La conférence de la commission féminine du syndicat des services publics
Le 23 septembre 78 se tenait à Bienne, la conférence nationale féminine de la VPOD (fédération suisse du personnel des services publics affiliée à l’Union syndicale suisse).
Le dernière conférence de ce type remontait à 1 950, il y a 28 ans ! 200 dééguées ont pu y discuter des questions suivantes : le droit au travail, pour les femmes ; la protection de la maternité (les femmes ne bénéficient que de 8 semaines de congés maternité en suisse... ! ; la réduction de la durée du travail ; les femmes au sein de la VPOD. Cette conférence, résultat d’un long travail, nous intéresse directement ; nous en rendons compte à travers l’article suivant paru dans la « Presse syndicale suisse ».
En septembre 1976 naissait la Commission femmes VPOD de Genève.
Elle suivait la création de la commission féminine de la CG AS (Communauté genevoise d’action syndicale) qui réunissait des femmes de tous les syndicats du canton de Genève affiliés à l’USS.
A ses débuts, la Commission femmes VPOD (ci-après COF) ne réunissait que quelques femmes syndiquées, conscientes que si le syndicat n’offrait pas aux femmes une structure dans laquelle elles puissent se réunir, discuter de leurs problèmes et s’organiser pour lutter, l’entrée sur le marché du travail ne signifierait pour elles que la double journée. Car dans leur situation de ménagères, de mères de famille et de travailleuses, il est difficile à l’immense majorité des femmes de s’intégrer dans les structures syndicales au même titre que les hommes.
Au début, pour lancer la commission, nous avons conçu une brochure qui reprenait tous les problèmes généraux des femmes au travail (conditions de travail, horaires, salaires, discriminations, maternité, etc.). Après la parution de la brochure, 60 femmes se sont inscrites à la COF, la moitié d’entre elles participent activement et régulièrement. Nous ne voulons pas énumérer toutes les actions que nous avons lancées et menées. Sachons seulement qu’il y en a de deux types : des actions larges, qui s’adressent à toutes les femmes (exemple : mobilisations sur la Maternité de Genève et sur l’avortement), et que nous avons menées avec d’autres groupements (MLF. Centre femmes, Femmes en luttes, etc.) ; des actions spécifiques à la fonction publique : contre la diminution des vacances aux femmes ayant eu un congé-maternité, défenses individuelles, propagande dans les secteurs de travail, syndicalisation des femmes par le biais de la COF, etc. Quels sont les problèmes auxquels nous avons été confrontées et comment avons-nous tenté de le? résoudre ?
Reconnaissance de notre activité dans le syndicat
Nous ne voulions pas que notre activité devienne simplement la « bonne conscience » du syndicat envers les femmes. Nous ne pouvions nous permettre de nous laisser marginaliser. Nous voulions que la commission soit le lieu où des femmes puissent élaborer des propositions d’actions, centraliser l’information et permettre à d’autres femmes de se retrouver et de mieux s’intégrer dans l’activité syndicale. Nous nous sommes battues pour que chaque fois l’activité soit assumée par l’ensemble du syndicat, par les groupes, par les hommes aussi.
Nous avons élaboré une plate-forme sur l’activité et le rôle de la COF, et après discussion de celle-ci, l'assemblée générale de la section a élu une représentante de la GOF au comité de section. Mais avoir une déléguée ne suffit pas. Encore fallait-il qu’elle soit écoutée. Et ça n’a pas été tout seul : parler double journée, maternité, discriminations au travail, prise en charge des enfants ou avortement ne va pas de soi dans un syndicat -, on a souvent à considérer ces problèmes comme secondaires et n’ayant pas d’incidences sur les conditions de travail de tous.
Participation des femmes à l’activité de la commission
Il ne suffit pas de mettre sur pied une structure féminine pour que tous les problèmes soient résolus. En effet, la disponibilité des collègues varie selon les situations : célibataires ou mariées, avec ou sans enfants, travaillant à plein temps ou à mi-temps, enseignantes ou infirmières. Toutes ces situations rendent les réunions de femmes difficiles, car la participation a beaucoup de chances d'être irrégulière. Le danger est que celles qui sont le plus disponibles prennent le plus de travail en charge et soient au courant de tout, les autres arrivant difficilement à s’intégrer et à prendre des responsabilités.
