SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE
Au Canada et au Québec, cette année, le 8 mars a été marqué par des mobilisations et des manifestations sans précédent souvent organisées conjointement par le mouvement des femmes et les syndicats.
C’est ainsi qu’à Montréal, par exemple, après une manifestation centrée sur les thèmes du congé maternité et du salaire égal qui rassembla près de. 3000 personnes, les trois centrales syndicales avaient organisé un meeting qui s’avéra extrêmement combatif. En dépit des exclusives qui avaient été prononcées à l’égard des représentantes des groupes femmes qui avaient demandé à prendre la parole, de nombreuses féministes étaient présentes. On voyait que les commissions féminines des divers syndicats avaient joué un rôle important dans la préparation de cette soirée. Prises de parole, sketches, chansons : l’ambiance était très chaude. Le spectacle
INTERVIEW « entièrement conçu par des militants et des militantes du Conseil central des syndicats nationaux de Montréal », (comme le disait un petit livret orange contenant les paroles des chansons qu’on distribuait à l’assistance) avait visiblement un immense succès.
Au Canada anglais, pendant ce temps, des mobilisations associant des féministes du mouvement syndical, des associations étudiantes et de quartiers, ainsi que du mouvement de libération des femmes, se déroulaient dans le plus petites villes, exprimant un potentiel de lutte extraordinaire. A Vancouver, durant une semaine, des débats pris en charge tous les soirs par des travailleuses de l’acier, des postes, des bureaux, des banques, des femmes chauffeurs d’autobus, etc, avaient permis de préparer la manifestation du 8 mars. A Toronto, le collège organisé par un « Comité jpour le 8 mars » auquel participaient les syndicats, rassemblait plus de 2 000 personnes pour la première fois. Et surtout, le rallye qui précédait, montra la force qui pouvait se dégarer d’un rassemblement capable de lier étroitement les principaux thèmes de lutte des travailleuses à la bataille contre l’oppression spécifique des femmes sous tous ses aspects. La question de l’emploi, des crèches, de l’organisation des femmes dans les syndicats étaient au centre des exposés, qui étaient sous-tendus par une série de remarques sur la violence quotidienne à laquelle les femmes sont confrontées, sur leur isolement et sur la difficulté, pour les travailleuses, de commencer à se regrouper vu le poids de la double journée de travail. L’accent fut mis notamment sur la solidarité à organiser avec les femmes immigrées —pour la plupart de la Jamaïque — que le gouvernement canadien tente d’expulser au moyen de décrets iniques qui les mettent dans la plus grande détresse. Une femme présidait ce rassemblement : Deidre Gallagher, permanente de l’organisation des femmes travailleuses de Toronto — l’OWW — et nous l’avons interviewée lorsqu’elle est passée à Paris juste avant l’été. L’Organisation des femmes travailleuses est ouverte à toutes les femmes syndiquées, quel que soit le syndicat auquel elles appartiennent. Née d’un regroupement spontané des militantes durant un congrès syndical, elle s’est fixée pour objectif, non pas de sç substituer aux syndicats, mais de défendre les droits des travailleuses en leur sein. Pour encourager la participation des femmes aux organisations du mouvement ouvrier, ces militantes ont estimé qu’il fallait en effet que les femmes disposent d’un instrument spécial pour défendre leurs intérêts. Et cet instrument, c’est l’OWW, dont Deidre explique id la genèse et les objectifs-
A Montréal. Chanson de la manif du huit mars (sur l'air de Sacco et Vanzetti)
CANADA
•Comment est née l'Organisation des femmes travailleuses à laquelle tu appartiens, et quelles sont ses perspectives ?
D,G -Cette organisation est née en 1975* à partir d’une réunion non-mixte de femmes durant un congrès syndical. Face aux résistances qu’elles rencontraient dans leur intervention, et conscientes de l’énorme travail qu’il y avait à faire pour que le syndicat reprenne en charge les revendications particulières des femmes, ces militantes décidèrent de créer leur propre organisation, et le premier congrès eut lieu l’année suivante. Cela correspondait non seulement à la volonté de mener une bataille décidée contre le sexisme qui règne à l’intérieur du syndicat, mais aussi à la conviction qu’il fallait utiliser l’instrument que représente le syndicat dans la lutte pour la défense des droits des femmes. Pendant la première année, ça a été très difficile. Il y avait plusieurs courants en présence. Certaines femmes avaient peur d’aller trop vite, d’indisposer la bureaucratie syndicale, et elles ne cessaient de faire des appels à la prudence. D’autres voulaient être plus offensives, notamment par rapport aux luttes de femmes qui avaient lieu. Elles pensaient qu’il fallait se battre frontalement pour défendre les intérêts des femmes et ne pas se laisser impressionner par l’attitude des directions. Au bout d’une année, il devint clair pour tout le monde que si l’organisation n’était pas capable de prendre des initiatives, elle disparaîtrait faute de perspectives, et que cela déterminait l’orientation à adopter.
