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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

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Table ronde : Des militantes de commissions femmes font le point

· Cahiers du féminisme, n° 7, décembre 1978 - janvier 1979 · p. 19-24 · 4 345 mots

Josette : « Ce ne sont plus les mêmes femmes qui viennent à la commission, elles sont plus spontanées et plus prêtes à bousculer certaines attitudes figées du syndicat. »

Je travaille dans une administration où il y a plus de 50 % de femmes et parmi elles, plus de 50 % dans les petites catégories. Le syndicat le plus important par le nombre de ses adhérents et par sa présence, c’est la CGT. L’existence de la commission femmes remonte à bien longtemps, on parlait de la commission femmes au même titre que les dix autres commissions qui pouvaient exister dans le syndicat, et on avait plutôt tendance à y poser les problèmes des femmes en terme d’un certain aménagement de la double journée de travail.

La première initiative, vraiment intéressante, qu’elle a eu, c’était en 72-73 au moment des premières mobilisations en faveur de l’avortement, et au moment même où un groupe femmes se créait sur l’entreprise. Le syndicat CGT, par l’intermédiaire de la commission femmes, a organisé une réunion publique sur les questions de la maternité, de la contraception et de l’avortement. Elle a connu un énorme succès, et la participation de nombreuses femmes qu’on ne voyait jamais aux réunions. Après cette initiative, un peu sans lendemain (il y avait d’énormes réticences à aborder dans la section d’autres problèmes que ceux de la naissance, la question de l’avortement était tabou et heurtait...), des femmes de la CGT ont tenté à plusieurs reprises de reposer le problème de la commission, mais cela ne s'est concrétisé qu’il y a deux ans !

A partir de ce moment là, la commission femmes s'est réunie, mais toujours de manière très régulière. Elle se heurtait sans cesse à certains militants du syndicat, qui avaient peur qu’on aille trop loin, qu’on aborde des questions qui n'avaient, selon eux, rien à voir avec le syndicat, l’avortement par exemple. Je crois qu’ils se rendaient compte de la poussée des femmes sur l'entreprise. Ils n’avaient pas envie de heurter frontalement les femmes syndiquées, mais ils n'étaient pas du tout persuadés de l’utilité de la commission femmes.

Une des premières préoccupation de la commission, ce fut les conditions de travail des secteurs qui réunissent principalement les femmes, c’est-à-dire les pools de dactylos. Nous avons d’ailleurs mené une petite action couronnée de succès à propos de la suppression d’une de leur prime, et du coup cela a affirmé le rôle de la commission femmes par rapport au syndicat.

L’an dernier la commission femmes a organisé une réunion ouverte à tous sur l’entreprise, sur le thème : femme au foyer, femme au travail, où 25 femmes sont venues, de tous les secteurs de la boîte, donnant matière à une discussion très intéressante. A ce propos, on a dù mener une véritable bataille dans la section pour pouvoir prendre en charge, nous-mêmes, la préparation de cette réunion, certains proposaient de faire venir une spécialiste des questions des femmes... Mais pour nous c’était très important de nous adresser nous-mêmes aux autres travailleuses de l’entreprise.

Je dois dire qu’il y a eu une très nette évolution au sein de la commission, nous sommes parties d’une vision un peu restrictive des revendications des femmes et nous abordons maintenant des thèmes plus « idéologiques », que ce soit la question du partage des tâches, ou certains autres aspects de l’oppression. Mais ce ne sont plus les mêmes femmes qui viennent à la commission, ce sont des filles qui ont envie de poser l’ensemble des problèmes qui les concernent, qui sont plus spontanées, et plus prêtes à bousculer certaines attitudes parfois figées du syndicat.

Alice : « Revendiquer d’être respectée en tant que femme »

Je travaille sur un siège social où il y a une majorité de cadre dont 1 /3 sont des femmes. Parmi les autres, il y a une majorité de femmes-secrétaires. très isolées, très atomisées, à l’exception d’un service. Au niveau syndical, la CGT et la CFDT sont actives, mais peu représentées et commence à avoir une tradition d’unité d’action.

