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En France, si vous saviez...

Pas de printemps pour les sans-papiers : Une volonté à toute épreuve

Cahiers du féminisme, n° 77, été 1996 · p. 15-18 · 3 453 mots

Entretien avec Madjyguene, Catherine Quiminal.

L'irruption, il y a deux mois, des familles sans papiers dans l'église Saint-Ambroise a bouleversé la routine politique et a obligé tout le monde, partis traditionnels, syndicats, associations, à prendre position, à s'engager ou tout simplement à changer de rythme pour les plus solidaires (s&sociations antiracistes,

LCR, les Verts, les féministes...).

Dans le contexte actuel de volonté gouvernementale de faire adopter à un rythme accéléré les projets de lois scélérats contre l’immigration, le pari était risqué. D’ailleurs, les manœuvres de division n’ont pas manqué. On se rappelle les déclarations répugnantes de J.-M. Lus-tiger, évêque de Paris, contre les prétendues manipulations. On ne peut oublier non plus celles, encore plus scandaleuses parce qu’inattendues, de Fodé Sylla, président de SOS-Racisme.

Malgré tout (l’isolement, les problèmes matériels quotidiens), la lutte continue et est en passe de faire tâche d’huile car ils, elles sont prêt(e)s à aller jusqu’au bout pour obtenir une régularisation qu’ils recherchent depuis plus de dix ans pour certains. Une cinquantaine de personnes dont sept femmes a supporté une grève de la faim de vingt jours. Parents d’enfants français pour nombre d’entre eux, épouses de travailleurs immigrés en situation régulière, personnes menacées dans leur pays, à qui a été refusé le droit d’asile, étudiants qui ont perdu leur bourse parce qu’ayant échoué à un examen, etc., tous et toutes n’en peuvent plus d’attendre et de patienter. Ils ne croient plus aux démarches individuelles, quand bien même leurs dossiers seraient présentés et défendus, un par un par les associations débordées (SOS Racisme, MRAP, GISTI, CIMADE, etc.). L’occupation collective de Saint-Ambroise n’est pas, comme on a voulu le faire croire, un acte de pur désespoir, c’est aussi l’action spontanée de personnes qui ont compris que seule la lutte collective peut payer.

Dans la mesure de nos moyens, et avec tous ceux, toutes celles qui se sentent solidaires, nous ferons tout pour qu’ils puissent le prouver car ce qui est en jeu, c’est non seulement leur sort personnel, mais l’avenir de la société française toute entière.

Jusqu'au bout

Dans ce mouvement, exceptionnel par son ampleur, il n’a échappé à personne que les femmes (quatre-vingt sur trois cents) occupent une place remarquable. Sur toutes les photos d’occupations, de manifs, de sittings, on ne voit qu’elles, bébés sur le dos et jeunes enfants à la main. Ce n’est pas seulement parce que ces belles jeunes femmes ont fasciné les journalistes. C’est aussi parce que tous ceux, toutes celles qui les ont rencontrées ont été à juste titre impressionnées, nous les premières, par leur dynamisme et leur détermination. (L’une d’entre elles a même accouché sur place, rue Pajol). Elles s’occupent de nourrir, de soigner des enfants en très bas âge (quelques mois pour certains) dans des conditions matérielles épouvantables (froid, manque de nourriture, manque d’eau, etc.). C’est déjà un exploit. Mais malgré la fatigue, la lassitude, elles sont décidées à « aller jusqu’au bout ». C’est l’expression qui revient toujours quand on discute avec elles, qu’elles s’appellent Bebe, Fatoumata, Lalla, Kadija ou Madjyguene, qu’elles soient maliennes, sénégalaises ou algériennes, qu’elles viennent de la campagne, du Kayes, de la région du fleuve Sénégal ou de la ville, qu’elles soient mariées ou jeunes célibataires venues chercher du travail en France.

Madjyguene, qui ne dort (presque) jamais.

Madjyguene, sénégalaise, enseignante à Dakar, est une des porte-parole écoutées du mouvement. Elle est en France depuis deux ans où elle gagne sa vie en faisant du télémarketing. Elle a trois enfants dont deux restés à Dakar avec la famille. Elle nous a expliqué comment les femmes ont pesé dans la lutte, comment elles sont organisées, comment elles prennent les décisions : « Nous avons trois langues principales pour communiquer : le Soninké, le Bambara et le Wolof parlé par toutes les Sénégalaises. Celles-ci comprennent le français mais pas la plupart des Maliennes. Alors on traduit. »

♦ Comment faites-vous pour vous réunir tout en vous occupant des enfants, très jeunes (une centaine) ?

