La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Natalité : Gare à l'intox !

Cahiers du féminisme, n° 67-68, hiver 1993 - printemps 1994 · p. 14 · 627 mots

mam -

H wBHl iüi *

HI

1181

DOSSI jEER

Affiche pétainiste pour la fête des mères (1941).

Affiche pétainiste pour la fête des mères (1941)

Dernière minute

17 février 1994 : le gouvernement vient de décider l'attribution de l'allocation parentale d'éducation dès le deuxième enfant à celles (à ceux.,.) qui arrêteront de travailler complètement ou partiellement. C'est l'option minimale mais très significative envisagée dans le rapport Codac-cioni.

Natalité : gare à l'intox !

Le dernier bilan démographique que vient de publier l’INSEE 1 confirme la diminution du nombre annuel des naissances, la réduction du nombre des mariages, le développement du concubinage et la croissance des naissances hors mariage. Ces tendances ont été observées depuis plusieurs années dans tous les pays occidentaux développés, ainsi que l’augmentation du nombre des divorces et des séparations. Dans le même temps, on a assisté à la multiplication des familles recomposées2. Même les familles princières, de Londres, de Monaco, n’échappent plus à l’instabilité ! Pas de quoi inquiéter, mais pour une certaine droite (comme pour l’extrême droite), pour conjurer le « péril » d’un « hiver démographique », la meilleure solution serait une allocation de mère au foyer3 combinée à des mesures fiscales incitatives au mariage.

Certes, la préférence de Colette Codaccioni, députée RPR chargée du fameux rapport (cf. pages 20-22) et, semble-t-il, pressentie pour entrer au gouvernement, va plutôt à une « allocation de libre choix » pour le père ou la mère, sans obligation de quitter totalement son emploi. Mais ce n’est qu’une question de nuances car, par-delà la volonté affichée de concilier travail professionnel et maternité, on reconnaît sans mal la vieille idéologie nataliste et raciste qui a inspiré Pétain en son temps et anime aujourd’hui aussi bien Chirac que Le Pen. Ceux-là en effet n’ont jamais accepté que les femmes sortent de leur rôle traditionnel de mère au foyer et ne se sont pas privés de le rappeler à la première occasion. Aujourd’hui, l’ explosion du chômage et la baisse de la natalité fournissent un prétexte de choix au gouvernement et à sa majorité pour « revaloriser » la famille (aussi nombreuse que possible et française comme de bien entendu) et le mariage, frappé de déclin. Cette campagne devrait culminer au printemps, au moment du débat parlementaire sur le projet de loi-cadre sur la famille présenté par le gouvernement. D’ici là, déclarations, articles et discours alarmistes ne vont pas manquer, Année internationale de la famille oblige ! On manipulera s’il le faut et comme on le fait déjà les statistiques démographiques ; ce que dénonce vigoureusement Hervé Le Bras dans l’interview qu’il nous a accordée (cf pages 24-26).

Il ne faudrait pas sous-estimer l’impact d’une telle propagande en cette période de crise, notamment sur les gommes. L’entreprise Fleu-ry-Michon ne vient-elle pas de faire plébisciter son projet maison de salaire « parental » dans quatre de ses établissements de Vendée, et cela avec la bénédiction de la CFDT locale 4 ! Pour autant, nous ne croyons pas que les millions de femmes présentes sur le marché du travail (occupées ou au çhômage) vont accepter aujourd’hui de rentrer chez elles pour un demi-SMIC, ce qui est sans aucun doute le véritable objectif des mesures annoncées.

En tant que féministes, nous savons bien que les évolutions démographiques actuelles enregistrent de manière différée et indirecte les grands bouleversements qui ont marqué les conditions d’existence des femmes ces dernières années et en particulier leur volonté collective d’indépendance et d’émancipation. Nous serons donc les dernières à les déplorer, même si les mouvements démographiques gardent une grande part de mystère. . .

En revanche, nous serons les premières à défendre pied à pied le droit des femmes à l’emploi, qui -sous couvert de « redressement démographique » -est directement mis en cause aujourd’hui. Là se trouve le vrai danger à coup sûr.

Notes

  1. 1-Bilan démographique 1993, publié par l’INSEE le 9 septembre 1994.
  2. 2-On appelle familles recomposées, celles où un des membres du couple n’est pas le parent biologique d’au moins un des enfants.
  3. 3 -Cf. l’article de P. Juin, président de l’U JP et conseiller national du RPR, publié dans Le Figaro du 9 février 1994 sous le titre «Démographie : la nation en péril ».
  4. 4-Cf Le Monde du 9 février 1994.

Une erreur sur cette page ?