En France, si vous saviez...
Assises pour les droits des femmes : Mars 1997
Les Cahiers du féminisme sont partie prenante de la préparation des Assises Nationales pour les droits des femmes , prévues les 15 et 16 mars 1997. Enjeu politique formidable pour les femmes , la réussite des Assises est aussi un défi. La rencontre nationale des 5 et 6 octobre dont l’objectif était de faire le point sur l’état d’avancement des travaux des collectifs a montré une situation contradictoire selon les villes, les organisations. Cette étape intermédiaire est encourageante mais beaucoup reste encore à faire pour que la force des femmes puisse à nouveau peser collectivement dans le champ politique et social.
Dans un contexte de régression sociale, de montée des intégrismes et de renaissance d’un ordre moral réactionnaire, la manifestation du 25 novembre a créé une nouvelle dynamique en faveur des droits des femmes. L’appel unitaire signé par plus de cent organisations et associations pour faire ensemble « l’état des lieux de la condition réelle des femmes et définir des objectifs de lutte et d’action » va dans ce sens.
C’est un formidable enjeu. Nous savons déjà que les femmes, dans leur grande majorité, sont nettement défavorisées par rapport aux hommes, qu’elles sont sous-payées, surexploitées, sous-représentées dans les institutions, les partis politiques et les organisations syndicales, etc. mais l’enjeu devient plus intéressant quand il s’agit de savoir comment cela se traduit dans une région, dans une ville, dans un parti... donnés et mettre en commun l’ensemble de ces informations et les solutions proposées localement ou nationalement pour remédier à cet état de fait.
C’est un formidable défi aussi de réunir ensemble, pour maintenir cette volonté unitaire, des militant(e)s ayant des itinéraires politiques et syndicaux très différents, avec parfois un passé commun d’affrontements, des personnes fort diverses par leurs origines notamment professionnelles, régionales ou même générationnelles. Ces différentes expériences associées aux acquis féministes en terme de réflexions et d’actions, ne peuvent qu’aider à un redémarrage d’un mouvement des femmes.
Une démarche d’ouverture
Le tour de table des collectifs et le déroulement des commissions, lors du week-end des 5 et 6 octobre a permis de faire émerger cet aspect très positif de mise en commun. Ainsi, à Marseille
-même si le collectif a eu quelques difficultés à vivre, dans la dernière période, du fait d’une polarisation de l’activité militante autour du Front National
-la méthode de travail adoptée parie sur l’ouverture, en s’adressant pour faire l’état des lieux, à des associations telle le CODIF qui a une longue pra-
Je suis un être humaine. Collectif National pour les Droits des Femmes
tique de réflexion féministe mais aussi en associant des secteurs professionnels, non impliqués d’emblée, comme les inspecteurs du travail, des juges, des enseignant(e)s, des gardiennes de prison ou des sociologues (y compris pour ces derniers, avec un débat en cours sur leur présence institutionnelle). A Paris, la commission « travail » a programmé une série de réunions sur des thèmes précis (formation, déstructuration de l’emploi stable, etc.) en invitant à chaque fois un(e) chercheuse) ou spécialiste universitaire et des spécialistes de terrain, syndicalistes, associatifs, membres de partis, femmes en lutte... Les femmes de la commission précarité, en décidant de soutenir la lutte du foyer d’urgence de femmes de la rue de Crimée a tissé des liens avec DAL (Droit au logement) et le CDSL (Comité des sans logis) qui ont décidé ainsi de s’associer à la préparation des assises. Elle va poursuivre ses prises de contact par des enquêtes sur les foyers d’urgence, réalisées par des assistantes sociales militantes.
On sent que cette dynamique d’homogénéisation n’en est qu’à son début. Un certain nombre d’obstacles ne doivent pas être sous-estimés.
Actuellement, seules quelques organisations politiques et syndicales ne se contentent pas de simples délégations symboliques. L’implication des organisations et partis devrait être à la mesure de l’enjeu. D’autant que la difficulté à faire reprendre la dimension femmes dans les analyses et revendications est,
Un matériel unitaire de publicité des assises sortira en plusieurs étapes. D’ores et déjà, une planche est disponible, avec au recto un texte destiné à être placardé (voir ci-contre) et au verso, des badges autocollants jouant sur le mot d’ordre « être humaine », Conçu comme une provocation au débat, cette affirmation « je suis un être humaine » questionne et en cela remplit son rôle de popularisation, nous ne devons pas en rester là.
Droits de l'être humaine
à des degrés divers, commune à tous les partis et organisations. Les quelques femmes envoyées en éclaireuses confrontées dans leurs secteurs respectifs aux hésitations de leurs camarades, ne pourront répondre de la totalité des manques que nous risquons de constater in fine. Dans toutes les régions, notamment l’Ile-de-France, la création de collectifs unitaires marque le pas, il existe pourtant nécessairement quelques organisations signataires de l’appel susceptibles de lancer une réunion unitaire présidant à leurs créations et à leur animation. Ainsi, les unions locales ou départementales syndicales qui seraient souvent les mieux placées pour être des centres d’initiatives sont encore très en retrait. De même, il est dommage que certains Plannings locaux ne se joignent pas à cette initiative alors qu’ils sont porteurs d’une expérience et d’informations fondamentales pour la région. A noter que le nombre d’hommes ce week-end, se comptait sur les doigts de la main.
