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En France si vous saviez

Préservez l'amour, informez-vous au CACIS

· Cahiers du féminisme, n° 63-64, hiver 1992 - septembre 1993 · p. 35-36 · 1 607 mots

CACIS. Derrière ce nom à la saveur fruitée se cache un très sérieux centre de planification familiale , à Bordeaux : le Centre accueil, consultation, information, sexualité. Mais un centre qui a la réputation d'être « pas tout à fait comme les autres ». Et qui est activement partie prenante du Collectif pour le droit à l’avortement et à la contraception : deux raisons pour les « Cahiers »

de lui rendre visite.

n samedi matin au CACIS. Maryse Tourne, une des animatrices, vient de terminer un entretien pré-IVG. Elle raconte : « Cette jeune fille va avoir dix-huit ans dans quinze jours. Elle ne veut absolument pas en parler à ses parents, sa mère est très sévère. On attend donc la date de son anniversaire, et elle aura son IVG le lendemain. Nous sommes un peu comme des acrobates, ici, nous essayons toujours de trouver des biais... »

Acrobates. Ce mot résume bien la situation de l’équipe du CACIS : acrobates, pour tenter de résoudre au jour le jour les cas plus ou moins difficiles qui se présentent, comme celui évoqué ici. Acrobates aussi, pour réussir à faire fonctionner les multiples activités de ce centre -consultations, prévention, animation -avec des crédits chichement mesurés par les pouvoirs publics, des subventions dont il faut sans cesse demander le renouvellement.

Les débuts n’ont pas été faciles, se souvient Brigitte Tandonnet, médecin-gynécologue : « Le CACIS a toujours été un peu “dérangeant”, mal vu par les gens en place, parce que c ’était une structure trop militante. » Le projet est né vers 1979, de la rencontre entre des habitants du quartier (le Grand Parc, un quartier populaire de Bordeaux), qui ressentaient le besoin de structures d’accueil pour la population, et des associations : le Planning familial, l’Amicale laïque, un foyer protestant, un club de prévention, et bien d’autres. Après plusieurs années de préparation, de démarches, de réunions, ponctuées de difficultés multiples (la DASS faisait blocage), le centre a enfin pu ouvrir ses portes en 1984. Très timidement d’abord, une fois par semaine seulement : « La subvention du Conseil général permettait tout juste de payer une secrétaire médicale à mi-temps et une femme de ménage », précise Brigitte. Pendant des années, l’activité du centre a reposé pour l’essentiel sur le bénévolat militant : « Il a fallu attendre six ans pour que nous soient payées les consultations des mineures, alors que c ’est quelque chose d ’inscrit dans la loi \ » Aujourd’hui, la situation s’est un peu améliorée, le CACIS a réussi à trouver d’autres sources de subventions : le FAS (parce que le centre fait un grand travail en direction des femmes immigrées), l’Agence française de lutte contre le sida (pour les actions de prévention). Il a pu ainsi embaucher deux animatrices à plein temps, mais chaque année, il faut recommencer les dossiers de demandes de subventions : « D ’une

Pochette cadeau contenant un présematif, distribuée par le CACIS dans ses actions de prévention :

« Préservez l'amour, informez-vous ! »

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Pochette cadeau contenant un préservatif, distribuée par le CACIS dans ses actions de prévention : « Préservez l'amour, informez-vous ! »

année sur l’autre, nous ne sommes jamais sûrs de pouvoir continuer à payer les animatrices. »

Pourtant, le CACIS a depuis longtemps déjà fait ses preuves : les jours de consultation (trois fois par semaine maintenant, avec une équipe de sept médecins, quatre femmes et trois hommes), le centre ne désemplit pas. « Le mercredi après-midi, explique Brigitte, ce sont les jeunes, en majorité des dix-sept/dix-neuf ans. Quelques garçons, mais surtout des filles. Elles sont bien ici. Elles préfèrent venir chez nous et attendre une heure ou deux (les consultations sont sans rendez-vous) plutôt que d’aller ailleurs. Elles savent que dès qu ’elles ont un problème, elles peuvent venir. La plupart consultent pour des problèmes de contraception ou de MST. Mais certaines viennent simplement pour parler -de leurs angoisses, des relations difficiles avec les parents... D’autres viennent pour des retards de règles. Dans ce cas nous leur faisons faire tout de suite un test de grossesse et, si elles sont enceintes, nous essayons de résoudre tous les problèmes avec elles : trouver un centre IVG, trouver une solution pour arriver à en parler aux parents quand elles sont mineures, puisque l’autorisation parentale est obligatoire. Si nécessaire, nous proposons une rencontre avec le ou les parents. »

Les femmes étrangères du quartier, elles aussi (des Turques notamment), ont bien investi le lieu : « Elles viennent surtout le lundi, parce que ce jour-là nous ne sommes que deux femmes à faire les consultations, elles se sentent en sécurité. Les maris les ont accompagnées au début, maintenant ils sont rassurés, elles viennent seules. Elles s’installent, elles apportent leur tricot, des biscuits, cela leur est égal d’attendre longtemps. »