• A cette époque, comment étiez-vous organisées ?
Est-ce que vous aviez une permanente, par exemple ?
D.G -Non, il s’agissait alors d’une structure assez lâche. Toute femme militant dans un syndicat pouvait en faire partie, mais il n’y avait pas de permanente, et le Conseil de direction ne se réunissait que tous les mois, voire tous les deux mois. Il avait un peu tendance à se substituer aux activités qui auraient dû être celles de l’organisation elle-même.
Cependant, nous commencions à avoir un début d’activité, notamment à travers des interventions dans les congrès syndicaux, et aussi à travers des articles dans la presse syndicale. Mais cela relevait plus d’un travail d’éducation que d’actions à proprement parler. Cela permit néanmoins à l’OWW de se faire connaître.
L’organisation était très bien reçue parmi les travailleuses qui sentaient que ce regroupement représentait un potentiel immense par rapport à la bataille à mener. Et surtout, l’existence de l’OWW donnâ. l’idée à beaucoup de femmes de créer des commissions féminines dans leur propre syndicat pour faciliter l’organisation des travailleuses et impulser la lutte sur leurs revendications spécifiques. L’exemple avait été donné par la commission femmes dans l’Administration qui existait depuis 1 974 si je me souviens bien. Elle s’était montrée très active, notamment dans la bataille pour le salaire égal. Cest une commission qui, à l’époque, sortait déjà régulièrement un bulletin d’information, et il est évident que l’activité de ces employées représentait un élément important pour l’implantation et pour l’élargissement de TO WW.
• Est-ce que les militantes de ces commissions féminines sont en général membres de l’OWW ?
D.G -Oui, là où de telles commissions existent, la plupart de celles qui en font partie sont aussi membres de notre organisation. Mais il n’y a pas que des femmes dans ces commissions. Cependant, elles sont presque toujours impulsées et animées par des militantes actives de l’OWW. Et la majorité de ces commissions féminines soutiennent les perspectives que nous mettons en avaut. Surtout, le lien avec l’OWW a souvent été un facteur décisif pour convaincre de nombreuses travailleuses qu’il fallait sortir de l’expectative. Devant leur attitude décidée et leur volonté de passer à l’action, les bureaucrates étaient de plus en plus suspicieux, et on les sentait devenir nerveux... Mais le 2 ème congrès a confirmé �que la
L
CANADA survie de l’organisation dépendait de sa capacité d'initiatives sur le terrain, et il y eut une auto-critique par rapport à la période écoulée ou fOWW était resté en deçà de ce quelle aurait dû faire, compte tenu des besoins et des aspirations des travailleuses. On décida donc d’engager des luttes concrètes sur un certain nombre de questions-clefs. Il faut dire que cette décision coïncida avec l'arrivée d’une subvention qui nous permit d'engager une permanente. C'est à ce moment-là que je me suis mise à travailler à plein temps pour roww.
• Il s’agissait d’une subvention privée ou d’Etat ?
D.G -C’est une subvention de l’Etat... Il se trouve que dans l’un des ministères s'occupant des affaires intérieures, il y a un Bureau à la condition féminine qui subventionne un certain nombre de projets. Jusque là, les subsides avaient été accordés principalement à des projets émanant de femmes de la petite-bourgeoisie. Mais pour justifier son existence, il fallait que ce Bureau ait l’air de faire quelque chose en direction du mouvement ouvrier. C’est donc eux qui nous ont contacté, et on a eu une longue discussion pour savoir s’il fallait accepter ou non. Et pour finir, on s’est dit pourquoi pas si ils ne cherchent pas à nous contrôler et à nous imposer leurs propres vues ? On en a fait une condition. Mais ils n’ont pas tenté de nous imposer quoi que ce soit. De toute façon, il s'agit d’une somme dérisoire pour eux... Alors que pour nous, c’est un élément décisif pour pouvoir fonctionner. Bref, c’est une somme qui nous a été accordée pour un an, et lors du dernier congrès, nous avons accepté quelle soit renouvelée pour une seconde année. Le problème, c’est que le mouvement syndical lui-même ne fait rien par rapport aux femmes et qu’il n’est pas prêt à lâcher des fonds pour que celles-ci puissent mener un travail particulier.
• Quels ont été vos principaux axes d’intervention durant la dernière période ?
