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Enquête sur les jeunes : Des filles qui s’activent

· Cahiers du féminisme, n° 74, automne 1995 · p. 20-23 · 3 255 mots

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En France, si vous saviez. ..

Enquête sur les jeunes

Des filles qui s’activent

La jeunesse n’est plus ce qu’elle était. Elle dure. Plus longue mais aussi plus difficile et plus chaotique, elle ne suit plus le même itinéraire que les précédentes générations. Déjà le modèle de la famille traditionnelle, le mariage en particulier, avait vacillé sous l’impact de Mai 68 et de l’émergence du mouvement féministe. Restaient, jusque dans le milieu des années soixante-dix, des étapes qui s’enchaînaient sans heurt : école, diplôme, emploi... Aujourd’hui ce schéma ne marche plus non plus. Les étapes s’inversent, se chevauchent, passent et reviennent. Les expériences se font et se défont. Le chômage est passé par là. Mais il n’explique pas tout. La trajectoire des jeunes filles, par exemple, est aussi profondément marquée par un changement des mentalités et des comportements. C’est ce qui ressort de l’enquête de l’INSEE, « Les trajectoires des jeunes : transitions professionnelles et familiales »', publiée en août 1995 et menée auprès de jeunes âgés de 15 à 29 ans.

Quelle oie après l'école... ?

L’école n’ouvre plus automatiquement -et immédiatement -la porte à un emploi. Deux chômeurs sur cinq ont moins de 30 ans. C’est toute la jeunesse qui s’en trouve bouleversée : durée des études, départ du domicile des parents, indépendance financière, vie en couple, mariage, enfants... La période de transition entre l’adolescence et l’âge adulte est de plus en plus longue. On reste jeune plus longtemps. Tout simplement parce qu’être adulte c’est avoir les moyens de s’installer dans la vie et que cela devient de plus en plus difficile. Les chiffres extraits de l’étude de l’INSEE traduisent bien ces évolutions : il y a vingt ans, un emploi sur trois était occupé par un jeune de moins de 30 ans. Aujourd’hui, un emploi sur cinq revient à un jeune. Entre 1973 et 1994, les risques de chômage se sont amplifiés pour les 15-29 ans, même si le niveau de qualification et de diplôme, l’origine sociale et le sexe ne les mettent pas tous à égalité. Les femmes sont plus touchées par le chômage et subissent davantage la précarité et le sous-emploi : intérim, stages, contrats aidés, temps partiel. . .

L’étude de l’INSEE met parfaitement en lumière le comportement des filles face aux difficultés qu’elles rencontrent. Décrocher un emploi constitue un véritable défi et les obstacles sont, pour elles, démultipliés. Pourtant, leur volonté de poursuivre dans la voie de leurs aînées, de ne pas revenir sur la place prise par les femmes dans le monde du travail depuis quelques décennies, les conduit à faire des efforts pour s’imposer. On pourrait penser que le développement du chômage a un effet mécanique qui conduit à une régression de l’activité féminine. Pas du tout. Les jeunes femmes sont moins inactives2 qu’il y a vingt ans. En 1975, 19 % des moins de 25 ans étaient au foyer. Elles ne sont plus que 8 % aujourd’hui, à égalité avec les

Manifestation contre le CIP

garçons. En 1975, plus de 15 % des filles de 21 ans n’étaient ni à l’école ni sur le marché du travail. Au-dessus de 24 ans, plus d’une femme sur quatre était au foyer. Depuis 1991, parmi les moins de 30 ans, moins d’une sur cinq reste à la maison. Ces données brutes ne doivent pas masquer les disparités qui relèvent du milieu social dans lequel a évolué la jeune fille, de la situation de son conjoint ainsi que de l’âge de sa première maternité. L’influence de l’arrivée du premier enfant est plus forte que le niveau du diplôme acquis. Avoir un enfant avant 24 ans accroît fortement la probabilité d’inactivité. Avoir une mère qui n’a jamais travaillé, un bas niveau d’études ou un conjoint cadre (à condition de ne pas l’être soi-même) sont également des éléments qui renforcent cette probabilité.

