand on rend effectivement service aux gens, on se sent un petit peu "les Robins des bois du social". Mais c’est insupportable de bosser quand tu ne peux rien faire (...) tu le vis mal. Et quand le gouvernement dit aux collègues : " les moyens existent, c’est vous qui n’êtes pas adapté(e)s aux moyens ", c ’est encore plus insupportable. » Ghislaine, du Val-de-Marne elle aussi, prend l’exemple du loge- ment : « II est évident qu ’il est tout à fait légitime d’avoir un toit, et quand les gens viennent nous demander un logement, on doit leur dire : " Non, nous n’avons aucune possibilité, on n’a pas de pouvoir en la matière ", alors qu ’il y a des logements libres mais le problème, c ’est celui des loyers, de la politique de l ’immobilier. On constate donc une injustice sans pouvoir apporter de solution, et cela, c ’est destructeur. » Brigitte, syndiquée CFDT et salariée dans un service pour les étrangers, démonte le mécanisme qui conduit les élus à faire des AS les boucs-émissaires de toute la misère sociale : « La personne sans logement qui va écrire au Préfet, au
Occupation du square Boucicaut
Président de la République, au Conseiller général, au Maire de la commune, on va lui répondre systématiquement : " Allez voir l’assistante sociale. " C’est donc l’assistante sociale qui sera obligée de dire non et c ’est elle qui devra supporter l ’agressivité de la personne qui n ’a pas de toit. » On comprend, dès lors, pourquoi les AS ont choisi une cocotte-minute comme « totem ».
De la diversité... à l'unité
Il y a trente-huit mille AS dans toute la France, dont plus de 96 % de femmes, embauché(e)s par des employeurs très différents, l’Etat, les conseils généraux, des associations privées, etc. (cf. tableau). Les origines sociales des AS sont elles aussi très diversifiées mais, qu’elles soient issues de la bonne bourgeoisie ou de milieux très populaires, comme c’est le cas de plus en plus souvent, les AS ont à porter sur leurs épaules l’histoire de leur profession fondée au départ sur une pratique de bénévolat, tout comme celle des infirmières. Pour beaucoup, l’entrée dans ce métier, c’était la possibilité de trouver un statut professionnel et aussi d’être en contact avec des personnes de milieu tout aussi modeste que leur propre environnement familial. Quant à Edith, qui n’aurait jamais imaginé travailler comme AS avant 1981, tant cette profession était pour elle associée à l’idée de « contrôle social », le changement de gouvernement lui a donné une autre vision du métier d’AS : « Je croyais que je pourrais faire des choses qui étaient en accord avec mes propres idées en ce qui concernait les populations défavorisées. » Brigitte, elle, recherchait « un contact avec les gens qui ne sont pas dans l’aisance ». Pour Ghislaine (AS dans le Val-de-Marne), « cela représentait une forme d’engagement et de militantisme, avec une grosse part d’illusion ». Et pour Evelyne, militante CGT à Aubervilliers, AS depuis une vingtaine d’années et qui se définit comme une enfant de 68, c’était le moyen « d’approfondir une prise de conscience », même si pour elle, il n’était pas question de confondre la pratique du métier et le militantisme. Toutes ont donc accepté ou choisi ce métier en fonction de son utilité sociale avant tout, au point d’avoir parfois quasiment « refoulé » la question des salaires, pendant des années.
Diversité des employeurs, diversité des appartenances syndicales et des sympathies politiques. Comment unir celui qui a pratiqué le scoutisme dans son adolescence et celle qui a milité au PC pendant plus de dix ans ? Comment unifier des jeunes qui sortent de l’école d’AS, celles et ceux qui ont une certaine expérience syndicale et politique et d’autres, moins jeunes, plutôt influencées par les associations professionnelles ? C’est ce brassage remarquable qui s’est opéré au fil des mois, dans cette lutte qui a permis pour la première fois la mobilisation des AS de toute la profession, sur le plan national, pour défendre leurs revendications de salarié(e)s.