Madjyguene -Des réunions, on n’en fait pas tout le temps. Il y en a de temps en temps pour régler des problèmes ponctuels comme l’hygiène ou les problèmes de santé des enfants. En fait, on se réunit entre femmes chaque fois qu’on en éprouve le besoin. Peut-être pas assez pour pouvoir discuter des problèmes spécifiques des femmes. Il faut dire que c’est moi qui aurait pu favoriser de telles réunions, mais comme je suis occupée vingt-quatre sur vingt-quatre, c’est un peu compliqué. On n’arrête pas non plus de faire des délégations pour aller expliquer notre mouvement à l’extérieur. Ce sont celles qui parlent le français le mieux qui y vont, naturellement.

♦ On dit que les femmes sont encore plus déterminées que les hommes. Qu ’en penses-tu ?

M. -C’ est vrai. Je peux donner l’exemple de ce qui s’est passé fin mars, dans le local de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de la Salle, dans le 15e arrondissement. Cela faisait déjà plusieurs jours qu’on errait de local en local. Le curé du Secours catholique, qui ne voulait travailler, c’est lui qui nous l’a dit, qu’avec SOS Racisme, nous a d’abord annoncé qu’on ne pourrait pas s’installer et rester dans ce local. Ensuite, il nous a proposé de lui confier nos dossiers et de rentrer tranquillement chez nous. Il y a eu un moment de flottement mais grâce aux femmes, les gens sont restés soudés. Elles ont été plus claires que les hommes. Elles ont dit : « on ne rentre pas à la maison. Nous, on va trouver un autre local ». J’ai commencé à faire les démarches, j’ai appelé la Maison des femmes. Quand les hommes ont entendu que les femmes allaient pouvoir disposer d’un local où seules les femmes étaient admises, ils ont pris peur et se sont ressaisis. Ils ont accepté de nous suivre et ont décidé de chercher un autre local où on pourrait rester ensemble.

♦ Parlons de toi, si tu le veux bien. Tu es une porte-parole reconnue du mouvement (rires de Madjyguene). Quelle expérience avais-tu accumulée au Sénégal ?

M. -J’ ai toujours fait du bénévolat avec les femmes. J’ai organisé des cours d’alphabétisation à Dakar, des conférences sur les problèmes de santé. Et je me suis toujours mobilisée pour les causes justes...

♦ Est-ce que cela a été facile de te faire reconnaître dans le mouvement, en France ?

M. -Non, on ne peut pas dire cela. Il y a eu pas mal de problèmes. Cela a été difficile au départ. D’abord, parce que c’est seulement dans le feu de l’action que les gens ont fait l’apprentissage de la démocratie. Au départ, certains considéraient que les réunions, cela ne servait à rien. J’ai défendu l’idée qu’il fallait se réunir pour prendre des décisions de manière démocratique. Petit à petit, les gens ont accepté ce principe. Et nous avons élu des délégués. Mais pour avoir des femmes, il a fallu vraiment lutter. Certains hommes, évidemment, n’en voyaient pas l’intérêt. J’ai vraiment dû me battre afin d’obtenir deux femmes déléguées sur dix. Mais maintenant, les hommes ont proposé d’eux-mêmes qu’un délégué démissionnaire soit remplacé par une troisième femme. Nous avons donc fait nos preuves ! (rires). Ils ont bien été obligés de constater que les femmes ont été très actives depuis le début, très déterminées et qu’elles ont fait preuve de lucidité et de sang froid quand il le fallait...

Bien d’accord avec elles !

Du Mali à la France, femmes entre elles

Catherine Quiminal, anthropologue à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, spécialiste des mouvements de migrations de cette région, n’est absolument pas étonnée de la participation active des femmes africaines à cette lutte. Que ce soit sur place au Mali, au village ou en ville, que ce soit dans le cadre d’une enquête qu’elle vient de terminer avec deux autres chercheurs, sur les associations de femmes africaines en France (une centaine au moins), elle a toujours eu l’occasion de vérifier le formidable dynamisme de ces femmes.

