La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

En bref

Cahiers du féminisme, n° 78, automne 1996 · p. 36-37 · 1 800 mots

Excision et asile politique

Le rapport de l’ONU, présenté par Mme Warzazi, recense, en Afrique, deux millions de fillettes, âgées de quatre à douze ans, qui subissent chaque année l’excision du clitoris et l’infibulation. Mort, traumatisme à vie, frigidité et stérilité, telles sont les conséquences de ces pratiques. Certains pays, comme le Burkina-Faso ou le Soudan, les répriment légalement mais elles perdurent clandestinement. Les mutilations sexuelles sont par ailleurs le principal revenu des femmes faisant fonction d’« accoucheuses ». La Somalie, le Mali, la Sierra Leone, n’ont aucune législation, et ont atteint 80 % à 98 % de femmes mutilées. Au Nigé-ria, s’ajoutent d’autres violences telles que la percée du bas ventre, le relèvement du col utérin...

La Conférence mondiale des femmes de Pékin de 1995, a dénoncé les mutilations au même titre que les violences sexuelles. Un certain nombre d’institutions onusiennes ont intégré cette problématique dans leur programme d’actions.

Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés, a notamment organisé un symposium sur les demandes d’asile motivées par la menace d’excision.

Deux cas ont été commentés par la presse. Celui de Fawzyia Kasinga, jeune togolaise de 19 ans, réfirgiée aux USA et celui d’une Guinéenne Mariama Condé, 28 ans, menacée par la France d’expulsion avec ses deux petites filles. Fawzyia avait dès son entrée aux USA en 1994, demandé l’asile politique. Après la mort de son père, hostile à l’excision, sa tante envisageait de l’exciser avant un mariage forcé. A peine arrivée en Amérique, elle fut mise en centre de détention. Humiliée, brutalisée, pendant seize mois, elle est condamnée à l’expulsion par un juge de Baltimore en août 1995. Des enseignants et des étudiants, l’organisation féministe Equality Now, se mobilisent et mettent l’affaire sur la place publique. Fawzyia est remise en liberté surveillée en avril 1996. Certains juges de l’immigration, au Canada, avaient déjà accordé l’asile politique pour menace d’excision. D’autres prétextent d’une possible inflation des demandes pour refuser l’asile. Le soutien apporté à Fawzyia, a permis une issue favorable. L’histoire de Mariama, en France, est différente. Sans papiers depuis 1989, elle n’a pas obtenu le statut de réfugiée comme son mari. Ce dernier fut ensuite expulsé pour avoir fourni des faux papiers afin de régulariser leur situation. Mère de trois enfants dont deux petites filles, Mariama fut condamnée à six mois de prison et à l’expulsion. Refusant d’embarquer, elle fut à nouveau écrouée pour sept mois. Son avocate introduit alors un recours contre l’interdiction de territoire pour le motif de menaces d’excision sur les deux fillettes si elles retournent en Guinée. Le 12 juin 1996, le tribunal administratif de Lyon annulait la décision d’expulsion du préfet, en se référant à la Convention européenne des droits de l’homme. Inexpulsable, Mariama reste dans une situation précaire puisqu’elle est sans papiers. L’association lyonnaise Tibérius Claudius la soutient et le préfet du Rhône a été saisi d’une demande de régularisation.

Une Marocaine séropositive expulsée

Une Marocaine de trente-deux ans, résidant en France depuis l’âge de douze ans et séropositive sous traitement, fût expulsée le 2 mai dernier. Mina Daouni fut mise en rétention alors qu’elle se rendait à la préfecture, avec un militant de AIDES(*), pour régulariser son titre de séjour expiré depuis 1994. Elle se vit signifier son expulsion, motivée par huit condamnations pour vol et vol avec violence liés à la toxicomanie. AIDES et la LICRA ont dénoncé cette décision car les traitements « ne peuvent être dispensés de manière satisfaisante dans son pays d ’origine » et l’ont qualifiée d’inhumaine au sens de la Convention européenne des droits de l’homme.

