La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Féminisme et mouvement ouvrier

Cahiers du féminisme, n° 1, novembre 1977 · p. 17-36 · 15 456 mots

Le développement du mouvement de Femmes dans les années soixante a remis à l'ordre du jour l'analyse critique des acquis marxistes sur l'oppression des femmes, les recherches historiques sur la place des femmes dans les luttes sociales et dans les organisations ouvrières, en même temps que sur l'évolution de la famille.

Ce retour en arrière est d'autant plus indispensable que le stalinisme, tout comme le fascisme, a glorifié la femme comme mère, valorisé la famille, et extirpé ainsi pendant plus de trente ans, de la mémoire même du mouvement ouvrier, l'histoire des luttes de femmes et de la contestation féministe.

Pour nous qui militons pour un socialisme féministe, chercher à retrouver quel type de participation ont eu les femmes aux luttes sociales en général, quels rapports ont existé entre le féminisme et le mouvement ouvrier organisé, comment les révolutionnaires ont intégré, ou rejeté de leur programme et de leur pratique la lutte contre l'oppression des femmes, chercher aussi à comprendre pourquoi, constitue un élément indispensable à notre combat.

Mais cette histoire du féminisme est encore très parcellaire, dispersée (malgré la publication récente de livres comme « l'histoire du féminisme du moyen-âge jusqu'à nos jours ») et rend particulièrement difficile tout travail de synthèse sérieux, à nous qui nous intéressons à cette histoire sans être historien.

Ouvrir le débat constitue donc l’objectif essentiel de ce bref rappel historique des rapports entre la lutte des femmes et les mouvements révolutionnaires de 1789 à la troisième internationale, en France principalement.

D’autres articles portant sur des périodes plus précises du mouvement ouvrier international, doivent donner lieu prochainement à des publications de fa quatrième internationale ; le prochain numéro de Critique Communiste (19) consacré à la question des femmes constituera lui aussi un complément à ce premier article.

la marche des femmes sur Versailles va changer le cours dé la Révolution française

La marche des femmes sur Versailles va changer le cours de la Révolution française

1789

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Les idées et revendications féministes ne datent pas de 1789, mais c'est à partir de ce moment-là que les femmes, celles de classes populaires notamment, interviennent en tant que force sociale, dans la vie politique en France.

Maintenues dans l'ignorance, exclues dés métiers, écartées des successions, condamnées au travail à.; dontfici le et à la prostitution, dépossédées de tout pouvoir. ‘économique, politique, et social en général, les femmes des classes populaires participent avec enthousiasme à la révolution. •

Au moment de la préparation des états généraux (hiver/printemps 1789) les femmes rédigèrent des pétitions et des cahiers de doléances. Elles participèrent ensuite aux diverses émeutes, eljes animèrent des journaux et des magazines.

Elles ont revendiqué :

— • l'égalité civile et politique,

— le droit au divorce,

— le droit à l'éducation et à la formation professionnelle,

— le droit au travail pour vivre dignement et lutter contre la prostitution.

Ce sont des milliers de femmes inconnues qui participèrent à la révolution par tous les moyens ; mais certaines d'entre elles passèrent à la postérité :

OLYMPES DE GOUGES, fille d'un boucher de Montauban, née en 1748, rédigea une brochure qu'elle dédia à la reine avant que le roi ne donne son accord à la constitution de septembre 1791. Dans cette brochure intitulée « Les droits de la femme et de la citoyenne », elle défend « le droit de résistance à l'oppression » pour tous et écrit :

« Nui ne doit être inquiété pour ses opinions même fondamentales, la femme a le droit de monter sur l'échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune. »

Mais la constitution n'accorda aucun droit politique aux femmes : et OLYMPES DE GOUGES fut guillotinée le 3 novembre 1793 ; Le Moniteur du 19 novembre affirmait :

« Elle voulut être homme d'Etat et il semble que la loi ait puni cette conspiratrice d’avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe. » {« Les femmes et la

Révolution... »).

THEROIGNE DE MERICOURT, née en 1762, fille d'un riche laboureur luxembourgeois, défendit le droit des femmes à porter les armes :

« Montrons aux hommes que nous ne leur sommes inférieures ni en vertus ni en courage... H est temps que les femmes sortent de ta honteuse nullité où l'ignorance, l'orgueil et l'injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps. » Cité dans « Le club des citoyennes républicaines révolutionnaires » Marie Cerati, éditions Sociales.

