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APRES
LA RENCONTRE INTERNA TIONALE
DES
FEMMES (Vincennes, les 28/29 et 30 Mai 77 )
Quelles perspectives ?
Cette rencontre, initiée en 1975 par des militantes du courant « luttes de classes » du mouvement de femmes français en constitution, cette rencontre conçue au départ comme une reunion dont on pensait qu'elle regrouperait 300 à 500 femmes, en a rassemblé 6 000. Pourquoi 7 ■
Parce que, de toute évidence, la situation s'est modifiée au niveau international et que les mouvements autonomes sont apparus comme une force politique avec iaquelle le mouvement ouvrier or ganisé devait compter, en particulier dans les pays d'Europe du sud ou ils ont pris un caractère de masse.
D'une initiative qui se voulait une riposted court terme, à toutes celles prises par la bourgeoisie et les réformistes (Mexico, Bruxelles, etc.) d'une initiative qui avait pour but de permettre aux femmes représentant de fait un noyau d'avant-garde au sein des mouvements de femmes européens, c'est devenu un rassemblement massif, qui represent.-un point de départ pour le développement de courants se réclamant de la lutte de classes, pour la clarification du débat avec les radicales féministes et ave< ton tes celles qui, désemparées par l'aime: a -de réponses du mouvement ouvrier lace aux problèmes qu'elles posent ont u n dance à théoriser la nature marinate dices organisations
Qui était présent à cette rencontre ?
Des femmes de tous les pays de mm, les continents.
Des femmes de tous les courant-, miss, même s'il est evident que celles qui sont restées les trois jours et qui ont parte ip-activement au travail des commission-, appartenaient avant, tout aux courants « lutte de classes ».
La présence relativement impommm des « radicales féministes » <par !, » un-; s
4.1 entendons les courants qui, au niveau international, affirment l'antériorité de la lutte des sexes sur la lutte de classes), malgré leur boycott antérieur de la préparation de la Rencontre dans la plupart des pays, s'explique par l'écho qu'avait reçu celle-ci dans la dernière période.
Parmi elles, il importe de relever l'apparition d'un courant numériquement im1 portant du mouvement autonome de femmes au niveau international, où l'on retrouve de nombreuses militantes ayant quitté les rangs des organisations d'extrême-gauche.
Partant d'un état de fait — les rapports la plupart du temps conflictuels jusqu'ici entre le mouvement de femmes et le mouvement ouvrier — ce courant tend à confondre les priorités, aussi bien en ce qui concerne les batailles à mener ou les compagnes à impulser, qu'en ce qui concerne la seule force objective sur laquelle le mouvement des femmes peut et doit s'appuyer dans sa lutte contre l'oppression spécifique : celle de la classe ouvrière.
Durant tout le week-end, elles proclamèrent leur volonté de discuter d'abord de leurs problèmes, affirmant leur refus de toute organisation des débats ( » On en a marre des chefs, des bureaucrates », etc.) et leur conviction qu'il n'y a pas de discussion possible pour l'instant avec les organisations « mâles ». Tout cela sur un fond de terminologie « marxiste », avec la volonté de combler les lacunes — réelles — des théorisations de Marx et d'Engels à propos de l'oppression spécifique des femmes. Mais en abandonnant de fait le terrain de l'analyse marxiste quant au rôle objectif du prolétariat tout entier — hommes et femmes, autochtones et immigrés — dans la lutte de classes et pour le renversement du capitalisme.
En effet, si ce courant ne nie pas le rôle de la classe ouvrière, il donne cependant la priorité dans le cadre du système capitaliste, à la lutte des femmes pour la reconnaissance de leur combat. Celle du mouvement ouvrier lui étant subordonnée dans le temps.
Il est évident qu'une telle vision étapiste revient de fait à l'adoption de conclusions pratiques analogues à celles des « féministes radicales » priorité à la bataille contre le phallocratisme des directions ouvrières et du mouvement ouvrier en général ; et non priorité pour la reprise en charge par celui-ci des exigences mises en avant par le mouvement des femmes, pour l'élargissement du mouvement autonome à toutes les femmes de la classe ouvrière encore sous l'emprise des réformistes.
