La SNCF, perçue encore comme un secteur essentiellement masculin, recrute pourtant dans certains secteurs, de plus en plus de femmes. Nous avons rencontré trois cheminotes, syndiquées CFDT avant les développements récents de la crise dans la CFDT, tout df abord Joëlle, et dans un deuxième temps Marle-Jo et Anne. Joëlle, alors secrétaire générale du syndicat CFDT Paris-Est, a quité la CFDT pour SÜD-Rail. Christiane travaille dans une gare parisienne et Anne dans un dépôt de banlieue. Elles ne se sont pas toutes rencontrées mais leurs propos vont dans le même sens : la grève de 1995 a été différente de celle de 1986.
Marie-Jo -Je travaille depuis une vingtaine d’années dans un établissement d’exploitation, dans les bureaux de gestion du personnel, à la gare Montparnasse. Mon bureau gère les personnels qui travaillent derrière les guichets, ceux de la caisse, ceux qui travaillent dans les postes d’aiguillage et ceux de tous les services annexes de la gare.
J’ai été syndiquée pendant quinze ans à la CGT mais j’avais peu de possibilités de militer. Par exemple, je n’avais pas de mandat syndical. Quand je suis passée au collège maîtrise, je me suis syndiquée à la CFDT, j’ai expliqué aux adhérents que je ne comprenais pas qu’il y ait, dans un syndicat, deux organisations différentes, l’une au niveau exécution et l’autre au niveau maîtrise, et que je continuerai à avoir une pratique unitaire avec les membres de la CGT. Je milite dans une Union régionale dont les positions majoritaires rejoignent celles de la Confédération (pro-Notat).
Anne -Je travaille depuis quinze ans à la SNCF, dont un an comme contractuelle. Je travaille au dépôt de Villeneuve, où il y a trente femmes sur sept cents agents. Il y a à peu près trois cents conducteurs, mais il n’y a aucune femme, les autres agents sont sédentaires. Je m’occupe de la solde des conducteurs ; ce secteur est très différent des autres secteurs administratifs chargés de la gestion du personnel (allocations familiales, logement...) qui sont beaucoup moins combatifs.
Je me suis syndiquée très tard, je n’avais pas de culture familiale sur ce sujet et je n’en voyais pas l’intérêt. Je me suis d’abord syndiquée à la CGT, mais j’étais en désaccord sur la question de l’application de la nouvelle grille des salaires de 1992, très inégalitaire. J’ai été aussi choquée par certains propos racistes, par le machisme ambiant. Je suis maintenant syndiquée à la CFDT depuis deux ans, où j’ai beaucoup plus de liberté pour militer, j’ai un mandat de déléguée suppléante. Mon syndicat est animé par des militants de la gauche critique.
Joëlle -Je suis entrée à la SNCF en 1983. Je me sui syndiquée à la CFDT après la grève de 1986-1987. Je suis agent d’exécution travaillant à la réserve, c’est-à-dire que je remplace mes collègues absents dans le secteur de la vente (billets banlieue, grandes lignes, trafic international, etc.). Le syndicat regroupe les sections de la gare, du dépôt de conduite, de l’établissement de contrôle des trains (ECT), l’équipement. La grève a été minoritaire (10 à 30 % de grévistes -chiffres donnés par la direction, exécution, maîtrises et cadres confondus) sur mon établissement. Le taux de grévistes le plus important s’est retrouvé au dépôt et à T ECT.
