Sofie, de Liv üllmann
L’actrice Liv Ullmann était l’invitée d’honneur du Festival du cinéma nordique de Rouen. Outre les très nombreux films qu’elle a tournés avec Ingmar Bergman ou Jan Troell, nous avons eu le plaisir de la première en France de son film, So fie.
Les producteurs qui lui avaient adressé ce roman danois de la fin du xixe siècle attendaient d’elle un scénario. Passionnée par l’œuvre d’un écrivain juif inconnu, Liv décida de passer à la mise en scène. Autant qu’un passage à l’acte pour la comédienne soumise de celui -Bergman -qu’elle appelle, avec ironie, « le génie », ce premier film est pour elle « une histoire du cœur, avec un début, un milieu, une fin », comme lui en racontait sa grand-mère. C’est cette filiation qu’elle revendique, et si elle a choisi Erland Josephson, à maintes reprises son partenaire dans les films d’ Ingmar Bergman, c’est en toute liberté et amitié.
Son héroïne, Sofie, une jeune fille juive soumise, quitte la maison de ses parents pour un mari juif, lointain et pauvre cousin.
Elle réussit à s’évader par la lecture des journaux, et rêve, à un amour de jeunesse. Film sur l’enfermement, dans la famille, dans la morale, matérialisé par des plans fixes où les personnages immobiles et raides semblent échapper au temps. Les hommes, tout autant sinon plus que les femmes, dans le film sont prisonniers.
La réalisatrice en est convaincue : la scène finale où l’héroïne Sofie laisse son fils partir loin d’elle, doit être vue comme une double libération, pour le jeune homme qui devra inventer sa vie, et pour sa mère qui ne vivra plus par procuration.
Ingalo , d'Astis Thor
Ingalo, premier long métrage d’une jeune femme d’Islande, n’a pas eu la chance d’être présenté à Créteil après son passage à Rouen, comme ce fut le cas pour le film de Liv Ullmann.
Pour Astis Thor, la remuante Ingalo, personnage principal de son film, incarne la révolte contre la religion du travail dans la société islandaise. Son film, une fiction sur une jeune femme pêcheur, s’enrichit d’un important travail documentaire sur l’univers de la pêche, sur la répartition du travail dans le pays, entre les hommes et les femmes. La jeune fille bouleverse l’ordre du monde du travail, tout en affirmant le droit des femmes à connaître, de l’industrie de la pêche, autre chose que la monotonie de la chaîne des conserveries. Le jeu des syndicats dans les conflits du travail relève moins de la collaboration de classe, explique Astis, que d’un subtil équilibre de « services rendus », entre les quarante familles qui se partagent la richesse du pays.
Ingalo a obtenu le Grand Prix du Festival de Rouen.
M. S.