Il y a plus de dix ans, l'entreprise Moulinex était citée en exemple par le ministère des droits de la femme pour avoir, parmi les premières, mis en place un « plan d’égalité des chances »\ Aujourd'hui Moulinex refait parler d'elle pour un tout autre plan : un plan de liquidation de plusieurs milliers d'emplois dans la région Ouest.
Comme nous le rappelait notre camarade Christine Coulon, conseillère municipale d’Alençon, « il y a quarante ans environ, Moulinex ouvrait une usine nouvelle par an, de préférence de petites unités, à la campagne ». L’intérêt était évident : « L ’exode rural rendait disponible une main-d’œuvre docile, soucieuse du travail bien fait, acceptant de travailler avec des salaires de 10 à 20 % moins élevés qu’en région parisienne. La dispersion de la fabrication dans de petites unités permettait en plus d’éviter une trop forte organisation des salariés composés d’une forte proportion de femmes et de bénéficier d ’aides à l ’implantation de la part des collectivités locales et de taxes professionnelles plus faibles ». Près de 13 000 emplois furent ainsi créés dans quatorze usines.
Puis les années ont passé. Les salariées se sont organisées, ont exigé l’application des conventions collectives. La grande grève de 1978 pour l’amélioration des conditions de travail et l’augmentation des salaires reste gravée, ô combien, dans la mémoire ouvrière. La concurrence internationale s’est accentuée et de nouveaux patrons ont succédé depuis 1988 au fondateur M. Mantelet. Pour Marie-Gisèle Chevalier, syndicaliste CFDT à l’usine d’ Argentan, ces nouveaux patrons, uniquement préoccupés de leurs profits immédiats et non de l’avenir de l’entreprise, sont des « prédateurs » ! Elle ne décolère pas à l’idée que ce sont les salarié(e)s qui devraient payer cette gestion à courte vue : « Vraiment nos dirigeants ont été les fossoyeurs de nos emplois. Ils sont une minorité à s ’en mettre plein les poches. Ils ont tout détruit. Ce sont des ravageurs. »
Aujourd’hui, l’avenir est sombre pour les salarié(e)s de Moulinex. En France, il n’y a plus que 7 500 emplois sans compter les intérimaires2, répartis sur onze usines. Deux sites ont déjà fait l’objet de l’attention toute particulière de la direction : l’un, Domffont, a été vendu en 1995 ; l’autre, Granville, a été fermé en mars 1996. De plus, les chauffeurs-routiers chargés des livraisons ont été « transférés » à une entreprise caennaise. Enfin, deux entreprises supplémentaires sont aujourd’hui promises à la disparition par le nouveau patron M. Blayau : Mamers (Sarthe) et Argentan (Orne). Les restructurations annnoncées le 18 juin par la direction devraient permettre la suppression de 2 100 emplois en France, de 500 à l’étranger, sans compter les centaines d’intérimaires. C’est une véritable catastrophe pour la Basse-Normandie et plus largement pour tout l’Ouest déjà lourdement touché par la crise des arsenaux ou celle de la « vache folle », etc. Mais pendant que Moulinex licencie en France, il embauche au Mexique des ouvrières pour quatorze francs par
Pour le maintien de tous les emplois
Tous solidaires des salariés de Moulinex
En novembre-décembre 1995, nous criions, tous ensemble pour la défense du service public de l’emploi et des droits sociaux.
Aujourd’hui, c’est avec les salariés de Moulinex que nous devons nous mobiliser dans l’unité. Nous refusons que les salariés payent le prix des erreurs et des choix patronaux à Moulinex comme ailleurs. La direction de Moulinex annonce 700 millions de perte. Mais dans ces pertes, 600 millions sont une provision pour la restructuration de l’entreprise. Autrement dit le coût des suppressions d’emplois. Le plan Blayau c’est 2 600 emplois supprimés, des fermetures de sites, c’est la rentabilité financière à court terme au mépris de la vie des salariés. Les dirigeants du groupe ont vécu sur le potentiel accumulé sans la volonté de développement et d’innovation. Le centre de recherche de Moulinex à Caen est tout neuf... Mais vide, tout un symbole !
