La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Essor d'un mouvement syndical indépendant en Afrique du Sud

· Critique communiste, n° 44, septembre 1985 · p. 19-23 · 3 970 mots

L' Mrique du Sud est revenue, depuis des mois, à la une de l'actualité internationale. En réponse au déferlement ininterrompu depuis un an des grèves et des émeutes dans les townships, Pieter Botha proclamait l'état d'urgence dans trente-six des trois cents districts du pays, le 21 juillet dernier. L'inquiétude grandit dans les milieux impérialistes occidentaux, notamment aux Etats-Unis, où Reagan doit manœuvrer pour éluder la question des sanctions à l'égard du régime raciste.

L'angoisse des investisseurs occidentaux en Mrique du Sud est d'autant plus vive que le mouvement actuel n'est pas surgi de rien: il prolonge un spectaculaire essor du mouvement d'organisation syndicale des masses ouvrières noires. Certes, pour l'heure, la révolte est circonscrite aux zones noires. Le peuple s'en prend à tous ceux qui, dans les townships, représentent la collaboration avec l'apartheid : conseillers municipaux et policiers noirs. Et la liste des victimes tombées sous les balles de la répression raciste s'allonge chaque semaine. Mais les zones blanches restent protégées et la vie s'y déroule «normalement».

La détermination extrême des masses noires ne supplée pas à l'absence d'une stratégie de lutte contre l'apartheid. La question d' une telle stratégie est pourtant présente, de par le poids d'une classe ouvrière noire très importante, de son organisation indépendante croissante, des débats qui traversent un mouvement dont la représentation politique est aujourd'hui assumée par deux regroupements anti-apartheid, l'UDF (Front uni démocratique) et NF (Forum . international). Cet article est consacré à l'essor du mouvement syndical et à la perspective qui peut s'en dégager : celle d'une direction ouvrière à la lutte pour abattre l'apartheid, pour la libération nationale et sociale.

L

'AFRIQUE du Sud ne ressemble de se renforcer, en particulier depuis pas aux autres pays du conti- l'accession au pouvoir du Parti nationent. Ce dont l'office du tou- naliste en 1948. Les exportations de risme de ce pays a fait un argument de matières premières restent dominantes choc: « L'Afrique du Sud, c'est l'Afri- et l'économie demeure dépendante des que; l'Afrique du Sud, ce n'est pas investissements étrangers. l'Afrique ». L'une des différences les Les particularités du développeplus marquantes réside dans la puis- ment capitaliste dans ce pays se résusance ·industrielle sud-africaine et le ment en un mot: l'apartheid. Il s'agit développement d'une classe ouvrière d'un système perfectionné d'exploitanumériquement sans équivalent. 30 % tion de la main-d'œuvre noire, prisonde la population active est salariée, nière d'un carcan racial institutionnacontre 2 % environ dans les autres pays lisé. Les Blancs, au nombre de 4,6 d'Afrique noire. millions, ont classé la population noire

Le développement économique en trois catégories. Chaque enfant non s'est fondé sur la découverte de l'or, blanc est ventilé dès la naissance dans dans la seconde moitié du 19• siècle. Il l'un des groupes suivants : « africain » s'est étendu du secteur minier au sec- (25 millions), métis (2,6 millions) ou teur manufacturier, mécanisme encou- indien (un peu moins d'un million). Il ragé par un Etat dont les interventions ne peut, sauf décision judiciaire, chanet le poids dans l'économie n'ont cessé ger de catégorie raciale sa vie durant. La

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1. La RSA est le premier producteur mondial d'or (75 % de la production du monde capitaliste). Ce pays se classe au deuxième rang pour la production de chrome, au troisième pour les diamants et l'uranium, au septième pour le charbon et les phosphates. Il produit 92 % du platine mondial. Sa production minière représente 40% de son PNB et 60 % de ses exportations. 2. Par syndicats non raciaux, on entend les syndicats qui refusent les délimitations de leurs adhérents sur les critères de l'apartheid. Ce n'est pas le cas de la SACIA, conjëdération exclusivement blanche, ou du TUCSA, qui regroupe des travailleurs appartenant ti des groupes raciaux distincts mais dans des syndicats séparés. 3. Les conseils industriels sont des structures nationales au niveau des branches, où siègent représentants patronaux, syndicaux et de l'Etat. 4. La SAC LA a, ti plusieurs reprises, appelé ti des grève.~ contre l'obtention par les travailleurs noirs de nouveaux droits qui remettent en cause les privilèges des travailleurs blancs.