Elle sombra dans la folie et mourut en 1817, à la Salpêtrière.

ETTA PALM D'AEDERS, hollandaise née en 1743, s'intéressa plus particulièrement à l'éducation des filles, combattit pour le divorce, la majorité des femmes à vingt et un ans, la liberté politique et l'égalité des droits pour les deux sexes ; elle impulsa le club « des amies de la vérité » en mars 1791, cette société féminine semble avoir plutôt végété.

Marie Cerati (opus cité) conclut ainsi la présentation de ces trois femmes :

« Telles sont celles qui se passionnèrent pour l'émancipation féminine. Malgré des qualités supérieures, elles ne réussirent à mener* à bien aucunes de leurs tentatives...

Que! mauvais génie présidait donc aux destinées des ligueuses de ta capitale ?... Nous croyons volontiers que c'est la notoriété de nos héroïnes qui leur nuisit. Belles courageuses, intelligentes, elles n’étaient pourtant pas de celles qui attirent sans réserve, leur réputation était plutôt fâcheuse. » !!! « Olympe et Théroigne, fort excentriques, n'avaient acun sens du ridicule. »

Sans doute mais ne fallait-il pas une certaine dose d'excentricité à l'époque pour oser braver les préjugés à l'égard des femmes ?

Les idées partagées alors par les révolutionnaires de toutes tendances, sont celles de Rousseau : Les femmes doivent se consacrer aux tâches domestiques et rendre plus douce la vie des hommes (Cf. « L'Emile »).

Le philosophe Condorcet (1743-1794) favorable à l'égalité des droits entre les deux sexes est isolé sur ses positions :

« Pourquoi des êtres exposés à des grossesses, et à des indispositions passagères, ne pourraient-ils pas exercer des droits dont on a jamais imaginé de priver des gens qui ont la goutte tous les hivers, et qui s'enrhument aisément ? » (Cf. « Histoire du Féminisme » ou « Féminisme au masculin »).

Mais les femmes osèrent ; elles participèrent aux associations fraternelles mixtes qui se sont développées à Paris, surtout à partir de 1792 et aux clubs féminins en province.

A Paris, en mai 1793 se créa le « club des citoyennes républicaines révolutionnaires » à l'initiative de CLAIRE LACOMBE et PAULINE LEON ; l'action pôrta principalement contre les accapareurs et le renchérissement des denrées. Les membres de ce club étaient actrice comme Claire, chocolatière comme Pauline, blanchisseuse...

« Ce n’étaient pas des lettrées, mais la plupart savaient lire et écrire, ce qui nous confirme dans l’opinion qu'elles n'appartenaient pas à la classe la plus déshéritée de la société. » (Cf. « Le club des citoyennes... »)

Elles aussi suscitèrent la hargne et la crainte de tous les dirigeants :

« Femmes perdues ramassées dans les boues de la capitale, dont l'effronterie n'a d'égal que leur impudicité, monstres femelles qui ont toute ta cruauté de la faiblesse et tous les vices de leur sexe. » (Cf. « Le club des citoyennes... »)

Dans tous ces clubs, les femmes se fixèrent des tâches d'éducation et d'assistance charitable (soins aux blessés, aux prisonniers) mais aussi des tâches de mobilisation contre les ennemis intérieurs et extérieurs, de la révolution, surtout après la déclaration sur la patrie en danger, le 11 juillet 1792. Des femmes, nous l'avons vu, se proposèrent même pour aller combattre dans l'armée, mais seules quelques dizaines furent réellement intégrées dans l'armée pendant une brève période.

Mais les révolutionnaires furent hostiles à l'activité militaire des femmes comme ils le furent à l'activité politique des femmes.