L'école, clé d'une insertion professionnelle...

Etre moins inactives ne signifie pas, pour les jeunes femmes, être plus présentes sur le marché du travail. Elles sont surtout scolarisées plus longtemps qu’il y a vingt ans. La progression de la durée des études, si elle trouve aujourd’hui comme explication principale la volonté de mettre toutes les chances de son côté pour trouver un emploi en obtenant un diplôme plus élevé, a précédé la période de forte progression du chômage. Il ne s’agit donc pas seulement d’une alternative au chômage mais aussi d’un moyen de progresser socialement, d’accéder à un statut supérieur à celui des parents. Ce phénomène est d’autant plus important pour les filles qu’elles ont longtemps été exclues du droit à l’enseignement puisque la société jugeait qu’il était inutile de financer les études de celles dont la fonction se situait exclusivement dans la sphère familiale. Le développement de l’enseignement des jeunes filles, y compris dans le supérieur, ces vingt dernières années, confirme à quel point celles-ci considèrent comme définitivement acquise leur place dans le monde du travail. L’immense majorité d’entre elles, en effet, ne vit pas le chômage comme une fatalité qui les ramène tout droit à la situation de leur mère ou grand-mère. Les obstacles ne sont pas un frein et n’entament pas la détermination des jeunes filles à aller de l’avant. En 1994, entre 15 et 29 ans, près d’un jeune sur deux poursuit ses études quand ils n’étaient, en 1975, que 30 %. La progression chez les filles de 20 ans est constante depuis 1975 : près d’une sur trois poursuivait alors ses études, puis une sur deux en 1985 et trois sur quatre en 1994. La poursuite des études après 25 ans est rare, puis-

Une jeunesse plus longue et plus pauvre aussi !, par C. M

Un coup d’œil trop rapide jeté sur la recherche de l’INSEE pourrait laisser une fausse impression sur la vie des jeunes et sur son évolution depuis vingt ans. La jeunesse dure plus. Les jeunes poursuivent leur scolarité plus longtemps. Ils sont moins nombreux sur le marché du travail et moins nombreux à travailler. En 1994, seulement 3 % des jeunes de 16 ans travaillent. Ils étaient encore 25 % en 1979. Qui se plaindra de rester jeune plus longtemps et de voir quelqu’un de 16 ans à l’école plutôt qu’à l’usine ? Pourtant ces évolutions ne peuvent occulter la réalité de cette génération.

Au-delà d’une tendance historique au développement de l’enseignement, les « cursus file d’attente » ou « études-parking » existent pour échapper le plus longtemps possible au chômage. La situation financière du jeune, dépendance ou autonomie, est un facteur-clé de départ ou non du domicile familial, même si toutes choses égales, les filles partent plus tôt que les garçons. Cependant on trouve aux deux extrêmes, chez ses parents, le jeune qui occupe son premier emploi précaire ; et, dans son propre logement, celui qui a un emploi dans la Fonction publique. Ces deux schémas sont faciles mais ne traduisent pas la multiplicité des situations et des comportements qui ne sont pas automatiquement ou immédiatement liés à la situation du jeune vis-à-vis de l’emploi.