La direction de Moulinex a déjà fermé Domfront dans l’Orne en 1995 et Granville dans la Manche en Mars 1996, Mamers et Argentan sont dans le collimateur... et demain à qui le tour ? Un 2e, un 3e plan Blayau. Le libéralisme ne connaît qu’une seule règle la recherche de profits financiers qui conduisent à des suppressions d’emplois et à la hausse de l’intensité de travail. Cette logique est d’autant plus inacceptable que les coûts sociaux et humains du chômage ne sont pas pris en compte. Nos régions ne doivent pas devenir des déserts ! L’avenir implique une politique équilibrée d’aménagement du territoire. L’impératif est de préserver et d’élargir l’emploi. La responsabilité du gouvernement, comme des instances décentralisées, est engagée.
Solidaires des salariés de Moulinex, nous appelons à la mobilisation unitaire la plus large « Tous ensemble »...
-Pour le retrait du plan Blayau, aucune suppression d’emploi ni fermeture de site,
-Pour le rétablissement de l’autorisation administrative de licenciement,
-Pour la réduction massive du temps de travail sans diminution de pouvoir d’achat,
-Pour la soumission des aides publiques à des conditions d’emploi, de droits sociaux, de respect de l’environnement et d’aménagement du Territoire.
Signataires :
Réjane Ahmad, AC ! Orne -Guy Babin, maire de Fontenai-Les-Louvets -Jean-Pierre Bachelot, secrétaire départemental CGT Finances Sarthe -Michel Bertin, conseiller régional, maire de Rouillon -Michel Birot, Verts Orne -Bernard Boutette, UNSA Orne
-Jacques Brunei, membre du bureau et de la commission éxécutive CGT Cheminot Le Mans -Jeanine Caris, lere adjointe au maire de Neufchâtel en Saosnois -Christine Coulon, conseillère municipale d’Alençon -François Edom, délégué syndical central CGT Mutuelles du Mans Sarthe -FSU Orne -Hubert Gauche, secrétaire départemental de la FSU Sarthe -Philippe Goude, conseiller régional, adjoint au maire du Mans, porte-parole du Mouvement de la Gauche Progressiste -Gaston Gayot, CFDT Transports Sarthe -Denis Guerin, secrétaire général de la Confédération Paysanne Orne -Jeanine Haudebourg, conseillère générale première adjointe au maire du Mans -Alain Houdayer, SUD PTT Sarthe -Roger Jouade, conseiller général, adjoint au maire d’Argentan -Maurice Jouaux, Union Pacifiste Orne -Bernard Lebrun, secrétaire départemental du SNU ipp Sarthe -Laurent Leray, porte-parole de la Confédération Paysanne Orne -Marc Lesaux, CFDT Chemnots Sarthe -Frédéric Leveille, secrétaire fédéral de l’Orne du PS -Armel Mahe, UIS Alençon CFDT -Jean Marcerou, SNUI-Impôts Orne -Thierry Mathieu, Mouvement des Citoyens Orne -Irène Menard, JOC-F Orne -Martine Menard, secrétaire AC! Sarthe -Joseph Monti er, LCR -Dominique Niderkom, conseillère municipale Le Mans pour les Verts -Claude Pataux, SNU ipp Sarthe -Jean-Luc Pithois, conseiller régional, conseiller municipal de Fiers
-Joachim Pueyo, conseiller général, maire de Livaie -Raymonde Renard, secrétaire fédérale PC Orne -Pierre-Yves Rouxin, adjoint au maire d’Allones -Anita Sarraute, SE-FEN Orne -Gérard Séchet, maire de Montbizot et l’ensemble du bureau municipal
-Claude Tessier, secrétaire national syndicat unifié des personnels Caisse d’Epargne Sarthe -Jean-Michel Vidus, Radical Orne.
