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Compte rendu

Féminisme et nazisme

· Cahiers du féminisme, n° 65, été 1993 · p. 37-38 · 858 mots

Féminisme et nazisme époque.

Récusant le mythe d’une « innocence » des femmes due, sinon à leur « nature », du moins à leur exclusion et leur oppression, ainsi que l’idée selon laquelle toutes les femmes auraient été également victimes du national-socialisme, plusieurs intervenantes ont tenté d’analyser les causes, les formes, les motivations d’une participation ou d’un soutien féminins à ce système pourtant éminemment patriarcal.

n décembre 1992, ® le CEDREF de Paris VII a organi-sé un colloque international intitulé « Féminismes et nazisme ». Ce colloque, dont l’initiative revient tout particulièrement à Liliane Kan-del, était organisé en hommage à Rita Thalmann qui, tant par ses travaux que par ses activités d’enseignante et de militante, joue depuis longtemps un rôle fondamental dans la recherche historique et la réflexion féministe sur les femmes, le national-socialisme, le racisme et le sexisme '.

Toutes victimes , toutes innocentes ?

Un premier ensemble de contributions portait sur le rapport des femmes et des mouvements de femmes au national-socialisme dans son liefctziis !

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La femme allemande choisit Hitler.

Toutes victimes, toutes innocentes ?

La femme allemande choisit Hitler

Le national-socialisme a cantonné les femmes dans la « sphère privée » tout en impliquant étroitement cette « sphère privée » dans l’organisation de l’Etat et la mise en œuvre de ses objectifs militaristes, eugénistes et racistes. En même temps, il a fait du « peuple » (au sens « ethnique ») et de la « race » le principe d’une discrimination conduisant à l’extermination des Juifs et des Tziganes, hommes et femmes. La politique sexuelle et la politique raciale du troisième Reich, bien que provenant de la même conception du monde, ne peuvent donc pas être assimilées l’une à l’autre : la « mère » ou la « femme au foyer » « aryennes » pouvaient trouver dans le système nazi une fonction sociale reconnue, un espace d’action et de « pouvoir ». Aussi une analyse en terme de genre de l’univers nazi ne doit pas, a-t-il été souligné, masquer la disparité de la situation de diverses catégories de femmes. Ce type de problématique peut-elle aussi s’appliquer à l’analyse de la condition et de l’expérience des victimes, des hommes et des femmes pris dans la machine d’extermination ? Aux formes des résistances et des oppositions au nazisme ? Telles sont quelques-unes des questions qui ont été posées au cours de ces journées.

Un deuxième ensemble de contributions portait sur le(s) rapport(s) au passé national-socialiste, ce passé dont l’actualité à chaque instant réactive les mémoires contradictoires et les effets idéologiques, politiques voire linguistiques. Quels défis l’interprétation du phénomène nazi pose-t-elle aux méthodes et aux problématiques théoriques du féminisme, à la politique féministe ? Dans quelle mesure les mouvements féministes aujourd’hui sont-ils marqués par ce passé, par le souvenir, le silence ou la culpabilité ?

Sur Vichy et le fascisme français, la recherche féministe est encore très peu développée, tandis que les historiens spécialistes de ces questions ne prennent que rarement en compte la place des femmes et la dimension sexuée 2.

En Allemagne, les recherches sont beaucoup plus nombreuses mais les historiennes ont été absentes des récents grands « débats des historiens » sur la place du nazisme dans l’histoire. Les travaux historiques féministes, et plus encore les représentations cinématographiques ou journalistiques, produisent ou maintiennent des silences ou des confusions propices au relativisme ou au « révisionnisme ». Telles sont les critiques que leur font Claudia Koonz et Liliane Kandel \ L’unification allemande n’est pas pour simplifier la question, ajoute A.-M. Troger : les mécanismes de « culpabilité », d’oubli ou de défense issus du rapport au passé nazi se combinent dorénavant avec ceux issus du rapport au passé stalinien. . .

L’« antifascisme » et le féminisme ne sont pas eux non plus « au-dessus de tout soupçon » : ils ont pu favoriser une interprétation du « fascisme » comme simple avatar du capitalisme, ou du patriarcat, et tendre ainsi à le banaliser. Par ailleurs, la propension à mesurer ou comparer toutes les oppressions, toutes les formes de violence, à l’étalon du génocide des Juifs, manifeste la difficulté à penser la singularité de tout événement et de chaque système d’oppression. Mais la connaissance de la singularité empêche-t-elle une réflexion sur les logiques communes, ou sur la façon dont les violences les plus extrêmes peuvent émerger de la « banalité » du quotidien ?

Au cours de ces journées, il est demeuré, selon moi, pas mal de confusion. Les divergences d’interprétation auraient mérité d’être exposées et confrontées plus explicitement : s’agit-il de questions de méthodes et de problématiques historiques, de conceptions différentes du féminisme, de conflits historiques, d’enjeux de pouvoir ou de légitimation ? Que faire de l’émotion et de l’implication personnelle face à un tel thème ? Quels sont les acquis, quelles sont les questions qui se posent encore ? Pour pouvoir poursuivre le travail et la réflexion auxquels ce colloque incite, dans la perspective (selon l’expression de L. Kandel) d’« un féminisme critique à l’égard des discours patriarcaux mais aussi de ses propres travaux, de son histoire et de ses présupposés », il faudra certainement que les enjeux du débat soient plus explicites.

Claudie Lesselier

Notes

  1. 1 . R. Thalmann est notamment l’auteure de Etre femme sous le troisième Reich , Paris, Laffont, 1981 et l’éditrice de deux ouvrages, Femmes et fascismes et la Tentation nationaliste, tous deux aux éditions Tierce.
  2. 2. Le tome 5 de Y Histoire des femmes en Occident présente un chapitre sur Vichy dû à Hélène Eck. Miranda Pollard, une des intervenantes au colloque, a fait une thèse à Dublin sur les femmes et Vichy, et F. Leclerc et M. Wendling ont présenté leur travail en cours sur les femmes condamnées par les cours de justice à la Libération.
  3. 3. Claudia Koonz, les Mères patries du troisième Reich, Editions Lieu commun, 1989. Liliane Kandel, «Le mouvement féministe aujourd’hui et le national-socialisme », les Temps modernes, mars 1990.

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