L’Ecole émancipée (EE) regroupe depuis fort longtemps les travailleuses et travailleurs révolutionnaires de l’enseignement, puisque la revue du même nom parait depuis 1910. Son histoire se confond, à l’origine, avec celle des premiers syndicats d’instituteurs, puis celle de la. Fédération unitaire de l’enseignement, rattachée à la CGTU, à l’époque où le mouvement syndical en France était dirigé par des révolutionnaires.
A partir du moment où les réformistes sont devenus majoritaires dans le syndicalisme enseignant, l’EE s’est constituée en tendance au sein de la Fédération de l’Education nationale (la FEN) qui est, comme on le sait, une fédération autonome depuis la scission de la CGT en 1947. Dans des conditions parfois très difficiles, l’EE a continué de défendre une orientation révolutionnaire face aux trahisons incessantes des sociaux-démocrates et des staliniens.
Mai 68 a ouvert dans la tendance une suite de crises et de débats, qui l ’ont parfois un peu paralysée mais aussi beaucoup enrichie, en lui permettant d’actualiser son combat en fonction des données nouvelles de la période. Ce faisant, l’intervention syndicale de l’EE au sein de la FEN et de ses principaux syndicats nationaux (le SNI dans le primaire, le SNES dans le secondaire, le SNESup dans le supérieur, le SNEP et le SNEEPS en éducation physique, etc.) s’est élargie et renforcée.
La dimension féministe de cette intervention s’est, au fil des années, développée et précisée.
Nous publions ici un article paru dans le numéro de décembre 1977 de la revue Ecole émancipée, où deux camarades font l’historique de l’évolution des positions et des batailles syndicales de l’EE depuis 1968, en ce qui concerne la lutte contre l’oppression des femmes.
Que les non-enseignantfe)s ne se laissent pas rebuter par l’aspect parfois un peu « spécialisé » de ce document : elles et ils y trouveront la synthèse d’une expérience très riche, celles de femmes qui ont tenté tout à la fois de participer pleinement au développement du mouvement autonome des femmes et de mener le combat féministe au sein de leur syndicat.
Cet article n ’a pas besoin de longs compléments pour être actualisé : l’année écoulée a confirmé ses analyses essentielles. Signalons en particulier que les directions de la FEN et du SNI (tendance Unité, indépendance et démocratie — UID — dirigée par des militants du PS) garde toujours le même immobilisme conservateur sur la question des femmes. Quant aux directions du SNES et du SNESup (tendance Unité et action — U A — dirigée par des militants du PCF), si elles ont évolué sous la pression, cette évolution reste verbale et ne se concrétise pas dans la pratique.
Le combat a déjà porté ses fruits, il est loin d’être terminé !
DOSSIER : LES FEMMES ENSEIGNANTES
LA PRISE DE CONSCIENCE FEMINISTE DANS L’INTERVENTION SYNDICALE DE
L'École émancipée
1968—1975 : L’EE DE LA LUTTE CONTRE LA REPRESSION SEXUELLE A LA LUTTE CONTRE L’OPPRESSION DES FEMMES
Les femmes et le travail salarié
Depuis les années soixante, le nombre des femmes travailleuses ne cesse d’augmenter, pour atteindre vers 1970 un pourcentage qui a été celui du début du siècle: entre 1968 et 1974, la progression de l’entrée au travail est trois fois plus rapide qu’entre 19 54 et 1968.
Leur niveau de formation, leur scolarisation s’est élevée ; les techniques de contraception ont permis d’envisager une maîtrise relative de la fonction de reproduction. A cet égard, le rôle joué par des associations bourgeoises progressistes comme le Planning a été important ; de même, la presse féminine (Elle, Marie -Claire) a été conduite à modifier l’image de la femme, en légitimant celle de la femme enseignante, médecin, avocat, décoratrice, femme d’affaires.
Mai 68
La rupture de Mai 68, la crise des valeurs sociales, la remise en question de tous les aspects de la vie quotidienne, la volonté de « changer la vie » ont amorcé un processus qui, sous l’in- fluence du féminisme radical américain, va donner naissance au MLF. Un journal, Le torchon brûle, des groupes de quartier, des initiatives comme la grève des femmes (1973) expriment la prise de conscience et la radicalisation de femmes issues essentiellement des milieux intellectuels, et réunissent de nombreuses militantes de Mai 68.