La moitié des jeunes sont encore au domicile familial à 23 ans. Le nombre de jeunes de 20 ans vivant chez leurs parents a fait un bond de 22 % entre 1982 et 1992 en même temps que régressaient la vie dans un logement indépendant (-5 %), la vie en couple (-70 %), le mariage (-89 %). Parmi ceux vivant chez les parents, on trouve les étudiants, et les plus pauvres d’entre eux. Un étudiant sur cinq vivant chez ses parents appartient aux 10 % des ménages les plus pauvres. Les femmes, elles, sont en général plus précoces pour quitter le domicile familial et fonder une famille. Cela est d’autant plus vrai que leur niveau de formation est peu élevé. Ceux qui occupent un emploi précaire semblent incités à rester chez leurs parents. Cela est vrai pour les garçons, plus que pour les filles, pour les moins de 25 ans, plus que pour les autres. Ceux, par contre, dont l’itinéraire professionnel est marqué par la succession de contrats précaires ou de périodes de chômage ont tendance à quitter le domicile familial, quitte à revenir si les difficultés s’amplifient. Les relations avec la famille, dans la majorité des cas et des situations, restent fortes : grâce aux aides financières qu’ils reçoivent, ou tout simplement par le maintien de la cohabitation même après l’entrée dans la vie professionnelle. Ainsi 30 % des jeunes actifs continuent à vivre chez leurs parents. Ce phénomène est souvent expliqué par les relations moins conflictuelles, aujourd’hui qu’hier, qui existent entre parents et enfants. C’est sans doute un élément mais il apparaît que les difficultés à trouver un logement, l’incertitude quant à la pérennité de l’emploi ont une incidence sur la cohabitation ou non avec les parents. Il apparaît aussi que ce sont les plus jeunes, ayant moins d’un an d’ancienneté dans leur entreprise, qui restent le plus chez leurs parents.

Il ressort aussi de cette recherche que cette phase d’indétermination de la jeunesse n’est pas possible pour toutes les classes sociales. Plus la famille est aisée, plus le jeune restera « jeune » longtemps. C’est l’inverse qui se produira pour les familles les plus défavorisées où les jeunes ne pourront pas s’accrocher à la poursuite des études pour éviter le chômage. La rupture sera alors brutale et définitive. Restera la rue car ces familles-là ne pourront pas jouer le « devoir » de solidarité que les autres se sont donné !

Reste que, globalement, la situation des jeunes s’est nettement dégradée depuis 1987. En 1994, un ménage sur dix dispose de 2760 F mensuels par personne pour vivre. Parmi eux, 16 % sont des ménages dont la personne de référence a moins de 25 ans. La part des jeunes vivant en dessous du seuil de pauvreté progresse. En 1987, 32 % des ménages de moins de 25 ans figuraient parmi les 10 % de ménages au niveau de vie le plus faible. En 1994, 40 % étaient dans cette situation. La pauvreté en milieu étudiant résulte de la nette augmentation du nombre d’étudiants issus de milieux très modestes. En 1987, 12 % déclaraient avoir rencontré des problèmes financiers, ils sont 20 % en 1994. Mais cette pauvreté qui se développe n’est pas transitoire pour tout le monde. Pour certain(e)s, elle est héritée. Définitive en d’autres termes.

C. M.

qu’on ne compte que 5 % d’étudiants dans cette tranche d’âge, et une progression du nombre de filles. Compte tenu des difficultés accrues de trouver un emploi pour les jeunes filles, c’est sans doute ici la volonté de se protéger du chômage qui joue à plein. A moins qu’elles ne prennent vraiment goût aux études !

Cet allongement de la scolarité conduit à une moindre présence des jeunes sur le marché du travail. En 1995, un jeune de 20 ans sur quatre aura ou cherchera un emploi. Ils étaient trois fois plus nombreux en 1975. Cette baisse constante concerne, jusqu’à 25 ans, les hommes comme les femmes. Le taux d’activité des « jeunes les plus vieux » (25-29 ans) n’a, lui, pratiquement pas changé pour les hommes : depuis 1975, plus de neuf jeunes sur dix ont un emploi ou en cherchent un. Par contre, celui des femmes n’a cessé de progresser, poursuivant ainsi le mouvement entamé par les générations précédentes. Entre 25 et 29 ans, huit femmes sur dix ont un emploi ou en cherchent un. Ce chiffre est en constante progression depuis 1975 où un peu plus de six femmes sur dix étaient disponibles pour travailler. L’activité des femmes de 20 à 25 ans subit une évolution différente. Pour les 20 et 21 ans, elle a progressé jusqu’en 1977 pour diminuer ensuite régulièrement et significativement. Pour les 22 et 23 ans, l’activité progresse jusque dans le milieu des années quatre-vingt pour régresser ensuite assez nettement.

Pour les 24 ans, l’année charnière est encore plus tardive. C’est à partir de 1992 que la chute s’amorce. C’est au profit de l’allongement de la scolarité que l’activité professionnelle des femmes de 20 à 25 ans régresse. Cette régression est tout à fait parallèle à la progression du chômage.