Défilé de militants du NUM politique des bantoustans (ces réserves au territoire morcelé, qui se sont vues octroyer une indépendance bidon) a dépossédé de la nationalité sud-africaine plus de huit millions de personnes. Celles-ci ne sont plus obligées de porter en permanence sur elles le passeport intérieur ( « pass ») : elles sont devenues des étrangers dans leur propre pays.

C'est sur l'exploitation de cette main-d'œuvre, qui vit en zone noire mais travaille en zone blanche, que s'est bâtie la prospérité du capitalisme blanc d'Afrique du Sud. Celui-ci constitue la plus grande concentration de richesses minières du monde capitaliste 1• Mais ce développement capitaliste autoritaire n'a pu empêcher la constitution, dans les années soixante-dix, d 'un mouvement syndical indépendant et combatif.

Cet essor est d 'autant plus remarquable qu'une vague brutale de répression en 1960 avait porté un coup d 'arrêt aux mobilisations du peuple noir contre les lois racistes. Ses organisations politiques furent interdites et leurs militants pourchassés, enfermés dans les bagnes. La confédération SACTU, liée au Congrès national africain (ANC , dominé par le Parti communiste d'Afrique du Sud), bien que non interdite, disparut alors dans la clandestinité et sa direction s'exila à Londres. La nuit s'abattait sur le mouvement de masse. En 1969, il n'existait plus que treize syndicats africains qui regroupaient 16 000 adhérents.

Le réveil du mouvement syndical se produit en 1973. Quand l'année 1972 avait vu la participation de 8 8 14 travailleurs noirs à soixante et onze grèves, il sont 98 029 à prendre part aux 370 grèves que connaît le pays en 197 3. La vague se confirme en 1974. Les grèves de Durban et le réveil syndical

La police intervint contre 261 de ces grèves, ce qui donne une idée du degré de détermination des grévistes. Les secteurs touchés par le mouvement, textile et briquetterie, sont restés pour l'essentiel concentrés dans la région de Durban, port situé sur l'océan Indien et capitale de la province du Natal. Ces grèves de 19 7 3 donnèrent naissance à dix -sept nouveaux syndicats dont six dans la seule province du Natal. Au textile, vinrent s'ajouter la métallurgie, la chimie et le bois.

La répression du soulèvement de Soweto qui fit plus de 600 morts en juin 19 7 6 ne parvint pas à endiguer cette tendance, bien qu'elle provoquât une baisse du nombre des grèves. Les effectifs des syndicats non raciaux 2 avoisinent les 40 000 en 1977.

Indépendants du patronat, les nouveaux syndicats le sont aussi du syndicalisme intégré, qui est délimité selon les races en vertu des lois de l'apartheid : la Confédération du travail d'Afrique du Sud (SACLA) qui n'admet en son sein que les travailleurs blancs ; le Conseil des syndicats d'Afrique du Sud (TUCSA) dont les syndicats réservés aux Blancs organisent un « syndicat parallèle » pour les Noirs.

Les nouveaux syndicats ont dû se construire contre le corporatisme, contre les bureaucraties intégrées, contre le

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patronat et contre l'Etat tout puissant. Autant dire que la lutte ne fut pas aisée. Sous leur pression et alarmé par les émeutes de Soweto, le pouvoir met sur pied deux commissions chargées de proposer une nouvelle législation des relations de travail. La commission Riekert a travaillé sur la question des droits de résidence en zone urbaine, question qui touche au socle de l'apartheid. La commission Wiehahn s'est longuement penchée sur les droits, en particulier syndicaux, des travailleurs noirs. Il en est résulté une reconnaissance de fait du syndicalisme indépendant et l'extension à ces syndicats, sous réserve d'une procédure d'enregistrement, des mécanismes institutionnels de négociation : les conseils industriels3.