Thionville, Lip...
L’entrée en lutte des femmes ouvrières se produit dans la même période : toute une série de grèves avec occupation, dans des secteurs un peu marginaux qui reflètent la place particulière des femmes dans le monde du travail : c’est le MLF qui a popularisé la grève des Nouvelles Galeries de Thionville (1971). La même année, grève avec occupation aux Nouvelles Galeries de Saint-Etienne, à une bonneterie de Troyes, à Nantes-Ugeco. C’est peut-être la brochure Lip au féminin (1973) qui a le mieux montré comment ces grèves avec occupation et remise en marche de la production (et le film aussi sur les femmes de Cerisay) favorisent la prise de conscience par les femmes ouvrières de leur place au travail comme à la maison et permettent une expression collective des problèmes, car ces formes de lutte mettent fin à la séparation des problèmes dans l’usine et dans la famille, interrogent le partage des tâches, montrent les difficultés de la prise de parole, etc. La grève des banques au printemps 1974 témoigne aussi de ce processus.
Bobigny, le ML AC :
La lutte pour la contraception et l’avortement, initiée en 1972 par le Manifeste des 343 femmes, amplifiée par le procès de Bobigny (fin 1972), organisée par la création du MLAC en 1973, va connaître des mobilisations de femmes très importantes et amener les organisations politiques et syndicales réformistes à se déterminer sur ce terrain : Jeannette Laot a participé à la fondation du MLAC, ses positions seront assumées par la CFDT ; le Planning, Choisir, le PS et, localement, la CGT et le PC se détermineront.
DOSSIER : LES FEMMES ENSEIGNANTES
L’Ecole émancipée
La nécessité politique, la dimension révolutionnaire de la lutte féministe n’avaient pas pour autant été comprises et assumées par les organisations politiques de l’extrême gauche. L’Ecole émancipée, qui se réclame d’une orientation révolutionnaire, bien qu’elle ait eu besoin d’une assez longue période de maturation pour assumer nationalement cette lutte, ne l’a pas méconnue pour autant : les commissions existent à la Semaine (1 ) depuis 1970.
L’intervention d’Elisabeth Sagan au congrès de la FEN en 1973, publiée dans la revue Ecole émancipée n°7 (décembre 1973) développe les thèmes que reprennent les motions syndicales du congrès du SNES (Rouen 1973).
Celles-ci demandent « le libre accès à la contraception pour tous sans discrimination d'âge et de moyens matériels », « la transformation de l’avortement en un acte médical ordinaire, pris en charge par la collectivité » et si elles insistent sur « le droit au plaisir », affirment « le droit des femmes à disposer de leur corps comme elles l'entendent » et donc « la mise en œuvre des moyens nécessaires au libre choix : augmentation du niveau de vie, développement des équipements sociaux (logements, crèches, etc.) ».
Les considérants mettent clairement en question la place des femmes dans la division du travail et critiquent l’expression majoritaire « valorisation du rôle de la femme dans la cité et la maternité », parce qu’elle risque de « perpétuer la division du travail sur laquelle repose l’équilibre des sociétés capitalistes modernes, l’opposition entre l’homme et la femme monopolisée par la production des enfants et ses tâches et l’homme producteur à l’usine ». « Nous, nous voulons abolir la situation de simple instrument de reproduction qui est celle de la femme, c’est-à-dire que la femme n’a pas à être valorisée en tant qu’être humain. » La citation est de Marx.
Mais ces problèmes étaient abordés dans le cadre de la lutte contre la répression sexuelle dont les jeunes sont victimes.
La lutte contre l’oppression traverse l’Ecole émancipée
Le bilan du travail de la commission femmes de la Semaine de Sangui-net (juillet 1973), publié dans la revue n° 6 (23 novembre 1973) propose clairement à la réflexion et au débat les axes de l’analyse et de l’intervention :
1 ) l’école et la discrimination de& sexes : reproduction de l’image de la femme épouse et mère, orientation sexiste ;
2) la condition de la femme enseignante : pourquoi, comment le métier se féminise-t-il ? L’enseignante en tant que salariée, en tant que pédagogue ;
3) les structures d’organisation : dans les syndicats, au niveau de la tendance, l’articulation du travail femmes enseignantes avec les groupes femmes autonomes ;
4) les mots d’ordre de l’EE sur ce problème.