Moulinex, dernière minute c/. p. 8
L’expectative
Déclaration de la CFDT Argentan sur le bilan des structures 1995
« Nous constatons qu’en 1995, sur le budget promotionnel des agents de production (...), il y a eu 61,29 % des hommes qui en ont bénéficié pour seulement 14,97 % des femmes. Nous considérons cette attitude comme particulièrement scandaleuse et insultante pour le personnel féminin alors que celui-ci a une ancienneté considérable par rapport notamment au personnel masculin. 17 hommes sur 23 sont passés de la catégorie AP3 à AP4 soit 74 % alors que 9 femmes sur 160 ont été promues (...).
« Nous déplorons l’absence de reconnaissance professionnelle des femmes ayant obtenu le CAP (...).
« Concernant les catégories administratives, techniciens, maîtrise, l’observation des salaires moyens fait apparaître, ô combien, chez Moulinex, il vaut mieux être né mâle que femelle : il est beaucoup moins demandé et beaucoup plus accordé au sexe “fort” car qui ignore que, en plus de cette bienveillance particulière pour le sexe, dit fort, sur l’attribution des augmentations de salaire, il est accordé tous ces petits arrangements qui facilitent la vie : horaires à la carte, heures supplémentaires si besoin est, etc. »
jour. Elles travaillent six jours sur sept, en 3x8, la dernière équipe terminant à minuit : « les salaires sont seize fois moins élevés au Mexique qu ’en Normandie » (cf. Libération. 17/9/96) !
A Mamers et Argentan (les deux entreprises condamnées à fermer), les femmes représentent les 2/3 des salariés. Elles sont les plus nombreuses notamment parmi les « agents de production »4 {cf. encadré). Comme nous le précise Marie-Gisèle, à Argentan, la moyenne d’âge des ouvrières tourne autour de quarante-cinq ans et elles ont entre trente à trente-cinq ans d’ancienneté ; malgré cela, elles gagnent environ 6 000 francs nets. Les salarié(e)s de Mamers et Argentan ne se font pas d’illusion. Si leur entreprise ferme, c’est l’ANPE ou l’exil, avec l’obligation d’aller travailler sur d’autres sites à plusieurs dizaines de kilomètres de là.
A la fermeture, personne ne veut se résigner. C’est ce qui explique le succès des journées « ville-morte » le 26 juin à Mamers et le 28 juin à Argentan, au cours desquelles a pu s’exprimer la solidarité de la population et des élus locaux, ou le succès du débrayage suivi à 98 % à l’usine d’Argentan en septembre.
Depuis, la situation est marquée par une certaine confusion. En effet la direction n’a pas encore déposé officiellement son « plan social », ni annoncé le nombre définitif de licenciements, laissant circuler les rumeurs sur la possibilité de réduire les licenciements secs grâce aux préretraites, grâce à une baisse du temps de travail progressive dans le cadre de la loi Robien etc... Cette loi très généreuse pour les patrons (cf. encadré p.7) financerait largement les « dépenses » occasionnées par les baisses éventuelles du temps de travail en 1998 (passage à 33 heures hebdomadaires en 1998, soit une baisse de 15 %) et à 31 heures en 1999 (baisse de 20 % en deux ans). Pour réduire les pertes de salaire pour les personnels, la direction semble envisager de supprimer les deux « ponts » obtenus à la suite de la grande grève de 1978, d’annualiser le temps de travail, etc. (cf. le Monde 20/09/96). Moins de licenciements secs (dans l’immédiat) mais aggravation des conditions de travail, pertes de salaire, etc. Mais, en ce qui concerne les licenciements secs, les informations distillées par la presse locale viennent contredire les bonnes paroles de la direction. A l’usine d’Alençon par exemple, ce sont six cents emplois qui devraient disparaître dont deux cents licenciements secs ! Quant à une réduction du temps de travail, Marie-Gisèle est pour : « Une réduction du temps de travail avec moins de contraintes, si on a des conditions de vie décente, c’est fabuleux. C’est aussi le partage du travail entre tous ! » mais elle précise immédiatement : « Mais nous ne pouvons pas nous permettre de perdre encore du salaire. Souvent dans les foyers, il n’y a qu ’un seul salaire. Alors, avec les charges fixes, il n’y a pas besoin de se relever la nuit : il ne reste pas grand chose à lécher ! »
