soit tion travail notée pour 1994 par l’INSEE*, les derniers chiffres du chômage, pour l’année, sont incontournables : 26 700 personnes de plus sont « demandeurs d’emploi »‘. Il faut d’ailleurs préciser que ce sont les femmes qui sont les plus touchées : « En fait, c ’est surtout la situation des hommes qui s’améliore (104 000 [chômeurs] de moins en un an, alors que le chômage des femmes, lui, a encore beaucoup progressé (113 000 de plus) en 1994 »2. La campagne électorale va-t-elle enfin permettre de débattre des solutions envisagées par les différents candidats pour combattre ce fléau qui n’a rien de naturel ? Il y a fort à parier que la majorité d’entre eux va cultiver l’art du camouflage, cherchant à nous faire prendre « des vessies pour des lanternes », le partage du chômage pour le « partage du travail », formule suffisamment ambiguë pour masquer des logiques radicalement différentes.
La droite, à travers Balladur notamment, préconise (ce n’est pas nouveau), le développement du « temps choisi », en clair du temps partiel... imposé, pour les femmes en particulier. Les chiffres de l’INSEE sont là encore fort révélateurs : « Sa part [celle du temps partiel] dans la population active est passée de 13,9 % en décembre 1993 à 14,8 % fin 1994. Désormais, 28 % des femmes ne travaillent pas à temps plein (contre 4,7 % des hommes). » Le débat sur la réduction du temps de travail n’a rien d’académique lorsqu’on sait que la France compte officiellement 3 329 000 chômeurs (en données corrigées) 5 et que les ressources des chômeurs sont très faibles : « Selon l’UNE-DIC, 82 % des chômeurs indemnisés touchent aujourd’hui moins de 5 000 francs par mois en moyenne. Sur les 4 millions de personnes inscrites à l ’ANPE, 40 % ne bénéficient d ’aucune allocation au 31 décembre 1993. (...) Près de 500 000 jeunes de moins de vingt-cinq ans inscrits auprès de l’Agence nationale pour l ’emploi ne bénéficient d 'aucune allocation »(\
Il y a urgence !
Des mesures d’urgence s’imposent donc pour répondre aux besoins des chômeurs mais pas seulement. A travers le débat sur la baisse du temps de travail et les conditions dans lesquelles elle s’opère, ce sont des projets de société à plus long terme qui sont en cause. Il s’agit de savoir comment va être utilisée l’augmentation de la productivité du travail gagnée sur le dos des salarié(e)s. Va-t-elle servir à gonfler les profits financiers comme dans la dernière décennie, à aggraver le chômage et les conditions de travail, à culpabiliser les femmes qui travaillent, à les inciter toujours plus à prendre un temps partiel et à supporter seules le poids du travail domestique ? Ou bien, va-t-elle enfin permettre d’avancer vers une société plus égalitaire où l’ensemble de la population pourrait bénéficier des droits élémentaires indispensables pour exercer sa pleine citoyenneté : droit au travail et au logement, droit à la santé et à l’éducation, droit au loisir. Ce sont ces questions qui sont à l’ordre du jour.
C’est pourquoi les Cahiers du féminisme ont décidé d’apporter leur contribution à ce débat fondamental en bénéficiant des travaux antérieurs de chercheur(se)s et militant(e)s, dont certain(e)s ont participé au colloque du GEDISST7 intitulé « Partage du travail, partage du temps et rapports sociaux de sexe », en novembre 1994, et/ou aux activités d’AC ! (Agir contre le chômage !), de la réflexion et de l’expérience de militantes des télécommunications et du commerce.
Notes
- 1-Michel Godet, quant à lui, dénombre plus de 240 000 chômeurs en 1994 ; en effet, les emplois créés ne sont pas des emplois à temps plein et durables, cf. Le Monde du 7 février 1995.
- 2-Cf. Le Monde, du 4 février 1995.
- 3-Cf. Le Monde du 2 février 1995.
- 4-Cf. Politis, la revue, n° 9, «Des pistes pour l’emploi ».
- 5-Cf. Le Monde du 1er février 1995.
- 6-Cf. Le Monde du 12 février 1995.
- 7-Groupe d’étude sur la division sexuelle et sociale du travail, rattaché au CNRS.