Et deux textes ouvrent le débat. En même temps, se créent des commissions femmes dans les groupes départementaux (2) soit pour animer une intervention syndicale (GD 33), soit pour élaborer une analyse concernant l’oppression des femmes et l’école, diffuser une propagande autonome — bulletins femmes des GD — et participer à des initiatives unitaires avec les groupes femmes (GD 76, région parisienne...).
C'est la grève des femmes à la Semaine de Sanguinet (1974), reprenant l’idée du mouvement des femmes, qui va secouer la tendance, en posant le problème de la place des femmes dans l’EE et de la prise en charge de la lutte contre l’oppression des femmes. Moment de rencontres, d’échanges, d’effervescence et de défi, dont rend compte, un peu, le numéro spécial femmes de février 1 97 S : il s’agissait de poser le problème du partage des tâches dans la vie quotidienne à la Semaine, du partage des tâches au niveau des responsabilités nationales, de la prise de parole dans les assemblées générales ; les groupes de femmes ont préparé collectivement une série d’interventions pour la traditionnelle assemblée générale sur la situation politique, faisant en réunion non mixte le bilan de leur intervention, s’interrogeant en particulier sur te style — masculin ou féminin — de discours et d’interventions, reprenant les débats en commission mixte l’après-midi.
La conséquence a été de favoriser une première coordination de la réflexion et de l’intervention au travers de la préparation du numéro spécial de la revue, et d’une rencontre nationale sur ce problème en juin 197 >. A la rentrée 197 \ un GD fut particulièrement chargé de coordonner r intervention, qui prend alors une dimension nationale.
Le congrès SNES du Touquet 1975
C’est cette expérience d’une pratique collective de discussion, d’élaboration, de prise en charge des responsabilités, entre les femmes de l’EE (pratique des groupes femmes aussi bien), c’est l’élaboration, du numéro spécial qui vont permettre la première intervention au niveau du congrès national du SNES.
Les thèmes sont ceux du numéro de la revue ; l’orientation sexiste, l’idéologie sexiste et les manuels scolaires, les problèmes spécifiques dans la pratique pédagogique, etc. (voir la brochure EE réunissant les textes du congrès) ; la solidarité féministe du groupe des femmes, leur fonctionnement collectif leur ont permis de résister à la difficulté de prise de parole, aux agressions sexistes des U et A. C’est de ce congrès que date la demande de commissions femmes « à tous les niveaux SI, S2, S3, S4 » (3).
Du thème de la répression sexuelle des jeunes au thème de T oppression des femmes
La motion présentée au congrès de 1 97 > reprend bien les revendications traditionnelles concernant l’avortement et la contraception et les équipements collectifs mais elle les situe dans une autre problématique :
En 1973, ce qui était à l’ordre du jour, c’était, comme l’indique le titre d’une brochure publiée par l’EE-région parisienne : « La sexualité, la famille et l 'école » ; la lutte contre la répression des enseignants qui avaient osé aborder avec leurs élèves la question de la sexualité, la lutte contre la répression de la sexualité des jeunes, pour le droit au plaisir (tract du Dr Carpentier, affaire Nicole Mercier).
L’analyse critique ce point de vue et la référence idéologique restait Reich ; à aucun moment le modèle naturalisant de Reich, qui privilégie les normes « masculines » de comportements sexuels n’a été mis en cause et nous avons publié pratiquement sans critique le tract du Dr Carpentier : pourtant, il note que « l’intérêt de l’homosexualité vient du fait que les relations hétérosexuelles sont interdites aux jeunes ». Il définit, d’un point de vue masculin, sous une allure scientifique, l’activité sexuelle et le plaisir sexuel.
Mais il est vrai que la prise en compte de ces problèmes par l’EE préparait la prise de conscience concernant l’oppression des femmes : c’est bien ce qui s’est produit.
DOSSIER : LES FEMMES ENSEINGNANTES
1975—1976 : LE SYNDICALISME ENSEIGNANT
EST PERPLEXE
Peut-on parler de division ? Est-ce que je me sépare de toi, camarade homme, en disant seulement que je suis plus exploitée que toi et que cette exploitation, je ne sais pas toujours l’exprimer ? » « Lip au féminin. »
C’est à partir des luttes ouvrières et de l’émergence d’organisations autonomes de femmes, que les syndicats ouvriers se sont déterminés, bien avant la FEN (qui n’a rien dit ni fait encore...), bien avant le SNES et le SNEP, dans la période où Françoise Giroud devient secrétaire d’Etat à la Condition féminine.
