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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Rigoberta Menchu : Le prix de la résistance

· Cahiers du féminisme, n° 63-64, hiver 1992 - septembre 1993 · p. 28 · 684 mots

la résistance gifle par les militaires guatémaltèques. « Faute de ressources, nous n ’avons pas été en mesure de nous défendre sur la scène internationale. C’est pourquoi nous sommes aujourd’hui dans la même situation que la France après l ’Indochine et l’Algérie : nous avons gagné sur le plan militaire, mais nous avons perdu la bataille politique », déclara à cette occasion au journal le Monde, le porte-parole de l’armée. Il rendait ainsi un hommage involontaire à Rigoberta Menchu.

En effet, depuis qu’elle a dû prendre l’exil, en 1981, elle est la voix des opprimés du Guatemala sur la scène internationale. Et elle a mené une bataille incessante pour dénoncer la dictature guatémaltèque et pour renforcer les organisations populaires, contre lesquelles, il y a dix ans, l’armée avait « gagné sur le plan militaire ». En quelques années, l’armée avait rasé quatre cent cinquante villages, tué des dizaines de milliers de paysans, et quasiment démantelé les organisations populaires. La rébellion armée fut considérablement affaiblie. Et Rigoberta Menchu, née en 1959 dans un petit village du Quiché, rayé depuis de la carte par les militaires, a vu son père, sa mère et deux de ses frères mourir dans des conditions particulièrement atroces. En septembre 1979, son frère Patrocinio était affreusement torturé avec d’autres jeunes pendant seize jours. Ils furent amenés inconscients, méconnaissables, sur la place du village. Et, devant les paysans rassemblés de force, les militaires arrosèrent d’essence leurs corps et y mirent le feu après un discours sur les méfaits des « idées étrangères subversives ». En janvier 1980, son père, Vicente Menchu, l’un des fondateurs du puissant CUC (Comité d’unité paysanne), mourait dans l’incendie de l’ambassade d’Espagne qu’il occupait avec d’autres paysans pour alerter l’opinion internationale, et qui fut incendiée par l’armée. Quelques mois plus tard, la mère de Rigoberta, qui était également une militante, était arrêtée, torturée et violée dans des conditions effroyables.

« Mon père disait : il y en a qui ont à donner leur sang et il y en a qui ont à donner leurs forces... Cet épisode m’a renforcée encore davantage dans ma décision de lutter », raconte Rigoberta Menchu. Avant ces drames, elle avait déjà toute une expérience de lutte. Dans le livre Moi, Rigoberta Menchu 2, elle explique notamment comment son village s’était organisé pour se défendre contre les incursions de l’armée. C’est en 1979 qu’elle est rentrée au CUC. Elle raconte : « J’ai été chargée d’agir dans de nombreuses régions, et j ’ai commencé à être dirigeante de l’organisation. (...) C’est à cette époque que j 'allais partout. Je descendais aussi sur la côte, mais avec une tâche politique : organiser les gens et en même temps me faire comprendre moi-même en racontant mon passé, en racontant les causes de mon histoire, les causes de toute la douleur que nous subissions. »

Peu à peu, au cours des années quatre-vingt, les réseaux qui avaient été démantelés par la répression ont pu se reconstituer. De nouvelles organisations populaires sont nées. Créée en 1988, la Coordination nationale des veuves du Guatemala (CONAVIGUA) rassemble des milliers de femmes dont le compagnon a été tué par l’armée. Comme Rigoberta Menchu le faisait, ses militantes, qui sont souvent à la tête de familles nombreuses, vont de village en village pour mobiliser les veuves et les organiser. Elles le font au péril de leur vie, car l’armée et les escadrons de la mort continuent à tuer chaque jour plusieurs personnes. Rigoberta Menchu se sent particulièrement proche de ces femmes qui ont vécu une expérience analogue à la sienne. La CONAVIGUA est l’une des seules organisations populaires du Guatemala qui ait ouvert un local public. C’est là que Rigoberta travaillait les rares fois où, ces dernières années, elle a pu rentrer au Guatemala. En novembre 1992, alors qu’elle se trouvait en France, le local de la CONAVIGUA fut cambriolé et dévasté. Rigoberta Menchu voudrait revenir au Guatemala pour y poursuivre sa lutte. L’attentat contre le local de la CONAVIGUA est très probablement une menace qui lui est adressée. En 1993, il faudra rester aux côtés de Rigoberta Menchu !

Arthur Mahon

Notes

  1. 1 . Le huipil est un corsage indien.
  2. 2. Elisabeth Burgos, Moi, Rigoberta Menchu, 1983, éditions Gallimard.

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