Depuis 1988, en Pologne, la pression de l’Eglise pour interdire tout droit à V avortement et à la contraception a été continue. Après maintes avancées des intégristes, ripostes et reports successifs des débats au Parlement, nous sommes dans la dernière phase de l’adoption d’un texte de loi définitif. Jacqueline Heinen, sociologue et membre de l’association Est-à-Venir, qui avait déjà accepté de répondre à nos questions en 1991 *, nous dit quelle est la situation aujourd’hui.
♦ Peux-tu nous rappeler les étapes de cette offensive intégriste ?
Jacqueline Heinen -En 1989, un projet de loi « en défense de l’enfant conçu », à l’initiative de l’épiscopat, a entraîné un début de mobilisation contre ces atteintes aux droits des femmes. Cette mobilisation n’a pas été suffisamment importante pour empêcher l’adoption d’ordonnances restreignant la loi de 1956 (clause de conscience pour les médecins, nécessité pour les femmes de passer devant deux commissions). En 1990, le Sénat adoptait un projet de loi pénalisant de deux ans de prison toute personne ayant contribué à un avortement. De nombreux projets et contreprojets ont vu le jour jusqu’à tout récemment.
La pression de l’Eglise a été telle que les médecins, qui ne sont pas tous, et de loin, des catholiques radicaux, ont adopté dès 1991 un code d’éthique se prononçant non seulement contre le droit à l’avortement mais aussi contre les tests prénataux. Dès cette date, il est devenu quasiment impossible d’obtenir un avortement dans un hôpital, alors que le nouveau règlement ne devait s’appliquer qu’en mai 1992. On ne peut plus obtenir un avortement que dans des cabinets privés, pour des tarifs variables. Les chiffres fournis, dont je ne sais pas s’ils sont fiables, vont en gros d’un mois, un mois et demi à cinq mois de salaire.
Ce vote des médecins a été un premier signe de la pression très forte de l’Eglise. Cela a donné un regain de confiance aux intégristes à l’intérieur du Parlement. Une commission spéciale a proposé un projet de loi en juin 1992, adopté en première lecture au Parlement, qui punit de deux ans de prison un médecin ayant pratiqué un avortement, une femme s’étant auto-avorté ou toute personne ayant apporté une aide pour effectuer un avortement.
Après ce vote, tout le monde s’est dit qu’il n’était plus possible d’aller de l’avant ainsi, d’autant que des débats et des enquêtes ont montré que plus de 60 % de la population était contre ce texte. Le Parlement a désigné une nouvelle commission, pour discuter du texte, constituée d’une part des intégristes et d’autre part des opposants, très minoritaires, aux projets de l’Eglise : des députés venant de l’ex-Parti communiste, quelques députés du groupe de Mazowiecki. Ainsi, Barbara Labuda, représentante du parti de Mazowiecki, est pour le droit à l’avortement mais elle est très isolée dans son propre parti.
La commission a donc adopté un projet de loi qui a durci les propositions précédentes, en introduisant des peines de prison pour usage de stérilet et de RU 486. A ce moment-là, j’étais en Pologne, il y a eu beaucoup de remous dans la presse, d’autant que le RU 486 a été présenté comme une nouvelle pilule ; les journaux ont titré « La nouvelle pilule est interdite », les gens ont traduit « la pilule est interdite ». Il est prévisible que si ce texte est adopté, les pharmaciens l’interpréteront comme tel, d’autant qu’ils subissent fortement la pression de l’Eglise, surtout dans les petits villages.
Tout ceci a donné l’impulsion à une nouvelle mobilisation qui a dépassé le cadre des groupes féministes. Une Fédération sur la question des droits des femmes et du droit à l’avortement, qui existait depuis plus d’un an, s’est mise en place officiellement l’été dernier, elle a désormais un statut officiel. Elle regroupe différentes organisations dont certaines sont encore petites, comme les groupes féministes, et d’autres plus importantes, comme la Ligue des femmes (organisation anciennement liée au Parti communiste), l’Association des femmes protestantes, le planning familial polonais qui s’appelle Association pour le développement de la famille, etc. Au départ, des médecins avaient manifesté leur intention de s'y associer. Avec l’adoption du code d’éthique, ces médecins qui étaient favorables à la diffusion de la contraception, quelle que soit leur position vis-à-vis de l’avortement, ont été déstabilisés et se sont progressivement retirés du projet de la Fédération.