La CFDT déjà en 1970 prend position contre les rôles prédéterminés de l’homme et de la femme, contre la dépendance matérielle des femmes et des enfants, refuse la retraite anticipée pour les femmes, demande l’abaissement du temps de travail pour tous ; les commissions syndicales, souvent non mixtes dans les faits, se multiplient.
En décembre 1974, une plate-forme interconfédérale CFDT-CGT est signée : certes, elle ne remet pas en cause le rôle de mère de la femme, mais elle inclut l’avortement libre et gratuit.
La dernière initiative de la CGT sur ce terrain en mai 1977, la conférence nationale femmes, les sujets de débat, l’évolution du journal Antoinette manifestent la sensibilisation des femmes travailleuses à l’oppression.
Mais au congrès du Touquet, en 1975, la demande de commissions syndicales femmes semblait antistatutaire à la direction U et A : « Les structures du SNES ne le permettent pas », disait-elle ; d’autre part, ce n’était pas la peine ; mais d’une commission à l’autre les femmes étaient hors sujet ! Pourtant les interventions systématiques des camarades femmes de l’EE avaient obligé la direction U et A à consacrer, dans le cadre des affaires générales, une soirée à ce problème.
La décision du congrès : un dossier femmes dans un numéro spécial de l’US (4) (n° 6, avril 1 97 5). S’il reconnaît une surexploitation des femmes, malgré une égalité apparente dans l’enseignement, il propose, outre les revendications générales qui défendent aussi bien les hommes que les femmes, des revendications particulières dont certaines maintiennent la division sexiste du travail : par exemple, l'adaptation des emplois à la main-d’œuvre féminine.
Refusant de mettre en question la place des femmes dans la division capitaliste du travail : reproduction de la force de travail dans le cadre privé de la famille, il ne peut défendre de manière conséquente le droit à l’égalité professionnelle. Car il ne met pas à jour les racines réelles des discriminations et de la surexploitation.
C’est la même attitude que l’on retrouve au congrès d’Arles en 1976, les femmes peuvent être travailleuses, comme les travailleurs, mères de famille, quant à leurs problèmes de « femmes », en parler, c’est diviser... Pourtant les panneaux et les textes des S3 de Dijon et de Lyon manifestaient l’idéologie sexiste des manuels scolaires, montraient le caractère social des rôles stéréotypés imposés aux filles et aux garçons.
Le dossier du SNI, s’il manifestait un malaise, une difficulté à concilier l’activité professionnelle et les tâches domestiques, se limitait à des témoignages.
Nous avions envisagé des initiatives ; une affiche et un quatre pages sur l’orientation sexiste : au congrès du SNES à Arles, nous avons travaillé de manière collective à une motion qui se voulait délibérément une synthèse de ce que nous pouvions alors dire et défendre.
Pour affirmer une solidarité féministe internationale, nous avons participé aux campagnes pour la libération des femmes prisonnières politiques en Espagne et au Chili en particulier.
1977 : UNE DOUBLE « CORVEE » POUR LES FEMMES ENSEIGNANTES : LE MILITANTISME SYNDICAL...
Les congrès nationaux de 1977 ont été marqués par une évolution de la position de trois syndicats : le SNESup, le SNEP, le SNES, qui sanctionne la prise en compte au moins verbale des discriminations professionnelles, alors que les textes issus du congrès de la FEN de Grenoble 1976 consacrent, sur une brochure de 60 pages, une vingtaine de lignes à « l’amélioration des conditions de travail des femmes », c’est-à-dire en fait à des aménagements du rôle maternel, le seul travail des femmes...
Les textes issus des congrès nationaux des trois syndicats cités ci-dessus dénoncent les inégalités professionnelles, la double journée de travail, le danger que constitue le travail à mi-temps, dans le cadre d’une lutte pour le droit au travail, revendiquent l'égalité juridique et sociale -, la motion femmes du congrès du SNESup, qui a été votée à l’unanimité, comporte des revendications précises. L’instruction d’une commission de S4, pour le SNESup et le SNEP, de commissions de S3 et de S4 pour le SNES a été approuvée.