Les clubs féminins furent dissouts le 20 octobre 1793. Les femmes n'avaient plus droit de participer à des réunions politiques ; voici comment le citoyen Amar explique les raisons d'interdire aux femmes de faire de la politique (ce discours a lieu en novembre 1793, à la tribune de l'assemblée) :

L'homme est fort, robuste, né avec une grande énergie, de l'audace et du courage ; il brave les périls, l'intempérie des saisons par sa constitution ; // résiste à tous les éléments, il est propre aux arts, aux travaux pénibles ; et comme // est presque exclusivement destiné à l'agriculture, au commerce, à la navigations, aux voyages, à la guerre, à tout ce qui exige de la force, de l'intelligence, de la capacité, de même il paraît seul propre aux méditations profondes et sérieuses qui exigent une grande contention d'esprit et de longues études qu 'il n 'est pas donné aux femmes de suivre.

Quel est te caractère propre à la femme ? Les mœurs et la nature même lui ont assigné ses fonctions : commencer l'éducation des hommes, préparer l’esprit et le cœur des enfants aux vertus publiques, les diriger de bonne heure vers le bien, élever leur âme et les instruire dans le culte politique de ta liberté : telles sont leurs fonctions, après les soins du ménage ; la femme est naturellement destinée à faire aimer la vertu. Quand elles auront rempli tous ces devoirs, elles auront bien mérité de la patrie. Sans doute H est nécessaire qu'elles s'instruisent elles-mêmes dans les principes de la liberté pour la faire chérir à leurs enfants ; elles peuvent assister aux délibérations des sections, aux discussions des Sociétés populaires ; mais, faites pour adoucir les mœurs de l'homme, doivent-elles prendre une part active à des discussions dont la chaleur est incompatible avec la douceur et la modération qui font le charme de leur sexe ?

Nous devons dire que cette question tient essentiellement aux mœurs, et sans les mœurs point de république. L’honnêteté d’une femme permet-elle qu'elle se montre en public, et qu'elle lutte avec les hommes ? de discutera la face d'un peuple sur des questions d’où dépend le salut de la république ? En général, les femmes sont peu capables de conceptions hautes et de méditations sérieuses : et si, chez les anciens peuples, leur timidité naturelle et la pudeur ne leur permettaient pas de paraître hors de leur famille, voulez-vous que, dans la république française, on les voit venir au barreau, à la tribune, aux assemblées politiques comme les hommes, abandonnant et la retenue, source de toutes les vertus de ce sexe, et le soin de leur famille ? (Cté dans « Les femmes et la Révolution, 1789-1794 » collection Archives chez Juliard, pages 155, 156 : Paule Mark Duhet).

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Les femmes venues à l'Assemblée nationale présenter leurs revendications

Sous le buste de Marat un groupe de Sans-culottes hostiles ou découragés : les arrivants ont un geste de dénonciation. Deux femmes siègent encore dans ce club. (B.N.)

Les femmes venues à l'Assemblée nationale présenter leurs revendications

Bilan

La première république affirme l'égalité et la fraternité entre tous les citoyens de sexe masculin, établit la liberté d'entreprise, défend le droit de propriété, interdit toute coalition et grève par la loi Le Chapelier de 1791, portant ainsi atteinte aux droits de l'ensemble des travailleurs. Quant aux femmes :

— elles sont toujours exclues des droits politiques,

— elles peuvent prétendre aux droits de succession,

— elles sont mises sur un plan d'égalité avec les hommes pour le partage des biens communaux,

— elles ont le droit d'être témoin à l'état civil,

— le divorce est institué en septembre 1792, mais les garçons au-delà de 7 ans sont automatiquement confiés à leur père. Le divorce sera interdit en 1816,

— sur le plan de l'enseignement, les femmes sont sacrifiées.

Cette révolution, bien sûr était une révolution bourgeoise, mais ces préjugés à l'égard des femmes nous les retrouverons, au sein même du mouvement ouvrier.

Sous l'Empire et la Restauration

C'est à partir de 1850 en France, que l'industrialisation et l'urbanisation modifient en profondeur les structures économiques et sociales ; (la classe ouvrière française restera marquée par les traditions des anciens métiers jusqu'à la Commune mais dès la première moitié du xixa siècle, le développement des usines concurrencent sérieusement l'artisanat et le travail à domicile. Les hommes prennent peu à peu le chemin des villes. Pour faire pression sur les salaires et extorquer le maximum de profits, les patrons embauchent de plus en plus des femmes et des enfants, dans l'industrie textile notamment : des « internats industriels », véritables foyers-prisons sont ouverts où les jeunes filles recrutées dans les campagnes, subissent nuit et jour une discipline militaire (Cf. l'article sur les couvents soyeux, Révoltes logiques N° 2).