Catherine Quiminal -Avant la fin des années soixante-dix, le départ des hommes pour la France ou ailleurs, se faisait par roulement en quelque sorte. Les hommes les plus âgés, qui avaient passé un certain temps en France, se faisaient remplacer par les plus jeunes. Cela permettait d’assurer des revenus aux villages qui ne vivaient que de l’agriculture toujours tributaire des pluies. Une grande partie des forces vives de ces villages a toujours été absente. Du coup, les femmes remplaçaient les hommes pour un certain nombre de tâches, l’agriculture notamment. La condition de ces femmes qui vivent sans leur mari et qui ne les voient que tous les deux ans quand ils viennent leur faire un enfant pour repartir aussitôt après, a toujours été très dure. Mais là-bas, les femmes ont souvent accès à un petit revenu financier qu’elles se procurent soit par l’agriculture, soit par l’artisanat (vente de beignets, d’éventails, de calebasses). En ville, elles peuvent être commerçantes. Aucun mari n’aurait songé à toucher à ces revenus qui sont destinés aux femmes.

Mais elles ont toujours eu envie de venir en France car, dans leur idée, c’était un autre moyen, pour elles, d’accéder à l’argent.

Lorsqu’elles sont arrivées massivement en France, dans les années quatre-vingts, cela a été la désillusion. Entre le racisme et les difficiles conditions du regroupement familial, certaines ont beaucoup souffert, surtout celles qui arrivaient de la campagne. Et elles n’ont jamais pu s’habituer. Il y a eu des dépressions et plusieurs ont dû repartir. Certains hommes polygames (une minorité) ont choisi, pour cette raison, une deuxième épouse originaire de la ville (Bamako, Dakar). Celles-ci se débrouillent très bien en français et elles sont souvent très combatives. Mais il y a aussi des jeunes femmes originaires de Dakar ou d’ailleurs qui sont venues seules, par leurs propres moyens, pour chercher du travail ou faire des études, mais c’est bien plus rare. La plupart sont venues pour rejoindre leur mari et ont plusieurs enfants (six enfants en moyenne par femme). Le statut des femmes est toujours déterminé par le nombre d’enfants qu’elles mettent au monde.

Des tontines aux associations loi 1901

Deux mois de lutte

18 mars 1996 : trois cents sans papiers (des Maliens en majorité, mais aussi des Sénégalais, des Camerounais, des Guinéens, des Mauritaniens, des Maghrébins, etc.) occupent l’église Saint-Ambroise. Ils réclament la régularisation de leur séjour en france.

Le 22 mars, à l’aube : à la demande du curé de la paroisse et de l’évêque, la police fait brutalement évacuer les lieux. Quarante-trois personnes sont placées en rétention. Georges Sarre, maire du 1 Ie arrondisement de Pairs, refuse de leur prêter une salle. Les sans-papiers investissent le gymnase Japy. Le 24 mars, six heures du matin : expulsion du gymnase Japy. Soixante-trois personnes sont interpellées et emmenées au centre de rétention de Vincennes.

Sous pression des associations et grâce à l’action des avocats et de juges scrupuleux, la plupart des personnes sont relâchées pour vice de forme. Sept « célibataires » n’échapperont pas, pourtant à l’expulsion. Du 24 au 29 mars, les familles passent une nuit dans le local de la LCR puis vont camper dans le local de Droits Devant. Ils vont finir par échouer dans un local froid et sordide de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de la Salle dans le 15e. SUD PTT prendra le relais en catastrophe.

Le 28 mars 1996 : un charter de cinquante-deux explusés s’envole pour Bamako. On apprendra que certains expulsés ont été frappés à bord et auraient eu les pieds et les mains scotchés pendant le voyage. A l’arrivée, un règlement de compte aurait opposé des policiers français et des Maliens révoltés.

Le 30 mars : Ariane Mnouchkine, toujours solidaire, accueille les sans papiers dans les théâtres de la Cartoucherie, à Vincennes.

Un collectif de médiateurs se constitue. Des contacts sont pris avec le gouvernement qui accepte d’examiner les cas individuellement mais refuse d’envisager une solution collective de régularisation.

Depuis le 10 avril : les familles se sont régugiées dans des hangars désaffectés de la SNCF, au 22, rue Pajol, dans le 18e arrondissement, obtenus grâce à l’appui de la CFDT-Cheminots. Plusieurs journées portes ouvertes ont été organisées. Une marche des femmes, soutenue par les féministes et les associations a eu lieu le 1 1 mai à Paris. La solidarité matérielle et financière s’organise.