Mais l’analyse reste la même : « Les inégalités professionnelles, juridiques et sociales compromettent l'équilibre de ïh vie personnelle et familiale des femmes. » « C’est le contexte social et économique actuel qui est responsable de ces inégalités » et « le Programme commun prévoit des améliorations décisives, en matière d’emploi, de formation, de qualité de vie » pour les femmes (toutes ces indications sont tirées des textes du SNES, issus du congrès de 1977.
C’est raisonner comme si c’était la politique du gouvernement actuel qui maintenait la division sexiste du travail !
C’est au plan théorique, éluder le problème que pose la manière dont l’ancienne division sexiste du travail, l’idéologie patriarcale s’articulent à la division capitaliste du travail, à l’idéologie bourgeoise.
Car la société capitaliste a exploité et modifié le statut des femmes, a développé des contradictions particulières entre le travail domestique et le travail salarié. Ces aspects de l’oppression prennent racine à tous les niveaux (économique, social, culturel) de l’organisation sociale actuelle : structure de l’emploi féminin, double journée de travail, espace domestique séparé de l’espace professionnel et politique, infime pourcentage des femmes ayant des responsabilités dans les organisations syndicales et politiques, etc. L’on ne peut ignorer le rôle privilégié de l’institution familiale bour-
DOSSIER : LES FEMMES ENSEIGNANTES geoise qui cristallise et noue ces aspects de l’oppression.
Au plan politique, il ne suffit pas de développer des crèches, il ne suffit pas que « toutes » les femmes aient un métier pour en finir avec l’oppression, pour que cesse dans la famille ce partage des tâches, pour que les professions d’assistance sociale soient dévalorisées : la situation des femmes en URSS peut en témoigner.
Si le point de vue des femmes ne devient pas une force matérielle qui s’inscrit dans le bouleversement radical des rapports sociaux, nous ne pourrons pas en finir avec l’actuelle division du travail.
L’institution de commissions marque certes une évolution : mais ce ne sont pas des commissions d’instances académiques et nationales, ouvertes aux seuls élus des tendances, qui favoriseront la prise de parole des femmes, la prise en compte de leur point de vue sur la vie syndicale, sur les revendications et donc un débat le plus démocratique possible dans le cadre de l’orientation actuelle du syndicalisme enseignant.
Le vote contradictoire des motions U et A et EE, au congrès du SNES, sur ce point, a entraîné beaucoup d’abstentions de U et A, et pas seulement de femmes ; des motions EE, présentées, c’est la motion femmes qui a obtenu le plus de voix : elle demandait la création de commissions femmes dans les SI , coordonnées à l’échelon académique et national. Depuis 1975 (voir les textes des motions publiées par l’EE) nous demandons que soient créées des « commissions femmes à tous les niveaux SI, S2, S3, S4 » ; cette année, bien évidemment, c’est l’existence de commissions de SI qui a opéré un clivage entre les U et A et l’EE.
De la même manière, VUS n° 30 du 17 mai 1977 comporte un dossier femmes, dénaturant les thèmes que nous avions développés au congrès ; sur les auxiliaires, en particulier, sans bien sûr en conclure que la titularisation immédiate était un mot d’ordre d’autant mieux adapté que les auxiliaires étaient massivement des femmes.
Que ces positions nouvelles des directions U et A soient fragiles et opportunistes, il suffit pour le comprendre de lire les motions d’orientation préparatoires au congrès de la FEN : les femmes ont disparu ; il est vrai que le débat devient « politique » ! Seule, l’Ecole émancipée rappelle que la lutte contre l’oppression et la surexploitation est partie intégrante de son orientation.
Les revendications, les axes de luttes n ont pas changé : lutte contre les discriminations professionnelles et sociales, sans pour autant cautionner l'existence de la cellule familiale et des rôles masculins et féminins stéréotypés réaffirmant le principe du droit des femmes à disposer librement de leur corps, lutte contre l’orientation et l’idéologie sexiste (voir le n° 1 ) du ) mai 1977) de la revue qui pubüe les motions SNES ; les motions déposées en juin au congrès du SNI vont dans le même sens).