En proposant une procédure d'enregistrement, le législateur visait deux objectifs : étendre son contrôle sur les effectifs, les activités et les finances des nouveaux syndicats d'une part ; perpétuer les divisions entre travailleurs blancs et noirs et au sein même de la communauté noire, en refusant une base constitutive non raciale, d'autre part. Ces embûches allaient faire l'objet d'un débat dans le mouvement syndical indépendant, .dont la configuration avait déjà évolué.

Des regroupements ont commencé à s'opérer entre divers syndicats de branche et ont donné naissance à deux fédérations : la Fédération des syndicats sud-africains (FOSATU) créée en 1979, et le Conseil des syndicats d'Afrique du Sud (CUSA) formé l'années suivante. A côté de ces deux regroupements existe une multitude d'autres organisations indépendantes, syndicats de branche d'activité ou syndicats généraux sans délimitation industrielle. Le mouvement s'est étendu aux différents secteurs économiques à l'exception des mines (le droit d'y syndiquer ne sera arraché par des syndicats indépendants qu'en 1982), les travailleurs agricoles et domestiques. Tous ces syndicats se constituent sur une base non raciale. Par contre, sur la question de l'enregistrement, des différences existent qui viennent pour partie des origines diverses de ces syndicats : syndicats anciennement affiliés au TUCSA restés enregistrés, syndicats nouvellement créés, voire fusion des deux. Les divergences sur l'enregistrement, ainsi que sur le cadre des conseils d'industrie, susciteront l'un des premiers grands débats au sein du jeune mouvement syndical, tandis que le non racialisme demeurera une ligne de démarcation historique.

A l'orée des années quatre-vingt, le paysage syndical s'est profondément modifié. L'activité gréviste en 1980 est en très net accroissement par rapport à l'année précédente (207 grèves contre 101 et trois fois plus de grévistes), ce qui est à mettre en relation avec une remontée générale des luttes dans le pays, en particulier dans la jeunesse scolarisée. Les principaux syndicats sont constitués sauf le NUM, syndicat de mineurs affilié au CUSA, qui connaîtra un développememt spectaculaire à partir de 1982. La tendance à 1 'extension de l'activité et des effectifs des syndicats indépendants ne cessera de se confirmer jusqu'à aujourd'hui. La compréhension de la puissance répressive de l'Etat sud-africain est largement répandue. Comment faire face à un tel Etat, à un patronat omnipotent, à un mouvement syndical intégré à l'apartheid4, quand le nouveau mouvement syndical est encore éparpillé, organisationnellement et géographiquement ? Processus d'unification

Le premier sommet unitaire se tint à Langa, dans la province du Cap, en août 1981. Tout ce qui compte comme organisation syndicale indépendante s'y trouvait. Si l'adoption de résolutions sur la solidarité face à la répression ne faisait pas problème, les résolutions adoptées sur les questions de l'enregistrement et des conseil d'industrie reflètent le compromis entre des positions divergentes.

Sur l'enregistrement, la conférence adoptait la résolution suivante : ((Nous reconnaissons les syndicats com me des structures publiques et par conséquent n'avons pas d'objection à fournir des informations concernant notre constitution, nos finances et notre représentativité. Cependant, nous refusons de nous soumettre au contrôle de qui que ce soit d'autre que nos propres membres. C'est ainsi que nous résistons et rejetons l'actuel système d'enregistrement dans la mesure où il a pour but de contrôler et d'interférer dans les affaires internes du syndicat. La réunion s'est en particulier accordée sur un soutien mutuel pour s'opposer à tout abus des pouvoirs d'enquêter confiés aux autorités par la loi sur l'arbitrage industriel. ;;

Sur les conseils industriels, la résolution est plus nuancée : (( La rencontre a rejeté l'actuel système des conseils industriels comme moyen de négociation collective acceptable. La recommandation faite par la rencontre est que les syndicats non membres d 'un conseil s'abstiennent de le devenir et que les syndicats qui en sont membres en réfèrent à leurs adhérents respectifs pour ratification. Les syndicats se sont entendus pour un soutien mutuel dans l'éventualité de la résistance d 'un syndicat, quel qu 'il soit, à sa participation à un conseil industriel. ;;

Les clivages autour de ces deux questions dominèrent les deux sommets qui suivirent, au cours desquels 1 'unité semble s'enliser dans les divergences. Pourtant, l'enregistrement et la participation aux conseils industriels ou les liens avec les associations communautaires ne se sont pas révélés être des discriminants entre syr,dicats plus ou moins combatifs, et encore moins entre syndicats prêts à des concessions à l'apartheid et syndicats hostiles. Le MAWU, affilié.à la FOSATU dans la métallurgie, siège dans le conseil d'in-

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Les firmes françaises au pays de l'apartheid

La centrale nucléaire de Koeberg a été construite par un consortium français regroupant SPIE-Batignolles, Alsthom-Atlantique et Framatome, qui a de plus décroché le contrat de maintenance.

