Danielle Debourdeau (connue de beaucoup sous le nom de Barbara) a disparu le 13 juillet. Elle était connue et appréciée, de ses collègues de travail comme de ses camarades syndicalistes ou membres de la LCR. Elle avait assumé de nombreuses responsabilités au sein de notre organisation, dans sa section de Dijon, à la direction de la région Bourgogne-Franche-Comté et au comité central. Malade depuis quelques années, elle n’avait pourtant cessé de se battre. Le 16 juillet, une foule de parents, d’amis et de camarades lui a rendu un dernier hommage au cimetière de Marsannay-la-Côte. Nous reproduisons ici l’intervention de Jean-Pierre, son compagnon. (Texte publié dans Rouge n° 1600 du 28 juillet 1994.)
Danielle nous a quittés mercredi, des suites d’un cancer qui l’avait atteinte il y a deux ans. Elle a combattu le mal avec la dernière énergie et, bien que se sachant en sursis, elle ne s’est jamais apitoyée sur son sort. Elle a refusé, jusqu’au dernier moment, d’inquiéter ses proches. Danielle était une combattante !
Elle se retrouvait dans Che Guevara, qui disait : « Celui qui lutte peut perdre, celui qui ne lutte pas a déjà perdu. »
Danielle ne s’est jamais non plus résignée au malheur et à la souffrance des autres.
Elle est restée, toute sa vie, fidèle à une ligne d’action qui avait ses racines chez les ouvriers et ouvrières des filatures, de Japy, de la « Peuge » de Sochaux, la plus grosse usine de France, où son père avait travaillé, avec ces milliers d’autres, venus -comme elle le disait -« de partout et de nulle part », engraisser les coffre-forts de quelques-uns.
Adolescente, comme toute sa génération, elle fut profondément marquée par la guerre d’Algérie. A l’indépendance, à son grand regret, on lui refusa de partir y enseigner. Elle s’occupa, alors, bénévolement, après son travail, de l’alphabétisation des immigrés.
Sa préoccupation restait la même que celle qu’elle avait comme institutrice : essayer d’armer intellectuellement ceux qui auront à affronter la vie. Une vie pas particulièrement rose pour la majorité des enfants en difficulté dont elle s’occupait.
Passionnée de psychologie de l’enfant et de pédagogie, elle milita à l’Institut coopératif de l’Ecole moderne (mouvement Freinet) dont elle fut, dans les années soixante, responsable départementale.
Syndicaliste dès l’Ecole normale, elle participa à toutes les actions de défense quotidienne des personnels.
A la FEN, puis à la FSU (moins qu’elle n’aurait voulu, avec sa maladie), elle anima la tendance Ecole émancipée, dont elle fut responsable départementale peu après 68. Sa dernière activité publique fut l’accueil, à Chenôve, en mai, dé la marche nationale « AC ! », « Agir ensemble contre le chômage et les exclusions ». Restée fidèle aux révoltes de sa jeunesse, elle aimait rappeler que sa première participation à une action collective fut, en 1960, la grève déclenchée par les normaliennes à la suite de sanctions prises par la direction contre celles qui étaient sorties en ville « sans bas ou socquettes... les jambes nues ! »
Profondément convaincue que les femmes, dans une société structurée par le patriarcat, n’avaient pas la place qui leur était due, féministe avant l’heure, elle fut, sur Dijon, une des initiatrices du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, puis des groupes de femmes en lutte.
Elle aspirait à une société débarrassée de l’exploitation de l’homme par l’homme, de la dictature du profit, à une société d’hommes et de femmes debout, conscients, solidaires, maîtrisant mieux leur destin.
Elle ne voyait pas les choses à l’échelle de l’Hexagone, mais à celle de la planète, au seul niveau, pour elle, où la guerre, la faim, le chômage, l’oppression raciale, sexuelle, de génération, pouvaient être définitivement éradiqués.
C’est cette intime conviction qui lui fit rejoindre, il y a trente-deux ans, la Quatrième Internationale. Se retrouver aux côtés des quelques milliers de militants qui, dans une quarantaine de pays, partageaient le même idéal, lui a toujours paru cohérent avec ses aspirations. Elle a donc, dans ce cadre, travaillé sans relâche, à convaincre, à éduquer, à organiser. Elle a participé à la construction de la Ligue communiste, puis de la LCR (qui est la section française de cette Internationale), où elle a exercé des responsabilités au niveau de la direction locale, de la direction régionale Bourgogne-Franche-Comté, du comité central.
Elle était franche et directe, entière, déterminée, rigoureuse, optimiste.
C’était une femme de conviction et d’action. . . une militante !
C’était notre camarade. . .
C’était ma compagne. . .