Deuxième point noir : même si cela est difficile, il est fondamental d’arriver à dépasser l’état de cartel, lié à l’origine de l’appel. De très nombreuses femmes n’appartiennent à aucune association, ni à aucun parti ou syndicat. Elles doivent pouvoir être entendues et se retrouver dans ces assises. Une copine de Bordeaux a bien traduit ce sentiment, en expliquant pourquoi un de leurs objectifs était de créer une Maison des femmes : « nous voulons créer un espace parce qu ’il existe beaucoup de femmes en dehors des réseaux syndicaux, politiques, associatifs, qui ont besoin d’un lieu collectif, qui veulent s ’exprimer et être entendues ». (cf ci-contre l’interview de Monique, militante du collectif bordelais). Les individu(e)s doivent trouver leur place. Ainsi, des féministes militantes isolées qui ont une pratique et une expérience de longue date ne peuvent être ignorées. Elles sont porteuses d’une histoire et d’une réflexion enrichissantes pour tout le monde.
Le débat, seul garant d'un futur commun
Le troisième point résume peut-être les deux autres : il faut que nous ayons des débats approfondis, prolongés, sur la base d’expériences. Pari difficile : aucun débat ne peut être clos de manière expéditive mais par ailleurs nous devons arriver à un consensus minimum pour aboutir à des propositions d’actions communes. Prenons deux exemples dont on sent qu’ils sont porteurs soit de batailles homériques, soit d’un silence discret traduisant une non écoute : le débat autour de la « parité » et celui autour de la question du temps de travail. Le premier pose le problème de la sous-représentation des femmes dans le champ politique. Il est devenu un débat national. Il ne se réduit pas à la simple question d’une loi ou non pour la parité. C’est plus globalement la question des institutions politiques qui est posée, celle d’une citoyenneté pleine et entière. Nous ne devons pas laisser supposer que tout est simple, qu’une simple loi résoudrait le problème (cf lois sur l’égalité salariale), en négligeant y compris les effets pervers qu’elle pourrait avoir. Nous devons faire des enquêtes partout pour savoir comment cela se traduit dans la vie des partis, des syndicats, des régions, dans la vie quotidienne des femmes. La présentation en commission de l’expérience de la commission femmes SUD va dans ce sens. Nous devons aussi être au clair sur les arguments des unes et des autres et cela ne peut passer que par l’intermédiaire de textes, d’informations, de réponses, en bref d’un véritable échange.
En ce qui concerne la deuxième question, pour les femmes soumises à la double journée de travail, il s’agit de reprendre l’offensive, pour impulser une autre alternative à celle imposée par les patrons, une flexibilité toujours grandissante de la main-d’oeuvre. Et ceci ne peut se faire sans une implication importante des organisation syndicales et des organisations de chômeurs, sans un débat nourri sur les expériences locales et nationales, sur les formes d’action et sur les luttes à mettre en avant.
Mars 1997 : les assises se dérouleront en plein débat préélectoral. Nous devons être ambitieux et ambitieuses pour apparaître sur le devant de la scène. Nous n’y arriverons qu’au prix d’une large implication de tous et toutes et d’un respect vigilant de la démocratie dans les débats. Prendre un temps suffisant pour prendre des décisions ou approfondir les débats permet à chacun et chacune se les approprier et donc d’être collectivement plus efficaces. D’ici mars, les collectifs se sont fixés comme prochaine étape des assises régionales, souvent limitées localement avec perspective régionale qui devraient se tenir en novembre (Rouen, Clermont-Ferrand) ou janvier (Bordeaux, Toulouse, Lille). A suivre.
Marie-Annick VIGAN
Pour tout contact :
Collectif national pour les droits des femmes, CADAC -21 "r, rue Voltaire, 75011 Paris, Tél.-Fax : (01) 43 56 36 48.
Quand une femme dit non, c’est non
Plus de 150 femmes réunies autour du thème de leurs droits ne pouvaient laisser passer la publicité scandaleuse de Suchard qui orne nos murs. Nous reproduisons ici la motion adoptée et nous vous incitons à écrire au BVP et à boycotter Suchard. Pour les amatrices de chocolat, d’autres marques existent
Les femmes réunies en commissions de préparation des Assises Nationales des droits des femmes dénoncent les trois affiches de l’actuelle campagne publicitaire du chocolat Suchard. La première affiche présente une femme noire nue et dorée avec comme légende « Vous avez beau dire Non, on entend Oui ». Les deux suivantes où n ’ apparaît que le bras noir et doré proclament « et, à part résister, que savez-vous faire ? » et « C’est pour manger tout de suite ou pour souffrir encore un peu ». Cette campagne publicitaire est à la fois sexiste et raciste et peut passer pour un encouragement aux violeurs dont elle utilise le vocabulaire. Les femmes exigent l ’ arrêt de cette campagne et si Suchard refuse , appellent au boycott de cette marque.