Depuis lors, de nouvelles forces sont arrivées. La Fédération, qui collabore avec Est-à-
Venir et avec d'autres organisations à l'étranger (IPPF -International Planned Parenthood Federation -, Catholics for Free Choice, Association suisse pour le droit à l'avortement et à la contraception), canalise l’aide matérielle que nous pouvons apporter, elle organise des stages de formation pour les sages-femmes, les infirmières, les institutrices, pour toutes et tous ceux qui voudraient devenir formateurs dans le domaine de la contraception. Cela a débouché sur des contacts avec les hôpitaux, les écoles de sages-femmes, d’infirmières, des réseaux se sont reconstitués.
Une campagne de signatures pour un référendum sur la question du droit à l’avortement a été lancée par un comité pour le référendum dans lequel il y a l’Union du travail, un groupe parlementaire minoritaire qui a comme membres Modzelewski, Bugaj, Bujak (un des dirigeants clandestins de Solidarnosc), en alliance avec les groupes féministes, la Fédération et la Ligue des femmes. Cette conjonction de forces très minoritaires dans le Parlement et dans le pays a rencontré un écho fantastique, le comité a récolté plus d’un million et demi de signatures en un mois, ce qui est énorme et qui montre qu’il y avait beaucoup d’individus qui voulaient réagir et s’organiser. Ainsi, beaucoup de comités se sont formés spontanément. Cela dénote une résistance au diktat de l’Eglise. Il est, cependant, important de savoir que les opposants au projet de l’Eglise sont sur des positions très minimalistes, à savoir qu’ils espèrent qu’il n’y aura pas dans la loi l’interdiction des tests prénataux, qu’on évitera la prison pour les femmes et pour les médecins et qu’il n’y aura pas l’interdiction d’une quelconque forme de contraception telle le RU 486, mais cela ne va pas bien au-delà. Dans le projet minoritaire, il y a une clause concernant les indications sociales, mais ce n’est pas là-dessus que se bat la coalition opposée à l’Eglise, dans l’immédiat, elle se bat contre la pénalisation. Sa proposition de référendum aurait pu être déviée par le Parlement qui pouvait poser la question sous la forme : « êtes-vous pour ou contre l’avortement ? ». Là, c’était dangereux : en effet, si deux tiers des gens sont opposés au projet de l’Eglise, cela ne veut pas dire qu’ils se prononceraient pour le droit à l’avortement si c’était formulé comme tel. Quatre cinquièmes des gens sont pour le droit d’avorter en cas de mise en cause de la santé ou de la vie de la mère, 80 % sont pour le même droit en cas de viol ou d’inceste et ils sont encore plus de 50 % sur des clauses sociales, mais le choix en faveur de l’avortement se disperse sur des attendus divers.
La question ne sera pas posée puisque le 7 janvier 1993, les députés ont rejeté la demande de référendum pourtant massive. Le même jour, la Diète a adopté par 213 voix contre 271 et 29 abstentions, un texte de loi moins restrictif que celui de la commission : il interdit l’avortement sauf si la grossesse résulte d’un viol ou d’un inceste, si la vie ou la santé de la
Manifestation féministe en 1990.
mère est en danger, en cas de malformation du fœtus. Les avortements, désormais, ne pourront plus être pratiqués que dans des établissements publics.
Cependant, depuis deux ans que le projet devait être adopté, il y a eu un continuel durcissement des positions aux dépens des femmes. On ne peut donc pas exclure que le projet de la commission avec interdiction du stérilet et du RU 486 ne soit voté en phase finale, après le débat au Sénat. Le nombre de signatures recueillies montre qu’il y a une modification dans l’équilibre des forces au niveau de la population dans son ensemble, cela peut-il se traduire sur le plan politique dans l’immédiat ? Il faudrait une mobilisation bien plus grande pour que les députés qui sont favorables au projet de l’Eglise acceptent de revoir leur point de vue.
♦ Comment cela se passe-t-il actuellement pour une femme qui a besoin d’un avortement ? Est-ce difficile de trouver une adresse, faut-il aller hors de Pologne ?
