Rencontre nationale des CIVG, 31 janvier 1993
Le 1er Avril 1993, les médecins du Centre de Contraception et d'IVG (CIVG) de Colombes reprenaient le travail, après cinq mois de grève1, mais c'est seulement en juillet que les acquis ont pu être considérés comme définitifs. Ils ne constituent pas une victoire absolue, mais les progrès enregistrés, par ces temps de restrictions à tout crin, sont un point d'appui important pour l'avenir des centres d'IVG.
La première revendication portait sur le temps médical disponible, que l’hôpital voulait réduire : à l’inverse, l’attribution de deux contrats à mi-temps, avec maintien de douze vacations, correspond à une augmentation de temps médical de 33 %.
Le statut des médecins du centre n’a été modifié que pour deux d’entre eux (sur six). La contractualisation, sur le modèle du statut de praticien hospitalier (PH) à temps partiel, apporte une rémunération plus décente, mais ne fait pas sortir de la précarité : les contrats sont renouvelables par avenant. Ceux qui restent vacataires continuent d’être payés 60 F de l’heure.
Le statut du centre n’a pas évolué : il reste sous l’autorité du chef de service de la maternité (lequel, au début de la grève, avait fait jouer la clause de conscience après plus de dix ans de responsabilité de ce service), mais son autonomie pourrait être formalisée en lui accordant le titre d’ « unité fonctionnelle » du service. Plus ennuyeux, le CIVG n’a toujours pas été agréé comme centre de planification, en contradiction avec les textes, et l’importante activité de dépistage, de prévention, d’information et de soins en matière de contraception et de MST n’est donc toujours pas reconnue.
Enfin, le centre a obtenu un agrandissement et un réaménagement complet de ses locaux, qui deviennent ainsi fonctionnels, et son équipe para-médicale est au complet pour la première fois depuis longtemps.
Au total, donc, des points très positifs, et des lacunes qu’il conviendra de combler.
Rencontre nationale des CIVG, 31 janvier 1993
Une mobilisation unitaire
Localement, à Colombes et dans les communes voisines, la mobilisation a été aussi unitaire et constante que possible : au coude à coude, on a retrouvé des personnes (surtout des femmes !) qui appartenaient au PC, au PS, au PT, à la LCR, des écolos, des syndicalistes CFDT, CGT, CRC, FO, des mutualistes, des inconnu(e)s de base et des élus, et un raton laveur. . . (une ratonne laveuse).
Le comité de soutien, après un démarrage laborieux, a fonctionné de manière très régulière, dans un esprit de collaboration et de confiance assez étonnant à cette période qui coïncidait avec les élections législatives. C’est sans doute à la qualité de ce travail unitaire qu’on doit la réussite du meeting qui s’est tenu en mairie de Colombes le 9 juin : 120 personnes environ ; beaucoup avaient connu les mobilisations de 1979, voire de 1973-74 et d’avant, et constataient avec effarement qu’on en était toujours « là » ; mais il y avait aussi des jeunes, venu(e)s s’informer des remises en cause de ce qu’elles (ils) considéraient comme un acquis. Il y avait même deux députés... Bruhnes, député PC de Colombes-Gennevilliers, qui a effectivement fait son travail de parlementaire pendant la grève (comme la sénatrice socialiste Seligman) et...Taittinger, un jeune loup de droite fraîchement élu à Asnières-Colombes, qui s’est déclaré entièrement solidaire des objectifs du comité de soutien au CIVG !
Au-delà de cette réunion, il semble que s’est reconstitué à Colombes et dans le nord des Hauts-de-Seine à la fois un courant d’opinion etun groupe militant, qui permettent d’envisager des suites à cette mobilisation d’une ampleur un peu exceptionnelle.
Une lutte à poursuivre , avec des objectifs concrets
Localement, le Comité de soutien a décidé de se maintenir, avec des objectifs généraux : défense du droit à l’avortement et à la contraception, ce qui implique notamment la reconnaissance du rôle des CIVG et que leur soit accordés un statut et des moyens qui les sortent de la précarité et les intègrent enfin dans le droit commun statutaire pour leur personnel médical (c’est déjà le cas pour les personnels para-médicaux). Une déclaration de Simone Veil (à La Vie !) laisse entendre qu’elle devrait prendre des mesures en ce sens : la pression en direction du ministère n’en est que plus nécessaire.
Les objectifs locaux du comité de soutien sont également assez clairement définis : agrément du CIVG comme centre de planification, avec les moyens nécessaires pour reprendre le travail d’information auprès de la population scolaire et des foyers de jeunes travailleurs, ouverture d’une consultation d’orthogénie par une antenne du CIVG à la fac de Nanterre (un groupe d’étudiants s’y est constitué avec cet objectif), et vigilance, car la meilleure garantie de pérennité pour le CIVG de Colombes reste la mobilisation autour de son existence.
Les médecins du CIVG de Colombes ont, par leur détermination, fait la démonstration que même dans la période difficile que nous traversons, on peut se battre pour le droit à l’IVG et gagner. Par leur travail auprès des médias, par la centralisation des données au moment de la rencontre nationale du 31 janvier dont ils avaient pris l’initiative avec la Coordination nationale pour le droit à l’avortement et à la contraception, par la mobilisation qu’ils ont suscitée autour d’eux, ils ont réussi à mettre en pleine lumière l’épouvantable gâchis qu’est l’application de la loi Veil dans les hôpitaux publics. L’opinion, si on en juge par les réactions des gens dans les entreprises, sur les marchés, reste très favorable au droit de choisir et comprend très mal les carences du service public. Son soutien au CIVG a été très large, dépassant largement le cercle des militants.
Les autres centres d’IVG, notamment à l’Assistance Publique de Paris, ont eu du mal à suivre le mouvement de Colombes. Doute sur les objectifs ? Ou doute sur les chances de gagner ? Il semble cependant que l’acquis de Colombes donne des idées à beaucoup. Mais il ne faut pas croire que cela ira maintenant de soi : la direction de l’AP disait encore très récemment qu’en dehors de directives ministérielles, elle n’avait pas l’intention de généraliser les mesures prises à Colombes. Il reste donc, comme toujours, un seul moyen de parvenir à avancer : de l’audace, de l’audace, etc.
Le ministère Veil n’est pas l’ange tutélaire des CIVG, mais on peut s’appuyer sur les déclarations de la ministre pour aller y réclamer des mesures obligatoires.
Philippe Michaud (comité de soutien)
1 -Voir l'interview de Béatrice Fougey-rollas, médecin gréviste du CIVG de Colombes, dans le n° 63/64 des Cahiers du féminisme (hiver 92-printemps 93), p.37-40.
Une lutte à poursuivre, avec des objectifs concrets
Notes
- Philippe Michaud (comité de soutien)
- 1 -Voir l'interview de Béatrice Fougey-rollas, médecin gréviste du CIVG de Colombes, dans le n° 63/64 des Cahiers du féminisme (hiver 92-printemps 93), p.37-40.