Pour la classe ouvrière, les conditions de travail et de vie sont épouvantables : la journée de travail est allongée aux limites de la résistance physique des travailleurs ; la journée de travail oscille entre douze et quinze heures, dans toutes les branches industrielles. Le loi Guizot de 1841 sur la protection du travail des enfants (Cf. annexe) n'est pas appliquée. Les salaires baissent : de 1810 à 1850, la chute des salaires est d'au moins 10 % ; le chômage et la peur du chômage sont présents constamment ; les logements ouvriers sont de véritables taudis, à peine éclairés, humides etc. ; les maladies, les accidents du travail viennent compléter ce tableau de misère (Cf. « la classe laborieuse en Angleterre, Engels aux éditions sociales ou les enquêtes menées à l'époque comme celles du Dr Villermé).

Face au développement du machinisme, les premières formes de résistance des travailleurs se traduiront par le bris des machines ; de véritables mouvements insurrectionnels se succéderont : un des plus importants fut celui des canuts de Lyon en 1831.

Les femmes quant à elles connaissent une période d'écrasement total, sur tous les plans : le code civil élaboré en 1804, les considèrent comme des mineures, au même titre que les enfants ou les fous.

C'est dans ce contexte, que se développent les premiers courants socialistes, les socialistes utopiques dénoncent les injustices sociales et l'asservissement des femmes, ce qui leur vaut une audience certaine parmi les femmes.

Pour les saint-simoniens l'individu social complet comprend l'homme et la femme :

« Le saint-simonisme, accomplissant tes promesses de bonheur que tes religions anciennes firent à l'humanité et particulièrement celles du CHRISTIANISME, DONT ON PEUT DIRE QU'IL EST LA GLORIEUSE TRANSFIGURA T/ON, je conçois qu'il doit réaliser cette parole de Jésus : tous les hommes sont frères, proclamer L 'EMANCIPA T/ON DEFINITIVE DE TOUT CE QU! GEMIT ENCORE SOUS LA LO! DU PLUS FORT, DE TOUT CE QUI SUBIT UNE EXPLOITATION QUEL CONQUE. De là l’appel des apôtres de la nouvelle foi à la femme pour qui et par qui leur œuvre doit s'accomplir.

(Cité dans « Les socialistes de l'utopie » de Dominique Desanti, page 106, petite bibliothèque Payot).

Prosper Enfantin, le « Père » de cette nouvelle religion partira à la recherche de la « Mère » jusqu'en Orient.

Parmi les saint-simoniennes, les femmes ouvrières, « les prolétaires saint-simoniennes » fondent en août 1832 une revue qu'elles intitulent « La Femme Libre » sous titrée « L'apostolat des femmes », qui changera plusieurs fois de titre et qui finira par s'appeler « La Tribune des Femmes » ; cette revue cessera de paraître en 1834. Cette revue qui était l'expression de la volonté des femmes saint-simoniennes de prendre leurs propres affaires en mains, en même temps qu'une prise de distance vis-à-vis des bourgeoises saint-simoniennes, ne bénéficia pas du soutien des hommes saint-simoniens ; voici ce qu'écrit Jeanne :

<(Ils croient voir de notre part une tendance à l'usurpation lorsque nous osons manifester notre volonté...

... en général, les hommes, même dans la famille (saint-simonienne) sont à l'égard des femmes comme les gouvernements à l'égard des peuples : ils nous craignent et ne nous aiment pas encore. »

(Cité dans Révoltes logiques N° 2, dans l'article à propos de Claire Demar).

Les fondatrices de cette revue sont deux jeunes ouvrières Désirée Gay et Reine Guindorf. Les rédactrices signent par leur prénom revendiquant ainsi leur identité face à leur père ou leur mari. Les thèmes abordés sont le droit au travail, la prostitution, l'éducation, le divorce... certaines préconisant l'amour libre, d'autres le mariage dans l'égalité. Toutes réclament l'égalité des droits au nom de leur vocation de génitrices de l'humanité :

« En parlant du genre humain, on cessera de dire les fils des hom mes, on dira les enfants de la femme H! oui dans notre nouveau monde, nous nommerons aussi nos enfants. » (Suzanne, Apostolat des femmes N° 4, cité dans Révoltes logiques N° 4).

