La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Marie Pas Claire : Jeunes et féministes

· Cahiers du féminisme, n° 65, été 1993 · p. 26-30 · 3 968 mots

En France si vous saviez...

MAKIE PAS CLAIKE

Jeunes et féministes

Jette tes casseroles, prends la parole !

Plusieurs d’entre vous ont peut-être eu l’occasion de remarquer ; dans différentes manifestations, un nouveau journal féministe au titre original, « Marie pas Claire », vendu par des jeunes femmes. Nous voulions mieux les connaître, nous avons donc rencontré certaines d’entre elles. Elles ont entre dix-sept et vingt-cinq ans ; elles sont lycéenne, informaticienne, ou étudiantes (salariées ou non) en sociologie, en histoire, en sciences politiques, en droit.

C’est à plusieurs voix (onze) qu’elles ont répondu avec beaucoup de chaleur à nos questions sur les siyets qui leur tiennent le plus à cœur.

e groupe Marie pas Claire s’est constitué il y a près de deux ans. Chacune a rejoint le groupe à des dates différentes, certaines l’ont fondé, d’autres sont venues après avoir lu le journal, ou assisté à sa première fête marquée par une série de sketches féministes fort drôles et très insolents. Plusieurs d’entre elles avaient déjà eu une certaine pratique féministe dans le cadre d’organisations politiques (Jeunesses communistes révolutionnaires, Collectif jeunes libertaires). Comme le rappelle Sandrine, une première réunion eut lieu en septembre 1991, après des discussions approfondies avec une amie rentrée d’un séjour prolongé à Barcelone où elle-même avait eu une activité militante féministe. Carole décrit ainsi le climat des premières réunions : « Ce fut assez fantastique. Nous n ’étions pas venues forcément convaincues de l’intérêt de créer un groupe non mixte. Nous étions une dizaine, et ce qui est fou, c ’est que nous sommes ressorties de cette réunion “hystériques ” : nous avions tout découvert, les réunions non mixtes, c ’était génial, il fallait continuer... »

Femmes entre elles

Edwige est arrivée dans ce groupe non mixte après avoir essayé d’avoir des discussions mixtes sur l’oppression des femmes d’abord à Lutte ouvrière, puis au Collectif jeunes libertaires (CJL) mais, à chaque fois, elle s’est heurtée à un discours très dogmatique : « Pour eux, l ’oppression des femmes était une question secondaire et relevait de problèmes petits-bourgeois. De plus, les discussions mixtes sur le sujet ne marchaient pas parce que les mecs faisaient toujours passer cela en fin de réunion ; il y avait toujours de grosses plaisanteries et nous ne pouvions pas aller jusqu ’au bout de nos réflexions... Mais toutes ces questions continuaient de tourner dans ma tête ; j ’avais envie de militer autrement et de discuter de militantisme et de politique avec d’autres femmes. » Emmanuelle, qui a milité elle aussi au CJL, précise : « Nous avons même essayé de créer une commission non mixte, mais quand nous avons parlé de non-mixité, ce fut le tollé général, y compris du côté des filles. Nous mêmes, nous avions beaucoup de réticences au début : cela me paraissait affolant quand on parlait de réunions non mixtes, et pire encore de fêtes non mixtes ; je me demandais comment on pouvait s ’amuser entre filles, maintenant j ’ai compris. » Pour toutes, la non-mixité a été ressentie comme un espace de « convivialité » intense, comme l’explique Carole: « La première réunion est restée gravée dans notre mémoire comme un moment agréable où il n ’y avait pas de problème de prise de parole, chacune respectant ce que disait l’autre. C’est ce qui a fait la force et la solidité du groupe. » Cette liberté a été d’autant plus appréciée qu’elle venait après des expériences syndicales ou politiques souvent frustrantes. Sandrine, militante à l’UNEF, fait le constat suivant : « Dans une réunion où il y a quinze garçons et quinze filles, dix copains prendront la parole, pour une seule fille. Puis, ils nous diront “vous voyez bien que vous pouvez parler, si vous le voulez. . .” Pour les filles, il y a une retenue qui est énorme et flagrante. En outre, le type d’intervention que nous faisons commence souvent par “moi, je ne sais pas, je me trompe peut-être...” Au bout d’un moment, l’impression de participer sans pouvoir influer devient pesante. Dans un cadre non mixte, il n’y a plusr-ces réticences et c ’est formateur. Par la suite, nous pouvons nous réinvestir pleine- ment dans un cadre mixte et au niveau strictement personnel, c ’est très satisfaisant. » Pour leurs copains, la non-mixité a été aussi un problème mais la frustration a changé de camp. Sandrine déclare : « Pour eux, c ’était terrible ; les lendemains de réunion, ils nous posaient des tas de questions : “Qu’est-ce que vous avez dit ? Qu’est-ce que vous avez fait ? Vous n’avez pas parlé de moi ?” Quand ils voient que cela leur échappe, ils ne supportent pas, certains nous ont même proposé d’assister aux réunions sans rien dire ! Le féminisme ne concerne pas seulement les femmes, mais les réunions non mixtes ont une justification. »