L’affaire Dutroux et le commerce sexuel des enfants

Fin août, à Stockholm, s’est tenue le premier Congrès mondial sur l’exploitation sexuelle des enfants. Au-delà de la dénonciation de l’horreur, les délégués ont insisté sur la nécessité de construire des actions au niveau international afin de lutter contre les réseaux pédophiles. Le criminel belge Marc Dutroux organisait un tel réseau. Six fillettes et jeunes filles au moins ont été enlevées, torturées, vendues aux « clients », et pour certaines d’entre elles tuées. Cette affaire a révélé une crise de légitimité du pouvoir et des institutions belges et a rappelé avec cruauté l’abjection de l’industrie du sexe qui sévit aussi dans les pays développés.

Dans le tiers-monde et à l’Est, profits d’un côté et pauvreté de l’autre, engendrent toujours plus de barbarie. Les plaques tournantes du tourisme sexuel changent, notamment à cause du Sida ; elles passent de la Thaïlande et des Philippines à la République dominicaine, ou aux pays de l’Est. Mais un tel commerce n’existe aussi que parce qu’il est sous-tendu par l’oppression des femmes. (Nous en reparlerons dans le prochain numéro).

Enfants battus, rien ne va plus

Mi-septembre, le rapport de l’ODAS (observatoire national de l’action sociale décentralisée) sonne l’alarme. 20 000 enfants sont victimes de maltraitance en 1995, contre 17 000 en 1994. Les violences physiques auraient augmenté de 8 % et les abus sexuels de 22 %. On recense aussi 45 000 enfants dits « en risque ». Soit au total 65 000 enfants en danger. La crise économique et sociale est par ailleurs un facteur aggravant. Les violences au sein de la famille sont moins un sujet tabou qu’auparavant et le numéro vert national (05.05.41.41.) d’écoute de l’enfance maltraitée a recueilli près de 20 000 appels en 1995.

Afghanistan : Octobre noir

Le 27 septembre 1996, les talibans, fondamentalistes afghans, entrent dans kaboul. Soutenus par le Pakistan et la CIA, ils contrôlent la capitale et les

En bref deux tiers du pays même si ils subissent des revers par les troupes du chef de guerre Massoud. L’ordre taliban est tombé comme une chape de plomb sur une partie de l’Afghanistan : rétablissement des châtiments corporels, prière obligatoire, port de la barbe obligatoire pour les fonctionnaires, interdiction des vêtements occidentaux, ainsi que des jeux de cartes, du cinéma et de la télévision, prohibition de l’alcool. Les femmes sont évidemment particulièrement visées et menacées physiquement : port obligatoire du tchadri (voile grillagé à hauteur des yeux et couvrant tout le corps) pour toute femme sortant dans la rue, interdiction de travailler, d’aller à l’université, et de conduire.

Le réseau des femmes afghanes, par l’intermédiaire de l’association Femmes sous lois musulmanes, appellent à un soutien international pour leur droit à la sécurité, leur droit à l’emploi à l’extérieur de la maison, et celui de l’accès égal à l’éducation. Les manifestations de soutien peuvent être envoyées aux instances de l’ONU, à l’Ambassade de la République d’Afghanistan de chaque pays, et à Mme Rukia Hussen-Aden, Centre des droits humains, Bureau des Nations unies,

8/14 Avenue de la Paix, 1211 Genève 2, Suisse.

Véronique Akobé et Sarah Balabagan enfin libres

Le 3 juillet dernier, Véronique Akobé, ivoirienne, incarcérée à la prison de Rennes depuis 1990, est graciée par J.Chirac et libérée. Elle avait été condamnée à vingt ans de réclusion criminelle pour avoir blessé et tué ses violeurs, le père et le fils de la famille dont elle était l’employée de maison.

La mobilisation autour d’elle avait permis, non seulement de réaffirmer que le viol est un crime, mais aussi de mettre en lumière les « préjugés de classe, de sexe et de race », selon les termes de l’AVFT, qui entachaient le verdict.