Il n'en reste pas moins que les analyses de ce courant, nettement plus subtiles que celles des « radicales féministes » ont un écho certain parmi les femmes, et en particulier les anciennes militantes politiques et syndicales qui ont fait le constat de l'incapacité des organisations de gauche et d'extrême-gauche a soutenir leur combat jusque là.
Du point de vue des couches sociales représentées, ce sont avant tout celles qui sont aujourd'hui majoritaires dans la plupart des mouvèments de femmes européens qui étaient présentes : à savoir des femmes des couches moyennes, employées, travailleuses intellectuelles — et dans une moindre mesure, étudiantes. Les travailleuses représentatives d'expérience dans les entreprises ou les quartiers populaires étaient peu nombreuses.
Cependant, un effort organisationnel et financier avait été fait par les Espagnoles et les Italiennes du Nord pour permettre à des ouvrières d'être présentes à cette rencontre et de prendre la parole en assemblée générale au nom de leur délégation et des coordinations locales auxquelles elles participent. Les débats en commission furent largement marqués parla préoccupation des femmes présentes, de tenir compte de la radicalisation large qui s'exprime aujourd'hui parmi les femmes de la classe ouvrière dans les pays d'Europe du sud. D'avancer aussi des propositions d'action et des solutions organisationnelles permettant de gagner au mouvement des couches significatives de travailleuses ou de prolétaires « femmes au foyer » dont les préoccupations et les besoins immédiats ne sont pas exactement les mêmes que ceux des femmes de couches plus privilégiées.
C'est cet aspect-là des débats qui indiquait le plus clairement la présence massive du courant « lutte de classes » dans les commissions de travail.
Quel bilan tirer du travail effectué en commissions ?
On peut relever plusieurs éléments essentiels :
— là richesse des échanges dans les commissions. sur les « femmes au travail » (emploi, syndicats, conditions de travail) où les expériences italiennes et espagnoles ont contribué à éclairer un certain nombre de tendances dominantes dans la façon dont le mouvement ouvrier et les réformistes en particulier réagissent face à l'affirmation du mouvement autonome des femmes.
Tendances qui s’expriment par une certaine souplesse devant la volonté des femmes de s'organiser entre elles dans les syndicats afin d'imposer un point de vue collectif lors des congrès ou des as semblées générales, mais qui dépendent bien sûr, selon les pays de l'acuité de la lutte de classes, et du rapport de forces entre mouvement de femmes et les organisations mixtes du mouvement ouvrier.
— La richesse du débat de la commission « femmes et enfants » (non prévue dans les groupes de travail planifiés) et les conclusions sévères auxquelles la discussion est arrivée. Notamment en ce qui concerne la non prise en charge par le mouvement autonome des femmes lui-même, des problèmes spécifiques auxquels sont confrontés celles qui ont des enfants — en particulier les travailleuses — et la margnialisation consécutive du mouvement, vu l'absence de celles qui se trouvent dans cette situation : la majorité des femmes.
— la maturité du débat sur la question de l'avortement — la plus discutée jusqu'ici au niveau international — aussi bien du point de vue des revendications avancées que du point de vue des structures mises en place pour permettre aux femmes de poser correctement et concrètement les problèmes de l'avortement, de la contraception et de la sexualité (centres d'orthogénie « consultori »). Débat qui a débouché sur la rédaction d'une plateforme marquant une capacité réelle de synthèse des réflexions effectuées par les différents mouvements dans leur lutte pour le droit des femmes à contrôler leur corjDS.
— L'urgence de campagnes spécifiques contre la répression touchant les femmes emprisonnées qui mettent à jour l'aspect sexiste des brimades ou des tortures qui leur sont infligées. Que ce soit dans les pays dominés par une dictature, ou dans les systèmes « démocratiques » où s'exerce une « terreur blanche », (comme on le voit dans les prisons allemandes, par exemple).