Marie-Jo -Ma gare regroupe environ huit cents agents et un secteur commercial important (trois cents agents) jeune et féminisé. Quand j’ai débuté, nous avions toutes et tous à peu près le même statut : cheminot(e)s au cadre permanent, c’est-à-dire avec garantie de l’emploi et retraite à 55 ans après 25 ans de service. Il n’existait à l’époque qu’une faible population d’agents contractuels, des étudiants principalement, embauchés le week-end pour faire face à l’augmentation du trafic en fin de semaine. Depuis, les choses ont bien changé. Nous assistons d’année en année à la multiplication du travail précaire : un dizième de cheminots à Montparnasse actuellement est recruté à temps partiel et leurs droits sont bien en-dessous des nôtres... mais leur rentabilité est la même. Ce sont essentiellement des femmes : elles travaillent à temps partiel, soit le week-end, soit quatre heures par jour du lundi au vendredi, elles sont étudiantes, elles ont été chômeuses et sont prêtes à accepter ces boulots précaires. De plus en plus, les postes de huit heures sont supprimés, pour rentabiliser, optimiser au maximum ; il n’est pas rare de voir se transformer des postes de 18 h-22 h en 14 h-22 h, par exemple.
Ces femmes ont souvent plus de trente ans, elles n’auront jamais de statut permanent et ne partiront pas à la retraite à 55 ans comme nous... et pourtant, elles font le même travail. Quant à la possibilité d’avancement... uniquement à l’ancienneté, soit 3 % tous les trois ans. Bonjour le déroulement de carrière ! Il y a eu de nombreux conflits, ces dernières années, sur le secteur commercial où les conditions de travail y sont très dures.
Avec la mise en circulation du TGV Atlantique, le trafic a été multiplié par dix et, régulièrement, au printemps, ce secteur « dépose le bilan » (fait grève) avec comme revendication principale : des effectifs supplémentaires pour assurer un service de qualité dans des conditions moins stressantes. Pourquoi au printemps ? Parce qu’à cette époque de Tannée, le personnel des guichets doit faire face à un afflux de réservations, sans embauche supplémentaire, à l’inverse de Tété (de juin à octobre) où nous embauchons deux cents étudiants environ, pour répondre à la hausse du trafic et satisfaire aux demandes de congé du personnel. La dernière grève, au printemps dernier a duré trois semaines. Leur exigence unique : une équipe supplémentaire (douze agents) pour travailler dans des conditions décentes. Et d’ailleurs, quand le conflit de décembre a débuté, certains venaient juste de rembourser leur dernière grève !
Anne -Il y a beaucoup de conducteurs dans le secteur où je travaille, c’est un milieu assez << macho », bien qu’avec l’arrivée de jeunes, cela évolue un peu. Une partie du personnel féminin travaille à temps partiel. Le nombre de syndiquées est assez représentatif de la proportion de femmes sur le dépôt.
Chez nous aussi, il y a eu des conflits sur les effectifs ; ainsi, en mars dernier, nous avons réussi à sauver un demi-poste de travail. Le secteur de la solde où je suis, peut lui aussi, être stratégique ; si nous ralentissons la gestion de la prime, le chef d’établissement réagira très vite pour ne pas arriver à un conflit avec les conducteurs.
♦ Comment a démarré la grève de 1995 ? Quelles ont été les revendications ?
Marie-Jo -Cette grève n’a pas surgi spontanément. Elle a fait suite à de grands mouvements dans la profession.
-le 30 mars : la plus grosse grève depuis 1979 avec plus de 50 % de grévistes ;
-le 3 1 mai : une grande manif à Paris, rassemblant plus de 50 000 cheminots ;
-le 10 octobre : la grève de la Fonction publique.
Mais aussi, une multitude de conflits locaux, avec partout, les mêmes revendications : insuffisance des effectifs, conditions de travail.
Dès le soir du 10 octobre, s’était posée la question, et après ? L’absence de concertation avec les organisations syndicales sur l’élaboration du contrat de plan 2000, avait déjà nettement exaspéré les cheminots. Le plan Juppé sur la Sécurité sociale et la réforme des régimes de retraite pour la fonction publique a fait le reste. Le 24 novembre fut une grève massivement suivie à Montparnasse, tous collèges confondus. Nous n’avions jamais vu autant de maîtrises et cadres en grève !
D’emblée, la grève évita l’écueil corporatiste, et les grévistes se sont déterminés très vite sur le retrait du contrat de plan SNCF et du plan Juppé.