Effectifs 1990
Construire la mobilisation
Le point de départ de la mobilisation, c’est la protestation contre le refus du gouvernement d’homologuer leur diplôme d’Etat (DEASS) au niveau bac plus trois (niveau II), alors qu’elles l’obtiennent après trois années d’études après le bac. Mais l’on ne peut pas comprendre pourquoi cette question a mis le feu aux poudres, si l’on ne prend pas en compte la demande très forte qui émane des femmes salariées des services publics, de leur reconnaissance professionnelle. Comme nous l’avons déjà écrit, ces femmes qui depuis la fin des années soixante sont arrivées massivement sur le marché du travail et continuent de le faire à un rythme plus lent (pour certaines, plusieurs années d’études après le bac), non seulement considèrent leur place dans le travail comme parfaitement légitime mais exigent de plus en plus de voir reconnues leurs compétences et pas seulement leurs qualités « féminines »3. Or cette demande de reconnaissance s’est manifestée dans un premier temps par le refus de voir « dévaloriser » leur diplôme. Et c’est ainsi qu’elles se sont retrouvées à cinq mille dans la rue, le 22 mars 19904, au grand étonnement de la plupart d’entre elles, à l’appel du Conseil national d’action (CNA) regroupant à la fois des associations professionnelles comme l’ANAS5 et plusieurs organisations syndicales. Mais, à partir de là, la mobilisation s’est élargie à d’autres revendications et s’est exprimée par d’autres formes d’organisation.
Evelyne nous explique pourquoi : « Après la grande manif de mars 1990, le CNA a enterré le mouvement. L'ANAS n’a plus convoqué d’AG, ni diffusé de tracts sur ce qu ’elle faisait. Elle avait accepté de travailler dans le groupe ministériel " Tisserand " sans rendre compte de rien à personne (...). C’est aussi cela qui explique la manière dont on a posé la question du plateau revendicatif. On a appelé les collègues en leur disant : " Une si forte mobilisation, cela correspond à un mécontentement. On ne peut plus travailler comme on travaille, cela suffit qu’on nous déqualifie en refusant de revaloriser notre diplôme. Venez parler de vos problèmes. " Ce n ’était pas " on vous propose un menu à 35 francs, avec entrées, plat de résistance et dessert " mais " on va causer ". Et les gens sont arrivés dans la diversité totale de leur cheminement personnel, des questions qu ’ils se posaient, de leurs revendications. C’est vrai qu’au départ, on a beaucoup travaillé, on a repris à notre compte la mobilisation que TANAS
Effectifs 1990
Surmonter la méfiance
Dessin inédit offert aux Assistants de service social en lutte
avait créée autour du diplôme mais qu ’elle n ’avait pas portée jusqu ’au bout, en leur disant : " On ne sait pas ce que vous êtes allés faire au ministère, mais visiblement, d’après les échos qu’on en a, vous n’êtes pas très combatifs. Eh bien, nous, on va reprendre cela, dans le cadre du comité de lutte. " Et puis, petit à petit, il s ’est passé des choses. Et c’est vrai qu’en quelques mois, à la fin de l’année 1990, les questions salariales ont été posées de manière très forte. Les filles ont dit : " On ne va pas se remuer seulement pour un diplôme qu’on va accrocher au dessus de notre lit, il y a aussi les salaires. Nous, on en crève de nos bas salaires, notamment en région parisienne. " » D’autant que de nombreuses AS vivent seules avec leurs enfants. Aujourd’hui, après de longues discussions, les AS revendiquent un salaire d’ embauche de dix mille francs nets6. Une troisième revendication mobilise de plus en plus les AS, c’est celle de la demande de nouveaux moyens pour « une action sociale de qualité ».
