(In enfant coûte que coûte
Au-delà de V analyse que Von peut faire sur la procréation médicalement assistée , au-delà des nombreux problèmes que cela soulève , se trouvent les femmes qui y font appel. Mous en avons rencontré deux. Claire a eu un « bébé éprouvette », Dominique vit actuellement sa cinquième tentative de fécondation in vitro.
outes deux sont conscientes des nombreuses questions que ces nouvelles méthodes soulèvent et portent un regard critique sur ce qu’elles ont vécu ou vivent encore. Mais elles ne remettent pas pour autant en cause l’existence même de ces méthodes, pour elles porteuses d’espoir, estimant normal de mettre dans ce domaine-là aussi la science au service de l’Homme... et de la femme. Et comme des milliers d’autres femmes, elles ont accepté de subir de nombreux traitements dont les conséquences sont parfois terribles pour l’équilibre physique et moral, au nom du désir d’enfant. . . Nous vous livrons ici leur témoignage.
Lorsque Claire a connu Jean, ce dernier l’a rapidement informée qu’il avait un problème de stérilité. En 1986 le couple s’est sérieusement posé la question d’avoir un enfant ; Jean a alors effectué un bilan médical complet nécessitant une semaine d’hospitalisation, bilan qui a confirmé sa stérilité.
Dès le départ, le principe de l’adoption s’est imposé à eux : « C ’était l ’aboutissement naturel de notre réflexion », dit Claire. Mais cette solution ne la satisfaisait pas totalement : « J’avais très envie d’être enceinte, de vivre cela au moins une fois. Je ne le mettais pas en opposition à une démarche d’adoption, d’ailleurs, l’un n’excluant pas forcément l ’autre. Mais il m ’était un peu difficile de trop insister vis-à-vis de Jean, de me montrer offensive. »
Au début, Jean était réticent à l’idée d’une insémination artificielle avec donneur (LAD). Il craignait d’avoir du mal à se situer, dans la mesure où l’enfant aurait davantage « appartenu » à Claire, alors que dans le cas de l’ adoption la situation des deux parents est identique. Sa position s’est progressivement modifiée, il a considéré qu’il n’avait pas à empêcher Claire de vivre une grossesse si elle le désirait profondément. Ils ont alors décidé d’entamer parallèlement les deux démarches. Notons que, si en ce qui concerne l’IAD leur situation matrimoniale n’a posé aucun problème, il n’en a pas été de même pour l’adoption, pour laquelle on leur a « fortement conseillé » de se marier, ce qu’ils ont fait.
Deux années d'IAD : espoirs et désespoirs
Ils se sont inscrits au CECOS de l’hôpital Necker, à Paris. Le faible nombre de donneurs leur imposait une attente de dix-huit mois, mais ce délai pouvait être réduit de moitié s’ils trouvaient eux-mêmes un donneur qui accepte de donner son sperme dans n’importe quel CECOS de France (mais pas pour eux, le don devant être anonyme). La seule condition était que le donneur ait déjà un enfant et que sa compagne soit d’accord.
Le beau-frère de Claire a accepté. Il ne savait pas qu’il entamait là un petit parcours du combattant. Examens médicaux, psychologiques, généalogiques se sont succédé, nécessitant à chaque fois plusieurs déplacements. Pendant ce temps, Claire commençait à subir différents examens préparant à l’IÀD : prises de sang à un jour précis du cycle, hystérographie, prise de température quotidienne pendant neuf mois : « le matin, toujours à la même heure, avant d’avoir posé le pied par terre, la feuille de température étant envoyée chaque mois au CECOS... Il est vrai que c ’est extrêmement prégnant, on ne peut pas oublier qu ’on va faire une IAD ! »
Au bout de neuf mois, Claire a été convoquée au CECOS un jour ou deux avant son ovulation : « L ’insémination est un acte très simple. Le médecin réchauffe les paillettes dans sa main, puis il les injecte directement dans le vagin. Pour éviter que les spermatozoïdes ne descendent, il pose ensuite une sorte de " bouchon " à l ’entrée du vagin, que l ’on retire un peu plus tard. C’est en fait assez archaïque comme système ! ». Claire ajoute : « Je dis " il ” en parlant du médecin, mais en fait, j ’ai toujours eu affaire à des femmes, je n ’ai jamais vu aucun homme faire une IAD. Peut-être considè-re-t-on que l’acte d’insémination est trop chargé symboliquement ! »
Au départ, Claire n’a rien modifié à sa vie. La première IAD a échoué, la seconde aussi... « Après deux ou trois échecs, j ’ai arrêté de faire du sport, de peur de le décrocher. Une fois, j ’ai eu dix jours de retard de règles, et un espoir fou... et puis non ! ».