Joëlle -Au niveau national, un préavis de grève illimitée a été déposé par la CFDT le 24 novembre contre la remise en cause de l’âge de départ à la retraite et le contrat de plan... Sur mon établissement, le taux de grévistes a été très important le vendredi 24, les copains sont revenus travaillé le samedi-dimanche. J’ai fait des tournées le week-end pour expliquer que la grève continuait. Nous avons appelé à une assemblée générale le lundi, à laquelle s’est jointe la CGT, nous sommes alors partis en grève reconductible.
Anne -La CGT ne voulait pas d’une grève reconductible mais elle nous a rejoint tout de suite. L’impulsion est venue de secteurs qui y croyaient vraiment. En ce qui concerne les revendications, dans mon secteur, la revendication de retour aux 37,5 annuités pour tout le monde est apparue dès la deuxième semaine. En revanche, curieusement, nous n’avons posé aucune revendication locale durant tout le conflit, ce n’est qu’à la fin de la grève que nous y avons pensé, pour nous, le plus important était le « retrait du plan Juppé ».
♦ Cette grève longue n ’ a-t-elle pas posé des problèmes aux personnels ayant de faibles salaires ?
Anne -Dans mon bureau, nous en avions discuté même avant le 24, certaines ne voulaient pas faire grève à cause de problèmes insurmontables d’argent. Finalement, il n’y en a que deux qui ne l’ont pas faite, pour ces raisons.
Il faut dire que la journée de grève coûte plus cher pour quelqu’un qui travaille à temps partiel : ainsi pour un salaire de 7 400 F, je perds environ 300 F, pour un salaire de 6 000 F : ma collègue à temps partiel perd 450 F. Ceci résulte d’une comptabilité particulière du temps de travail et du décompte des jours de grève aux taux de l’heure supplémentaire pour les agents à temps partiel.
Marie-Jo -Aucune campagne n’ayant été menée jusqu’à présent sur la réduction massive du temps de travail, ce sont les femmes esentielle-ment qui se précipitent sur le temps partiel : un moyen pour travailler moins, pour souffler un peu et s’occuper surtout des enfants le mercredi, mais avec réduction de leur salaire.
Le décompte de grève n’étant pas le même, c’est une incitation pour cette catégorie de personnel à ne plus faire grève. Car la facture est lourde : la retenue se fait alors sur la base de l’heure supplémentaire multipliée par le nombre d’heures de présence le jour considéré.
Pour les agents à temps complet, le prélèvement se fait sur la base de 1/3 0e du mois. Cette question est d’ailleurs revenue dans le conflit de décembre et la même règle a été appliquée pour tous. C’est une avancée.
♦ Avez-vous participé à la grève de 1986-1987 qui a démarré, rappelons-le, sur la décision de la direction de réformer la grille salariale ?
Anne -Je n’y ai participé que deux jours parce que pour moi, la grille des salaires proposée me semblait correcte, je n’avais pas compris, à l’époque, le sens de cette grève. Ce n’est qu’après avoir vu son application, que j’ai pris conscience de mon erreur.
Marie-Jo -La grille était un symbole, c’est un peu comme si on nous avait retiré la carte de circulation, pourtant peu utilisée puisque beaucoup de personnes ont leur voiture. Il y a de vieux acquis auxquels la direction ne peut pas toucher facilement. Cette grille, au mérite, nous a été imposée comme le contrat de plan, du jour au lendemain, sans négociation. Mais comme le dit Anne, seule une minorité de gens s’est pleinement retrouvée dans le conflit de 1986, très vite, il a pris la forme d’une grève corporatiste. La grève s’est déroulée dans une ambiance terrible, nous faisions des assemblées générales séparées, les roulants d’un côté, les sédentaires de l’autre, toutes les fonctions de la SNCF étaient séparées. Dans le secteur des tractionnaires, le syndicat autonome, la FGAAC, entretenait l’idée qu’ils étaient « les meilleurs, les seigneurs du rail ». Les autres grévistes, particulièrement les femmes dont la voix porte peu, se faisaient éjecter de leurs AG.