L’histoire de la formation du collectif des assistants du service social Ile-de-France (CASIF), puis de la CONCASS (Coordination nationale des assistants du service social) montre que là encore, il a fallu du temps. Evelyne nous décrit ainsi la manière dont elle est venue au CASIF : « C’est paru dans les Actualités sociales hebdo (ASH) : projet de création d’un collectif Ile-de-France, première rencontre à la Bourse du travail, samedi tant, telle heure. C’était en juin 1990. Et j’y suis allée. Sans demander d ’avis, ni à mon organisation, ni à personne. A la première réunion, on était dix-sept, on ne représentait absolument pas tous les services. En gros, il y avait des militants dans la mouvance CRC, des exgauchistes et puis quelques péquins de la CGT... »
Au début, dans ce collectif, « il y avait, poursuit Evelyne, une méfiance réciproque entre les gens qui venaient d’organisations différentes ; mais ce qui a primé, c’est l’idée qu’on en prenait plein la gueule et que si on voulait se défendre, il fallait dépasser nos divisions ». Aujourd’hui, dans les AG de la région parisienne, ce qui est frappant, c’est précisément la grande liberté de parole, mais aussi « l’écoute » que les unes et les autres manifestent à l’égard des intervenantes. Françoise, elle aussi militante de la CGT à Aubervilliers, et Daniel sont d’accord pour considérer que tout cela s’explique sans doute aussi par la formation à l’écoute, acquise par les AS au cours de leurs études et dans leur pratique professionnelle. Mais c’est aussi le résultat d’une évolution réciproque dans les rapports entre AS et certains syndicats. Si la CFDT a fort mauvaise presse auprès des AS, qu’elle a calomniées et surtout qu’elle vient de trahir en signant, aux côtés de la FEN, de la CFTC et des autonomes, un plan d’action avec Jean Louis Bianco qui ne répond en rien aux revendications de ces personnels (cf. annexe), dans le CASIF, on retrouve des militant(e)s de tous les syndicats et beaucoup de non-syndiqué(e)s.
La CGT, quant à elle, ne suscite plus de rejet de la part des AS dans la mesure où elle a soutenu de plus en plus franchement la lutte puis la coordination, au terme d’ailleurs d’une évolution et de débats qui se poursuivaient de manière vive, à la veille du 44e congrès de la CGT, comme nous le rappelle Françoise : « Dans la CGT, des militants considèrent que c’est aux salariés d’élaborer leurs revendications, de choisir les formes de luttes qui leur conviennent. Dans ce cadre, ils ne peuvent qu ’accepter les coordinations. D’autres sont beaucoup moins clairs sur ces questions. » Le CRC apporte lui aussi un soutien important, conformément à ses traditions. Alors, la coordination est-elle manipulée ? Françoise répond : « On est autonome sur le plan de nos actions. Il n’y a jamais eu ingérence dans les décisions de la CONCASS. Qu ’il y ait un soutien logistique, c ’est évident, et je ne vois pas comment on aurait pu démarrer sans ce soutien matériel. » Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que les collectifs n’ont pu fonctionner et ne fonctionnent que grâce à la détermination non seulement d’une poignée de syndiqué(e)s de différents syndicats, mais surtout à celle de milliers de non-syndiqué(e)s pour qui cette grève a représenté une première expérience de lutte formidable.
Grève, inventivité et démocratie
La grève reconductible a été proposée par les AS de Seine-Saint-Denis à l’occasion des Etats généraux de juin 1991, qui avaient regroupé quatre cents personnes environ. Le principe de la grève pour la rentrée fut adoptée. Après son démarrage le 16 septembre 1991, elle a fait boule de neige, entraînant progressivement d’autres départements, notamment ceux de province. Pendant toute la durée de la grève, neuf semaines sur la région parisienne, la décision de reconduction a été prise régulièrement en assemblée générale Ile-de-France. C’était là aussi que se prenaient toutes les décisions importantes. Comme le dit Edith : « C’est extrêmement fatigant la démocratie. Mais c’est merveilleux et moi, cela me passionne. » Entre les AG, les AS retournaient dans leur service pour convaincre leurs collègues, et participaient à d’autres initiatives. Pendant un mois environ, du 10 octobre jusqu’au 7 novembre, les AS ont occupé nuit et jour le square Bouci-caut, organisant des équipes de plusieurs dizaines de personnes qui se relayaient pour vendre les cartes postales de solidarité, répondre aux questions des journalistes, etc. Tous les soirs, un repas chaud était servi par une municipalité solidaire et le matin, d’anciennes AS ou des voisin(e)s venaient leur apporter du café chaud.
Parallèlement, d’autres « groupes de travail » se sont mis en place, comme le groupe « trésorerie », le groupe « presse », le groupe « actions », etc. « Où chacun peut trouver sa place, en fonction de ce qui lui fait plaisir ou de ses aptitudes. » Et de toute évidence, Edith n’est pas la seule à porter cette appréciation.