A l’époque, une paillette de sperme coûtait 300 F, remboursés intégralement par la Sécurité sociale. En pratiquement deux ans, Claire a vécu treize tentatives : « Nous ne vivions plus que pour ça, nous étions complètement obnubilés. A chaque échec, c ’était un drame, des pleurs. Je déprimais de plus en plus, j ’avais du mal à m 'intéresser à autre chose.
Les médecins ne comprenaient pas pourquoi ça ne marchait pas. On m ’a donné des médicaments pour favoriser mon ovulation, pour qu ’elle soit " de bonne qualité " ! Mais c ’était toujours un échec. Cela avait aussi des répercussions sur mon travail. J’arrivais en retard le jour de l ’insémination, je devais m ’absenter pour faire des examens. Et puis, à chaque echec, c ’était difficile de se mettre au travail. »
Heureusement, Claire travaille dans une administration et a des collègues compréhensifs. Elle ne sait pas comment cela aurait pu se passer dans un autre contexte.
Devant ces échecs répétés, le gynécologue a suggéré à Claire de trouver un partenaire avec lequel elle pourrait faire « naturellement » un enfant, éventuellement sans le lui dire. « Le médecin pensait que j’étais capable d’entendre ce genre de discours... En fait, cela m’a pas mal démolie, je suis rentrée chez moi encore plus déprimée.
Puis on m ’a proposé comme suite logique la fécondation in vitro (FIV). A aucun moment on ne nous a parlé d’adoption. Par contre, la FIV était présentée comme un débouché naturel. »
Le CECOS de Necker avait passé une convention avec l’hôpital de Sèvres, qui permettait aux femmes sortant d’IAD d’être accueillies en priorité. C’est ainsi que « tout naturellement », en effet, Claire s’est lancée dans l’aventure de la fécondation in vitro , début septembre 1988.
Une naissance difficile
« Je suis alors entrée dans un cycle de traitement qui dure environ cinq semaines. A la fin, j’avais mal partout, le ventre très gonflé, et j ’étais surtout extrêmement fatiguée. Il m ’a d’autre part fallu faire un régime pour éviter de prendre du poids. Lorsque les médecins ont estimé qu ’il était temps, j ’ai eu une piqûre destinée à provoquer trente-six heures plus tard l’ovulation, et j’ai été hospitalisée le lendemain... après être allée chercher moi-même, en voiture, une paillette de sperme au CECOS !
On m ’a fait une légère anesthésie générale pour prélever les ovocytes. Puis je suis rentrée chez moi. On m ’a annoncé deux jours après, par téléphone, qu ’il y avait quatre embryons, qui m ’ont été immédiatement réimplantés.
Trois ou quatre jours plus tard, j’ai eu des malaises. Mon ventre était démesurément gonflé, j ’avais mal partout, dans le dos surtout. Je respirais mal, j ’avais l ’impression d ’étouffer. Je faisais en fait une hyperstimulation due à une erreur médicale de dosage. Cela m ’a valu une semaine d’hospitalisation et un traitement à la cortisone.
