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En France si vous saviez

Renault-Cléon : Femmes et compagnes de grévistes

Cahiers du féminisme, n° 59-60, hiver 1991 - printemps 1992 · p. 8 · 759 mots

U usine de Renault-Cléon compte aujourd'hui cinq mille six cents salariés (soit quatre mille de moins qu'en 1982), dont deux cents femmes, essentiellement des employées. Dans la nuit du 16 au 17 octobre 1991, à l'initiative de la section syndicale CGT, rejointe par la CFDT, démarre une grève qui durera trois semaines. Les revendications sont essentiellement d'ordre salarial : 1500 F d'augmentation mensuelle pour tous, au titre du rattrapage du pouvoir d'achat, 3000 F pour compenser la perte sur la prime d'intéressement par rapport à l'année précédente.

ait remarquable, un « comité des femmes et compagnes des travailleurs grévistes » s’est mis en place. Nous avons rencontré quatre de ces femmes, qui ont accepté de nous raconter leur histoire :

Corinne nous explique l’origine de ce comité : « La direction de l ’usine a écrit au domicile de chaque gréviste, espérant sûrement se servir ainsi des femmes pour qu ’elles fassent pression sur leur mari. L ’effet a été inverse, nous avons au contraire décidé de nous réunir entre nous pour soutenir le mouvement ! »

Au départ, ce comité n’était composé que de quatre à cinq femmes. Ces dernières ont profité d’un week-end « Portes ouvertes » dans l’usine en grève pour lancer un appel. Mais Danièle nous explique que, si de nombreuses femmes répondirent alors à cet appel, une dizaine seulement participa ensuite régulièrement aux activités du comité.

Sandrine a été un peu déçue par ces activités : « En venant au comité, je pensais que nous serions davantage présentes dans les piquets de grève. D ’ailleurs, en ce qui me concerne, je suis souvent venue le soir, après mon travail. J’avais l’impression d’être utile en discutant avec les grévistes, ça les aidait à garder le moral. Mais l’essentiel de l’activité du comité consistait en fait à organiser la collecte financière. »

Le comité se réunissait tous les soirs et préparait effectivement le planning des collectes du jour suivant-

Comment les femmes étaient-elles accueillies auprès de la population ?

Josiane se souvient de quelques réactions réticentes : « J’ai entendu dire que chez Renault, ils gagnent bien leur vie et qu ’ils n ’ont pas besoin de faire grève ! »

Sandrine renchérit : « Certains n ’étaient même pas au courant de la grève, d’autres ne se sentaient pas concernés ... Mais tout de même, ça s ’est plutôt bien passé dans l ’ensemble. Nous faisions des collectes dans la ville et aux portes des entreprises, avec parfois l’aide des syndicats locaux. »

Difficile de se faire entendre

Danièle précise que le comité s’est également occupé d’acheminer les colis du Secours populaire : « Nous avons fait passer des tracts dans l ’usine pour que ceux qui souhaitaient en recevoir s ’inscrivent. Nous avons également organisé des permanences pour aider les gens à faire des lettres demandant des échéanciers, mais nous n ’avons pas eu d’écho. »

En fait, l’activité du comité n’a guère été reprise par les syndicats. Lorsqu’ils ne les ignoraient pas tout simplement, certains délégués avaient à leur égard des comportements pour le moins maladroits, incitant par exemple au micro les grévistes « à applaudir bien fort ces bonnes petites femmes ». Etre ainsi transformées en bonnes-sœurs collectant pour les pauvres exaspérait Sandrine et Corinne au plus haut point. Mais dans l’ensemble, l’intervention du comité a été plutôt bien accueillie par les grévistes.

Sur le plan personnel, il n’a pas été évident pour ces femmes de s’organiser pendant cette période. La plupart d’entre elles travaillent et ont des enfants. Elles ont néanmoins surmonté les obstacles, militant tous les soirs et le week-end en se débrouillant entre elles. Josiane emmenait son enfant au piquet de grève, d’autres les confiaient à des voisins, à des amis. Faute de participantes en nombre suffisant, aucune crèche n’a pu être mise sur pied.

Au-delà de la grève elle-même, les femmes tirent un bilan positif de leur participation au comité. Si l’occasion se représente, elles savent qu’elles seront prêtes à organiser quelque chose, dès le début d’un mouvement. Ne se connaissant pas lorsque la grève a commencé, elles ont maintenant tissé entre elles de solides liens, et se trouvent plus « fortes » qu’aupara-vant. Corinne l’exprime ainsi : « En montrant notre soutien aux travailleurs, nous avons fait un pas sur le plan de la reconnaissance de notre identité ; nous ne sommes plus considérées uniquement comme la femme de X ou Y mais nous sommes... nous-mêmes, capables d ’agir et de défendre nos propres idées... Et ça, c’est vraiment le plus important ! »

Correspondante Rouen

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