— L'urgence aussi de campagnes contre toutes les formes de violences faites aux femmes, — contre le viol en particulier — dénonçant la justice de classe et révélant l'identité des situations auxquelles les femmes sont confrontées dans les différents pays capitalistes avancés.
— L'importance du travail domestique, non seulement dans la commission qui traitait spécifiquement de ce sujet, mais dans toutes les commissions, dans la mesure où tout débat sur le statut social des femmes renvoie à cette question-là.
Il faut relever également l'importance exprimée, dite et redite, par la plupart des femmes de cet échange d'expériences et d'informations (malgré les difficultés dues aux traductions, malgré la lenteur des débats), en raison même du peu d'éléments écrits sur les luttes de femmes, du silence des organisations ouvrières à ce propos, de la déformation de la presse bourgeoise sur les objectifs des mouvements de femmes, etc. D'où aussi l'importance accordée à la publication la plus rapide possible des exposés faits en assemblée générale et des débats en commissions, afin de diffuser leur contenu au niveau international et de permettre une avancée réelle des mouvements autonomes grâce à l'assimilation des acquis existants dans d'autres pays.
Un groupe de femmes s'est mis au travail depuis lors à Paris dans le but de faire paraître prochainement un livre contenant ces documents essentiels.
Quelles perspectives politiques après cette rencontre ?
De la coordination des discussions en commission effectuée le dimanche soir dans une réunion de synthèse, plusieurs propositions concrètes sont sorties :
— une campagne contre la répression politique et sexuelle dans les prisons donnant lieu à une première action internationale en 1978 ;
— une campagne commune de tous les mouvements de femmes, le 8 mars 1978, centrée sur le droit à l'emploi et pour l'avortement et la contraception libre et gratuite ;
— la perspective d'un tribunal international contre le viol et la violence faite aux femmes.
L'idée d'un bulletin international d'information et de centralisation des expériences fut mise en avant afin de permettre à ces différentes initiatives de prendre corps. Et l'on proposa une réunion de déléguées des différents mouvements pour les 22 et 23 octobre afin de préparer un 8 mars véritablement international.
En France néanmoins, le bilan tiré par les groupes de diverses villes semble plus que mitigé. Nombreuses sont les réactions face à ce qui est interprété comme une volonté de manipulation de la part de certains courants ou comme l'expression d'un « impérialisme parisien » qui, une fois de plus, n'a pas permis aux femmes de province de s'engager activement dans la préparation de ces journées. Nous pensons pour notre part que le faible degré d'engagement des groupes français (et donc aussi en leur sein des militantes des organisations politiques dont la nôtre) dans le débat politique et dans l'organisation qui ont précédé le week-end de Vincennes est à mettre au compte de la difficulté du mouvement autonome des femmes en France à se coordonner au niveau régional aussi bien que national.
S'il est vrai que la sensibilité à l'importance d'initiatives internationales est peut-être moins grande ici qu'ailleurs, elle ne saurait expliquer à elle seule l'absence de prise en charge de la Rencontre. La preuve : malgré la très mauvaise préparation du week-end des 22-23 octobre
— et ceci tant en France que dans d'autres pays, pour des raisons surtouttechniques
— de nombreuses camarades représentant une dizaine de villes de province sont venues à titre de déléguées ou à titre individuel, discuter de la préparation d'un 8 mars à l'échelle internationale. Etaient présentes également des femmes d'Allemagne, de Belgique, de Grande-Bretagne, d'Espagne, de Suisse et des USA, ainsi que de nombreuses camarades d'Afrique et d'Amérique latine du mouvement parisien. Une soixantaine en tout.
On ne peut dire, certes, qu'il s'agissait là d'une réunion représentative des mouvements de femmes. Mais la volonté de parvenir à une action commune et de mettre à profit les échanges amorcés au mois de mai était évidente chez chacune des participantes. Nulle ne s'illusionnait sur notre capacité à dépasser par le pur volontarisme l'éclatement actuel des groupes femmes, qui est une caractéristique dominante de la plupart des mouvements européens. Il apparaissait cependant possible de commencer à coordonner notre intervention à travers un certain nombre d'initiatives — la première étant la préparation du 8 mars 78 — à condition que les groupes aient le temps d'en débattre et que les femmes concernées puissent se rencontrer localement et régionalement et décider de ce qu'il est possible d'assumer dès maintenant.