En 1995, cela ne s’est pas produit du tout comme cela. Il y a eu entre temps un recrutement de jeunes, les anciens sont partis, la FGAAC a perdu de son influence. Les sédentaires, quel que soit le secteur d’activité avaient eu l’impression de s’être faits « avoir » en 1986, au début de la
Maman aussi... il ne faudrait pas l'oublier !
fWTfcCt CIITD I Km » I m grève, ils ont craint que cela ne se reproduise en 1995. C’est pourquoi, quand nous avons fait la tournée des chantiers, nous avons insisté sur le fait que la meilleure façon de ne pas se faire avoir, était de débrayer, de se mettre massivement en grève.
Joëlle -J’avais vécu la grève de 1986 comme non syndiquée. J’avais été interpellée par le mouvement étudiant qui avait précédé la mobilisation à la SNCF. Le projet de la grille salariale, « au mérite » m’était apparue comme une provocation. La grève et les AG, à l’époque, avaient été beaucoup plus importantes.
♦ Comment s ’ est déroulée la grève ?
Marie-Jo -Nous faisions des AG tous les matins, d’environ cent personnes (sur huit cents, c’est énorme). Certains se levaient à 4 h du matin pour venir à l’AG. Les gens ont fait en trois semaines un saut politique dans leur tête, ils ont grandi très vite.
Sur les grands sites parisiens, nous n’avons pas réussi à avoir des AG tous secteurs confondus. En revanche, en province, cela s’est produit. Ainsi sur ma gare, chaque catégorie de personnels avait son AG : personnels de l’équipement, tractionnaires, contrôleurs, roulants mais nous pouvions participer aux AG des autres secteurs et échanger des informations.
Anne -A Villeneuve, les AG avaient lieu au même endroit, nous discutions ensemble, mais le vote était séparé, les roulants votant de leur côté, les sédentaires du leur. C’est ainsi que lors de la dernière AG, avant la reprise, les sédentaires, pour la première fois, se sont révélés plus combatifs que les roulants, ils voulaient continuer la grève.
Nous faisions une revue de la presse tous les jours. Tout le monde se précipitait sur les journaux comme Le Monde ou La Tribune, qui pourtant ne sont pas toujours passionnants ; c’est le cas en particulier des jeunes et des femmes dont la lecture habituelle est plutôt Gala ou Femmes actuelles. A l’inverse, nos chefs avaient l’air complètement sclérosé, on ne trouvait que l’Equipe dans leur bureau. Les jeunes ont été très sensibles au fait d’étendre la grève et d’aller voir d’autres entreprises, comme Renault, Rhône-Poulenc, etc.
Joëlle -Le matin, nous faisions des tournées que nous essayions d’avoir en commun, syndiqué(e)s-non syndiqué(e)s. Les AG quotidiennes étaient animées par des militantes CFDT et CGT qui donnaient les informations récoltées au niveau national, nous discutions des actions, des mobilisations. Par exemple, nous nous sommes aperçus que la direction mettait systématiquement en congé les agents absents ; cela lui permettait de minimiser la grève et de résorber le problème chronique d’effectifs. Pour nous, en période de grève, les agents sont soit présents, soit grévistes, c’est en fin de conflit que la régularisation des journées d’absence doit avoir lieu. Nous avons donc occupé les bureaux administratifs et répondu nous-même aux agents qui téléphonaient pour signaler leur absence. Nous avons aussi interpellé le chef de gare sur les soixante suppressions d’emplois prévus en 1996, puis le directeur de la région pour exiger le gel des restructurations, l’embauche de CDD au cadre permanent.
♦ Quelles différences voyez-vous entre les deux grèves ?