Dans ce climat d’attente délétère, la direction table sur la passivité et la division des salarié(e)s. Mais pour Marie-Gisèle, il est hors de question d’attendre la fermeture de l’usine d’Argentan les bras croisés : « Nous n’allons pas attendre les neuf mois... Nous allons tout faire pour créer un rapport de force. Nous voulons gagner au moins le maintien d’un établissement sur Argentan. Que l ’on fasse de la friteuse, du four ou je ne sais pas quoi, ce n ’est pas le problème. Nous avons toujours su nous adapter. Ce que nous voulons, c ’est pouvoir travailler et vivre au pays, dans des conditions décentes. Il ne s’agit pas d’être à quatre pattes et d ’accepter n ’importe quoi. Nous voulons rester des hommes et des femmes debout » ; Considérant qu’il ne faut négliger aucune piste pour préserver les emplois, Marie-Gisèle fait partie du groupe de salarié(e)s et de syndicalistes qui ont proposé à la direction de Moulinex, au secrétariat d’Etat à la recherche, etc. un nouveau produit « innovant », suceptible, selon elle, de relancer le marché : une poubelle-trieuse. Après plusieurs semaines d’études et d’encouragements, la direction a considéré, quant à elle, que cela ne relevait pas du domaine de fabrication de Moulinex...
Pour défendre les emplois, les salariées de Moulinex ne peuvent plus compter que sur leur mobilisation et la solidarité. Mais cette mobilisation s’opère dans des conditions très difficiles en raison de la dispersion des personnels entre plusieurs sites et la division des syndicats qui ne parviennent pas à faire l’unité. Dans ce contexte, l’appel, signé par divers élu(e)s, des responsables de différents syndicats ou d’associations en solidarité avec les salarié(e)s de Moulinex, symbolise l’unité indispensable pour le succès de la mobilisation encore embryonnaire.
De plus cet appel unitaire, en se prononçant pour le retrait du plan Blayau, pour le rétablissement de l’autorisation administrative de licenciement, pour une réduction massive du temps de travail sans diminution du pouvoir d’achat et en exigeant que les aides publiques ne soient accordées que sous certaines conditions (conditions d’emploi, de droits sociaux, de respect de l’environnement et d’aménagement du territoire), cet appel jette les bases d’une politique alternative à la politique gouvernementale et patronale. Un appel à populariser.
LOI ROBIEN
Des emplois pour pas cher !
Avec la visite médiatisée de Juppé chez Remafer à Reims, qui applique la loi Robien depuis septembre, avec la possible réduction des licenciements Moulinex, le gouvernement aurait-il trouvé le pierre philosophale pour l’emploi ?
La loi Robien (député UDF), votée le 11 juin 1996, est en train de bouleverser assez sensiblement le débat sur la réduction du temps de travail.
Que des entreprises disposées à licencier brutalement puissent annoncer la préservation d’emplois (peut-être 1000 sur les 2600 licenciements prévus à Moulinex), ne peut que frapper les esprits. Que d’autres annoncent une réduction du travail à 32 heures (Remafer), quasiment sans perte de salaire nominal, et qu’en plus elles embauchent, voilà qui intrigue encore plus. Qu’est-ce que cette loi miracle ?
Cette publicité « sociale » tombe bien pour un Juppé au fond du gouffe de l’impopularité. La confusion risque d’être à son comble quand on constate que la CGT locale signe ces accords (Remafer, Thomson), mais surtout quand on entend Nicole Notât expliquer : « Nous avons entre les mains la loi qui va nous donner l’accès vers les 32 h ». Autrement dit, la revendication d’une loi-cadre du congrès de Montpellier, imposée par la gauche CFDT, serait obtenue grâce à Gilles de Robien !