J. H. -Les femmes, bien sûr, commencent à se rendre à l’extérieur : en Allemagne, en Tchécoslovaquie, dans les Pays baltes ou en Russie. Dans les deux derniers cas, les avortements se pratiquent dans des conditions dramatiques que les femmes polonaises ne connaissaient pas jusqu’à présent. Les deux tiers d’entre elles avortaient dans des cabinets privés, en partie pour les meilleures conditions d’accueil qu’elles ne trouvaient pas dans les hôpitaux, en partie pour des raisons idéologiques, sous la pression de l’opinion publique, « il ne faut pas que ça se sache ». Dans l’ex-URSS et dans les Pays baltes, encore aujourd’hui, cela se passe, la plupart, du temps, dans des centres que les femmes russes, elles-mêmes, appellent des « avortoirs » ou « hâchoirs à viande », où les femmes avortent alignées à huit par salle, sans anesthésie, de manière sanglante. Les femmes polonaises en reviennent complètement traumatisées.
Néanmoins, je crois qu’on trouve encore des possibilités dans le pays, parce que les médecins étaient nombreux à pratiquer des avortements et étaient organisés pour cela. Si le médecin a confiance dans le fait que la femme
Manifestation féministe en 1990
ne le proclamera pas haut et fort -et il y a peu de chances que ce soit le cas -, il le fait. C’est plus difficile dans les hôpitaux que dans le secret du cabinet. C’est vraiment une question tabou dont les femmes ne parlent pas.
♦ Comment cela va-t-il se passer maintenant, puisque les interventions ne pourront avoir lieu que dans les hôpitaux ?
J. H. -C'est difficile à dire. Il faut attendre la formulation définitive de la loi qui aura beaucoup d'importance quant à la réaction des médecins car elle déterminera leur conduite en matière de pratiques plus ou moins clandestines.
En tout état de cause, la situation actuelle témoigne de la capacité de l’Eglise à pousser son projet très loin puisqu’elle avait affirmé sa volonté déterminée d’interdire l’avortement. Elle a marqué beaucoup de points, et pas seulement dans le domaine de l’avortement et de la contraception. Ainsi, les cours d’instruction religieuse ont été introduits à l’école, dans un premier temps de manière systématique mais non obligatoire et dans un deuxième temps de manière obligatoire. Il y a eu des reculs sur la législation des divorces, rendus plus difficiles : cela doit se passer devant les tribunaux régionaux et non locaux, les délais sont rallongés et cela est devenu plus cher.
♦ Comment expliques-tu ce poids de V Eglise ?
J. H. -Beaucoup d’observateurs disent que l’Eglise est maintenant dans une phase de recul par rapport à ce qui était la phase montante antérieure. Ce n’est pas complètement faux parce qu’elle représentait vraiment le pôle de regroupement de l'opposition par rapport à l’Etat largement rejeté ; la période du « nous » qui s’oppose à « eux » est dépassée, le « nous » étant la société civile comprise de manière très large et indifférenciée, par rapport aux « eux » qui était la bureaucratie. Il est apparu de manière évidente qu’il existait des différenciations sur le plan politique au sein de cette société civile, avec les divers partis qui se sont constitués, ce qui ne pouvait pas se produire avant, bien évidemment. L’Eglise ne représente plus le même pôle. Il n’est pas faux de dire, dans une perspective à moyen ou long ternie, comme certains le disent : « elle a mangé son pain blanc, ça va devenir plus difficile , parce qu 'il y a la société de consommation » ou « les jeunes, peu à peu, vont se détourner d’elle ». Mais, dans l’immédiat, cela n’a rien d’évident, pour plusieurs raisons. D’une part, il y a l’histoire. Le rôle d’opposition de l’Eglise remonte bien au-delà de la période Solidar-nosc : un rôle historique, qu'elle a assumé face aux différentes puissances étrangères qui ont occupé la Pologne pendant plus d'un siècle, jusqu’en 1918, date de la formation de la république de Pologne, puis durant la Seconde Guerre mondiale, et à nouveau sous le communisme. L’Eglise a été un pôle de résistance, de préservation de la langue, des coutumes, un étendard national (elle a peut-être été nationaliste, mais pas tout le temps). D’après les sondages, les trois quarts des Polonais disent qu'« elle devrait se mêler de ses affaires » en ce qui concerne l’école ou l’avortement. Malgré tout, il faut une très grande détermination individuelle pour s’opposer de front, nominalement à l’Eglise et beaucoup de gens hésitent au nom de cette histoire, au nom de ce qu’elle a représenté dans le passé.