Parallèlement, l’exemple a été contagieux ; le 15 avril, une grève de la faim de huit parents étrangers d’enfants français est commencée à l’intérieur de la cathédrale de Versailles. Elle s’est terminée par un succès puisque la préfecture a accepté le principe d’une régularisation de tous les cas concernés (cent trente personnes). A suivre. . .

La lutte fait maintenant tâche d’huile : à Toulouse, ce sont six personnes qui font la grève de la faim avec un large soutien. Cent familles sont concernées.

A Marseilles comme en Seine-Saint-Denis, dans la banlieue parisienne, des « coordinations pour le droit de vivre en famille » se sont constituées, décidées à obtenir la régularisation de tous les sans papiers en lutte. Le combat continue. . .

Synthèse réalisée à partir des informations de plusieurs journaux dont Le 18e du mois, mensuel d’informations locales, et Libération.

Dernière minute : La préfecture de police a annoncé qu’elle accepte de réexaminer 205 dossiers sur 280. C’est déjà un recul. La lutte continue pour la régularisation de tous et toutes !

Pour la solidarité matérielle, verser au compte de soutien : Crédit mutuel Paris, n° 80134041 à l’ordre de CFDT Cheminots ; mention, Solidarité sans-papiers

Pour tout contact : Réfugiés de Saint-Ambroise 22, rue Pajol, 75018 Paris Métro : Max-Dormoy

Mais comme elles arrivent très jeunes, et, par conséquent, ont fini d’élever leurs six enfants très jeunes, on peut voir des femmes de trente-cinq ans qui se libèrent complètement après avoir élevé leurs enfants. Certaines cherchent du travail (garde d’enfants, aides ménagères, ménages, etc.). J’en connais même qui sont restées en France après le retour de leur mari au pays, à la retraite. . .

Mais leur dynamisme et leur volonté d’autonomie se traduit aussi par la constitution de multiples associations de femmes africaines. Pour l’enquête que nous avons réalisée, nous en avons rencontré une trentaine rien que dans la région parisienne, la région du Havre et de Caen. Il y en a bien d’autres. On en a dénombré une centaine. Elles sont composées de femmes très dynamiques. Les « leaders » sont souvent des femmes qui ont eu un parcours très particulier. Elles viennent des villes, ont été étudiantes, ont milité dans des groupes ou partis africains ou dans la Fédération des travailleurs d’Afrique noire immigrés (FETRANI). Elles ont tenté sans succès d’y monter des sections féminines. C’est elles qui ont lancé ces associations de femmes africaines. Et cela marche très bien. Et à la différence des hommes, les femmes ne reproduisent pas au sein de ces associations les divisions nées des différences de statut social. Elles se retrouvent ensemble. Ces associations croulent sous les tâches ; on y vient pour échanger des informations, se dire comment s’en sortir face à tel problème concret, comment obtenir une formation, trouver un emploi, etc. Il faut se rappeler que là-bas, l’expérience des tontines marche très bien. Il s’agit de cotiser tous les mois afin d’accumuler un capital suffisant pour qu’à tour de rôle les femmes puissent l’utiliser pour réaliser un projet économique. Pour comprendre tout cela, il ne faut pas oublier que le monde du village est très sexué. La division sexuelle des tâches y est très poussée au point que les femmes prennent leurs repas entre elles, qu’il y a des espaces géographiques qui leur sont réservés, etc. Du coup, elles ont aussi un monde à elles. Et en France, elles se regroupent facilement. Les réseaux de solidarité permettent de faire face au malheur et a l’adversité de manière efficace. Ainsi, pour elles, se retrouver entre femmes est parfaitement naturel.

Mais cela ne suffit pas à résoudre tous les problèmes.

En France, elles n’ont, souvent, plus accès à l’argent et perdent leur autonomie. Elles aspirent donc à un nouveau statut au sein de la famille. Les conflits familiaux deviennent explosifs et les violences conjugales sont extrêmes. Les conditions de logement aggravent souvent la situation. Pour peu qu’il y ait deux épouses sous le même toit avec leurs enfants chacune, cela devient vite invivable. Les associations de femmes africaines (qui sont reconnues comme associations loi 1901) essayent de jouer un rôle de médiation dans ces situations mais c’est très difficile. Les familles sont complètement chamboulées et les enfants en font souvent les frais.

♦ Dans ce cas, ont-elles les moyens de divorcer ?