Cela nécessite de toute urgence un examen sérieux : la droite reprend (ce n’est pas la première fois) un thème-clef du combat syndical.
Qu'est-ce qui change ?
La loi quinquennale de 1993 comportait déjà un article 39 qui prévoyait des baisses de charges sociales si était négocié un accord d’annualisation-réduction du temps de travail. Elle imposait aussi une baisse de salaire.
La nouvelle loi simplifie tout cela, n’impose pas a priori de baisse de salaire, et permet une décentralisation maximale de son application à des établissements, voire même des unités de production dans un établissement. Autrement dit, tout est négociable. Tout dépend du rapport des forces local, mais aussi des perspectives d’expansion des entreprises. La loi revient, on va le voir, à subventionner des emplois, dont le patron aurait de toute façon besoin, dans le cadre d’un boom sectoriel du marché. Pour certaines PME, c’est « tout bon ».
Dispositifs
La loi comporte deux volets :
1-Un volet dit « offensif » centré sur la réduction du temps de travail avec créations d’emplois obligatoires. La réduction du temps de travail doit être au moins de 10 %, et peut atteindre 15 %. Dans le premier cas, les charges sociales sont réduites de 40 % la première année, puis de 30 % les six années suivantes. Dans le second cas, elles sont réduites de 50 %, puis de 40 %.
Les effectifs doivent augmenter dans les mêmes proportions, en pourcentage, que la réduction du temps. Mais il sagit de « l’effectif moyen annuel », ce qui signifie qu’il n’y a pas comblement heure par heure des emplois libérés, et donc des embauches. L’entreprise a un délai d’un an pour procéder aux embauches, une fois l’accord conclu. Elle s’engage à maintenir l’emploi pendant deux ans (contre trois dans l’ancien article 39).
2-Un volet dit « défensif », visant à réduire les licenciements. Ce volet a été introduit en amendement par le gouvernement, qui cherchait une « solution » à l’impression politique désastreuse après l’annonce de licenciements massifs, y compris dans les secteurs à la charge du gouvernement comme l’industrie d’armement (GIAT industries).
Dans ce cas l’accord, avec les mêmes allègements de charges, doit stipuler le nombre de licenciements évités et la durée du maintien des effectifs.
Emplois à coûts très « allégés »
Il est très important de souligner que les baisses de charges sociales patronales (40 % ou 50 %) peuvent se cumuler avec celles qui résultent de dispositions déjà existantes : allègement des cotisations d’allocations familiales, ristourne sur les bas salaires et abattement de 30 % des cotisations applicables aux emplois à temps partiels. Au total, le cadeau est royal. Mais la somme totale économisée ne peut dépasser le total des cotisations dues par l’employeur. A la bonne heure !
Car la subvention des emplois ainsi payée par le budget de l’Etat aboutit à des sommes rondelettes, calculées par Sylvain Niel, du cabinet Fidal (Les Echos du 1 1 octobre).
Ainsi pendant sept ans, dans le cadre d’un accord de type « offensif » : pour une entreprise de 100 salariés avec un salaire moyen de 9500 francs, sur une masse salariale de 16, 3 millions, le gain est de 1,7 million annuel pour 15 % de temps réduit. Et de 3,2 millions pour 20 %.
Dans le cadre d’un accord de type « défensif » (réduction des licenciements), le gain pourrait monter à 4,4 millions si le temps est réduit de 20 %, et 3,6 pour 15 %.
Autant dire qu’une entreprise a intérêt à forcer le nombre de licenciements, pour profiter au maximum du dispositif...
Aubaine
800 millions de francs ont été budgétisés pour appliquer cette loi. Selon Yves Chamard un emploi « aidé » de ce type coûte environ 80 000 francs. Le gouvernement tablait donc sur 10 000 emplois créés ou aidés. C’est peu. Mais il semble que la montée en puissance aille plus vite que prévu. Madelin et certains patrons (métaux) critiquent sévèrement la mesure, jugée trop chère (plus que le CIE) et peut-être trop favorable à certaines entreprises.