... qui n'est pas un long fleuve tranquille

Si le niveau de diplôme est un élément déterminant pour trouver un emploi, la tendance générale est clairement établie : l’insertion professionnelle des jeunes est longue, difficile, incertaine, semée d’embûches. Un jeune, et a fortiori une jeune, ne passera pas directement de l’école à l’emploi. Il ou elle galèrera. Si la stabilité de l’emploi s’améliore après 25 ans, les plus jeunes vivent, ou survivent, dans la précarité de l’intérim, des CDD, de l’apprentissage, des stages, du temps partiel et du chômage. Les mesures spécifiques prises pour les jeunes dans le milieu des années quatre-vingt (TUC, SIVP, CES) ont eu un seul mérite, cher aux gouvernements : faire officiellement -et très momentanément -diminuer le chômage des jeunes. Il a repris sa progression dès 1990. Pour les jeunes eux-mêmes, il ne s’agissait non pas d’une réelle embellie mais d’une parenthèse de quelques mois entre des périodes de chômage total. En 1994, le chômage des jeunes atteint des sommets. 4 %

des 15-29 ans étaient au chômage en 1975. Ils sont plus de 10 % en 1994. 57,2 % d’entre eux avaient un emploi en 1975. Ils ne sont plus que 39,7 % en 1994. En 1975, les jeunes de moins de 30 ans représentaient 2,8 % du total des chômeurs. Ils en représentent 20,7 % en 1994.

L’écart entre les hommes et les femmes se réduit régulièrement depuis 1975, non pas parce que les femmes chôment moins mais parce que les hommes chôment plus. Malgré cela, la situation reste toujours plus difficile pour les jeunes femmes : en 1994, 11 % des jeunes femmes de 15 à 29 ans sont au chômage contre 10 % des hommes. 23 % des jeunes actives recherchent un emploi contre 19 % des jeunes actifs.

La précarité est la forme d’insertion professionnelle obligée pour les jeunes. Appelée pudiquement « formes particulières d’emploi », elle concernait 8,8 % des jeunes de moins de 30 ans en 1982. En 1994, elle concerne 18,7 % de cette tranche d’âge. Les femmes moins concernées par ces statuts avant 1982, le sont davantage en 1994. Le temps partiel qui, au début des années quatre-vingt, semblait réservé aux adultes, a largement étendu son champ d’intervention depuis. Il progresse peu chez les femmes adultes mais concerne de plus en plus les jeunes. En 1982, 13 % des femmes de 15-29 ans étaient à temps partiel contre 20,2 des femmes de 30-49 ans. En 1994, 27 % des jeunes

Manifestation contre le CIP (photos p. 20 et 23).

femmes mais aussi 27 % des femmes de 30 à 49 ans sont à temps partiel. Si ce type de contrat a progressé dans toutes les populations, les femmes en restent les grandes « favorites » puisqu’il concerne 8,3 % des hommes de 15-29 ans et 2,8 % de ceux de 30-49 ans. Le temps partiel considéré comme sous-emploi, au sens où les personnes concernées souhaitent travailler davantage, ne cesse de progresser, chez les hommes adultes mais aussi chez les femmes adultes, chez les moins de 30 ans plus que chez les 30-49 ans. Les statistiques font en effet apparaître que plus de la moitié de la population des 15-29 ans à temps partiel se considère en sous-emploi (57,8 % pour les hommes et 56,1 % pour les femmes). Même chose chez les hommes adultes à temps partiel : 57,4 % voudraient travailler plus. La proportion des femmes de 30-49 ans dans cette situation est loin d’être négligeable puisque 33,1 % d’entre elles souhaitent aussi travailler plus. Ces chiffres nous éloignent fortement du temps partiel défini comme temps choisi par les intéressées elles-mêmes !

