Le mardi 16 janvier 1979, le comité Lariboisière témoignait dans nne conférence de presse « Depuis le vote de la loi Veil en 1975, aucun avortement n’avait été pratiqué à l’hôpital Lariboisière.
« Cet hôpital présente une situation exemplaire pour plusieurs raisons : il concerne trois arrondissements IXe, Xe et XVIIIe, quartiers très populaires avec un grand nombre d 'immigrés ; c’est l'un des plus vétustes de Paris. De plus, le patron du service de gynécologie et un de ses assistants sont à Laissez -les vivre et donc refusent non seulement de pratiquer des avortements mais qu’il en soit pratiqué dans leur service. D’après une enquête du Planning, on enregistrait une moyenne de 85 demandes d’IVG à l’hôpital Lariboisière et, bien sûr, aucune réponse positive n’avait jamais été donnée.
« Les groupes femmes des IXe, Xe et XVIIIe arrondissements ayant eu le contact avec la section CFDT de l'hôpital ont pris l’initiative d’appeler à la constitution d’un comité unitaire pour la création d’un centre d’interruption volontaire de grossesse et d’information sur la contraception et la sexualité en juin 1978.
« Ce comité est soutenu par les groupes femmes des IXe, Xe et XVIIIe arrondissements, la CFDT de l’hôpital, le PS, le PSU, la LCR, les CCA, l’OCT, le centre d’IVG de Colombes, le Planning familial, la Boutique de santé du Xe, des oppositionnels du PC (le Parti communiste des arrondissements concernés refusant de travailler avec le comité).
« Le 23 novembre, après quatre mois de lutte, des avortements commençaient à être pratiqués à l’hôpital, mais en nombre insuffisant (deux par jour, trente environ depuis cette date) et dans des conditions insuffisantes : au - cun panneau n ’indique que des IVG sont pratiquées, l’accueil se fait dans une salle minuscule, les avortements par méthode Karman sont pratiqués dans le bloc opératoire du service des urgences, les femmes sont hospitalisées dans le service gynécologie, ce qui entraîne un long périple à travers l’hôpital, une seule infirmière prend en charge les tâches d’accueil, les tâches administratives et paramédicales. Quant à l’aide -soignant, il nettoie le bloc opératoire et brancarde. Il y a en tout cinq médecins vacataires, soit un par jour.
« En aucun cas, il n’existe un centre d’interruption volontaire de grossesse, d'information sur la contraception et la sexualité. Nous continuons la lutte pour obtenir un véritable centre tel que nous le voulons : il devra être en dehors de la maternité avec des locaux spécifiques regroupant avortement, contraception et information sexuelle, avec mise en place d’un accueil collectif. Cet accueil doit garantir une véritable information sur les méthodes contraceptives et abortives, donnant ainsi aux femmes la possibilité de choisir et leur permettant une réelle prise en charge par elles -mêmes.
« Pour le comité Lariboisière, la lutte sur l’avortement doit être la plus large possible, elle doit être une campagne de masse. C’est pour cela que le comité s ’est constitué. En participant à cette conférence de presse et à l’initiative du 20 janvier, le comité montre sa volonté de dépasser le cadre de ces trois arrondissements. Il appelle à la création d’autres comités, luttant pour l’ouverture de véritables centres d’interruption volontaire de grossesse et d’information sur la contraception et la sexualité, avec droit de contrôle des femmes, leur permettant ainsi de décider elles -mêmes pour elles -mêmes. »