Cela fait plusieurs années que la question des femmes a été posée dans la section, mais au départ de manière très idéologique sur le mode du refus, refus du statut traditionnel, refus de diffuser le tract sur la fête des mères, refus de vendre Antoinette, etc. Nous avions le sentiment d’avoir dépassé un certain nombre de problèmes et du coup, on ne prenait en charge aucun problème des femmes. Dans le syndicat nous avons commencé à poser la question des femmes, au moment où se créait le groupe femmes auquel certaines d’entre nous participaient.

Et donc en même temps nous nous sommes mises à réfléchir sur la manière dont cela serait interprété dans la section, sur la manière dont nous étions jusqu’alors intervenues dans le syndicat. Nous avons proposé la création de la commission femmes. Il y a eu un débat en section définissant les moyens d’existence de la commission : elle se réunirait une fois par mois, elle serait mixte en principe, tout en garantissant l’expression des femmes. Cette commission aurait un rôle d’élaboration, de préparation d’un certain nombre de débats, mais il nous apparaissait évident que la section devrait discuter des conclusions et reprendre en charge les batailles revendicatives.

Il nous a semblé, à partir de ce moment que l’atmosphère a changé pour nous dans la section, on nous demandait beaucoup plus de choses, nous avons été sollicitées pour rédiger une tribune dans le journal de la section. Je raconte cet événement parce qu’il me semble très significatif des réactions consécutives à l’affirmation des féministes sur mon entreprise :

Le comité de rédaction, composé de camarades hommes uniquement (simple hasard de la répartition des tâches !...) n’était pas du tout d’accord avec la tribune que nous leur avions remise. Ils ont demandé à l’une d’entre nous de venir s'expliquer.

Nous y sommes allées à trois, ce qui les a complètement surpris. On les sentait très mal à l'aise. Ils ont passé leur temps, à nous expliquer que ce n'était pas un contrôle, mais qu’ils voulaient comprendre... En fait, ce qui leur déplaisait profondément c’était le ton. Ce n’était pas le ton syndical habituel, on y osait parler de l’amour et de la beauté ! Nous n’avons rien modifié sur le fond défendant notre manière de nous exprimer, par contre, nous avons intégré les remarques qu’ils nous faisaient, par ailleurs, sur les ambiguités de quelques formulations. Cette attitude a constitué, pour nous, une rupture. Alors que nous avions toujours l’habitude d’être « grognarde », cette fois ci, nous avions été calmes et décidées !

Juste avant la création de la commission femmes, nous avions pris l’initiative, pour la première fois et en commun avec la CFDT, de diffuser un tract pour le 8 mars 77, appelant les femmes à déposer leurs revendications.

Les principales revendications qui sont apparues furent d’abord la question de la réduction du temps de travail, le problème de la garde des enfants et la question de journées pour établir des contacts parents-école, et enfin, la revendication d’être respectée en tant que femmes, ce qui jusqu’à présent n’était qu’une revendication à proprement parler syndicale !

En dépouillant les réponses, nous avons constaté que c’était les militantes syndicales qui formulaient le plus les revendications syndicales traditionnelles, et les autres femmes qui insistaient sur la nécessité de leur reconnaissance.

Pendant plus d’un an et demi, le fonctionnement de la commission en fut pas très régulier, et du coup nous n’avons pas beaucoup pesé pour que se développe, sur l’entreprise, une campagne sur les principales revendications mises en avant par les travailleuses.

Cette année, nous avons reposé le principe d’un fonctionnement régulier de la commission femmes, même si nous ne sommes pas nombreuses : à la fois pour faciliter les contacts avec d’autres femmes de la boîte, et surtout pour maintenir un cadre permanent d’élaboration qu’on a trop tendance à se laisser grignoter.

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Christine : « L’impossibilité, de fait, de faire fonctionner la commission femmes ».

Je travaille dans un milieu extrêment féminisé, c’est un hôpital psychiatrique où il y a 60 % de femmes sur les 2.000 travailleu (se) rs. La CGT est la principale force syndicale, avec un taux de syndicalisation extrêmement important. C’est elle qui rythme la vie revendicative dans la boîte.

La présence féministe sur l’hôpital a démarré avec l’arrivée d’un noyau de femmes en 75, et compte tenu de la situation des femmes dans l’institution psychiatrique, il y a eu très rapidement constitution de deux groups femmes, l’un pour celles qui bossaient le matin, l’autre pour celles de l’après-midi. Cela a créé un véritable courant féministe dans l’hôpital, qui s’est répercuté bien évidemment dans le syndicat.

