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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Cinéma d’elles

Femmes berbères à Douamenez

· Cahiers du féminisme, n° 70, automne 1994 · p. 49 · 932 mots

Douarnenez

Le dix-septième festival de cinéma de Douarnenez , consacré traditionnellement aux peuples minorisés , avait, cette année, pour thème, les peuples berbères, nomades ou sédentaires1. Comme à l'habitude, une large part était consacrée aux femmes, à travers films, exposés et débats.

Peut-être encore plus que pour d’autres peuples, ces « femmes d’Islam » constituent un groupe minorisé propre à l’intérieur de ce peuple, même si les Berbères dans leur ensemble rejettent avec force l’idéologie islamiste. Elles se retrouvent souvent prises en tenaille entre les islamistes dont elles refusent les règles de vie et un pouvoir qui, bien que prenant, en apparence, la défense des femmes « émancipées », ne répond pas en fait à leur attente. Le cinéaste René Vautier {Le vent des Aurès) résumait bien le problème lorsqu’il « avouait », lors d’un débat, comment il avait filmé toute l’histoire du FLN, pendant et après la guerre, et comment il s’était arrêté de filmer lorsqu’à la fin des hostilités, les héros du Front étaient rentrés chez eux pour célébrer des mariages traditionnels avec des jeunes femmes à qui on n’avait pas demandé leur avis, par peur de nuir au parti qui venait de libérer l’Algérie de l’occupant français.

La diversité des situations vécues par les peuples berbères éparpillés sur plusieurs Etats entraîne forcément une diversité de modes de vie et d’expériences chez les femmes berbères. Plusieurs films et documentaires, ainsi que des témoignages de personnes présentes rendaient compte de cette diversité.

Avec « Goulili » (« Dis-moi ma sœur ») de Gisèle Kirjner et Inger Ser-volin (Iskra, 1991), est évoquée la lutte quotidienne des femmes sahraouies réfugiées au plus profond du désert pour échapper à la colonisation marocaine après avoir combattu l’occupant espagnol. Dans les camps, presque exclusivement peuplés de femmes et d’enfants, les hommes ayant été tués ou faits prisonniers, ces femmes de tous âges s’organisent pour vivre, travailler, étudier. Les jeunes partent étudier dans les pays qui les acceptent, pour devenir médecins, enseignantes, journalistes. Ici, pas de voile, on y parle à visage découvert, de la vie quotidienne, des tortures subies lors de la Marche verte lancée par le roi du

Maroc pour envahir le Sahara occidental, de l’espoir aussi de voir un jour la communauté internationale reconnaître la souveraineté de l’Etat Sahraoui. Tout ça autour du thé, « notre champagne », dit une étudiante, parce que, versé de très haut, il mousse dans les verres.

Même liberté d’expression pour l’héroïne de « La fille des sables », de Sylvie Banuls et Peter Heller (Film-Kraft, 1991), qui explique qu’elle a quitté son mari, qui ne lui plaisait plus, en emportant, comme c’est l’usage, la tente de peau et tout ce qui s’y trouve, laissant à son ex-époux une natte et un récipient pour la cuisine. Sous la tente, les femmes discutent entre elles du bonheur, des hommes, de la sécheresse qui menace en permanence de transformer leur vie en cauchemar. Malgré une liberté de mœurs certaine, leur vie cependant peut vite devenir difficile ; ce sont elles qui subissent en premier les conséquences des sécheresses qui ravagent régulièrement les régions habitées par ces Touaregs aux confins du Niger et du Mali. Alors, les hommes s’en vont pour tenter de ramener des villes les plus proches quelques éléments de subsistance, et ce sont les femmes qui font vivre le camp, en attendant parfois un retour qui n’a jamais lieu. Ambivalence des sentiments par rapport à l’école qui éloigne les enfants du campement, en en faisant peu à peu des étrangers à leur propre culture.

Dans « Badis », film hispano-marocain de Mohamed Tazi (1989), deux jeunes femmes venues d’horizons différents se retrouvent dans un petit village à la frontière de l’enclave espagnole du Maroc. L’une, femme d’un instituteur acariâtre qui s’est volontairement exilé là, pour soustraire sa femme aux tentations de la grande ville (Casablanca) apprend à lire à l’autre, fille d’un pêcheur local, excombattant de Franco. L’ombre de la forteresse espagnole de Badis plane sur le village. Lorsque la jeune fille tombe amoureuse du soldat chargé de la corvée d’eau tous les matins au puits commun, tout le village se ligue pour se débarrasser du jeune homme. Sous le prétexte avoué de protéger la jeune fille, chacun l’espionne et la convoite secrètement. Hypocrisie d’une société mâle qui fait semblant d’agir au nom de l’ordre moral pour mieux garantir ses privilèges. Les deux jeunes femmes, peu à peu devenues inséparables, décident de fuir ce monde étriqué où elles ne peuvent trouver leurs places. Leurs destins, par le seul fait qu’elles refusent de se couler dans le moule qui leur est réservé, se rejoindront à la fin, tragiquement. On retrouve ce thème de la solitude féminine dans le très beau film franco-tunisien de Fitouri Belhiba (1989) « Regaya » (« Cœur nomade »).

Le documentaire « Femmes d’Islam » de Yamima Benguigui (1993) montre comment, dans les diverses terres d’Islam, les hommes ont utilisé l’argument religieux pour légitimer leurs privilèges, limiter les droits des femmes, imposer le mode de vie qui leur convient.

A Douarnenez, l’actualité algérienne brûlante n’en était qu’un exemple extrême de plus. Plusieurs intervenantes, notamment de Radio-Beur et de Pluri-Elles Algérie (dont Sanhadja, qui s’est déjà exprimée dans les Cahiers, et qui venait de rentrer d’un séjour d’un mois sur place), apportaient leurs témoignages sur les horreurs quotidiennes et les menaces qui pèsent sur les femmes algériennes aujourd’hui, lorqu’elles décident de choisir un mode de vie qui ne correspond pas à celui décidé pour elles par les islamistes. Prises en tenaille entre le gouvernement et le FIS, leur sort est de plus en plus cauchemardesque.

Françoise O’Benn

Notes

  1. (1) Dans Rouge du 29 septembre 1994, nous avons reproduit l’essentiel de deux déclarations adoptées par les nombreuses associations présentes dénonçant les massacres perpétrés parmi les Touaregs et revendiquant les droits des berbères à leurs langues et à leur culture.

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