La recherche de grossesse a été négative, on me l’a annoncé par téléphone... Cela a été pour moi une énorme déception. »
Le hasard a voulu que Claire et Jean soient convoqués à la même période par l’assistante sociale afin d’effectuer les ultimes démarches en vue d’un agrément pour une adoption. Jusque là, tout s’était très bien passé et le couple bénéficiait d’un rapport très favorable. Mais lorsque Claire a annoncé qu’elle venait de tenter une FIV, l’assistante sociale s’est immédiatement montrée réticente : « C’était la preuve que je n ’avais pas fait " le deuil de l ’enfant biologique ", ce qui posait problème pour une adoption. Ainsi, je sentais l’adoption nous échapper au moment où je pensais que la FIV avait échoué. Ce fut pour moi un passage extrêmement difficile.
Mais il s’agissait d’une erreur de diagnostic : on s ’est aperçu quelques jours plus tard que finalement la FIV avait marché ! Je suis allée dans une pharmacie acheter un test de grossesse, qui a été positif. Mais je ne voulais toujours pas y croire, Jean non plus. C’était trop beau et trop inattendu !
Puis j’ai commencé à avoir des nausées, beaucoup de nausées. Et plus j’en avais, plus j’étais heureuse, d’autant que l’échographie avait révélé que je n ’avais gardé qu ’un embryon.
Pendant ma grossesse, j ’ai été terriblement fatiguée, à cause des traitements préalables que j’avais subis. J’ai vraiment le souvenir d’une lassitude extrême. Mais ceci mis à part, le médecin m ’avait dit qu ’il fallait que je considère ma grossesse comme parfaitement normale, sans m ’inquiéter outre mesure. Je l’ai cru... »
En fait, Claire a dû s’arrêter de travailler vers six mois de grossesse, le col de l’utérus commençant à s’ouvrir. Un peu avant la fin du septième mois, la poche des eaux s’est rompue. Claire a été maintenue sous perfusion pour éviter l’accouchement : « J’ai " tenu " cinq jours, puis le bébé a commencé à bouger de moins en moins. Les médecins m ’ont dit : " Ne vous inquiétez pas, il n’y a pas d’urgence, mais on vous fait une césarienne dans une demi-heure " !
Sous le choc, j 'ai quand même obtenu que l ’on me fasse une péridurale. »
Pierre pesait 2,2 kg à la naissance et ne semblait pas poser de problème particulier. Les médecins se sont ensuite aperçus qu’il avait de gros problèmes d’oxygénation. Bien que l’hôpital de Sèvres soit spécialisé dans les procréations médicalement assistées, il n’est (ou n’était) pas doté d’un service de réanimation néo-natale, détail que Claire ignorait. Alors qu’on l’avait endormie pour la recoudre, le bébé a été envoyé d’urgence à l’hôpital intercommunal de Créteil. En fait, ses poumons n’étaient pas terminés, et il a failli mourir.
Claire continue : « Je n ’ai pu aller le voir pour la première fois que quatre jours après l ’accouchement. Pendant tout ce temps, je ne savais pas à quel point il était en danger, les médecins ne me l’avaient pas dit. Par contre, Jean était au courant, il a vécu des journées d’angoisse. Lui qui s’interrogeait avant sur la façon dont il se situerait, il s ’est immédiatement investi dans son rôle de père, sans savoir si le bébé vivrait ou non. Ces quelques jours ont été terribles. »
Pierre est resté huit jours en réanimation, puis il a été transféré à l’hôpital Saint-Vincent de Paul où il a passé un mois et demi. Claire a très mal vécu cette période. Il lui était difficile de ne pas avoir son enfant avec elle, difficile même de réaliser que c’était bien le sien. Et elle culpabilisait des épreuves qu’il avait déjà dû subir.
Photo sans autorisation de diffusion
Aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre. Pierre est un vigoureux petit garçon sans problème particulier. Mais Claire n’oublie pas ce qu’elle a vécu et déplore que l’on puisse parler de « grossesse normale ». A aucun moment elle n’avait été informée des risques de prématurité et des complications possibles, ni d’ailleurs auparavant des éventuelles conséquences sur sa santé des divers traitements subis. Quant au pourcentage de réussite des FIV, on lui avait dit qu’il tournait autour de 25 %... sans lui préciser qu’il ne s’agissait là que des grossesses débutées, ne serait-ce que pendant quelques jours. . .