Et au congrès de 76, un groupe de syndiquées a présenté une motion sur les conditions de vie des femmes, sur la nécessité, pour le syndicat de se préoccuper de leurs problèmes, et demandant la création d’une commission femmes. Notre motion a donné lieu a un très riche débat de plus de deux heures au congrès. Ce qui nous a le plus surprises, c’est l’intervention d’un camarade de l’union départemental expliquant que les syndicats devaient être aujourd’hui totalement partie prenante du combat porté par les groupes de femmes, et qu’on devait reprendre en charge les revendications qu’elles criaient dans les manifestations. Le débat a aussi porté sur le lien qui devrait exister entre la commission femmes et la commission exécutive.

Tout le monde était tombé d’accord : la commission femmes devait jouer un rôle décisif d’élaboration, de préparation des propositions d’action, mais pour ne pas les marginaliser, ils devraient être repris en charge par la Commission Exécutive afin que l’ensemble du syndicat s’implique.

La première réunion de la commission a été appelée par lettre aux délégué (e) s syndicaux. Elle a réuni une trentaine de femmes et elle a abordé pêle-même toutes les questions auxquelles les femmes sont confrontées sur l’hôpital : condition de travail, inégalités salariales puisque nous nous sommes rendues compte que le montant de la crèche était prélevé sur le salaire des femmes, alors que les allocations familiales étaient portées sur le salaire du mari. Les travailleuses de la crèche nous ont présenté leur plate-forme revendicative où elles mettaient notamment en évidence la nécessité de réunions hebdomadaires avec les parents.

Mais le problème le plus sérieux auquel nous a von; été confrontées, c’est que le noyau de femmes qui a été à l’initiative de la création de la commission femmes a dû assumer, avec d’autres camarades bien sûr, l’intégralité du fonctionnement du syndicat. Pour nous cela a été terrible parce que cela se traduisait par l’impossibilité, de fait, de faire fonctionner la commission femmes.

Je sais que c’est un problème que l’on rencontre très souvent, car en général celles qui impulsent les commissions femmes sont aussi les plus actives dans le syndicat, et on arrive rapidement à être « pompées » par l'activité centrale du syndicat ! Mais si la commission femmes a peu fonctionné, il faut toutefois noter que les problèmes des femmes étaient posés partout. En A. G., dès qu’une grève se profilait on posait d’emblée la question de la participation des femmes, notamment par rapport à la prise en charge des enfants puisque la crèche aussi était en grève. Moi, j’explique la « spontanéité » de ce type de bataille par le fait que beaucoup de femmes étaient investies dans l'activité du syndicat, et aussi parce qu’il y existait tout un courant d’opposition à l’ancienne direction du syndicat sur la question des luttes, des formes de luttes, sur les moyens de garantir la démocratie, etc.

Et enfin par l’existence d’un courant féministe large autour des groupes femmes.

Nous avons été confrontés à d'énormes problèmes syndicaux autour de la préparation du congrès de la section en 78. L’ancienne direction du syndicat a basculé en faveur du courant d’opposition qui défendait des formes de lutte différentes sur la base du bilan extrêmement négatif des journées d’action de la CGT, de son attitude négative pendant les élections, etc. Ces débats ont bien évidemment polarisé la grande majorité des syndiqués et c’était centrale pour notre syndicat. Nous n’avons pas pu reprendre les débats de 76 sur la question des-femmes, il y a juste eu réaffirmation de la nécessité de la commission femmes.

Elle a recommencé à fonctionner depuis la rentrée, beaucoup mieux d’ailleurs, et on a repris les débats sur les revendications, avec, c’est important je crois, une nouvelle sensibilisation sur les questions d’avortement et de contraception.

La commission femmes va proposer au syndicat d’engager une campagne sur ces questions. Elle va rédiger une brochure faisant le point sur l’ensemble des droits des femmes dans l’entreprise (nous nous sommes aperçues, que de nombreuses femmes enceintes ne savaient meme pas qu'elles avaient droit à une heure de travail en moins au bout du troisième mois) préciser la plate-forme revendicative sur la question du droit à l'avortement et les moyens d’une information sexuelle. Par ailleurs, nous pensons prendre contact avec le planning familial de notre département pour qu’il assure une permanence sur l’hôpital.