Elles rejettent la violence comme moyen d'action comme l'ensemble du courant utopiste, comptant sur la force de la raison et de l'exemple pour convaincre hommes et femmes, de toutes classes, du bien fondé de leurs revendications.

Que deviennent toutes ces femmes qui s'étaient dévouées à la cause des femmes sans craindre la calomnie ni la dérision ? la plupart d'entre elles dénoncèrent le paternalisme des saint-simoniens vis-à-vis des femmes malgré/à cause de leur culte de LA femme.

Certaines comme Suzanne Voilquin, fidèles au saint-simonisme, voyagèrent, portant la bonne parole, en Orient, en Russie, aux Etats-Unis ; Suzanne Voilquin rédigea ses mémoires : « Mémoires d'une femme du peuple ». D'autres rejoignirent les fouriéristes, d'autres enfin, comme Claire Demar, se suicidèrent. Elle se suicida à l'âge de 34 ans, en août 1833. Dans un texte publié, après sa mort par Suzanne Voilquin, non seulement elle reprend les revendications traditionnelles au cqurant saint-simonien, (« chacun selon ses capacités » « abolition de l’héritage ») mais développe un nouveau thème, plus radical :

« Je dis plus de maternité :

En effet la femme délivrée affranchie du joug de la tutelle, de la protection de l'homme dont elle ne recevra plus ni nourriture ni salaire, de l’homme qui ne lui paiera plus le prix de son corps — la femme ne tiendra son existence, sa position sociale que de sa capacité et de ses œuvres.

Pour cela donc il faut bien que la femme fasse une œuvre, remplisse une fonction — et comment le pourrait-elle, si toujours elle est condamnée à absorber une partie plus ou moins longue de sa vie dans les soins que réclame l’éducation d'un ou plusieurs enfants ? Ou la fonction sera négligée, mal remplie, ou l’enfant ma! élevé, privé des soins que réclament sa faiblesse, sa longue croissance.

Vous voulez affranchir la femme ! Eh ! bien, du sein de la « mère du sang », portez le nouveau-né aux bras de la mère « sociale », de la « nourrice » fonctionnaire (1), et l'enfant sera mieux élevé ; car H le sera par celle qui a capacité d’élever, de développer, de comprendre l'enfance ; et toute femme pourra se classer suivant sa « capacité », recevoir rétribution de ses œuvres.

Alors, seulement alors, l'homme, la femme, l’enfant, seront tous affranchis de la loi de sang, de l'exploitation de l'humanité par l’humanité !

Alors chacune et chacun, toutes et tous seront les filles et fils de leurs œuvres et seulement de leurs œuvres. « Claire Démar : L’affranchissement des femmes » chez Payot.

(1) Dans le contexte de l'idéologie saint-simonienne, la notion de fonctionnaire est liée à celle de compétence sociale individuelle.

Les idées développées par CHARLES FOURIER (1772-1837) vont, elles, beaucoup plus loin. Non seulement il dénonce de manière radicale les injustices dont sont victimes les femmes (il prend aussi la défense des mères célibataires), mais en outre il élabore un projet de réorganisation sociale : il préconise la liberté amoureuse pour les hommes et pour les femmes, l'éducation collective et mixte des enfants, sans répression d'aucune sorte et la possibilité pour chaque individu (homme, femme ou enfant) de choisir ses activités en fonction de ses goûts :

« Parmi les lutins (enfants de deux à trois ans, n.d.r.) on évite de distinguer les deux sexes par costumes contrastés, comme le jupon et le pantalon ; ce serait risquer d’empêcher l’éclosion des vocations et de fausser la proportion des sexes en chaque fonction. Quoique chaque branche d’industrie soit spécialement convenable à l'un des sexes, comme la couture pour les femmes, la charrue pour les hommes, cependant la nature veut des mélanges, quelques fois par moitié et quelques emplois pour un quart ; elle veut au moins un huitième de l'autre sexe dans chaque fonction...