Claire trouve anormal que les couples ne soient pas davantage informés. En même temps, elle n’a pas trop cherché à s’informer par elle-même : « A partir du moment où nous avions pris la décision de nous lancer dans l ’aventure, j’ai préféré ne pas trop en savoir, ne pas trop en parler. Mon désir était trop grand, je ne voulais pas me poser de questions. En fait, j’en sais beaucoup plus aujourd’hui sur les aspects négatifs, et même sur les risques que l ’on court. Il n ’empêche que si c ’était à refaire, je n ’hésiterais pas ! »
Claire et Jean diront-ils à leur fils de quelle façon il a été conçu ?
« Il nous a tout d’abord semblé évident de le lui dire, dans la mesure où nous assumions tous les deux ce qui s ’est passé. Et puis ensuite, au fil des mois, nous nous sommes posé des questions. A quoi cela sert-il, sur le fond, si ce n ’est à éventuellement poser des problèmes particuliers à l ’enfant ? En fait, nous le lui dirons, car il y a trop de monde autour de nous à être au courant, et nous ne voudrions surtout pas qu ’il l’apprenne par d’autres. Mais sans cela, nous pensons que finalement nous ne lui aurions pas dit. »
Dix-huit mois environ après la naissance de Pierre, Claire et Jean ont relancé la procédure d’adoption pour avoir un second enfant. Cette fois-ci, les choses ont été vite, beaucoup plus vite que ce à quoi ils s’attendaient. On leur a téléphoné un beau jour pour leur proposer de prendre un bébé dès la semaine suivante. Bousculés par cette propositon, ils l’ont néanmoins acceptée.
« Pierre n y était pas du tout préparé, ça a été difficile pour lui... mais pour nous aussi ! Se retrouver du jour au lendemain avec un enfant, ce n’est pas évident. C’est dur de se sentir " parents " en quelques minutes ! Nous n ’avons pas été complètement à l ’aise pendant deux à trois semaines. Depuis, tout est rentré dans l ’ordre, nous n ’avons vraiment aucun problème et là aussi nous le referions s ’il le fallait, sans hésiter. Mais méfiez-vous de ceux qui vous diront que " l ’adoption, c ’est tout de suite merveilleux Sur l’instant, on a un trac fou ! Enfin, ceci est une autre histoire ! ».
Lorsque nous l’avons rencontrée, Dominique allait démarrer le lendemain un nouveau cycle de préparation à la FIV, le cinquième. Elle nous raconte son histoire :
« J’ai été des années sous pilule, car j’ai eu très jeune des problèmes de cycle. De ce fait, je me suis aperçue tardivement que j ’avais un problème de stérilité, lorsqu ’avec mon ami, Abdel, nous avons voulu avoir un enfant. J’ai commencé à passer des examens environ un an après avoir arrêté toute contraception. »
Alors, Dominique a entamé le tour des hôpitaux de la région : divers examens « exploratoires » à l’hôpital de Charenton, qui ont abouti à une hystérographie, puis une cœlioscopie à l’hôpital Saint-Jacques, où l’on a enfin décelé un problème de trompes. Dominique a été opérée, on lui a effectué une plastie tubaire censée avoir « réussi ». Après, trois mois durant, cortisone et antibiotiques : « J’avais énormément gonflé, je n ’avais pas mes réflexes habituels, surtout au volant. Et j’étais complètement déprimée d’être dans cet état ! »
Procédure d'adoption : chantage et ostracisme
D’après le médecin, il n’y avait plus de problème. Pourtant, Dominique continuait à ne pas avoir de règles. Son gynécologue l’a orientée sur l’hôpital de Bobigny. Il était prévu qu’on lui fasse des inductions d’ovulation devant aboutir à une FIV. En fait, Dominique n’a eu droit qu’aux inductions : « Cela a duré un an, nous dit-elle, y ’étais exténuée, gonflée, je grossissais, j ’avais mal partout, j ’avais de moins en moins le moral. Et puis, dans cet hôpital, nous n ’avions aucun contact humain, je n ’étais qu ’un numéro, on ne m ’expliquait jamais rien. J’avais l’impression de devenir folle. Alors j’ai décidé de tout abandonner. »