Françoise insiste elle aussi sur cet aspect « ludique » du mouvement dans ses débuts : « C ’est un vrai bonheur, pour des gens qui travaillent depuis des mois, des années, dans des conditions particulièrement dures au point parfois de se détériorer psychologiquement, de sortir nombreux, de découvrir qu ’on est une force, qu ’on parle de nous, etc. (le problème de cette professions 'est que tu t’occupes toujours des autres et jamais de tes propres intérêts). Or, si tu fais les choses dans la contrainte, dans le déplaisir, tu n ’es pas forcément aussi engagé que si tu le fais dans la créativité. »
Une lutte féminine conjuguée au masculin
Très largement majoritaires dans la profession (96 % des effectifs), les femmes sont de même très présentes à tous les niveaux de l’organisation de la mobilisation.
Malgré tout, la lutte des AS est restée celle des « assistants du travail social », aussi bien dans les médias qu’au sein même du mouvement. Pourquoi ? Simple application de la règle grammaticale ? Non bien sûr. Le débat a eu lieu parmi les AS en lutte. Celles et ceux qui étaient partisan(e)s de parler de la lutte des « assistantes sociales » ont été minoritaires. La majorité était d’accord pour faire référence aux « assistants sociaux », par volonté de « ne pas exclure » les hommes qui sont AS de la profession et de... la lutte. Délicate attention de la part des femmes, mais qui s’inquiète de la réaction des femmes quand on parle d’elles au masculin, même quand elles sont les plus nombreuses ?
Belle illustration, selon nous, d’un rapport de forces social qui s’illustre encore ailleurs, dans la recherche d’une « crédibilité professionnelle », comme le note Evelyne. « Pourquoi faut-il prouver qu ’il n’y a pas que " des bonnes femmes " pour faire sérieux » s’interroge Brigitte. Parler des « assistantes sociales » est ressenti par certaines comme un <? recul », car ce serait encore cultiver cette image de « dames de charité » dont elles veulent se débarasser. Mais n’est-ce pas une manière défensive de poser le problème ? Car ce n’est certainement pas un hasard si les fonctions assumées principalement par les femmes dans cette société, comme celles liées aux soins des enfants, des malades, des vieillards ou des... pauvres, fonctions indispensables mais non productives, ne sont pas reconnues socialement. De cette question comme des autres, les AS discutent. . .
Les AS méprisé(e)s
Une lutte de femmes dont le travail consiste à aider les « exclu(e)s » à garder la tête hors de l’eau, cela ne semble pas très digne d’intérêt pour les pouvoirs publics. Ainsi, pendant toute la durée de la grève, le gouvernement a fait la sourde oreille, comptant sur la démoralisation des AS, espérant convaincre la profession et l’opinion publique qu’il avait répondu favorablement à leurs revendications en faisant signer par quatre organisations syndicales (CFDT, CFTC, FEN et Autonomes), le 5 décembre, un plan d’action dont le point fort réside, selon le ministre des Affaires sociales et de l’intégration lui-même, dans la mise en place d’un groupe de travail du XIe plan sur « les nouveaux champs de l’action sociale et ses acteurs1 ». Mais le gouvernement, selon Evelyne, a commis une énorme erreur en manifestant ainsi son mépris le plus profond à l’égard de ce conflit : « On était dix mille et les responsables gouvernementaux ne nous voyaient pas. Quinze jours après le début de la grève reconductible, E. Cresson déclarait à un député communiste qui lui demandait, dans les couloirs du Palais Bourbon, ce qu ’elle comptait faire pour les assistantes sociales : " Eh bien, qu’elles continuent leur folklore, si cela les amuse ! " Après nous avoir traité d’hystériques,
