La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Editorial é » « ark-

Les misères de Jean-Paul

Cahiers du féminisme, n° 75-76, hiver - printemps 1996 · p. 3 · 527 mots

Jean-Paul II a mauvaise mine. Les journalistes n’ont pas manqué de le souligner tout au long de son dernier voyage en Amérique centrale.

Les problèmes organiques du pape, nous ne les connaissons pas, mais il est sans doute autant sinon plus accablé par les soucis politiques. Pensez donc ! En l’espace de quelques mois, l’église catholique a subi revers sur revers en Europe. En Pologne d’abord, le candidat officiel de l’église aux dernières élections présidentielles, Lech Walesa, a été battu par le fringant secrétaire de l’ex-parti communiste. L’interdiction de l’avortement devrait finalement être levée, sous la pression des femmes.

En Irlande ensuite, seul pays de l’union européenne où l’église catholique pouvait se flatter de diriger les consciences, la constitution, après le référendum de novembre, va maintenant autoriser le divorce à l’« amiable » après quatre ans de séparation.

En Erance, enfin, le coup de grâce vient de lui être infligé par les évêques eux-mêmes, qui, dans un document officiel et public, ont admis que l’usage du préservatif était « nécessaire » pour combattre le SIDA (le Monde du 13 février 1996). Certes, deux jours plus tard, la commission sociale de l’épiscopat, effrayée par sa propre audace et rappelée à l’ordre par le Vatican, battait en retraite rapidement dans une mise au point des plus jésuites. Mais personne n’est dupe, et le mal est fait. On imagine sans peine la réaction du pape !

Heureusement, tout le monde ne trahit pas le pape en terre de France. Il a même un fervent fidèle en la personnne de Jacques Chirac, qui vient, en tant que chef d’Etat, de lui rendre une visite solennelle le 20 janvier dernier, pour resserrer les « liens millénaires » entre la France et le Vatican. Quel réconfort, n’est-ce pas, d’entendre J. Chirac affirmer, deux mois après la grande manifestation du 25 novembre, que « la France veut être fidèle à son héritage chrétien » (sic).

C’est dans cet esprit, que l’Etat français et l’Eglise catholique ont décidé d’organiser en commun (y compris financièrement !) la commémoration du quinzième centenaire du baptême de Clovis !

Ainsi, nous apprend le Monde du 18 février 1996, va être créé d’ici peu un comité national pour « la commémoration des origines de la nation » (sic) où se retrouveront, côte à côte, le président de la République, le gouvernement, des historiens et des personnalités religieuses. Le clou du projet devrait être la cérémonie d’accueil du pape à Reims, le 22 septembre prochain. De son côté, le Front national, pour ne pas être en reste, organisera une grande initiative à Paris, le 13 avril prochain.

Tout cela ne risque pas de soulever l’enthousiasme des foules même parmi ceux et celles qui ont voté Chirac. Mais on aurait tort de traiter par la dérision une telle entreprise qui participe, ni plus ni moins, de la grande offensive contre la laïcité, pour la restauration de Tordre moral.

Toutes celles et tous ceux qui étaient dans la rue le 25 novembre dernier doivent avoir à cœur de trouver ensemble les moyens de la riposte.

Mais, d’ici là, le seigneur aura peut-être rappelé auprès de lui son fidèle serviteur, Jean-Paul II.

Claire Bataille

Une erreur sur cette page ?