Dominique et Abdel se sont alors tournés vers l’adoption. Mais, s’ils ont eu un excellent contact avec l’assistante sociale, il n’en a pas été de même avec le psychiatre : « Abdel est marocain. Sa famille a mis très longtemps à accepter qu ’il vive avec une Française, et à cette époque-là ses parents refusaient toujours de me rencontrer. Le psychiatre a mis le doigt là-dessus et a énormément insisté. Pourtant, je pense que nous assumions plutôt bien cette situation. Nous avions un recul suffisant, et Abdel une infinie patience qui lui faisait dire qu’un jour tout rentrerait dans l’ordre (il a eu finalement raison). Alors le psychiatre a déclaré " qu’ Abdel était anormal à force d’être trop dans la norme " ! »
Une fois digéré ce coup de massue, Dominique et Abdel ont fait appel et ont pu voir un autre psychiatre avec lequel les choses se sont beaucoup mieux passées. Mais la DASS leur refusait toujours l’agrément, sous le prétexte qu’ils n’étaient pas mariés : « Ce chantage au mariage était tellement odieux que nous avons décidé de ne pas céder. » Ce refus obstiné de l’administration -au bout de deux appels -leur semblait d’autant plus curieux que d’excellents rapports avaient été faits sur eux. « Un jour, dit Dominique, y ai voulu en avoir le cœur net. J’ai pris rendez-vous avec l’inspectrice de la DASS et je lui ai demandé si, au-delà du fait que nous n'étions pas mariés, l’origine de mon compagnon était en relation avec leur refus. Elle m ’a répondu que j ’avais tout compris.
Ecœurés, nous avons fait une fois pour toutes le deuil d’avoir un enfant. Je suis institutrice, et j’ai repris des études de spécialisation en formation continue, je me suis mise à travailler avec beaucoup d ’ardeur ! »
La situation a évolué durant l’été 1989, lorsque l’oncle d’Abdel a eu un enfant : « En voyant Abdel s’occuper de son cousin, j’ai eu peur tout à coup qu ’il ne déprime du fait de ne pas avoir d’enfant. Abdel s’est senti davantage concerné et a décidé de s ’impliquer réellement dans une démarche de FIV. J’ai alors accepté que nous retentions quelque chose. » En septembre 1989, le gynécologue l’oriente sur l’hôpital des Diaconesses, à Paris. Elle obtient un rendez-vous en novembre et débute un cycle de FIV en janvier/février 1990.
Le cycle de la FIV : un passage très éprouvant
L’accueil aux Diaconesses est très différent de ce que Dominique a connu précédemment. « Tout d’abord, on propose à tous les couples de rencontrer un psychologue avec lequel on peut discuter des divers problèmes auxquels on va être confronté. Et puis, les rapports avec l’équipe médicale sont personnalisés, très humains. Ils font attention à nous, essayent par exemple de placer les femmes dans les chambres par affinité, prennent le temps de dis- cuter. Un cycle dure environ cinq semaines. Il y a d’abord la période de "freination "pendant laquelle on met les ovaires totalement au repos. Elle débute le premier jour des règles (en ce qui me concerne, comme je n ’ovule pas naturellement, je subis un traitement préalable). Pour mettre totalement les ovaires au repos, on nous fait soit une grosse piqûre de décapeptyl dont les effets durent trois semaines, soit une piqûre par jour de supréfact pendant la même période. Le supréfact me provoquant des kystes aux ovaires, les médecins ont opté jusqu ’à présent pour la première solution. A chaque fois, j ’ai des bouffées de chaleur énormes, à ne pas pouvoir dormir de la nuit. Je ne peux donc pas aller travailler le lendemain de la piqûre, je ressens une fatigue intense. Le dixième jour, on me fait une échographie.