Babeth : « Il faut tourner l’activité de la commission vers les femmes ».

Moi je travaille dans une des plus grosses entreprises de la région parisienne, où la CGT est le syndicat le plus représentatif, bien qu’il perde de plus en plus de voix aux élections professionnelles, de plus la division syndicale y est extrêmement forte.

La création de la commission féminine a répondu à l’existence d’autres lieux d’organisation des femmes. D’abord le MLAC en 74, puis le groupe femmes (auquel je participais), et qui commençait à avoir un sérieux impact sur le secteur d’employées où je me trouvais. Nous nous sommes également battues pour la création, dans mon secteur d’une commission féminine, ce qui a encouragé dans un autre secteur des militantes a en revendiquer une. Aujourd’hui, il y en a donc deux ! Et malgré une vie syndicale plutôt ralentie (une réunion toutes les six semaines) les commissions femmes fonctionnent bien.

Pourtant le risque de la marginalisation est très grand, car, vu la lenteur du fonctionnement syndical, il est souvent très difficile de faire mettre nos préoccupations à l’ordre du jour. Et après de nombreuses discussions nous avons acquis la conviction que nous ne devions pas uniquement mener une bagarre interne.

Cela ne veut nullement dire que nous sous-estimions la bagarre à mener par rapport aux camarades hommes qui dirigent le syndicat.

La préoccupation de faire reprendre en charge nos axes de luttes par le syndicat, nous la partageons avec les militantes du PCF. Et la situation minoritaire des femmes sur la boîte la rend de toute façon nécessaire

Mais nous pensons qu’il faut d’ores et déjà avoir une activité tournée vers les femmes : diffuser des tracts de la commission féminine, organiser des assemblées de femmes où l’on puisse discuter du débouché de nos revendications en terme de luttes, etc.

Nous ne voulons pas nous trouver isolées sur la boîte comme ce fut le cas pour la commission femmes travailleuses de la CFDT, qui avait un fonctionnement très fermé, avec dépôt des noms en début d’année et impossibilité de s’élargir même aux syndiquées de la CFDT. Elle a été enterrée au bout de deux ans sous la pression des bureaucrates. Nous, pendant un an, et en liaison avec la commission exécutive, nous avons discuté d’un plan de travail de la commissitn féminine. Nous avons sorti une plate-forme sur les revendications spécifiques des femmes de la boîte, qui a été diffusée au moment de la fête des mères.

Et maintenant les commissions féminines de la CGT organisent des assemblées de femmes pour débattre des revendications et voir comment les obtenir. Les revendications que nous avons retenues portent sur la formation professionnelle, les salaires, les congés maternité et le problème de la garde des enfants malades. A l’heure actuelle, il y a une pétition de la CGT qui circule réclamant journées pour la garde des enfants malades, pour e père ou la mère. De ce fonctionnement ce qui me semble très important à retenir, c’est que alors qu’on constate une désyndicalisation et une baisse de l’activité militante, la commission féminine ne piétine pas, au contraire, elles commence à avoir un certain écho, bien que le syndicat dans son ensemble ne favorise en rien son développement. Elle ne cesse de progresser depuis deux ans.

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La mixité des commissions femmes

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Alice :

Je voudrais revenir sur le problème de la mixité. Je crois qu’il est très important de revendiquer le principe de mixité de la commission femmes. Mais nous devons faire attention qu’au nom de ce principe, il n’y ait pas une mise en tutelle de la commission, et son blocage par les bureaucrates.

Dans notre syndicat cela s’est concrètement posé. Deux camarades hommes, dirigeants du syndicat, sont venus assister à la première réunion. Nous avons immédiatement mis les choses au point : soit leur participation n’était pas formelle, et ils devaient s’impliquer dans toutes les tâches et le travail de la commission, soit ils n’y participaient pas, parce qu’on n’avait pas besoin d’être contrôlées. Cette réaction, nous pensons qu’elle a été extrêmement positive si l’on ne veut pas aboutir à une sorte de paralysie de la commission.