Pour le 8 mars, on aboutit à la proposition des mesures suivantes, tenant compte des forces encore très limitées sur lesquelles on peut compter :
— une affiche internationale dont le texte central pourrait être : « 8 mars 78 : semaine internationale de lutte contre les violences quotidiennes faites aux femmes » :
— oppression sexuelle,
— oppression sociale,
— répression politique, avec, courant tout autour de l'affiche, l'énumération suivante : « viol, femmes battues, chômage, double journée de travail, homosexualité réprimée, impossibilité d'avorter, stérilisation forcée, excision, femmes emprisonnées, torturées ».
Comme on le voit, et contrairement à ce qui avait été proposé à Vincennes, aucun thème privilégié — avortement ou emploi
— n'a été retenu, afin de n'exclure aucun pays de cette action commune et afin que chaque mouvement puisse mettre l'accent sur le thème correspondant à la réalité de son intervention à l'heure actuelle.
Des projets d'affiche devraient être présentés lors de la prochaine réunion fixée les 10 et 11 décembre prochain afin de nous permettre de choisir le meilleur, d'entre eux. Il a aussi été proposé que les groupes concernés par cette initiative discutent du contenu d'un communiqué commun qui pourrait être diffusé dans tous les pays. Quant au bulletin d'informations dont il avait été question à Vincennes, aucune décision ne pouvait être prise tant qu'on ne disposait pas de contributions rédigées et l'assurance que certains groupes étaient prêts à prendre en charge la centralisation et la rediffusion des documents. Il ne sera pas trop tard pour le faire en décembre. Des appels devraient être lancés dans tous les groupes afin qu'ils fassent parvenir à cette occasion les textes qu'ils désirent voir circuler au niveau international.
L'autre axe essentiel de la discussion durant ce week-end a porté sur la question de la répression et sur la concrétisation possible d'une initiative internationale, des mouvements autonomes à ce sujet, dont la date reste à fixer. L'idée d'un tribunal contre la répression spécifique touchant les femmes en prison a été reprise, étant entendu que ce ne pourrait être que l'aboutissement d'une campagne de plusieurs mois portant sur des cas précisât permettant une réelle mobilisation des mouvements de femmes. Là encore, il a été proposé que les groupes reviennent en décembre avec des propositions plus concrètes quant au type d'actions à mener. Un long débat a montré l'importance de clarifier nos analyses respectives sur le rapport des femmes à la violence, à la torture, sur le recours à la justice bourgeoise, etc.
La discussion a aussi porté sur la répression qui sévit actuellement en Allemagne vis-à-vis de tous les militants politique, et plus spécialement vis-à-vis des femmes. L'assemblée a rédigé un communiqué appelant tous les mouvements de femmes à se mobiliser pour sauver la vie d'lrmgard Moeller, dernière survivante du groupe de Baader.
Sur les autres thèmes prévus initialement à l'ordre du jour — l'avortement et l'emploi — nous n'avons guère pu avancer compte tenu du peu de femmes représentant des groupes actuellement mobilisés sur ces question... La réunion des 10-11 décembre devrait cependant permettre de débattre d'initiatives spécifiques plus précises (les Anglaises présentes à Vincennes ont d'ores et déjà pris contact avec d'autres groupes européens en vue d'une journée d'action sur l'avortement qui pourrait se situer avant l'été).
Ce ne sont donc ni les idées ni le travail qui manquent ! Si les contacts prévus par région et par pays s'effectuent mieux que cela n'a été le cas pour la réunion qui vient de se tenir, nous devrions être nombreuses à nous retrouver le samedi 10 décembre à 14 h à Paris (Faculté de Jussieu, métro Jussieu) pour mettre sur pied un 8 mars véritablement international et jeter les bases de campagnes sur la répression et sur l'avortement.
Jacqueline