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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Hommage à Daniel Guérin

· Critique communiste, n° 74, mai 1988 · p. 32 · 367 mots

Daniel Guérin vient de nous quitter. Nous ne l'oublierons pas.

Toujours fidèle à lui-même, Daniel Guérin ne transigeait pas. Anticolonialiste de la première heure, antifasciste, auteur de Fascisme et grand capital, antimilitariste, il était présent sur tous les fronts, toujours à la pointe du combat. Il n'a pas attendu Soljenitsyne pour découvrir les crimes staliniens. Il était du petit groupe d'intellectuels avec Breton et les surréalistes qui osèrent participer en 1937 au Comité d'enquête sur les procès de Moscou qui dévoila l'imposture, et eut une correspondance avec Trotsky qu'il admirait sans partager toutes ses conceptions.

On sait que Daniel s'était joint à l'action clandestine des trotskystes dans les sombres années de la guerre et de l'occupation nazie, sans intégrer le mouvement. Il refusait l'union sacrée avec la cause des Alliés sous la bannière du gaullisme. Il prit la défense des trotskystes que le PCF voulut réduire au silence, après la Libération, faisant interdire leur presse et arrêter leurs militants dans les usines. Nos points de vue différaient, mais l'estime et l'amitié demeuraient. Nous nous retrouvions au coude à coude dans toutes les grandes luttes. Contre la répression coloniale au Maroc, en Algérie, à Madagascar, en Indochine, aujourd'hui en Nouvelle-Calédonie. Et contre la guerre de reconquête française et américaine au Vietnam. Contre la « sale » guerre en Algérie. Contre la répression dans les casernes de la métropole, pour le soutien des revendications des appelés et l'action antimilitariste.

Il mena toute une existence à contre-courant. Cela vaut tant pour son action militante très intense que pour son œuvre littéraire et d'historien, considérable et par trop méconnue. Ces deux faces de sa vie sont extrêmement liées et ne font qu'une. C'est sans doute pour ces raisons que l'on a voulu le marginaliser et que l'on répugnait à prendre en considération toute la richesse de son apport. Au point qu'il éprouvait de plus en plus de difficultés à obtenir la réédition de ses livres.

Il n'aurait pas voulu d'autre adieu qu'un engagement de poursuivre et d'intensifier le combat. Il incarnait toute une époque, la plus riche en luttes et en enseignements. Nous saluons en Daniel Guérin un exemple de constance et de droiture révolutionnaire.

Ligue communiste révolutionnaire

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