Christine :

A propos de paralysie, il faudrait réfléchir plus sérieusement sur la nécessité d’être volontariste pour faire vivre les commissions femmes. Dans la plupart des cas, elles ont été impulsées par des militantes combatives, qui s’impliquaient dans tous les problèmes du syndicat. J’ai d’ailleurs l’impression que partout où les commissions femmes démarrent et commencent à vivre réellement, cela correspond à un courant combatif d’ensemble dans le syndicat, qui se définit par si volonté de mener des luttes plus combatives, qui insiste sur l’organisation démocratique du syndicat, sur l’importance des décisions des travailleurs et des travailleuses. C’est cela qui commence à modifier le rapport des femmes au syndicat et donc leur investissement sur d’autres problèmes que leurs revendications. C’est pour cela qu’il faut être très attentives à ne pas laisser s’enliser les commissions femmes. Parce que nous avons pu constater, qu’à chaque réunion de la commission femmes, on ne se retrouvait pas que le noyau féministe convaincu. Il y avait des femmes de l’hôpital préoccupées par leurs problèmes de salaire, par la question du week-end, du mercredi. Cela nous obligeait à avoir les pieds sur terre et à prendre en compte des problèmes.

La plupart des femmes qui viennent à la commission femmes se disent : « On va pouvoir parler de nos revendications et déterminer concrètement ce qu’on peut faire. »

Il est aussi important de souligner que, malgré une diffusion très large à l’ensemble des syndiqué (e) s des jours de réunion, nous nous retrouvons la plupart du temps qu’entre femmes. Et on a souvent l’impression en sortant de la réunion, que nous n'aurions pas pu discuter de la même manière s’il y avait eu des hommes. C’est vrai que cela change notre manière de débattre, cela a été très sensible dernièrement sur les problèmes liés à l’avortement.

Corinne :

Pour nous aussi, c’est la même chose, nos réunions se font aussi entre femmes, et en fait nous avons aussi le même type de discussions que nous pourrions avoir dans un groupe femmes.

Commission femme ouverte et/ou assemblées de travailleuses

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Christine :

Nous avons eu un débat très important sur l’ouverture aux non-syndiquées. Certaines copines disaient à juste titre que les femmes se syndiqueraient à partir du moment où le fonctionnement dynamique de la commission femmes commencerait à rendre attractif le syndicat lui-même. Mais là se pose un sérieux problème, car si on propose en permanence l’ouverture de la commission femmes aux non-syndiquées, cela peut aboutir à une totale marginalisation de la commission par rapport au syndicat. En effet la reprise en charge par la Commission Exécutive des propositions de la commission femmes poserait inévitablement problème. Pour les syndiquées, à la différence des non-syndiquées, la CE est un organe de décision qu’ils ont élu, et qui représente un lieu de centralisation des débats et des initiatives du syndicat. Si l’on ne tient pas compte de cela, on peut arriver à une activité parallèle à celle du syndicat, qui ne l’oblige pas forcément à reprendre en charge les revendications des travailleuses.

Par contre nous sommes tout à fait favorable à ce que les commissions femmes organisent en liaison avec la CE, des assemblées sur tels et tels problèmes des travailleuses de l’hôpital.

Josette :

Je suis assez d’accord avec cela, d’autant que je ne pense pas que les commissions femmes puisse s’élargir très rapidement sans un travail en profondeur du syndicat. Qu’on le veuille ou non, la commission femmes apparaît comme une structure du syndicat, c’est -à-dire une structure militante. Je pense que la masse des femmes sera d’abord sensibilisée en venant à des assemblées de travailleuses où elle pourront débattre de leurs revendications.

Corinne :

Je voudrais un peu nuancer ce que vous avez dit sur l’ouverture aux non syndiquées, et pour moi, elle soulève tout le problème des relations entre le/ les syndicats et les travail -leu(se)rs de l'entreprise.

Notre expérience, il est vrai, est très différente parce qu’il y a une tradition de fonctionnement en inter-syndical avec la CFDT, y compris pour les commissions. Et elles sont en permanence ouvertes à tout le personnel. Ce fut bien évidemment le cas pour notre groupe de travail syndical. La participation des non-syndiquées n’a jamais posé de problèmes, bien qu'il était très clair que les syndicats CGT et CFDT devaient reprendre en charge les objectifs définis par la commission.

Je suis d'accord avec votre souci d’éviter la marginalisation de la commission femmes, mais je ne crois pas que l’ouverture des commissions femmes en soit la cause.