J.L. Bianco est venu nous flatter dans le sens du poil, sur le thème : " Vous êtes essentielles à la cohésion de la nation ", mais c’était trop tard. » Le gouvernement a oublié que « l’opiniâtreté » fait partie des qualités professionnelles des AS, comme le rappelle Daniel. Françoise ajoute : « Dans notre profession, on n ’aboutit pas à la solution d’un problème en un ou deux mois. Sur le plan de la mobilisation, c ’est la même chose. Au début, les AS pensaient que l ’on pouvait obtenir des choses assez rapidement, qu’il suffisait de faire masse pour arriver à quelque chose. Puis elles ont compris que cela n ’allait peut-être pas aller aussi vite et finalement elles l’ont accepté en raison même de cette expérience professionnelle (...). Malgré les mauvais coups et le silence des médias, le mouvement n ’a pas été cassé. »
Les médias n'en parlent plus mais la lutte continue
La reprise du travail n’a pas été facile, car il fallait pour les AS se confronter à nouveau aux difficultés du travail quotidien, refuser de remplacer les postes vacants nombreux faute de personnels8, tout en poursuivant les manifestations, les réunions, etc. puisque la lutte continue. Ainsi, le 16 janvier, une nouvelle manifestation nationale, à Paris, regroupait six mille AS venu(e)s de toute la France pour dénoncer à la fois le plan d’action signé par la CFDT, la FEN, la CFTC et les Autonomes et exiger l’ouverture de véritables négociations ; quatre cents AS, dans la soirée, organisaient une manifestation surprise devant les portes du Cirque d’Hiver où la première Ministre, madame Edith Cresson, donnait le coup d’envoi de la campagne électorale du PS pour les régionales. La réunion se termina plus rapidement que prévu, sous la protection de nombreux policiers qui, avant de se disperser, repoussèrent violemment les premiers rangs des manifestantes. Suite à ces incidents, une jeune professionnelle en formation de Nantes fut conduite à l’Hôtel Dieu. Les 17 et 18 janvier, la CONCASS se réunissait pour faire le point sur révolution du mouvement. De toute évidence la lutte était à un tournant. La CONCASS, consciente que les AS ont engagé une épreuve de forces qui met en cause aussi bien les accords Durafour signés en mars 1990 dans la fonction publique, que toute la politique sociale du gouvernement, a décidé de se donner les moyens d’approfondir la réflexion du mouvement et de tout faire pour favoriser « la convergence » de l’ensemble des salariés du secteur social. Il est prévu dans un premier temps de tenir des états généraux décentralisés, ouverts à d’autres salarié(e)s du secteur social, de poursuivre la signature d’une pétition unitaire rédigée en commun avec les organisations professionnelles (ANAS, CNESS,), la CGT et le CRC. D’ici juillet 1992 (date à laquelle leur diplôme ne sera plus homologué du tout), les AS sont déterminé(e)s à créer les conditions d’une mobilisation plus large, indispensable pour faire reculer le gouvernement.
Mais, pour remplir cet objectif, il ne suffit pas d’un coup de baguette magique. Avancer dans l’action intercatégorielle, tout en préservant leur unité, leur démocratie et la visibilité de leur mouvement, construit patiemment au fil des mois, tels sont les défis auxquels sont et seront confronté(e)s les AS dans les prochains mois.
Josette Trat
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Réponse de la CONCASS au plan d'action gouvernemental
Le plan d'action n’apporte aucune réponse à la plate-forme revendicative que nous défendons.
Il fait plutôt preuve de cynisme (...).
I Face à l’homologation au niveau II
que nous demandons depuis de longues années, le plan minimise cette revendication essentielle. Il supprime toute homologation.
Ceci est une mesure très grave, car elle constitue une perte de repère collectif sur la valeur des diplômes.
C’est un pas de plus dans la dévalorisation de notre profession. Le plan ne tient aucun compte d’un des aspects de notre revendication : homologation au niveau II sans préalable et pour tous les AS diplômés.
Il nie de ce fait la qualification des professionnels en exercice.
II Statuts et salaires
Notre revendication est la revalorisation des statuts et des salaires avec 1 0 000 francs nets à l’embauche.
Pour nous, il s'agit de fixer un nouveau cadre qui prenne en compte notre niveau de qualification (BAC+3 = niveau li), notre niveau de responsabilité quel que soit le lieu où s’exerce notre profession, qui se traduise dans le déroulement de carrière et le salaire.