Renault a une représentation au travers de la société Euromotors présidée par

Bernard Vernoux, baptisée Renault-Africa, qui fabrique essentiellement les R 5 et

R9.

Parmi les principales firmes françaises collaborant directement ou installées sur place, on peut citer: Air liquide, AGF, la Comhurex , la CGP, les Chargeurs réunis,

CFP, CGE, !métal, PUK, Peugeot SA, la SN Elf Aquitaine, Thomson CSF, Total

(qui alimente en pétrole l'armée et la police sud-africaine), UTA, sans oublier les banques nationalisées grandes et petites. Comme on le voit, les sociétés nationalisées figurent en bonne place dans la collaboration avec l'apartheid. Les ouvriers qu'elles emploient chercheraient en vain les différences avec les employeurs du cru.

Owen Horwood, ministre sud-africain des Finances, déclarait en décembre 1983 à Paris que les ·relations franco-sud-africaines restaient «excellentes » sur le plan économique et financier. Il ajoutait : (( La politique est une chose bizarre. Ce qui compte en réalité, c'est de maintenir des relations économiques saines. )) La véhémence du ton adopté par Fabius contre le régime sud-africain n'est pas prêt de menacer ce qu'il est convenu d'appeler les «intérêts de la France» dans ce pays.

Pour en savoir plus : la meilleure référence disponible en langue française est le livre publié par le Mouvement anti-apartheid: l'Explosion syndicale, n° spécial de la revue Apartheid Non, octobre-novembre 1983 . (Pour se le procurer, écrire à la revue, 46, rue de Vaugirard, 75 006 Paris. Livre et revue aussi en vente à la librairie la Brèche). Apartheid Non a une rubrique syndicale permanente. lnprecor publie régulièrement des articles de fond et des informations sur l'Afrique du Sud. dustrie de cette branche. Il n'en est pas constitution de la future fédération, moins le syndicat d'Afrique du Sud qui comme l'avaient fait les syndicats qui a mené le plus grand nombre de grèves ont formé la FOSATU. Au sein du et remporté le plus grand nombre de CUSA, des tensions sont apparues envictoires, ce qui explique sa croissance tre le NUM (qui annonce 100 000 (ses effectifs triplent en 1981 et sont adhérents) et la direction de cette fédépresque doublés en 1982). La FO- ration jugée trop peu impliquée dans SATU, dont les syndicats sont enregis- l'unité. Si les discussions ont semblé trés, a mené campagne contre les ré- marquer le pas, la nouvelle fédération formes bidons de P. W. Botha. Surtout, devrait normalement voir le jour cette personne n'arriverait à démontrer que année. les syndicats ayant accompli les formalités d'enregistrement, en gagnant devant les tribunaux le droit de le faire sur une

L'UDF et les syndicats base non raciale, en sont pour autant plus étroitement contrôlés que ceux qui s'y sont soustraits. Ces questions ont Lancé par un meeting qui réunit d'ailleurs été reléguées au second plan 5 000 personnes dans la banlieue du par la suite. Cap, le Front uni démocratique (UDF)