Au terme des trois semaines commence une période de stimulation de l’ovulation. J’ai une piqûre par jour, et une échographie tous les deux jours pendant dix à quinze jours, jusqu ’à ce que je produise plusieurs " beaux " ovocytes. Je dois téléphoner quotidiennement à l’hôpital pour connaître le dosage de la piqûre du jour.
Puis arrive le moment de la ponction. On m ’endort le temps de l ’opération, puis je rentre chez moi. Il y a ensuite quarante-huit heures d’attente, quarante-huit heures d’angoisse à se demander si la fécondation se sera bien faite. Nous ne voulons pas avoir le résultat par téléphone, à chaque fois nous allons tous les deux à l ’hôpital pour savoir.
La première fois, il y avait huit embryons. On m ’en a réimplanté trois, les Diaconesses refusant d’en implanter davantage en même temps. Les autres ont été congelés. »
Cette première tentative s’est soldée par un échec. En juin, un second essai a été fait à partir de deux des cinq embryons congelés, ce qui a évité à Dominique de refaire tout le cycle préparatoire. Elle a appris à cette occasion qu’il y a environ 50 % de perte au moment de la décongélation des embryons.
Cette fois, une grossesse gémellaire a débuté. Dominique et Abdel ont vécu une semaine de bonheur, au cours de laquelle ils ont fait diverses démarches : déclaration de grossesse, inscription en crèche. Une seconde échographie a révélé qu’il s’agissait en fait d’œufs clairs, c'est-à-dire que les embryons ne s'étaient pas développés, malgré la présence de tous les symptômes de grossesse, ce qui leur a été annoncé sans ménagement dans un laboratoire de quartier :
« Ça a été terrible pour nous deux, un véritable drame... Pour m’éviter une nouvelle intervention, les médecins ont préféré attendre que les œufs descendent naturellement. Cela prend généralement quelques jours, là j’ai attendu un mois, un long mois durant lequel je continuais à avoir tous les symptômes de la grossesse en sachant que ce n ’était pas vrai. Tout ceci s ’est soldé par une hémorragie, une hospitalisation et une anesthésie générale. J’ai appris ensuite qu’il arrive assez fréquemment que des embryons décongelés donnent des œufs clairs. On ne m ’avait rien dit avant. »
Dominique a ensuite refait deux tentatives, qui toutes deux se sont soldées par un échec. Jusqu’à présent, les médecins n’ont pas cherché pourquoi. Dominique est parfaitement consciente du fait qu’ils préfèrent investir dans
Photo du haut : Incubateur pour FIV.
Ci-contre : Congélation des embryons.
Incubateur pour FIV
Congélation des embryons
Congélation des embryons
les FIV plutôt que dans la recherche de ce qui ne va pas. Elle pense que les enjeux financiers dépassent largement la simple volonté « d’aider les femmes à procréer » et que la recherche sur la stérilité est par contre moins développée, sans doute parce que moins rentable. Aux Diaconesses non plus, on ne dit pas tout. Ainsi, sur le panneau explicatif installé dans la salle d’attente, est affiché un taux de réussite moyen de 15 % au niveau national. Là encore il n’est pas précisé qu’il s’agit de débuts de grossesses, par forcément menées à terme. Dominique, qui s’est informée par elle-même, sait parfaitement que le pourcentage de réussite réelle est bien moindre. De même s’est-elle renseignée sur les risques éventuels qu’elle peut courir. A aucun moment elle n’a eu de discussion avec les médecins sur les possibles conséquences des divers traitements qu’elle subit. Contrairement à Claire, elle a par contre été prévenue des complications certaines de la grossesse et des risques importants de prématurité.