H convient de les laisser confondus (filles et garçons, n.d.r.) afin que les penchants extra-sexuels, penchants mâles chez une petite fille, penchants féminins chez un petit garçon, éclosent sans obstacles, parla pantaloprésentation confuse des deux sexes à chaque atelier, à chaque travail... » (Cité par Dominique Desanti dans « Les socialistes de l’utopie », page 170).

C'est lui enfin qui a écrit que l'on peut mesurer le degré de civilisation d'une société au dégré de liberté dont disposent les femmes.

FLORA TRISTAN : en marge des utopistes, Flora Tristan mena un combat solitaire. C'est une des premières militantes féministes et socialistes. Dans un de ses livres « L'Union ouvrière »,elle prône d'une part la construction d'une internationale ouvrière, d'autre part dénonce la condition de la femme travailleuse :

« Paria de naissance, serve de condition, malheureuse par devoir ».

Plusieurs de ses idées furent reprises par le courant marxiste :

« L'émancipation des travailleurs sera i’ œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

« L 'homme le plus opprimé peut opprimer un être qui est sa femme. Elle est le prolétaire du prolétaire même ».

(Cf. Do mi que Desanti, opus cité).

Flora Tristan

1848

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Après les journées de février et la formation du gouvernement provisoire, le 3 mars, le suffrage universel est rétabli. Les femmes envoient pétition sur pétition pour obtenir le droit de vote ; elles ne l'obtiennent pas. D'anciennes saint-simoniennes créent le premier quotidien féministe, « La Voix des Femmes », dont la présidente est EUGENIE NIBOYET :

A l'œuvre !

Plus d’incertitudes !

Plus d'hésitations !

Posons nous nettement cette question :

Que voulons-nous ?

Nous voulons notre émancipation totale, complète, C'est-à-dire : être reconnues, en ce qui est de l’intelligence, Egales aux hommes.

Mettons-nous donc hardiment à l’œuvre.

Plusieurs de nos sœurs sont effrayées à ce mot : l'émancipation

H ne faut pas qu’elles tremblent Qu'elles reculent Notre œuvre est pure

Voix des femmes N° 1 (Cité dans Révoltes logiques

N° 1, page 27

Elles justifient ainsi le caractère non mixte des réunions qu'elles proposent aux femmes :

« Nous ne voulons exclure personne de notre journal ; mais nous désirons « nous faire accepter par l'estime », et pour que nos réunions n ’effraient ni les pères, ni les maris, elles auront Heu entre nous. Plus libres dans notre pensée, nous chercherons alors à triompher de notre inhabileté pour soutenir sérieusement la discussion sur le terrain où nous l'avons placée. » (Voix des Femmes N° 8, Révoltes logiques N° 30).

Voix des femmes. Journal socialiste et politique, organe des intérêts de toutes

DESIREE GAY, déléguée aux ateliers du deuxième arrondissement, dénonce dans différents articles les conditions de travail dans les ateliers nationaux : journée de 11 heures par jour, salaires de famine ; les ouvrières dénoncent aussi la présence des surveillantes recrutées parmi les bourgeoises et qui ne font rien que leur donner des ordres ; a la suite de ces critiques, Désirée Gay fut destituée de ses fonctions. La Voix des femmes, dénonce aussi l'aumône :

<< L 'ouvrière a raison de se révolter, ce que l'ouvrière veut, ce n'est plus l'aumône organisée, c'est le travail rétribué ».

Voix des Femmes N° 23, dans Révoltes logiques N° 1, page 40).

Mais les ouvrières comme les ouvriers revendiquent une autre organisation du travail fondée sur l'association : les lingères, les couturières, les chemisière, les domestiques, les sages-femmes veulent s'associer ; les sages-femmes réclament un statut de fonctionnaires d'Etat :

« Lorsque devant la position douloureuse des mères, nous abandonnons nos droits à une rétribution bien légitime, nous faisons une sorte d'aumône qui ne peut qu'humilier fes familles... Mais pour que le corps si utile et si honorable des sages-femmes puisse vivre de la rétribution de son travail due à son travail, et aussi pour que la dignité du peuple soit conservée, il fa ut qu'un fond social soit destiné à cet effet... » Voix des Femmes N° 11, Révoltes logiques N° 1, page 46.