Il n’est pas très étonnant en effet que cet accord semble intérésser des PME dont les plans de développement sont conjoncturellement favorables. Ainsi l’entreprise REMAFER de Reims, qui emplois 230 salariés, vient de voir ses carnets de commande augmenter. « Il nous fallait passer à 300 000 heures de travail par an », au lieu de 230 000, explique son PDG. Le passage aux 32 h est ainsi accompagné du travail en équipes alternées au lieu de l’horaire journalier. Le salaire est maintenu, mais grâce à une prime spéciale. Car le salaire horaire est calculé sur la base de 32 h. Que se passera-t-il si le marché décline ?
Ce qui est sûr en tous cas, c’est que ce système fiscalise un peu plus vite encore les charges sociales, puisque c’est l’impôt qui paye. Mais on ne peut le combattre sectorielle-ment, car il séduit. Plus que jamais, cette loi montre le retard du mouvement ouvrier quant à la mise en avant de propositions offensives nationales pour l’emploi, et sur le sens d’une loi-cadre de réduction générale du temps de travail.
Dominique Mezzi
Moulinex : Dernière minute
Chronique de la vie et de la mort ouvrière !
e vendredi 18 octobre, à l’appel de la CGT et de la CFDT, plusieurs centaines de salarié(e)s des différents sites de Moulinex ont envahi, à Caen, la salle de réunion du comité central d’entreprise au cours duquel M. Blayau a réexposé son plan de restructuration de l’entreprise qui passe par la suppression de 2600 emplois dont 2100 en France sans compter les intérimaires. Les sites les plus touchés restent Mamers (402 salariées) et Argentan (262 salarié(e)s) dont la fermeture est programmée ainsi que l’usine d’Alençon où 600 emplois doivent disparaître. La direction Moulinex prétend éviter les licenciements secs par la baisse du temps de travail à trente-trois heures (en moyenne) d’ici la fin 1997, dans le cadre de la loi Robien, et la mise en préretraite des salarié(e)s dès cinquante-six ans. Selon la direction, ce plan serait une véritable aubaine mais pour qui ? A la veille de cette rencontre, les salarié(e)s étaient en droit de se poser de nombreuses questions1 :
-la direction prétend préserver une partie des emplois et payer 98,3 % des salaires grâce aux allègements de charges sociales prévues par la loi Robien, mais qu’ adviendra-t-il après ?
-La baisse du temps de travail doit s’accompagner d’une annualisation et d’une flexibilité accrue : la direction prévoit une période de basse saison de janvier à juin (semaine de 24 h) et une période de haute saison d’août à décembre (semaine de 44 h), avec quatre heures de travail le samedi sur douze samedis consécutifs, avec roulement de trois équipes dont l’une terminerait à 18 heures. La 5e semaine de congé serait fixée, dorénavant, autoritairement par la direction.
-La direction prétend maintenir le niveau des salaires en majorant, en haute saison, toutes les heures travaillées mais qu’adviendra-t-il des salari(é)s, en congé maladie pendant cette période ? Leur salaire annuel sera gravement amputé. De plus la direction prévoit la suppression de trois jours d’absence payés.
-Les primes prévues pour assurer la mutation des personnels couvriront-elles l’ensemble des frais occasionnés par un déménagement, ou les frais de déplacement ? La direction ne voulait prendre en compte la mobilité que pour les déplacements supérieurs à 50 km !
-Qu’en est-il de ces rumeurs persistantes (c/. le Monde des 20 et 21 octobre) concernant l’instauration du
A coups de hache...