L’autre facteur concerne l’ensemble des pays d’Europe de l’Est, pas seulement la Pologne. Il y a une perte de valeurs culturelles, sociales, politiques avec cet effondrement du communisme qui est quelque chose d’absolument énorme ; les gens ont été très tentés, sont encore très tentés par le modèle capitaliste occidental. Le temps passe, ils le sont moins parce qu’ils voient ce que sont le chômage, la paupérisation croissante, les différenciations sociales, ils rejettent cela de plus en plus. Mais il n’y a pas de modèle alternatif, culturel, social. Les forces conservatrices s’engouffrent dans ce vide et l'on assiste en Tchécolosvaquie, en Hongrie, en Slovénie, en Croatie, à des offensives idéologiques rétrogrades très importantes.
En Pologne, le chômage est maintenant de deux millions et demi de personnes pour trente-cinq millions d’habitants. On donne le chiffre de 15 % de chômeurs mais quand on enlève l’agriculture privée, qui est largement une agriculture d’autosubsistance, on est déjà à 20 %, avec des régions à 30-40 % ; ces éléments jouent très fortement dans la façon dont les gens sont capables de réagir, de se mobiliser. Ceci explique qu’au cours de ces deux ans, il ait été aussi difficile de polariser les énergies et que l’Eglise ait pu pousser son projet aussi loin.
De plus, s’il y a eu une mobilisation contre les projets de l’Eglise, il y a eu aussi une contre-mobilisation du côté de l’Eglise et de ses supporters. Outre les associations du type Oui à la vie, En défense des enfants non nés, qui ont des attaches internationales et qui existent depuis une dizaine d'années, d'autres associations se sont fondées récemment, notamment Pro-familia. Ce sont donc deux camps organisés qui s’affrontent.
L’impact de l’Eglise hors des grands centres urbains est évidemment très fort. Il est de plus en plus difficile de trouver une contraception. Sous le communisme, il était difficile de se procurer des contraceptifs. L’importation et la production nationale avaient radicalement diminué depuis les années soixante-dix. Aujourd’hui, avec un minimum d’ouverture sur le marché, il y a des possibilités d’importation, un certain nombre de pharmaciens l’ont fait, mais ils sont soumis à des pressions très fortes. Le Planning distribue des contraceptifs de son côté, mais c'est une association qui a des moyens très limités et dont la direction est très bureaucratique. En tout état de cause, ce n'est pas un lieu de détermination politique tel qu’il arriverait à contrer l’Eglise dans son intervention auprès des pharmaciens. Il en va de même pour la Ligue des femmes. En outre, le fait que ces deux organisations aient été étroitement liées au Parti communiste (POUP) limite leur crédibilité.
♦ Comment s’exercent ces pressions sur les médecins et les pharmaciens ?
J. H. -Dans les petites villes, il est assez répandu de mettre des croix sur la porte des pharmaciens et de leur envoyer des commandos. Il n’y a pas nécessairement des bris de vitrines, cela prend plutôt la forme d’un commando qui débarque avec un jeune curé ou des jeunes de groupes intégristes en proférant des menaces contre le praticien et sa famille, par exemple « on n ’acceptera plus votre enfant au cours de catéchisme ». Ici cela prêterait à sourire, pas en Pologne. Les mêmes types de pressions s’exercent sur les médecins ou sur les parents de catéchumènes. Ainsi il y a des femmes qui vont se faire retirer leur stérilet juste avant la communion de leurs gamins parce que les prêtres exigent un certificat médical indiquant que la femme ne porte pas de stérilet. Certains médecins font des faux certificats. Barbara Labuda a été dénoncée par Glemp, en chaire, comme pire que l’assassin de Popieluz-co ; Adam Michnick, qui a des positions prudentes sur cette question mais fermes sur la laïcité, a été dénoncé comme renégat, comme un homme dangereux. Ces pressions s’exercent sur des personnes connues mais aussi sur un paroissien quelconque. Les gens s’indignent mais pour autant les Eglises ne sont pas vides.