Passablement irrité de la lenteur du s'est assigné un objectif: combler un processus d'unification, un pôle syndi- vide en l'absence d'organisations political regroupant la FOSATU, le FCWU ques légales de la communauté noire. (alimentation, conserverie) et le GWU En 1960, le Parti nationaliste avait (syndicat général) décida d'accélerer les réduit au silence ou à l'exilles organisachoses. La concrétisation de ses efforts tions comme l'ANC, le PAC ou l'UM, eut lieu lors du 4• sommet tenu dans la après une période de vastes mobilisarégion du Cap, à Athlone, les 9 et 10 tions anti-apartheid 5• avril 1983. Lors de cette réunion furent L'UDF s'est tout de suite placée jetées les bases d'une future fédération dans la continuité de la Charte de la unitaire. Les rapports de forces (la liberté, adoptée en 1955 par les repréFOSA TU et le CUSA dominent le sentants d'organisations des différentes mouvement syndical indépendant avec communautés (selon le classement offiplus de 120 000 adhérents chacun) et la ciel). De fait, ce front apparaît par la crainte de la marginalisation ont eu composition de sa direction comme une raison des hésitations de plusieurs syn- représentation du courant de sympathie dicats. L'essentiel du mouvement sou- autour de l'ANC. S'y allient notamment tint le projet. Un comité paritaire a été des ecclésiastiques de haut rang comme mis sur pied avec la tâche d'élaborer la le président de l'Alliance mondiale des églises réformées, le révérend Boesak, ainsi que le syndicat étudiant blanc et des représentants d'organisations de petits patrons noirs.

L'UDF assure fédérer sous sa bannière 700 organisations de taille variable. Cependant, en dehors d'une direction désignée lors du meeting de lancement, le Front uni démocratique ne s'est pas donné de structure de base autre que des directions provinciales. Gagner à lui les syndicats indépendants était son objectif avoué : il bénéficierait ainsi d'une base sociale dans toutes les couches opprimées, notamment dans la classe ouvrière, et gagnerait une base militante solide.

Certains syndicats ont d'emblée rejoint l'UDF: le SAAWU, et un petit syndicat de l'automobile. L'une des deux fédérations ( CUSA) a adhéré simultanément à un autre regroupement rival de l'UDF, le Forum national (NF). L'UDF a cependant échoué à attirer à lui l'autre fédération indépendante (FOSATU) ainsi que les syndicats de branche ou généraux les plus significatifs. Le syndicat des médias, dont certaines branches provinciales avaient décidé d'adhérer, a connu une scission pour ce motif.

Les syndicats qui refusent de se joindre à l'UDF ont publiquement explicité leur décision. (( La FOSA TU pense que l'unité de buts créée au sein des organisations contrôlées par les travailleurs, dont la base et les objectifs de classe sont clairs, se perdrait au sein d'une organisation telle que l'UDF. L'UDF représente une structure d'intérêts de classe sans structure constitutionnelle claire dans laquelle la majorité des citoyens peut contrôler l'organisation. L'UDF a cependant une position progressiste en ce qui concerne l'oppression politique de la majorité des Sud-Africains et c'est pour cette raison que la FOSATU salue et soutient son opposition au projet de constitution. ))

Dave Lewis, secrétaire général blanc d'un autre syndicat indépendant, publiait dans une revue ouvrière de discussion un article exposant les raisons analogues du refus de provoquer une division au sein des travailleurs noirs syndiqués, sur cette question. La polémique qui a suivi, notamment dans les colonnes du journal londonien du SACTU, lié à I'ANC et au PC sud-africain, a été parfois violente. Dave Lewis fut traité par ses adversaires de petit bourgeois coupé des réalités.

Les syndicats hostiles à l'adhésion à l'UDF insistent sur le contrôle démocratique des travailleurs sur leurs organisations et la nécessité d'une direction ouvrière. Les responsables de l'UDF ont un autre langage, tel Patrick Lekota, qui déclarait à la revue Solidarity:

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((L'UDF n'est pas une organisation de classe. Il n'entend pas travailler pour les intérêts de la classe ouvrière, des capitalistes ou de la paysannerie. Il est une alliance de ces classes. Tous ceux qui n 'ont pas de droits politiques et veulent se battre ont leur place dans le Front. Nous n 'avons jamais prétendu être dirigés par la classe ouvrière. ))

Au centre de ce débat, qui n'empêche pas l'unité d'action possible, comme dans la grève générale du Transvaal ou contre la répression, se trouve la question fondamentale de la direction à construire et les limites des alliances, pour résoudre à la fois la question nationale et arracher la libération sociale des exploités d'Mrique du Sud.