Il n’y a aucune proposition gouvernementale. Dans la fonction publique (qui ne représente que 50 % des effectifs), seule citée d'ailleurs, on s’en tiendra à la traduction du protocole Durafour, daté de février 1 990, dans les nouveaux statuts d’Etat, collectivités territoriales, établissements hospitaliers. On voit réapparaître le principalat, supprimé en 1970, qui concernera 25 % seulement des effectifs. Il faut savoir que les nouveaux statuts prévoient une augmentation de salaire de 435 F à l'embauche, de 208 F au premier échelon, 353 F au deuxième échelon, 270 F au troisième échelon, 436 F au quatrième et 457 F au cinquième. Les AS qui ont dix ans ou plus d’ancienneté, et ils sont nombreux, ne percevront rien. Quant au fameux cadre A dont l’accès sera soumis à un stage probatoire (avec rétrogadation possible) et qui ne concernera qu’une infime partie des effectifs (AS chefs et conseillers techniques), il débutera à 8259 F et finira à 11329 F. Une AS chef version Durafour au septième échelon gagnera 62,25 F de plus qu'une AS chef actuellement au sixième échelon.
La nouvelle bonification indiciaire, de quarante points pour les conseillers techniques et de vingt-cinq points pour les responsables de circonscription, constitue une prime dérisoire par rapport aux responsabilités, et précaire puisque attachée à l'exercice de la fonction. En ce qui concerne les assistants de service social hors fonction publique, leurs problèmes salariaux sont complètement occultés alors qu'ils représentent 50 % des effectifs.
Nous rejettons par principe le règlement du problème salarié par un quelconque régime indemnitaire.
III Les moyens
Notre revendication est :
des moyens adaptés à un travail de qualité.
Le plan d'action ne propose rien concrètement afin que les assistants sociaux ne soient plus continuellement en position d'impuissance face aux problèmes d'emploi, de logement, d'hébergement, d'insertion gBiliBjllllilg pllBlBIHÉIlllllliBBIMMMllpiiBiil|llSlijBIMBMiilliiMllg!!lSMiWHpMllHllllBIBjl;
Le constat général est plutôt que les assistants sociaux sont impliqués dans les nouveaux dispositifs qui participent à la rationalisation de la gestion de la précarité et qui ne proposent pas d'aspects véritablement promotionnels dont les usagers pourraient se saisir afin d'exercer leur citoyenneté.
Le plan d'action réduit notre revendication aux seules conditions de travail en nous renvoyant à nos employeurs respectifs.
La proposition du gouvernement de créer des groupes de réflexion dont les professionnels de terrain sont la plupart du temps absents, ne constitue pas une réponse (...).
L'action des AS n'aurait-elle pas contribué à dénoncer l'inadaptation de la politique du gouvernement ?
Le 15 décembre 1991.
— 21
Notes
- 1. «Le travail social, l’avenir d’une crise », par C. Bachmann, M. Chau-vière, J.N. Chopart, ASH N° 1769, 24 janvier 1992.
- 2. CRC (Coordonner, rassembler, construire, Fédération nationale santé-sociaux) a été créé à l’initiative des syndicats de ce secteur, exclus par la CFDT en raison de leur appui résolu à la grève et à la coordination des infirmières en 1988.
- 3. «Qualification et rapports sociaux de sexe, le cas des ouvrières et celui des infirmières », D. Kergoat, dans Les infirmières et leur coordination, CNRS-PIRTEM, novembre 1990.
- 4. Pour avoir plus de détails sur l’historique de la lutte, cf. «Le conflit des assistantes sociales », dans la revue Collectif, N° 14, janvier 1992.
- 5. Association nationale des assistants sociaux.
- 6. Les AS débutent à 5 800 francs nets et terminent leur carrière à 1 1 000 francs.
- 7. Cf. l’interview de J.L. Bianco dans ASH, N° 1763, du 13 décembre 1991.
- 8. 15 % des postes environ ne sont pas couverts faute de personnels à embaucher... Le nombre des diplômé(e)s dans cette profession, comme dans la plupart des métiers du travail social, a baissé, passant de 2006 à 1507 entre 1979 et 1990. Dans certains départements, comme celui des Hauts-de-Seine présidé par C. Pasqua, des AS ont reçu des menaces de sanctions pour avoir refusé de gérer la pénurie en couvrant les postes vacants.