Et les mères...

Plusieurs d’entre elles ont rejeté dans un premier temps le discours féministe de leur mère. C’est le cas, notamment, de Sabine : « A quatorze-quinze ans, j’étais à fond contre le féminisme, quand on me parlait du mouvement autonome des femmes, je rigolais, j ’ai même mené une bataille dans les JCR contre les fêtes non mixtes. J’ai plutôt mal vécu le féminisme de ma mère, je ne le comprenais pas ; c 'était son histoire et j ’avais très envie de me démarquer d’elle. Je suis arrivée au féminisme petit à petit. Quand j ’étais gamine, j ’ai subi une tentative de viol que j’ai tue pendant des années ; puis j ’en ai parlé à des copines de mon âge qui ont vécu la même chose, ce qui m ’a permis de dépasser le traumatisme absolu que j’avais subi à ce moment-là et que j ’avais enfoui en moi. Pouvoir en parler entre femmes m ’a fait comprendre que cela pouvait arriver à d’autres petites filles, vu la place des femmes dans la société. Plus tard, il y a eu le problème du harcèlement sexuel. Aujourd’hui, c’est une des bagarres que j ’ai le plus envie de mener. » Pour Prisca également, l’adhésion au féminisme n’a pas été immédiate : « J’ai une mère féministe mais les discours qu ’elle m ’a tenus ne m ’ont pas beaucoup touchée jusqu ’à l ’âge de quatorze ans environ ; j’ai changé d’avis après être entrée en pension. Là, j ’ai complètement changé d’univers, j’ai été confrontée à mes propres expériences, je me suis rendu compte que le féminisme n ’était pas seulement un enjeu dans le rapport de forces entre mon père et ma mère, que cela avait une dimension beaucoup plus large. » Quant à Emmanuelle, sa mère était militante à l’Union des femmes françaises : « Pendant des années, elle m ’a “bourré le crâne” avec cela, et je l ’en remercie. »

Le féminisme d'actualité

Il y a trois ans encore, même si des jeunes femmes pouvaient avoir un certain respect pour la lutte de leurs aînées en faveur de la contraception et de la liberté de l’avortement, peu se sentaient directement concernées par la lutte féministe. Qu’est-ce qui a changé ? Bien évidemment, les menaces directes en France et à l’étranger concernant la liberté de l’avortement, considérée comme un acquis jusqu’alors, mais également un décalage flagrant entre l’idéologie dominante et la vie quotidienne. Sabine parle, quant à elle, de cette « contradiction entre les discours sur le thème “c’est merveilleux, vous les femmes, vous avez tout obtenu, le droit au travail, le droit de faire la guerre dans le Golfe, d’être journaliste, pilote du Concorde, ou première ministre. . .” et la réalité : par exemple, à la faculté, nous sommes 80 % de nanas en filière littéraire, jusqu ’au DEUG les filles sont très nombreuses, en licence beaucoup moins, elles deviennent minoritaires en DEA. On est dans une période où cette contradiction est exacerbée ». Tout cela vient s’ajouter aux violences toujours aussi présentes et intolérables, au chômage qui touche particulièrement les jeunes femmes, etc.