La construction d'une direction ouvrière était 1 'un des problèmes de fond abordé dans le rapport du secrétaire général de la FOSATU au deuxième Congrès de cette centrale en avril 1982. Ce rapport, repris dans plusieurs publications, a été l'objet d'une charge polémique de la part du PC sud-africain dans son organe African Communist. Il l'accuse d'ouvriérisme et d'économisme, et surtout de ne pas prendre en considération la direction ouvrière existante, le Parti communiste sud-africain. Le titre de cet article, « Un syndicat n'est pas un parti politique » démontrait bien la volonté de confiner chaque organisation à sa place. Sous le titre « Les dangers du "marxisme légal" en Mrique du Sud», le dernier numéro d'African Communist s'en prend à nouveau à des publications anonymes et à la direction de la POSATU, suspectée d'être ((fascinée par l'exemple du Brésil )). L'auteur de l'article rappelle que (( le Brésil figure aussi dans le programme d'études mis au point par les universitaires investis dans les tâches de formation de la FOSA TU et fait l'objet de discussions dans le journal de la FOSA TU )). Un parti des travailleurs ?

Il est sûr que l'exemple de la construction du parti des travailleurs par les cadres qui ont émergé de la renaissance syndicale à la fm des années soixante-dix dans le bassin métallurgique de Sao Paolo a de quoi inspirer les militants qui ont présidé à la renaissance syndicale en Afrique du Sud. Ceux -ci ont suivi avec autant d'intensité le cours de la révolution polonaise. Face au courant ANC-SACTU-PC pour qui Solidarnosc n'était qu'une bande de contre-révolutionnaires fmancés par l'impérialisme américain, nombre d'entre eux ont dû suivre attentivement la montée et la structuration du mouvement.

Les attaques du PC sud-africain indiquent que, derrière le débat sur l'adhésion ou non à l'UDF, se déroule une course de vitesse pour la direction du mouvement syndical indépendant. On mesure l'incidence qu'a, dans ces circonstances, le débat sur la construction d'une centrale syndicale unique (problème qui s'est posé au Brésil avant le lancement de la CUT, centrale unique des travailleurs).

Il serait faux de croire que la divergence se limite à un refus des alliances de classes. Dans le contexte de l'apartheid, la masse des exploités ne se réduit pas à la classe ouvrière. La vraie divergence se précise de plus en plus comme celle des couches sociales qui seront dirigeantes dans le processus de libération nationale et sociale.

Il est impossible, aujourd'hui, de prévoir les formes de représentation politique que se donneront les masses noires, ou de délimiter la direction d'un futur parti des travailleurs : somme de plusieurs directions syndicales ou de parties d'entre elles, fusion de ces directions avec d'autres directions du mouvement de masse ? Cela sera largement déterminé par le cours des luttes elles-mêmes. La montée et la convergence des luttes, leurs forme et contenu de plus en plus prolétariens ont provoqué et utilisent la période d'« ouverture » qui a débuté à la fin des années soixante-dix. Jusqu'à quel point les secteurs patronaux, qui ont préféré l'attitude «réaliste » de la négociation et souhaitent réformer l'apartheid pour prévenir l'explosion, toléreront-ils les avancées des masses exploitées d'Mrique du Sud ? Cela dépendra des rapports de forces au sein de la classe dirigeante blanche mais aussi des pressions internationales qui pourront s'exercer sur le régime raciste.

Les syndicats indépendants l'ont compris qui ont déployé des efforts pour établir des contacts avec le mouvement ouvrier international. Plusieurs syndicats siègent à la Fédération internationale de la métallurgie, ce qui a permis des interventions sur des conflits ou sur des cas de répression. Les actions qui sont possibles en France, notamment vis-à-vis des firmes françaises impliquées dans la collaboration avec Pretoria, pèsent dans la balance pour aider au développement du mouvement syndical sud-africain. C'est en isolant le régime que le mouvement ouvrier international offrira aux syndicalistes indépendants la meilleure protection contre la répression.

5. L'ANC, créé en 1912, sur des bases non · violentes, méne durant les années cinquante des campagnes pour les droits démocratiques. Il connaît une scission en 1959 qui donne naissance au PAC. Tous deux s'orientent vers la lune armée aprés la répression de 1960. L'Unity movement (UM) fut créé par des cadres issus du trotsysme. Cene organisation s'opposait à l'ANC dominée par les staliniens •

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