Le CACIS est également habilité à délivrer les « attestations de consultation sociale » obligatoires pour les IVG. « Cet entretien est souvent contesté, à juste titre, à cause de son caractère obligatoire. Mais d’un autre côté, fait remarquer Maryse, il y a tant de femmes qui se retrouvent seules face à cette décision -le copain ou le compagnon est rarement là -, elles ont souvent un énorme besoin de parler. Elles viennent ici, elles trouvent un lieu neutre, une personne anonyme auprès de qui elles peuvent déverser leur “trop plein ”. Nous ne sommes pas là pour porter un jugement, nous n ’avons pas à faire pression dans un sens ou dans l ’autre, nous devons simplement être à l ’écoute 2. »

Tout ce travail, immense, précieux, n’est cependant qu’une partie de l’activité du CACIS. Sa « spécificité », c’est l’animation/prévention, notamment en direction des jeunes scolarisés. L’équipe du CACIS est régulièrement sollicitée par des chefs d’établissement de collèges ou lycées pour venir animer des débats avec des classes, sur la contraception, le sida, les MST, etc. Les réactions sont très variables, raconte Brigitte : « Dans certains groupes, la discussion démarre au quart de tour, parce que c ’est leur préoccupation du moment, ils ont été touchés par quelque chose, grossesse, sida..., ils ont besoin d’en parler. Parfois au contraire, c ’est très difficile, l ’atmosphère est pesante. Il faut alors toute l’énergie et l’astuce des animatrices pour les dérider. Pour amorcer le débat, nous utilisons souvent de petites films vidéos, des jeux, des questionnaires. Nous essayons toujours d’introduire une pointe d’humour. On est parfois obligé de séparer les filles et les garçons, quand ces derniers ont tendance à monopoliser la parole en roulant des mécaniques. Lorsque ces animations ont lieu en semaine, dans un lycée voisin, il n ’est pas rare que le lundi suivant, à l’heure du déjeu- deux ou trois élèves viennent nous voir à la consultation parce qu ’elles ont un retard de règles : elles ont compris que c’était ici qu’elles pouvaient venir. »

Visiblement, l’équipe du CACIS n’est pas à court d’idées ni de projets. Lors de notre passage, elle préparait activement une « chasse au Dasi » (sida en verlan), sorte de rallye destiné à sensibiliser les jeunes du quartier à l’usage du préservatif, avec des étapes dans différents centres d’information de la ville et différentes épreuves comme, par exemple, la pose du préservatif.

Toutes ces activités ne vont pas sans soulever quelques critiques, on s’en doute. Maryse et Brigitte se souviennent d’une rencontre avec des parents et des professeurs, dans un lycée où elles étaient venues exposer leur démarche : <r Pendant une heure, on nous a conspuées, traitées de provocatrices, d’incitatrices à la débauche. » Elles ont encore, parfois, des protestations de quelques parents d’élèves, mais, dans l’ensemble, ces animations sont maintenant reconnues et acceptées.

Brigitte, pour sa part, préfère animer les réunions destinées aux femmes plus âgées, les trente-quarante ans, notamment les groupes de femmes en stage de réinsertion. « Avec elles, on aborde tout. La vie... Ce qui revient très souvent, c’est la question des enfants : comment leur parler, comment aborder avec eux la sexualité, les filles et la contraception, etc. Les relations de couple reviennent également souvent dans les discussions. »

L’ensemble de ces activités représente un énorme travail, qui déborde fréquemment de l’emploi du temps officiel des membres de l’équipe. Ils sont souvent sollicités pour des activités le soir, le week-end, etc. Comme le dit Brigitte en riant, « nous ne comptons pas trop nos heures. Tous ceux qui viennent ici le font par choix, non pour gagner plus d’argent ». Toutes et tous ont un passé militant, et encore aujourd’hui, le centre ne fonctionnerait pas sans une bonne dose d’esprit militant. Ce qui montre bien la carence du service public : est-il normal que des activités aussi socialement utiles reposent sur le militantisme, ne soient pas reconnues comme un véritable travail ? Dans n’importe quel autre service de santé, on n’attend pas des médecins et du personnel qu’ils travaillent bénévolement !

Cette rapide présentation ne serait pas complète si l’on ne mentionnait pas un autre aspect de ce militantisme du CACIS : il est l’un des membres très actif du Collectif bordelais pour le droit à la contraception et à l’avortement. A l’occasion de la préparation du procès du commando de la Trêve de Dieu, les médecins du CACIS ont pris l’initiative d’une pétition envoyée à tous les médecins du département, demandant « le maintien d’un cadre législatif qui assure le libre choix des femmes et l’indispensable médicalisation de l’IVG, [ce qui] nécessite une condamnation exemplaire du commando hors-la-loi ».

On ne peut qu’applaudir au travail réalisé par l’équipe du CACIS, en lui souhaitant bonne continuation (et qu’elle ait enfin les moyens de fonctionner correctement !)

Propos reccueillis par A.-M. G.

CACIS

Centre social du Grand Parc Place de l’Europe 33300 -BORDEAUX Tél. : 56 39 11 69

Notes

  1. 1. Les consultations, soins et prescriptions (de pilules notamment), délivrées dans les centres de planification sont gratuites pour les mineur(e)s et les non-assurés sociaux, mais sont normalement payés aux centres.
  2. 2. Cette conception de l’entretien pré-IVG est hélas loin d’être partagée par l’ensemble des structures habilitées à les délivrer. . .

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