Joëlle -A la SNCF, ce fut une grève non corporatiste. Ainsi, malgré les propos de N. Notât que nous avions dénoncés dès le 1 7 novembre en tant que syndicat, durant la grève, nous n’avons jamais été attaqués par la CGT. La mobilisation a été beaucoup plus forte en province qu’à Paris, où elle a été gênée par l’absence totale de transports. Deuxième élément, il y a eu une très grande cohésion inter-services, c’est très positif, particulièrement vis à vis de la jeune génération de cheminots qui vient de connaître sa première grande grève. Nous avons pu prendre contact aussi avec d’autres secteurs professionnels ; lors de la dernière grande manifestation, nous avons fait un départ collectif du Xe arrondissement, ins-tits, postiers, cheminots, gare de l’Est, gare du Nord, de manière interprofessionnelle, avec CGT, CFDT, FSU, SUD, associations (notamment AC !).
Contrairement à 1986 où il y avait eu mise en place de comités de grève élus, où les AG étaient houleuses entre militants CGT et CFDT, là, les cheminots ont reconnu aux militants syndicaux locaux, une légitimité dans la conduite de la grève. Le mouvement a été porté par les militants locaux qui ont bénéficié de la confiance de la base.
Marie-Jo -Une différence importante que je vois entre les deux conflits se situe dans le positionnement des agents de maîtrise et des cadres. En 1986, la grille au mérite ne leur avait pas posé problème. Dans le conflit récent, une partie s’est retrouvé en grève, particulièrement ceux qui, du fait de leur fonction, sont les plus proches de la production, comme les travailleurs des postes de régulation, d’aiguillage. Même les chefs mécanos ont refusé de briser la grève, en ne prenant pas la place des conducteurs habituels des trains. S’il y a eu paralysie des trains, c’est aussi parce que ces gens-là étaient soit en grève, soit solidaires. En dix ans, les dégâts liés aux choix de la direction ont été énormes ; les suppressions d’effectifs ne touchent pas que les personnels d’exécution, et même s’ils n’étaient pas massivement en grève, les personnels d’encadrement commencent à « grogner sec ». En 1986, nous n’avions pas fait des réunions spécifiques maîtrises et cadres.
Cette fois-ci, nous avons fait deux réunions très larges, tous syndicats confondus, CFDT, CGT, FO, FMC, grévistes, non grévistes. Certains ne venaient pas pour se mettre en grève mais pour parler, pour donner une ou deux journées de grève.
♦ Comment ont réagi les femmes ? Comment se sent-on dans un tel mouvement quand on est une femme ?
Anne -J’ai pris plusieurs fois la parole dans les AG, pourtant c’est un milieu très masculin, et cela est très bien passé. Pourtant, au début, nos AG avaient lieu en plein air, un délégué roulant a dit en parlant de moi, derrière mon dos « il ne
Quelques définitions pour mieux comprendre la SNCF.
Région : la SNCF en comporte vingt-cinq, leur étendue géographique est importante. Par exemple, la région Paris-Est va de Paris-gare de l’Est jusqu’à Château-Thierry ou Romilly.
Etablissement : regroupe soit une seule branche de métier, comme l’équipement ou certains dépôts soit, depuis des restructurations intervenues ces dernières années, plusieurs activités, comme le secteur commercial (guichets, informations clientèle), le matériel et les roulants.
Equipement : personnels qui travaillent sur les voies, qui réparent les caténaires.
Dépôt : (de conduite) : comprend les ateliers d’entretien, de réparation, les agents qui s’occupent de la manœuvre des rames, les agents de conduite, soit un service de conduite seul.
Mouvement : secteur comprenant le personnel qui gère la circulation (départs et arrivées des trains), celui des poste d’aiguillage ou postes de régulation de contrôle, du dépôt, les roulants et les personnels gestionnaires des roulants.
Roulants : conducteurs de train (ou trac-tionnaires).
Chantier : un établissement ou une fonction ou un service dans un établissement.
FGAAC : Fédération générale autonome des agents de conduite.