Le statut de ces revendications s'est précisé dans notre esprit : nous comprenons que nous ne pouvons pas parler de revendications spécifiques aux femmes enseignantes, mais de revendications qui prennent en compte l’oppression des femmes, qu’elles intéressent autant les hommes que les femmes et doivent être celles de toutes et de tous. Ce qui implique que toutes les analyses tous les débats, toutes les revendications soient examinées de ce point de vue ; c’est . bien cette orientation que nous avons mis en pratique, tant pour le congrès du SNES, que pour le congrès du SNI : la dimension féministe est présente dans toutes les « grandes » motions traditionnelles.
Nous maintenons toujours la demande de commissions femmes de S 1, non pour enfermer les femmes dans leur ghetto, mais, au contraire, pour favoriser la prise de conscience, la prise de parole collective, l’exigence d’un fonctionnement démocratique, l’émergence d’un point de vue féministe dans l’organisation syndicale, qui ne puisse plus dissocier les problèmes des travailleuses, des problèmes des femmes dans la société.
Nous soutenons et favorisons les formes d’auto-organisation que peuvent construire les femmes dans leurs luttes, parce que nous en comprenons la nécessité.
Nous sommes partie prenante des luttes des femmes de tous les pays contre leur oppression et leur surexploitation.
Pour nous, comme nous l’avons expliqué, féminisme et socialisme sont inséparables : c’est bien l’orientation que manifeste notre propagande : les bulletins de GD, la revue, l’orientation que pratiquent les GD où des commissions femmes existent.
A titre d’exemple, voici le bilan de la commission femmes du GD 76, pour l’année 1976-1977.
« Dans chaque bulletin, nous avons rédigé une page femmes (1er Mai, internationalisme, fête des mères... (Cf. bulletins en vente au GD 76.)
« Deux bulletins spéciaux sont parus : "Chômage au féminin ”, "La famille ” qui ont nécessité de nombreuses réunions préparatoires, le sujet n 'est pas épuisé et constituera un axe de travail pour l’an prochain.
« Une intervention femmes pour l’assemblée générale départementale du SNI a été rédigée collectivement.
« Une intervention femmes pour le congrès du SNI et des motions ont été rédigées collectivement (intervention bien perçue au niveau du congrès : Marlène a été interviewée par les journalistes du Matin de Paris et un article est paru également dans le Monde). Monde).
« Les bulletins ont été diffusés largement et bien accueillis en général.
« On a travaillé avec l’ensemble du mouvement des femmes sur Rouen et Le Havre. On a participé à la coordination des groupes femmes de Rouen. Cortège autonome important lors du Ier Mai, discussion sur la maison des femmes (projet), préparation d’une fête des femmes pour le mois d’octobre.
« En tant que commission femmes, nous avons participé à la création de l'Association solidarité femmes qui se préoccupe du problème des femmes battues (trois centres d’accueil mis en place sous forme de permanences).
« Nous avons participé très activement à la campagne avortement -légalité -réalité’’ à l’initiative du Planning familial et avec le Syndicat de la magistrature, le Syndicat de la médecine générale, le Syndicat des avocats de Rouen, 1’ ASF et la CFDT -CHU : intervention EE lors du meeting (relatée dans la revue, panneaux, table de littérature), rédaction collective de la brochure sur la situation de l'avortement à Rouen). A la suite de cette campagne, un collectif s ’est constitué et continue de fonctionner ; mise en place d’une manifestation de soutien aux inculpées d’Aix (sketches, défilé au même endroit où avait eu lieu le matraquage, lors du procès Duval en 1975). »
NOTES (NDLR)
Notes
- Rosette Deruelle Catherine Artous militantes de l’Ecole émancipée, Paris
- Article paru dans la revue «Ecole émancipée », du 5 décembre 1977.
- (1) La semaine de l'Ecole émancipée : il s'agit d’un stage annuel d’une dizaine de jours qui se tient pendant les vacances d’été.
- (2) Les GD : ce sont les groupes départementaux
- Le GD rassemble tous les adhérents de l’EE d’un même département, quelque soit leur syndicat, leur catégorie.
- (3) S I , S 2, S 3, S 4 : désignent les diverses instances du SNES : section d’établissement, départementale, académique, nationale.
- (4) L’«US » («Université syndicaliste ») est la revue hebdomadaire du SNES.