Si depuis 1975, les risques de chômage se sont accrus pour l’ensemble des 15-29 ans, tous ne sont pas touchés de la même manière. Les moins diplômés sont les plus vulnérables. Le taux de chômage cj.es non-diplômé(e)s (aucun diplômfe ou CEP) est passé de 8 % à 35 % entre 1975 et 1994 alors que celui des diplômé(e)s du secondaire (BEPC, CAP, BEP, bac) est passé de 5 % à 19 %. Ces disparités selon le diplôme obtenu sont plus fortes pour les femmes. Un niveau de diplôme bas pénalise moins les garçons. Les diplômes sont donc un atout encore plus décisif pour les femmes. Plus le niveau de diplôme est élevé, plus l’écart entre les hommes et les femmes se réduit. Ainsi le taux de chômage pour les diplômé(e)s du supérieur est de 12 % pour les hommes comme pour les femmes. Il était deux fois plus élevé pour les femmes en 1975 !

Manifestation contre le CIP

Trois pas en avant, un pas en arrière

Cette étude de l’INSEE vient confirmer, chiffres à l’appui, l’impression que chacun(e) peut avoir en voyant évoluer la jeune génération. Les filles se mobilisent sur le terrain scolaire, tout particulièrement dans les milieux modestes, parce qu’elles ont parfaitement conscience du lien qui existe entre le niveau de diplôme acquis et la qualité de l’insertion professionnelle. Il s’agit, en premier lieu, d’avoir sa place dans le monde du travail. Mais ce n’est pas tout. Elles revendiquent d’avoir toute leur place, et leur exigence dépasse le simple fait d’avoir un emploi. L’intérêt et la qualité de celui-ci sont des facteurs-clés pour répondre à leur aspiration à une plus grande autonomie et à vivre en toute égalité avec les hommes. Il serait pourtant trompeur de ne pas pondérer ce constat plutôt rassurant en indiquant qu’apparaît ici un décrochage assez net avec les milieux les plus pauvres. Les jeunes femmes issues des milieux les plus défavorisées, ayant un faible niveau de scolarisation, quittent, comme les autres, le domicile familial plus jeunes que les garçons. Mais c’est en général pour reconstituer leur famille, avec des enfants qui arrivent plus précocément et plus nombreux que dans les autres milieux, les privant, de fait, d’une quelconque chance d’insertion professionnelle. Elles sont plus soumises à l’influence de la situation sociale de leurs parents que les garçons. On constate une légère surreprésentation des demandeurs d’emploi parmi les enfants dont les pères ont eux-mêmes été chômeurs : 1 1 % des garçons sont alors sans emploi mais 20 % de filles. Les familles que se retrouvent dans des situations de crise grave provoquée, par exemple, par le chômage du père accentuent les inégalités entre les garçons et les filles. Les chances de réussite scolaire des filles sont affaiblies et elles sont vite reléguées aux tâches domestiques, d’autant plus lourdes que la situation matérielle familiale est précaire. De plus, les jeunes de sexe masculin semblent mettre à profit ces périodes de chômage pour entreprendre des formations quand les filles, elles, s’occupent davantage de la maison. Malgré ces difficultés accrues, ces jeunes femmes sont toujours recensées comme chômeuses parce qu’elles se considèrent toujours, elles-mêmes, comme des travailleuses privées d’emploi. Elles pourraient, en effet, rompre avec ce statut au « profit » de celui de femmes au foyer renonçant, de fait, à toute perspective d’insertion professionnelle. Mais une question se pose aujourd’hui : compte tenu des difficultés accrues qui vont continuer à exister en matière d’emploi, la trajectoire de ces jeunes femmes, qui est calquée, à peu de chose près, sur celles des générations précédentes, ne va-t-elle pas s’étendre à d’autres catégories, de plus en plus nombreuses, qui se verront, après ces années charnières marquées par une forte insertion des femmes dans le monde du travail, renvoyées à des modes de vie que l’on croyait définitivement révolus ?

Gaëlle Mirabel

Notes

  1. 1. INSEE, «Les trajectoires des jeunes : transitions professionnelles et familiales ». Economie et statistique, n° 283-284, 1995, 3/4.
  2. 2. L’inactivité signifie qu’elles n’étaient dans aucune des situations suivantes : emploi, chômage, études.

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