FMC : Fédération des maîtrises et cadres.
faut que ce soit elle qui parle, elle n’a pas de voix ».
Marie-Jo -Là encore, je vois une grande différence entre 1986 et 1995. En 1986, nous étions deux femmes à intervenir dans nos AG de sédentaires, avec des idées précises, on ne pouvait pas nous passer le micro dans la salle, il nous fallait aller à l’estrade, c’était très impressionnant. Maintenant, même si tout n’est pas réglé, le climat a changé avec la nouvelle embauche de jeunes, il y a plus de femmes qui s’expriment.
Anne -Devant l’entrée de l’établissement, nous avions fait un feu, nous avions fini par installer des bancs, une tente. J’ai été surprise, 80 % des femmes qui étaient en grève ont participé aux piquets de grève, au moins une demi-journée chacune. Il y avait six à sept femmes tous les matins de 6 à 7 heures jusqu’à 13 h, le matin, le mari accompagnait les gosses à l’école, le soir, elles allaient les rechercher. Les hommes ont été proportionnellement moins nombreux, les femmes s’accrochaient, pour elles, c’était sur le lieu de travail et non à la maison que cela se passait. En revanche, aucune d’entre elles, en dehors de moi, n’a participé à la visite d’autres entreprises ; même si elles votaient pour, elles avaient une certaine timidité.
Joëlle -L’un des éléments le plus positif de ce mouvement, est que les femmes cheminotes grévistes se sont totalement investies dans la grève et dans les différentes actions (manifs, occupations...).
♦ Comment s ’ est déroulée la fin de la grève ? Où en est-on maintenant ?
Joëlle -Pour moi, militante syndicaliste, l’important fut que les AG étaient décisionnaires tant dans les moyens d’action que lors des votes. La décision de fin de la grève a donc été une décision collective et nous avons repris le travail tous ensemble.
Anne -Cette combativité encore présente s’est traduite dans les luttes dispersées, souvent établissement par établissement, pour le paiement des jours de grève. Sur notre dépôt, il y a eu un arrêt de travail décidé, la veille des départs en vacances, sans préavis de grève ; en fin d’après-midi, nous avions en partie satisfaction. En tout cas, tout le monde sent que ce n’est pas fini.
Marie-Jo -La suspension de la grève, le vendredi 1 5 décembre a été fortement débattue à Montparnasse. Beaucoup ne comprenaient pas qu’il fallait arrêter la veille de la manif interpro du 10 décembre. Et d’ailleurs, nous avions reconduit la grève jusqu’à lundi. Une dernière assemblée générale a donc voté la reprise pour le mardi. Le secteur privé qui n’avait que faiblement débrayé, le matraquage médiatique sur la trêve de Noël, autant de facteurs qui ont lourdement pesé.
Mais l’ambiance aujourd’hui est loin d’être morose et ça discute énormément.
dee &6emiuote
*!le ont voulu eucone St cela, lee 6ouone /4jouten à cette eeciété fieu filue et’ équité
&outne dee néfanutee iujuetee St dee filous ineeneée dee &6euUuote nantie Su, lutte eout nefiantie
*Dcne qu 'ile eut tout qaqué Weet fiae lu vénité ‘lie eout fiountant centaine 2u tie u 'ou nieu fait eu vain
Si centaine eont déçue S é devoin quitten la nue dee c&aute et lee eloqaue Çuetice, eelidanité, fëetnait du filon Çufifié IR edtenout à jautaie ‘Dane noe mémoinee
Innovée
Peun tout ce que voue ave$ fait
Peun l’eefioin netnouvé Ç’ai envie de voue dine TKéute ei centaine fieuvent eu nine
Tfteedamee, ‘Tfteeeieune lee &&emiuete, ‘Snave !
Notes
- Propos recueillis le 29/12/1995 et le 9/1/1996 par J. Trat et M-A. Vigan
- Poème d’un usager offert aux grévistes