D G -Nous sommes intervenues sur trois plans essentiels. D’abord, nous avons mené la bagarre dans les congrès syndicaux, avant tout sur la question du chômage dont le pourcentage est extrêmement élevé au Canda, surtout parmi les femmes Et nous nous sommes battues pour la mise sur pied de commissions féminines et pour que les syndicats appliquent toutes les belles déclarations qu'ils ont mises sur le papier. Par exemple, lors du congrès de la Fédération des travailleurs de l’Ontario, on a organisé la première réunion non-mixte dans l'histoire de la Fédération. Elle a eu un immense succès.
Il faut souligner que nous avions organisé la venue et l’accueil des femmes au congrès, afin quelles puissent se rencontrer et discuter entre elles. Et nous avions veillé à ce que les résolutions sur la question femmes émanant des sections, parviennent au congrès. Et pendant le congrès lui-même, nous avont fait une série d’interventions ; moins sur la question du programme qui en soi n’était pas si mauvais, que par rapport à son application et à la création de la commission femmes de la Fédération qui n’avait pas encore été mise en place. Les bureaucrates ont refusé que ce point soit mis à l’ordre du jour et discuté en assemblée générale. Nous avons alors organisé le soutien à cette motion durant le congrès. Et parmi le grand nombre de délégués qui nous ont suivies, il y avait beaucoup d’hommes. Ils étaient totalement choqués par les méthodes des bureaucrates ! Ce qui nous a permis de poser les problèmes à deux niveaux : d’une part, l’attitude de la direction dans son mépris par rapport aux intérêts des femmes, et d’autre part, la question de la démocratie dans le syndicat. C’est ainsi qu’à la fin du congrès, la résolution que nous avions présentée, et le refus des bureaucrates de la soumettre au vote étaient devenus le centre des débats... Les gens venaient au micro et disaient : « Comment osez-vous traiter nos camarades femmes de cette manière ? » Plusieurs délégations, composées de militants hommes, sont venues nous contacter pour apporter leur soutien à l’action engagée par l’OWW. Cela nous a bien sûr donné de l’importance : nous avons fait la preuve que nous étions capables de nous battre, et que nous �représentions une force réelle. A la première réunion qui a suivi le congrès, la direction de la Fédération a d’ailleurs passé la résolution qu’elle avait refusé de voir débattre au congrès !
Tout cela a permis à l’OWW de se faire connaître beaucoup plus largement et c'est surtout après cela que les travailleuses ont commencé à rejoindre l’organisation.
en liaison avec le Mouvement de libération des femmes :
Nous sommes intervenues dans le cadre de mobilisations féministes et, comme tu le sais, notre organisation a joué un rôle de premier plan dans la mobilisation du 8 mars à Toronto cette année. Non seulement nous sommes parvenues à gagner le soutien du mouvement ouvrier, non seulement nous avons pu organiser un contingent impro-tant de femmes syndiquées dans la manifestation, mais des militantes ont participé du début à la fin, à la mise sur pied de cette journée. C’était la première fois qu'un collaboration entre le mouvement de libération des femmes et les militantes des syndicats était possible. Il y a eu 2000 personnes à la manifestation qui s’est avérée très combative : quand on passait devant les banques, par exemple, tout le monde criait : « Il faut que les travailleuses des banques s’organisent », etc. Les principaux thèmes de la mobilisation avaient trait aux problèmes spécifiques des travailleuses. Cette journée du 8 mars a montré le potentiel de lutte qui existait, à partir de la jonction entre le mouvement des femmes et les femmes syndiquées.
dans les luttes des travailleuses ?
Le troisième aspect de notre intervention a été la solidarité que nous avons organisée avec les femmes en lutte sur leur lieu de travail. Le fait même que nous rassemblons des militantes venant de divers horizons nous donne une capacité de mobilisation très importante. On l'a vérifié l'an dernier à propos du soutien que nous avons pu apporter aux infirmières du secteur public, qui luttaient depuis des années pour l’obtention du salaire égal pour un travail égal, et qui n’ont obtenu gain de cause que récemment. L’OWW s'est beaucoup investie dans cette lutte, organisant des délégations de travailleuses au siège de l’Administration pour exiger l'application de telle ou telle résolution. Nous sommes également intervenues dans une autre lutte pour le salaire égal qui avait lieu à Ottawa. Comme il s'agissait d'une autre ville, c'était plus difficile d'organiser concrètement la solidarité, mais nous avons soulevé la question dans les syndicats et contribué à faire bouger le mouvement ouvrier.
• Vous n’existez qu’à Toronto ?