Beaucoup d’entre nous ont été bouleversées par les larmes et la rage de Noëlle Grimme, syndicaliste CGT, et de ses camarades au moment de l’évacuation de l’usine de pendulettes, L’Epée. C’est au petit matin, le mardi 17 septembre que les gendarmes ont pénétré dans l’usine manu militari. Elles occupaient depuis cinq mois leur entreprise pour sauver les soixante-quatre emplois. Le soir même une première manifestation de solidarité avait lieu à Montbéliard avec près de six cents personnes. Le samedi suivant six mille manifestantes se retrouvaient à nouveau pour défendre l’emploi menacé dans toute la région, à l’appel de la CGT, mais également de la CFDT, d’AC !, de la LDH, de la FSU, de SUD-PTT, de toute la gauche et de l’extrême gauche icf. Rouge n° 1700).
La matraque et la hache contre les immigré(e)s et les ouvrier(e)s. C’est tout un symbole !
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travail de nuit pour les femmes dans certaines usines ?
A travers toutes ces questions, c’est l’avenir de l’emploi, des conditions de travail et d’existence de la population de toute une région qui est en cause. C’est pourquoi les salarié(e)s de Moulinex exigent toujours le retrait du plan Blayau, le maintien des sites de Mamers et Argentan, et des garanties pour l’emploi de l’ensemble des personnels.
J.D.
La matraque et la hache contre les immigré(e)s et les ouvrier(e)s. C’est tout un symbole !
Jocelyne a mis fin à ses jours
(extraits d’un tract diffusé par la CGT de l’usine Peugeot-Sochaux, à Montbéliard).
Jocelyne 43 ans, 28 ans d’ancienneté à Automobiles Peugeot a mis fin à ses jours, lundi 2 septembre.
Un tel geste doit nous interpeller. On ne décide pas comme cela du jour au lendemain d’en finir avec la vie, il faut être à bout, n’en plus pouvoir. J’ai eu l’occasion de connaître Jocelyne lorsqu’elle est venue travailler en Câblerie à Sochaux (...).
C’était une femme sensible, attachée aux valeurs de justice et de dignité.
J’ai eu l’occasion, beaucoup plus pénible, de la rencontrer dans un moment difficile, Automobiles Peugeot ayant décidé d’engager à son encontre une procédure de licenciement pour maladie.
Le 6 mars 1996, je l’accompagnais lors de l’entrevue préalable à ce licenciement. Elle m’a dit son dégoût d’une telle attitude de la part de la direction, qui, sous prétexte que l’on doit se soigner, interrompre son travail sur avis de son médecin traitant, vous jette à la rue sans aucune considération pour les années de « bons et loyaux services ».
Je la savais fragile, fatiguée, j’avais eu l’occasion de mettre en garde la direction sur les conséquences d’un tel licenciement. J’avais demandé pour elle, du temps (...). Je n’ai pas été entendue (...).
Au cours de l’année 95, environ 80 salariés ont été licenciés à Sochaux, en raison de leur état de santé. La CGT a assuré la défense de tous ceux qui ont décidé de réagir, de ne pas en rester là.
La loi interdit (article L 122-45) le licenciement de salariés en raison de leur état de santé. Jocelyne elle-même avait décidé d’aller devant le Conseil des Prud’hommes (...). Sa famille, son mari, m’ont demandé de poursuivre la procédure, de dénoncer un tel mépris envers les hommes et les femmes de cette entreprise (...).
J’affirme que son licenciement n’est pas étranger à son geste désespéré.
Notes
- Septembre 1996 Josette Desbois
- 1. L’enquête réalisée par les Cahiers du Féminisme en 1985 (cf. «L’égalité à la sauce Moulinex », CF n° 34) avait démysthyfié quelque peu ce fameux plan.
- 2. Ils étaient près de 550 en moyenne mensuelle en 1995.
- 3. Moulinex a sept usines dans le monde. En Irlande, les ouvrières travaillent pour 4000 F nets par mois et n’ont pas de treizième mois. Elles sont issues du monde rural...
- 4. A Moulinex, l’ensemble des ouvriers se répartit entre les agents de production (les plus
- 1 . Nous reprenons ici quelques unes des questions posées par l’inter CFDT Moulinex, début octobre.
- Emilienne Grandmougin, 4 septembre 1996