L’impact est très grave sur les jeunes... L’éducation sexuelle est nulle dans les écoles, les seuls lieux où l’on en parle un peu sont les paroisses, et ceci de manière tout à fait orientée, bien sûr, en présentant les méthodes naturelles comme seules méthodes admises, avec des oukases terribles sur la sexualité. Cela impressionne les adolescents : lors de la campagne de signatures pour le référendum, les jeunes filles, déjà attentives à ces questions, signaient des deux mains mais les garçons étaient moins prêts à signer. Une telle différenciation entre les sexes n’était pas apparue lors du sondage il y a trois ans. En revanche et de manière générale, les adolescents ont des positions plus rétrogrades que les adultes, et c’est le résultat direct des cours d’éducation religieuse.
♦ Peux-tu dire quelques mots sur les actions de solidarité possibles, ce que vous avez fait ?
J. H. -La première campagne, lancée il y a deux ans, à l’initiative d’Est-à-Venir en relation étroite avec le Planning familial et avec le soutien d’autres organisations, dont la Coordination pour le droit à l’avortement et à la contraception, la FEN, la CFDT et la Ligue des droits de l’homme, a permis certaines initia-
A lire
L ’Avortement en Pologne : la croix et la bannière (Edition L’Harmattan). Jacqueline Heinen et Anna Matuchniak-Krasuska, sociologue à l’Université de Lodz, ont fait une enquête sur la situation de la contraception et de l’avortement en Pologne. Ceci leur a permis de décrire les politiques du régime communiste et la croisade de l’Eglise contre tout recours à la contraception et pour l’interdiction totale de l’avortement. C’est un constat dramatique à lire absolument pour nous persuader de continuer à lutter pour nos droits partout dans le monde.
tives là-bas ; mais c’est grâce à l’aide du ministère de la Santé et du secrétariat aux Droits des femmes que nous avons pu financer des programmes de formation. Des militantes du Planning ont animé des stages de trois-quatre jours dans trois villes différentes de Pologne pour des sages-femmes, des infirmières, des institutrices et d'autres personnes désireuses de jouer un rôle de formateurs dans le domaine de la contraception. La demande s’est élargie, des hôpitaux nous ont envoyé des sages-femmes dans le cadre d’un stage national. De même, des Polonaises sont venues en France suivre des stages auprès du Planning ou d’autres types d’associations qui peuvent leur donner des idées sur la manière de s’organiser là-bas. Nous avons également envoyé des contraceptifs financés par la campagne de solidarité et les ministères ou reçus de diverses entreprises.
D’autre part, nous avons aidé à la publication d’une brochure sur l’éducation sexuelle pour les adolescents, Info-sexo, produite par les mutuelles et le Planning, traduite et un peu adaptée. Elle est vendue à un prix très modique. Une partie sera diffusée par le réseau militant, l’autre par un réseau privé de diffuseurs qui a accepté d’en assumer la responsabilité.
Un centre de planification est en projet à Varsovie, un autre à Lodz, c’est relativement lent et délicat, car pour être efficace, il faut disposer d’un cabinet médical avec un médecin qui puisse prescrire les contraceptifs, il faut une licence, donc de l’argent, du matériel, c’est à cela que nous travaillons.
Nous avons réalisé un sondage sur la contraception qui est maintenant utilisé par la presse pour montrer la faible utilisation des contraceptifs mais aussi le rejet par la population du projet de l’Eglise.
Concernant les programmes de financement, nous craignons ce qui se passera après les législatives en France. Or beaucoup de demandes sont à satisfaire. Nous comptons beaucoup sur la solidarité financière. Un appel est paru dans le Monde du 20 décembre 1992 et nous allons diffuser un nouveau dépliant pour faire connaître la situation.
Dernière minute
:
Le 30 janvier, le Sénat a adopté, à une voix de majorité, le projet de loi voté le 7 janvier par la Diète, qui prévoit quelques exceptions à l'interdiction de l'IVG.
Ce texte doit maintenant être soumis à la signature du président Walesa.
Notes
- * Cahiers du féminisme, n°57, été 1991.
- Le 27 janvier 1992 Propos recueillis par Marie-Annick Vigan