D.G -Non. Notre base principale se trouve à Toronto, mais nous avons des contacts dans beaucoup d’autres
CANADA j villes, et nous comptons établir des groupes dans trois autres villes de l’Ontario dans l’année à venir.
Juste avant que je ne quitte le Canada, il y a eu un événement qui a montré que l’orientation que nous avions adoptée était correcte et que nous étions capables d'organiser concrètement la solidarité avec les travailleuses en lutte. Il s’agissait en l’occurence d’une grève dans une entreprise du secteur de l’automobile ou travaillent 1 30 femmes et quelques hommes, dans une petite ville du Sud de l’Ontario. Les conditions de travail dans cette boîte illustrent bien ce à quoi sont confrontées les travailleuses de la production en général : des salaires minimum, des conditions de travail atroces, des rats dans les ateliers, un froid tel en hiver qu’elles sont obligées de garder leur manteau et, en été, des évanouise-ments à la chaîne à cause de la chaleur. Cette entreprise appartient à l’un des ministres du gouvernement de l’Ontario... ce qui donnait une dimension politique importante à cette grève. Les affrontements entre le piquet de grève et la police furent extrêmement violents. Il faut dire que juste avant la grève, la police était entrée dans l’entreprise. Les flics avaient demandé aux femmes si elles savaient qu’elles risquaient d’être arrêtées au cas où elles participeraient aux piquets, ... Ils essayaient évidemment de les intimider et faisaient une chose qu’ils n’auraient jamais osé faire avec des hommes. Ils pensaient sans doute que le syndicat ne réagirait pas. Mais la direction syndicale, furieuse, réagit très vite, mobilisant les militants de deux entrprises des environs. Et chaque matin, il y avait des heurts entre le piquet et la police qui essayait de faire passer les jaunes.
Des heurts violents
Les flics n’hésitaient devant rien : C’était l’hiver, et ils ont lancé les chasse-neige contre les travailleurs venus se solidariser avec les femmes en grève. Selon le rapport de force et le nombre de personnes formant le piquet tel ou tel matin, c’était soit les travailleurs, soit la police qui gagnait. Nous avions entendu parler de la grève, et c’était peu après le 8 mars et la mobilisation que nous avions contribuée à mettre sur pied. Nous avons décidé d’organiser nous aussi une action de solidarité avec ces femmes en faisant descendre des femmes en bus pour participer au piquet. Nous avons sorti des tracts pour avoir le soutien du mouvement ouvrier dans cette action. Mais les directions syndicales étaient plus que sceptiques : elles n'imaginaient pas que nous soyons capables de mobiliser des femmes qui devraient partir à 2 ou 1 heures du matin pour faire plusieurs centaines de kilomètres et revenir dans la même matinée pour aller travailler... Nous-mêmes, nous pensions que s’il y avait 1 00 personnes, ce serait bien. Finalement, ce sont 400 femmes qui sont parties. Et ce jour-là, comme certains matins où le rapport de force n'était pas en sa faveur, la police a renoncé à tenter de forcer le piquet de grève. C’était une immense victoire : il faut plusieurs centaines de personnes pour créer un tel rapport de force, et nous y étions arrivées en mobilisant toutes ces femmes depuis Toronto ! Comme nous avions organisé une conférence de presse auparavent, il y avait là les journaux locaux et nationaux, la TV, etc, ce qui contribua à donner de l’écho à cette grève.
• Comment réagissaient les travailleuses ?
Elles étaient enthousiastes. Elles qui habitent une petite ville où le Mouvement de libération des feùimes n’a jamais existé. Elles venaient de rejoindre le syndicat i (comme beaucoup de travailleuses au Canada ces derniers temps, vu les attaques particulières de la bourgeoisie contre les femmes au travail), elles trouvaient fantastique que nous soyons descendues en nombre aussi important. Elles s’étaient radicalisées sur une série de problèmes auxquels elles étaient confrontées en tant que femmes durant la grève, et elles se sentaient parfaitement à l’aise face à ce soutien qui leur arrivait d’autres femmes travailleuses et de femmes du mouvement de libérations des femmes. A la chanson qu'elles avaient déjà composée pour dire leurs préoccupations de femmes en grève, le soutien apporté par les hommes, etc, elles ont vite rajouté un couplet disant quelque chose comme : « Nos sœurs sont venues de Toronto pour nous soutenir dans notre grève ; elles sont venues parce qu’elles nous aiment »! Une semaine plus tard, nous avons organisé un meeting à Toronto pour poser publiquement le problème de la grève dans cette ville, et certaines d’entre elles sont venues pour parler de leur lutte.