Nous avons donc tenté de concevoir des structures qui permettent à chacune de participer selon ses possibilités.
Les assemblées générales ont lieu environ toutes les trois semaines et sont placées à un heure où les femmes ayant des enfants peuvent se libérer. Nous essayons de mener le plus souvent possible des discussions de fond (syndicat, avortement, assurance maternité), car nous avons pu observer que si l’on discute de manière trop administrative, la fréquentation des assemblées générales diminue. Un certain temps reste cependant réservé à des discussions sur l'activité concrète de la COF. La participation aux assemblées générales varie entre 20 et 30 personnes en moyenne.
La permanence est ouverte une fois par semaine et a deux rôles principaux : 1 ) régler l'activité administrative courante et préparer les assemblées générales; 2) permettre à des femmes de venir s’informer sur l’activité de la commission et du syndicat (comme structure d’accueil) et recevoir des femmes ayant des problèmes professionnels ou personnels. Suivant les semaines, la fréquentation de la permanence varie entre 3 et 1 2 personnes.
Les groupes de travail font le travail en profondeur. On tente de creuser les problèmes, de proposer la ligne à suivre, d’élaborer des revendications, et aussi de mieux connaître la situation des femmes dans la fonction publique. Il existe actuellement deux groupes de travail : l’un sur les conditions de travail des femmes dans la fonction publique à Genève élabore une brochure sur les différents statuts et les revendications générales ; ce groupe s’occupe également du problème de la protection de la maternité. L’autre groupe travaille sur l'éducation des filles, pour accroître le niveau de conscience des enseignantes et des mères de famille quant à l’importance des modèles de comportement transmis par l’école. Il va également éditer une brochure sur ce thème.
Unité d’action
Depuis le début de notre existence, nous avons été amenées à nous déterminer quant à la collaboration avec d’autres groupes, qu’ils soient mixtes ou non. Une première action a été entreprise avec des femmes au MLF contre la suppression des avortements après douze semaines à la Maternité de Genève : nous avons ensuite continué de travailler avec d’autres groupes pendant la campagne sur l’initiative des délais.
Il nous semble très important que des commissions féminines syndicales puissent mener des actions en commun avec d’autres groupes de femmes. Pouvoir débattrê démocratiquement des problèmes que les femmes se posent est aujourd’hui important ; le syndicat doit être présent dans ce débat, avec sa connaissance des problèmes des femmes travailleuses, mais il doit aussi pouvoir bénéficier de l’expérience d’autres groupes. Seule cette unité d’action fera avancer la situation de la femme, et en particulier de la femme au travail.
Commission femmes VPOD de Genève.
Motion concernant la protection de la maternité
Considérant :
— que la protection de la maternité est une vieille revendication du mouvement syndical, réaffirmée lors du congrès de l’USS en 1 975 ;
— que la maternité est une fonction sociale et qu’elle ne doit plus être assumée uniquement par les femmes et la famille, mais qu’elle doit être prise en charge par l’ensemble de la société ;
— que l’introduction d’un congé parental permet un début de prise en charge des tâches jusqu’ici traditionnellement réservées aux femmes et va dans le sens de supprimer un facteur de division entre les travailleurs et les travailleuses ;
— que la protection de la maternité n’est pas seulement une affaire de femmes et concerne l’ensemble des travailleurs ;
La conférence des femmes considère que l’initiative pour une protection efficace de la maternité n’est qu'un premier pas vers l’abolition des discriminations à l’égard des femmes. En conséquence, la VPOD doit prendre en charge dans ses activités les revendications telles que le droit à l’emploi, à la formation professionnelle, la diminution du temps de travail, le droit à l’avortement, à la contraception, le développement d’équipement collectif (garderies, crèches, etc.).
F. Arbert, La Chaux-de-Fonds ; Ch. Leimgruber, Genève ; S. Longoni, Berne ; A.-M. Marchetti, Neuchâtel ; A. Menoud, Lausanne ; P. Pedrina, Berne ; P. Peter, Berne ; P. Ramseier, Berne ; T. Thévenaz, Genève ; Ch. Zanetti, Tessin ; V. Zimmermann, Berne ; S. Zulauf, Bienne.