Pour toutes, se revendiquer du féminisme n’allait pas de soi. Sabine rappelle ainsi les clichés qu’elles avaient, elles aussi, dans la tête : « hystériques, mal baisées, frustrées, tartignoles, gauchistes invétérées, excessives, etc. ». Sandrine ajoute : « Nous savions que certaines féministes avaient brûlé leur soutien-gorge pendant les manifs, nous nous doutions un peu que cette image de femmes “hystériques, excessives” était en partie fabriquée. Le MLF a sans doute été autre chose, mais nous n ’avons pas eu accès à une vraie connaissance de son histoire. » Elles ont eu envie de casser cette image et même de se situer dans le prolongement des luttes féministes antérieures, comme nous le précise Carole : « Nous avons eu conscience qu ’il y avait des acquis, un héritage, dont nous profitions, mais pour nous ce n ’était pas suffisant, on était encore loin de la libération des femmes. »

Elles militent et... elles cognent

Le groupe a permis de réfléchir collectivement sur leur quotidien, les agressions diverses, les mécanismes de dévalorisation qu’elles ont subis en tant que femmes dans la société, etc. Pour Edwige, la manière différente dont garçons et filles vivent les ruptures est, en ce sens, très significative : « Une fille, quand elle se sépare d’un mec, se sent abandonnée, alors que lui n ’est peut-être pas joyeux mais il a le sentiment de retrouver sa liberté... On est trop nombreuses à réagir de cette manière pour que cela soit l’expression de notre seule personnalité. Cela renvoie aussi à des facteurs socio-culturels. »

Les Marie pas Claire comptent aujourd’hui une cinquantaine de jeunes femmes dans leurs rangs. Le mode très souple de fonctionnement du groupe permet à chacune de s’y investir selon son propre rythme, d'après la description de Carole : « Nous ne sommes pas une organisation avec des cotisations, ... et du coup, les copines se sentent plus libres de venir ou de ne pas venir pendant parfois trois semaines, parce qu ’il y a les exams, parce qu ’elles font autre chose ; en réunion, on tourne à quinze. » Sandrine poursuit : « Nous voulions rompre avec les modes d’organisation très hiérarchisés, un tant soit peu autoritaires, centralisés. On voulait essayer de s ’écouter sans prendre forcément une liste d’inscrits, on ne tenait pas à avoir les trois postes statutaires, président, trésorier, etc. Evidemment, ce mode de fonctionnement, c ’est souhaitable mais il y a le revers de la médaille, il y a forcément des copines qui s ’impliquent plus, et qui finalement ont une part de responsabilité plus importante, non formalisée mais réelle. »

Vu leur nombre, certaines pensaient travailler en commissions sur des thèmes comme celui de l’antifascisme, des femmes immigrées, des violences, de l’avortement et de la contraception, etc. Une seule commission a vraiment fonctionné, celle sur l’avortement et la contraception, comme nous l’explique Sabine :

« Nous voulons faire un petit dépliant sur l’avortement, la contraception, la sexualité et le sida pour le diffuser en septembre prochain sur les bahuts. Les autres commissions n ’ont pas réussi à fonctionner. Nous avions besoin de nous réapproprier une information, une connaissance, une parole collective ; nous avons eu un peu peur de nous séparer. » Par ailleurs, elles ont tenté avec plus ou moins de succès de s’initier collectivement au Vô Vietnam pour, comme le dit Carole, « apprendre à crier, à courir, à réagir quand on se retrouve par terre bloquée ». Cet apprentissage de l’autodéfense résultait d’un besoin largement partagé : dépasser la 'peur et répondre aux agressions plus ou moins graves que toute fille subit dans sa vie. Sabine témoigne : « Je me suis rendu compte que la tentative de viol que j ’ai subie dans mon enfance, je la subis encore tous les soirs dans le métro, sauf que c ’est moins violent. Mais j ’ai pris conscience que j’étais incapable de filer un coup de pied dans les “couilles” d’un mec. J’ai donc éprouvé le besoin d’un espace militant collectif pour réfléchir sur cette violence. Par la suite, j ’ai découvert avec les copines et dans mes études d’autres champs du féminisme que je ne finis pas de découvrir. Il y a une chose que j ’aimerais bien qu ’on développe, c ’est la discussion collective autour de bouquins de sociologie, d’histoire. On a très envie de réapprendre l ’histoire au féminin. Par exemple, je connaissais Jean Moulin, mais je ne savais pas qu’une femme comme Lucie Aubrac, dont je viens de lire le témoignage, avait organisé plusieurs évasions alors même qu ’elle était sur le point d’accoucher. Qui parmi nous connaît réellement la vie des femmes dans les camps staliniens ? C’est cette mémoire collective que nous avons envie de nous réapproprier. »