C. Q. -Si elles sont en situation irrégulière, le mari peut toujours exercer un chantage sur sa femme, la menacer de la répudier et de la renvoyer au pays. Elle se taira, car là-bas, le divorce est mal vu. Mais avant l’application des lois Pasqua, de nombreuses femmes, mères d’enfants nés en France, ont eu la possibilité de régulariser leur situation. Certaines ont demandé et obtenu ensuite la nationalité française. Nombreuses sont celles qui ont demandé à divorcer en vertu de la loi française. On imagine la violence des conflits que cela a pu provoquer dans les familles. Mais certaines ont attendu de revenir au pays pour demander le divorce. Ces divorces sont plus nombreux qu’on pourrait le supposer. En France, les associations savent faire circuler entre les femmes les informations qui peuvent les intéresser : les avocats disponibles, les médecins, etc.

En revanche, en ce qui concerne le mariage des jeunes filles, les associations ont du mal à intervenir. Les mariages arrangés continuent. Les hommes veulent absolument contrôler ce domaine social. Les jeunes filles qui subissent des fiançailles ou des mariages forcés n’ont pas d’associations propres qui pourraient les aider.

Quant à l’excision, cela demeure « une affaire de famille » peu abordée dans les associations car cela entraînerait immédiatement des tensions très vives, des divisions considérées comme insupportables. Mais il est quasiment impossible de savoir vraiment si cette pratique est en recul ou réalisée davantage en cachette ou bien lorsque les enfants retournent au village pour les vacances. Mais dans les villages, cela change aussi. Il y a de plus en plus de points santé. En Afrique même, il y a des associations de femmes qui luttent contre ces pratiques. De toutes les manières, l’excision est pratiquée de plus en plus jeune, sur des bébés de trois à six jours (avec tous les risques que cela peut entraîner) pour éviter, dit-on, que les filles se souviennent de cette horrible douleur. Qu’arrive-il aux fillettes nées à l’étranger ? Difficile à savoir. . .

Propos recueillis par Claire Bataille

Quelques données sur l'immigration féminine africaine, (extrait de Migrations études, octobre , novembre , décembre 1995)

Dès le milieu des années soixante-dix, le nombre de femmes africaines connaît une croissance très forte. En effet, le regroupement familial commence à fonctionner de manière significative à partir de 1976. D’après les recensements de l’INSEE, alors que les femmes immigrées originaires d’Afrique subsaharienne n’étaient que 4 712 en 1968, elles vont rapidemant passer à 16 470 en 1975, à 42 400 enl982, avant d’atteindre 73 000 en 1990. Soit une progression de plus de 70 % entre 1982 et 1990. C’est une population jeune dont 52 % sont âgées de moins de 25 ans, et 33 % de 25 à 34 ans.

Globalement, on peut noter deux grands courants migratoires. Le premier qui est majoritaire, provient du Sahel, notamment des trois pays (Sénégal, Mali, Mauritanie) qui forment la vallée du fleuve Sénégal. Quant au second courant, il est plutôt originaire des pays côtiers du golfe de Guinée (Cameroun, Côte d’ivoire, Ghana, Bénin et Togo) et de l’Afrique équatoriale (Congo, Zaïre, Gabon)...

Comme on peut le constater en 1968, les Camerounaises étaient deux fois plus nombreuses que les Sénégalaises, et presque quatre fois plus que les Maliennes dont le nombre est estimé à 256. Mais, dès 1982, on assiste à un renversement de tendance. Les Sénégalaises sont au nombre de 9 692, alors que les Camerounaises sont 6 372. Tout comme les Maliennes (5 865) arrivent presque à égalité de celles-ci.

Et en 1990, le renversement est complet. Les Camerounaises sont alors 8 331, tout comme les Malgaches (4 708) et les Congolaises (5 491) cèdent leurs positions d’antan aux Sénégalaises (17 010) et aux Maliennes (14 023). Les Camerounaises occupent la troisième place suivies respectivement des Ivoiriennes (7 633) et des Congolaises aux quatrième et cinquième places. (...)

Cette évolution (...) confirme bien l’importance des effets du regroupement familial qui a essentiellement profité au premier courant migratoire originaire du Sahel. C’est dans les deux composantes dominantes de ce courant (Sénégalaises et Maliennes) qu’on note les progressions les plus spectaculaires : par exemple de l’ordre de 140 % chez les Maliennes entre 1982 et 1990.

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