La condamnation de la jeune Philippine, Sarah Balabagan, avait suscité également beaucoup d’émotion. Condamnée, dans un premier temps, à la pendaison par un tribunal des Emirats arabes unis, pour avoir tué son maître qui l’avait violée, elle fut finalement incarcérée pendant un an et frappée de cent coups de bâton, était enfin libre fin juillet 1996, grâce à la mobilisation internationale.

L’Union européenne contre le harcèlement sexuel

Le 17 juillet dernier, la Commission européenne, qui compte cinq femmes sur vingt membres, a fait des propositions contre les discriminations d’ordre sexuel. Soucieuse des relations sociales dans l’entreprise et de la productivité, la Commission prétend éliminer tout ce qui y fait obstacle. Elle suggère d’alléger la « charge de la preuve » car il est souvent difficile pour les femmes d’apporter la preuve tangible d’une discrimination de cet ordre. En 1988, J. Delors avait proposé carrément de renverser la charge de la preuve et donc de faire peser sur les employeurs la preuve de la non discrimination. Les britanniques, hostiles à toute harmonisation sociale européenne, ont bloqué le processus. Cette fois-ci, la Commission contourne le problème en utilisant le « protocole social » de Maastricht, auquel n’est pas contrainte la Grande-Bretagne. Dorénavant, les deux protagonistes devront apporter la preuve de ce qu’ils avancent ou réfutent, mais le doute bénéficiera à la victime. Cela n’oblige cependant pas les employeurs et les Etats à lutter efficacement contre de telles pratiques. Et les associations qui interviennent sur ce terrain, comme l’AVFT, en savent quelque chose. En effet, après 37 jours de grève, et avec le soutien de plusieurs organisations et associations, l’AVFT a obtenu une convention de subvention pour pouvoir fonctionner. Leur situation reste précaire et les moyens accordés sont insuffisants si l’on tient compte de l’augmentation des plaintes pour violences masculines à l’encontre des femmes.

Les anti-IVG ne désarment pas

Début octobre, dix-huit députés ont déposé une proposition de loi visant à supprimer le remboursement des avortements non thérapeutiques. Elle vise donc à abroger la loi du 31 décembre 1992 et à faire pression lors du prochain examen de la première loi de financement de la Sécurité sociale. Ces députés, proches de Juppé, mettent en avant le coût de ces avortements qui serait de 150 millions de francs et prétendent que l’IVG est utilisé comme méthode contraceptive. De quoi encourager les pourfendeurs du droit à l’avortement. A l’appel de l’association traditionaliste Renaissance, environ deux mille personnes, avec cinq élus du Front National, ont manifesté le 6 octobre dernier. Aux slogans anti-avortement se mêle la réthorique vie = famille = nation. Xavier Dor, dirigeant de SOS-tout-petits, était là. Il est presque de tous les commandos contre les centres d’orthogénie, et cumule des mois et des mois de prison avec sursis et des amendes. Il était encore jugé, avec huit autres personnes, le 27 septembre dernier à Reims. Mais ils furent tous libérés par le procureur de la République sous prétexte de ne pas leur offrir une tribune !

En Pologne , c’est le Sénat qui s’oppose à la libéralisation de l’IVG

Les organisations catholiques de droite avaient mobilisé environ dix mille anti-avortement devant le Sénat. Le texte va être renvoyé devant la Diète, qui l’avait approuvé fin août. L’ancienne législation interdit l’avortement et condamne à deux ans de prison les médecins ou toute autre personne le pratiquant. La nouvelle loi l’autorise en cas de danger pour la santé ou la vie de la femme, de viol ou d’inceste, en cas de malformation du foetus, ou enfin pour les femmes en situation matérielle difficile.

Notes

  1. (*) AIDES, association de lutte contre le sida, a créé en juin dernier une commission femmes au niveau fédéral afin de coordonner l’activité en direction des femmes. Il en existe une également à Act-Up.

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