Lever les tabous

Si, autour d’elles, le mot de féminisme fait encore peur comme tous les mots en « isme », beaucoup, après discussion, se retrouvent assez rapidement d’accord avec elles sur les discriminations des femmes au travail, sur la nécessité du partage des tâches ménagères, sur l’avortement, etc. En revanche, un sujet est particulièrement délicat à aborder, selon Emmanuelle, c’est celui de la sexualité : « Quand on discute des problèmes de sexualité, les jeunes filles (et ’était aussi mon cas au départ) déclarent “ah, moi non, je n’ai pas de problème, les autres peut-être, mais pour moi tout va bien, j’ai une sexualité épanouie, mon copain c’est le meilleur”. » Pour Sabine, les premiers bénéficiaires de la libération sexuelle, ce sont les hommes : « Par mon éducation, je m ’en suis rendu compte plus vite. Non seulement je n ’ai pas eu de tabous du tout en matière de sexualité, mais j’ai eu une éducation des sens. Si je fais l ’amour, c ’est pour prendre du plaisir, je réagissais donc très violemment si cela ne marchait pas avec un mec. On nous tartine à longueur de journée sur la libération sexuelle... mais il y a pourtant des filles qui vivent une sexualité bidon... et qui évidemment vont chercher en elles-mêmes les causes de cette sexualité bidon en se disant “je suis frigide, c’est normal, pour les mecs, c’est toujours mieux, y compris pour la masturbation... c’est biologique”. Nous avons eu une discussion très importante dans le groupe sur ce thème... C’est difficile d’en parler mais on a tout à y gagner. Dans le canard, par exemple, on a passé un article sur la sexualité avec un encart sur la masturbation féminine. Et si on arrive à faire passer l ’idée que la sexualité, ce n ’est pas subir, on aura gagné. »

De l'individuel au collectif

Une des difficultés vient du refus, pour les jeunes femmes investies dans une relation amoureuse, de faire cohabiter le concept de domination avec les sentiments qu’elles éprouvent, comme l’analyse Prisca : « La notion de classe sociale est plus facile à admettre : on ne vit pas forcément avec son patron. Mais être féministe et reconnaître les rapports de domination entre hommes et femmes a des répercussions individuelles. Quand on s’entend bien avec son mec, on n’admet pas facilement qu’il soit quelque part dominant. Les filles en reviennent toujours à l’amour... » Sandrine complète : « Dans la notion de dominant-dominé, ce qui ne passe pas, c ’est l ’idée qu ’il va falloir créer un rapport de force, assumer une rupture par rapport aux mecs. ~En effet, nous allons chercher le plus souvent notre reconnaissance chez les mecs.