Un espoir toujours intact
A chaque cycle de FIV, Dominique repasse par les mêmes traitements et les mêmes désagréments : piqûres journalières, bouffées de chaleur, échographies à répétition, immense fatigue, déprime. Et pourtant, elle continue :
« Le lieu y fait beaucoup. Je vis tout cela beaucoup mieux qu ’à l ’époque où l ’on me faisait des inductions, car ici on est vraiment prises en charge par une équipe médicale qui nous connaît, qui prend le temps. Un cycle durant environ cinq semaines, on finit par connaître les autres femmes. Nous discutons entre nous, nous nous informons des résultats de l ’une ou l ’autre. Celles qui tiennent mieux le coup épaulent et rassurent celles qui craquent. Bref, nous ne sommes pas des numéros, on établit des rapports humains, normaux, il y a même une certaine chaleur. Ce climat m ’aide beaucoup et m ’incite à poursuivre. Je ne suis pas sûre que j ’aurais tenu le coup sans cela, car on passe quand même par des moments extrêmement pénibles, éprouvants. »
Dominique nous parle aussi de ses absences répétées au travail, de la difficulté à être vraiment présente dans sa classe quand elle est fatiguée ou après un échec. Sur le plan financier, elle nous explique qu’elle a dû payer les deux premières FIV, cet acte n’étant pas remboursé à l’époque par la Sécurité sociale. La première tentative lui a coûté 3000 F (dont la moitié lui a été remboursée par sa mutuelle), la seconde 1500 F (puisqu’il s’agissait là des embryons congelés). Ces sommes variaient suivant les endroits, pouvant monter jusqu’à 6000 F. Puis le remboursement des FIV a été décidé, à raison de quatre tentatives maximum par femme. Dominique en a donc eu jusqu’à présent deux de remboursées.
Par ailleurs, elle nous dit qu’elle voit de plus en plus de femmes tenter des FIV alors qu’elles ont déjà eu des enfants, simplement parce que cela fait un an qu’elles essayent en vain et qu’elles n’ont pas envie d’attendre trop longtemps une grossesse. De plus en plus souvent, aussi, des femmes arrivent sur simple « présomption de stérilité », sans qu’aucune recherche n’ait été faite, simplement parce qu’elles sont un peu longues à se retrouver enceintes : « Je trouve cela un peu injuste, je pense que ces techniques devraient davantage être réservées à celles qui ont de réels problèmes de stérilité. Peut-être que la Sécurité sociale pourrait ainsi rembourser davantage de tentatives par femme. »
Puis Dominique évoque les difficultés à faire des projets lorsque l’on essaie ainsi d’avoir un enfant : « Il nous est impossible d’organiser certaines choses, les vacances par exemple, car nous ne savons jamais si je serai enceinte ou non à telle ou telle période, si nous aurons ou non un enfant à tel ou tel moment. D ’ailleurs, nous avons décidé de mieux nous organiser dorénavant, quitte à programmer moins de FIV. Je vais faire ma cinquième tentative maintenant, car quand arrivera l ’été les choses seront claires depuis longtemps, dans un sens ou dans un autre. Et si par malheur ça ne devait pas réussir, j ’attendrais le mois de septembre pour recommencer. »
Dominique semble garder le moral. Elle précise néanmoins : « Là, tu me vois détendue, souriante, parce que je commence demain. Dans trois semaines, ça risque d’être différent, je serai sûrement fatiguée et déprimée, sauf si je supporte mieux le nouveau traitement que les médecins vont me faire cette fois-ci. Et malgré tout ce qui m ’attend, je suis toute émue, j ’ai le trac, comme si c ’était la première fois.
Le contexte a un peu changé : les parents d’ Abdel m’acceptent enfin et je m’entends très bien avec eux ; j ’ai changé d ’école, je me sens très à l’aise avec mes collègues et avec ma classe. Bref, beaucoup de choses vont mieux, tout est prêt pour qu ’à partir de maintenant, ça marche ».
De tout cœur, nous le lui souhaitons.
Propos recueillis par Françoise Foucault
Dessin de Matisse.
Dessin de Matisse