C’était important qu’elles se soient déplacées, car on a pu voir alors l'impact de cette grève pour la prise de conscience des militants syndicaux présents dans la salle : certains se sont levés et ont dit que cela montrait bien ce qu’on pouvait faire, sur quoi on pouvait lutter à partir du moment où il y avait une jonction entre le mouvement des femmes et le mouvement ouvrier. Et les grévistes, de leur côté, insistaient sur le fait que c’étaient des femmes qui étaient en grève et que cela posait des problèmes spécifiques. Mais elles montrèrent que par rapport aux quelques hommes de leur boîte qui avaient refusés de se joindre au piquet de grève, elles avaient fait la preuve que des femmes pouvaient être aussi braves que les hommes et que, parfois, elles se montraient même plus courageuses.
Un militant d'extrême-gauche s'est alors levé dans l'assemblée. Il a dit qu'il fallait absolument apporter un soutien à ces femmes qui ne pourraient pas résister seules éternellement. Ce qui était juste en soi. Mais le ton sur lequel il dit cela était un rien arrogant. Et l'une des grévistes lui a dit : « Minute, je ne sais pas où tu étais le matin où les femmes sont venues de Toronto, mais moi je sais que ous étions 400 et que nous avons empêché la police d’entrer de jour-là ». Cela montrait bien la fierté de ces femmes et la confiance qu'elles avaient acquis dans leurs propres capacités de se défendre.
Ça, c’est donc un autre exemple du type de travail de solidarité que nous avons impulsé durant la dernière période.
• Quelles sont vos perspectives pour l’année à venir ?
CANADA
D.G -D’une part c’est de mettre l’accent sur la construction de l’organisation elle-même et de sortir le journal de l’OWW plus régulièrement. Jusqu’ici, il sortait environ tous les deux mois, mais j’espère que cela deviendra un mensuel à partir de l’année prochaine. Nous avons fait nos premières preuves et montré que nous existons, il s'agit maintenant de consolider ce que nous avons entrepris.
D’autre part, nous comptons mener une bataille avant tout sur le thème de l’emploi des femmes. Nous devons lutter en particulier contre la campagne idéologique menée par la bourgeoisie pour tenter de dissuader les femmes de prendre un emploi salarié « à la place des hommes », ce qui implique une campagne d’éducation au sein du mouvement ouvrier lui-même.
Enfin, nous voulons donner toute son importance à l’organisation des femmes encore inorganisées. Le pourcentage de travailleuses syndiquées est en effet très faible au
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Canada, et il y a tout un travail à faire pour que les organisations syndicales prennent cette tâche au sérieux. On l’a bien vu dans une des provinces de l’ouest, la Colombie britannique, ou c’est un groupe de femmes indépendantes qui a commencé à organiser les travailleuses des banques avec un réel succès (c’était la première fois dans l’histoire que les femmes de ce secteur commençaient à se syndiquer). Les directions syndicales étaient très étonnées du résultat obtenu, car elles n’ont aucune expérience danc ce domaine et ne savent pas comment procéder, quelles mesures prendre pour tenter de faire sortir les femmes de leur isolement. Nous comptons donc reprendre en charge la campagne pour l’organisation des travailleuses des banques, dans notre région.
• Quels sont vos liens avec les groupes femmes en dehors d’occasions comme le 8 mars dont tu as parlé, et quelles possibilités avez-vous de vous joindre à des campagnes sur des thèmes spécifiques, comme la campagne sur l’avortement et la contraception qui est un axe d’intervention essentiel pour les organisations féministes en ce moment, tant qu Québec qu’au Canada ?
D.G -Ce qui s’est passé le 8 mars n’est pas fortuit. Le congrès de fondation de l’OWW a établi dès le départ que l’une de nos tâches serait de développer nos relations avec les groupes femmes, car nous pensons que cela peut nous permettre de faire des pas en avant tout à fait importants dans la lutte que nous menons. au sein du piouvement ouvrier sur une série de thèmes liés à l’oppression spécifique des femmes.
Par ailleurs, la question de l’avor lament et de la contraception sont pour nous des thèmes très impor tants. Beaucoup de militantes de l’OWW ont été et sont très actives dans la campagne actuelle car nous pensons qu il s’agit là de droits dé mocratiques élémentaires et nous nous battons pour que ces reven dications soient reprises en charge par les syndicats.
J’ai entendu parler à Londres de la campagne qui est lancée en ce moment au niveau international. Sans pouvoir dire ici ce qui sera décidé, car ce seront les membres de l’OWW qui se prononceront là-dessus et diront si elles veulent la soutenir et y participer, je suis optimiste et pense que la décision sera positive.