C’est donc difficile de s’opposer à quelqu ’un qui fait partie de notre pôle de reconnaissance, de lui dire “je m’oppose à toi parce que tu m’opprimes”. Notre éducation ne nous prépare pas à apprécier les autres filles comme des amies qui peuvent nous apporter quelque chose mais plutôt comme des rivales potentielles. Finalement, on peut avoir une confidente avec qui s ’épancher quand cela ne va pas et pour le reste, avoir plein de copains c’est beaucoup mieux. Admettre que la reconnaissance peut venir d’autres filles constitue donc un véritable apprentissage. A ce stade-là, on peut assumer la rupture, mais une rupture qui n ’est pas une guerre entre hommes et femmes. » La rupture leur apparaît nécessaire mais les conflits quotidiens sont parfois difficiles à assumer, comme le dit Carole : « La plupart de nos copains ne se vexent pas quand on parle en assemblée générale de féminisme, mais plutôt quand on leur fait remarquer “j ’ai fait la vaisselle trois fois, c ’est ton tour” ; on peut arriver à convaincre les nanas de la nécessité d’un changement, mais avec les mecs, il faudra l’imposer. »

La participation au groupe des Marie pas Claire a insufflé à toutes un sentiment de force extraordinaire. Sabine raconte : « Nous sommes sorties un soir d’une réunion tellement remontées que des mecs se sont moqués de nous en disant “voici le gang des footballeuses”. Je pense qu’ils le faisaient pour nous vexer. Cela ne m ’a pas vexée, cela montrait que nous prenions une force dans le groupe et dans le collectif, nous trouvions une force qu ’individuellement nous ne nous ne sentions pas capables d’avoir. »

L'avenir est à elles

Se retrouver ensemble ne relève pas pour elles d’une thérapie, ainsi que nous l’explique Sandrine : « Nous avons créé un groupe, non seulement pour être ensemble mais pour diffuser nos idées, pour sensibiliser d’autres filles autour de nous. Nous voulons rompre avec l’idée suivant laquelle “elles sont toutes contentes, elles font partie d’une génération qui dit « les soixante-huitards avaient raison mais maintenant, nous vivons bien ». Les lois ne sont pas appliquées, le travail n est pas à faire simplement au niveau législatif, il faut changer les mentalités. Nous voulons que nos idées soient visibles, c ’est pourquoi nous avons sorti un journal, nous avons des apparitions publiques telles les fêtes, des débats. Nous essayons de convaincre en priorité les nanas, mais pas seulement : les mecs aussi. » Le fait de convaincre de passer à l’action, au militantisme, est parfois difficile. Gué-

Marie Pas Claire

Marie Pas Claire - Le journal

Au terme de six mois d’existence du groupe, elles ont voulu rendre visibles leurs réflexions, sortir de leur « cocon ». Elles ont choisi ce titre provocateur pour trois raisons :

-pour faire un anti-« journal féminin traditionnel » (type Marie-Claire, 20 ans, etc.) ;

-par moquerie : c’est un pied de nez à l’adresse du personnage de Marie, Sainte Vierge et pure ;

-par antiracisme : claire, pas claire, la couleur n’est pas l’important.

Elles ne décident pas a priori d’un dossier ou d’un article particulier. Elles fonctionnent plutôt au coup de cœur. L’une d’entre elles écrit un texte sur un thème de son choix ; ce texte est débattu dans une ou deux séances, il est réécrit, relu collectivement, éventuellement modifié : c’est une réappropriation collective.

Le numéro 2 de Marie pas Claire est sorti. Au sommaire, des articles pleins d’humour et hilarants, comme celui d’Evelyn, « Les bons conseils de Séraphine Dada », ou « Il est stressé, faites lui découvrir les joies du ménage ! », d’autres comme l’article de Lolita qui aborde sans tabou la sexualité, avec en prime un petit lexique sur la masturbation féminine, ou encore celui de Sabine sur la drague dans le métro, « Chronique d’une agression ordinaire »,... On ne vous dit pas tout, lisez-le, c’est votre vie quotidienne qui redéfile à travers le regard de jeunes féministes insolentes et qui ont la pêche.