Et de ce point de vue, on ne peut pas poser cette question, sans la mettre en rapport avec l’histoire du syndicat sur l’entreprise et le type de liens qu’il a tissé avec les travailleurs et avec les travailleuses.

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Babeth :

Je suis bien d’accord avec toi, et il faut en plus tenir compte de la réalité du syndicat.

Sur mon secteur et sur ceux que je connais, la plupart des femmes ne se sentent pas à l’aise par rapport au syndicat. Et leur proposer d’emblée de participer à la commission femmes ne me parait pas évident. Je pense d’ailleurs que les Femmes se retrouvent davantage dans le groupe femmes, parce qu’elles le ressentent plus comme un lieu à elles, où elles peuvent dire ce qu’elles veulent.

Sans souvent bien l’analyser, elles ressentent le poids de la bureaucratie syndicale, et cela se traduit par un sentiment d’extériorité, une sorte de dépossession du syndicat.

Et moi, je pense que la première bataille à mener, face à cette situation, c’est de pousser le syndicat à prendre en charge les revendications des femmes, à développer des initiatives. Cest sur la base d'actions massives qu’on se trouvera confronté à la question de l’unité d’action, que ce soit avec la CFDT, ou même avec les groupes femmes. Je ne crois pas qu’il faille faire un à priori de l’ouverture aux non-syndiquées, ou de l’inter -syndicale.

Dans mon coin la CGT a fait des tas d’erreursf elle a été tellement dure, qu’elle a rebuté des tas de femmes, qui, bien qu’en accord avec nos préoccupations, ne viendront pas à la commission féminine.

Pour le moment il n’y a que des militantes à la commission féminine, pour moi, c’est très révélateur de la manière dont le syndicat s’est comporté par rapport aux femmes.

Marie :

A propos de l’audience des commissions femmes, cela me fait penser à ce qui s’est passé au centre de St-Denis (S.S.), qui est une concentration d’à peu près deux mille travailleuses. Pendant deux ans, le planning familial a animé, en liaison avec le comité d’entreprise (sur proposition de la CGT et de la CFDT), tout un travail sur la contraception, l’avortement, le divorce. Ils ont sorti des plaquettes, fait des permanences, et un jour ils ont proposé la diffusion de films sur l’immeuble. Il y a eu 700 femmes qui ont assisté à cette projection. Ce qui est un énorme succès. Pour le 8 mars, cette année, le collectif femmes de l’UD avait proposé que la CGT organise le même type d’initiative. Or à cette réunion ne sont venues que 50 femmes. Pour moi. c'est très révélateur des rapports qui existent aujourd’hui entre les femmes et le syndicat.

Féministes et révolutionnaires

Christine :

Je crois, qu’en tant que militantes rév Jutionnaires, nous avons une responsabilité énorme dans la CGT aujourd’hui. La 6e conférence femmes de la CGT. et les conférences femmes régionales qui ont suivi ont montré à quel point s’exprimait la prise de conscience des femmes. Nous devons nous battre sans répit pour quelle se concrétise par l'organisation des femmes dans le syndicat, pour quelles puissent réellement y peser et imposer la prise en charge de leurs revendications. Or le compterendu de cette conférence n’a pas eu assez de publicité dans la CGT. Le rapport de Moynot n’a été diffusé que dans « Le peuple » et chacun sait que ce n’est pas suffisant !

Marie :

Moi, je crois maintenant que le principal problème auquel nous sommes confrontées, c'est pas tant la bataille pour la nécessité des commissions femmes, — le principe en est acquis aujourd'hui dans la CGT — et c'est le problème sur lequel toutes les commissions femmes achoppent aujourd’hui : comment arriver à traduire en terme revendicatif la combativité que manifeste les femmes sur leurs problèmes. En d'autres termes : quelles luttes et comment les mener ? Sinon on en reste à des débats très généraux, et rien ne change C'est pour cela que c’est plus facile de proposer des commissions femmes au niveau des UL et des UD. En un sens c’est plus satisfaisant, on a des débats souvent très riches et très intéressants, mais en fait on ne les concrétise pas. Par contre dans ta boîte, c’est bien beau d’avoir une commission femmes, mais si on ne débouche pas sur des luttes, on peut toujours raconter ce qu’on veut, au bout d’un certain temps, cela passe au-dessus de la tête de bien des femmes...

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