(En vente à la Maison des femmes, 8 cité Prost, 75011 Paris, 20 F + 5 F de port, ne pas mettre d’ordre sur les chèques.)

nolaine se souvient de discussions avec des copines : « Elles disent “oui, je suis féministe, mais j’assure, je peux y arriver toute seule”. Ce passage d’une prise de conscience individuelle à une démarche collective n ’est pas évident, nous vivons dans une société individualiste. »

Elles ont d’ailleurs l’intention de continuer sur leur lancée dans tous les domaines. Evidemment, poursuivre leurs réflexions mais aussi militer, continuer à discuter autour d’elles, sortir leur journal, faire un dépliant « sexualité-avortement-contraception-sida ». Elles viennent de réaliser une expo sur le corps des femmes, qu’elles comptent faire circuler. Elles ont choisi ce thème, précise Sabine, « pour aborder toutes les questions qui tournent autour du corps : les complexes physiques, l’esthétisme, les agressions, le viol, toute l’oppression qui nous semblait liée au corps ». C’est une exposition de photos, de sculptures, de collages, etc. Le groupe des Marie pas Claire est aussi pour elles une source d’inspiration et leur donne l’occasion de redécouvrir leur créativité : « Je galère avec mes photos, mais c ’est super, dans le cadre de ce groupe, je tente des trucs que je n ’aurais jamais fait avant ou ailleurs, raconte Sabine. Nous les femmes, quand on est gamine, on ne nous encourage pas, on nous freine même parfois dans nos découvertes, peinture ou autre... On nous brime, on nous cantonne à la poupée et finalement on n ’ose pas, on

Pogo macho, pogo bobo

Le POGO, vous connaissez peut-être, est une danse qui n’en est pas une : c’est du rock sur lequel on ne danse pas vraiment, on balance les bras et les jambes dans tous les sens. Les Marie pas Claire en ont fait le thème d’un de leurs sketches les plus réussis : spécial rock alternatif pour militants d’extrême gauche. Car, comme elles l'ont observé à de nombreuses reprises, avec ce genre de danse, « au bout de quelques minutes , les garçons sont au milieu à se défouler, à danser en jetant de grands coups de pieds et de poings de manière très virile tandis que les filles, plaquées au mur, essaient, malgré tout, de danser avec un sourire, du genre j’assume ». La satire a fait mouche, leurs copains, même si certains ont voulu théoriser la « valeur défoulante du pogo », ont été interpellés. Désormais, lors d’un pogo trop violent, elles peuvent crier toutes ensembles « pogo macho, pogo bobo », revendiquer le droit à un plaisir partagé.

n’ose plus. Avec le groupe, je suis en train de me lancer dans des trucs où avant j’aurais dit “non, pas moi..., il faut avoir un don, un talent”. Pour les mecs, talent ou pas talent, on leur dit “essaie, mon fils, essaie... ”, même si c ’est une petite chose de rien du tout. »

D’ores et déjà, elles ressentent les effets de leurs actions collectives dans les différents domaines où elles ont une activité militante, que ce soit dans les collectifs antifascistes ou dans leurs organisations politiques et syndicales respectives. Sabine nous donne l’exemple du collectif Ras l’front où elle militait : « Moi étant là, venant d’un groupe féministe, il n ’était pas question, quand on parlait du Front national, d’oublier sa politique en

— 30 -- direction des femmes, ou quand on parlait de militarisation, d’oublier l’ordre moral et l’oppression des femmes. » Sandrine insiste : « Dans les réunions, nous mettons la pression pour qu ’ils aient en tête la lutte féministe, pour que cela devienne un réflexe et qu ’ils ne régressent pas en notre absence en se défoulant deux fois plus. Pour l ’instant, ce n ’est pas vraiment acquis, même parmi nos proches : ils “font gaffe ” alors que ça devrait être naturel. » Carole signale, elle aussi : « Il y a un progrès, des copains écrivent des tracts en n ’oubliant pas de féminiser le texte, même quand on n ’est pas derrière eux... » Beaucoup reste encore à faire.

En tout état de cause, elles ont décidé de prendre le relais de la lutte féministe. Nous les retrouverons donc.

Propos recueillis par Josette Trat et Marie-Annick Vigan

Marie Pas Claire

c/o Maison des femmes 8, cité Prost, 75011 Paris Téi. : 43 48 24 91

Notes

  1. * Les dessins qui illustrent cet article sont tirés des numéros 1 et 2 du journal des Marie pas Claire.

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