La voix des femmes se fait aussi l'écho des autres revendications des femmes qui portent sur tous les aspects de la vie quotidienne : en mars 1848, des ouvrières soumirent au gouvernement provisoire une pétition demandant des crèches. Les femmes demandèrent aussi la création de maisons du peuple, au fond d'immenses jardins où les travailleurs pourraient trouver des restaurants, des blanchisseries communautaires, des salles de lectures... ; les femmes revendiquaient aussi une formation professionnelle pour les jeunes filles et la mise sur pieds de services médicaux.

Comme les saint-simoniennes quelques années plutôt, quand elles revendiquent des droits c'est au nom de leur devoirs de mères et d'épouses :

« H faut que nous puissions causer avec nos maris

— H faut que nous puissions instruire nos enfants

— Nous nous instruirons ensemble et nous seconderons les hommes. »

(La politique des Femmes N° 1, nouveau titre du journal après la répression de juin 1848, Révoltes logiques N° 1, page 46).

De plus elles rejettent elles aussi la violence comme moyen d'action :

« L ’ordre qui est la paix se personnifie dans les fem-• mes « (Voix des femmes N° 3)

Les femmes se doivent « d'apporter des paroles de paix aux partis exaspérés et de leur crier, avec un accent maternel : vous n'irez pas plus loin !... »

(Voix des femmes, N° 27, Révoltes logiques idem). _

Et elles essaient, du moins jusqu'à la répression de juin, de gagner l'alliance des bourgoises.

Certaines comme les « Vésuviennes » revendiquent une formation militaire :

« Légion de jeunes femmes de quinze à trente ans, pauvres travailleuses déshéritées qui s'organisent en communauté, dans le but d'améliorer leur sort. Leurs règlements sont très sévères. La nourriture et le logement sont assurés à chacune...

Nous trouvons l'œuvre de vésuviennes digne de toutes nos sympathies ; mais pourquoi ce nom de vésuviennes 7 Leur jeunesse, leur dévouement à la cause publique l'autorise, l'intérêt général le commandait-il ? » (Voix de femmes N° 8, Révoltes logiques numéro cité).

Mais les immenses espoirs des travailleurs sont déçus : la « République sociale » ferme les ateliers nationaux. Après les émeutes de juin 1848, c'est la répression. La « Voix des Femmes » devient « L'opinion des femmes » et n'est plus que mensuel. C'est JEANNE DEROIN (1805-1894) qui l'anime. Jeanne Deroin est la première femme à s'ôtre portée candidate aux élections, en 1849, pour dénoncer l'injustice politique dont étaient victimes les femmes ; sa candidature ne fut pas retenue, bien sûr.

Elle consacra aussi son énergie à mettre sur pied une fédération de toutes les associations ouvrières ; 104 parviendront à se fédérer. Mais J. Deroin est arrêtée avec ses camarades et en particulier avec Pauline Rolland (1805-1852) fondatrice de l'association des instituteurs et institutrices et professeurs socialistes. Les quatre femmes arrêtées seront cependant faiblement condamnées, leur co-inculpés masculins s'étant attribués 'a par-ternité du projet, par peur du ridicule II!

Bilan

Le 31 mai 1850, le suffrage restreint est rétabli.

A la fin de la seconde République, les femmes se retrouvent plus démunies encore que sous le règne de Louis-Philippe, sur le plan politique. Dans le système censitaire (suffrage restreint qui s'appuie sur les possédants) la femme propriétaire pouvait déléguer ses pouvoirs à son fils, à son gendre, ou -à un fils adoptif. Désormais elle ne peut même plus désigner un mandataire.

Dossier

Le Second Empire

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Le mouvement ouvrier frappé par la répression connaît une nouvelle période d'activité, à partir des années 1860 ; en 1864,1a grève est autorisée.

Profitant de ce climat de libéralisation politique relative, une association féministe se crée chez André Léo (une journaliste qui écrira des articles virulents contre les préjugés de certains communards à l'égard des femmes) : « La société pour la revendication des droits des femmes » ; des personnes d'opiniohs très diverses s'y cotoîent. En 1869, à la veille des élections, un hebdomadaire « Le droit des femmes » est publié ; il est dirigé par Léon Richer, un franc-maçon qui défend les droits civils pour lés femmes mais pas le droit de vote ! (pour plus de détails Cf. Révoltes logiques N° 5, article de Christiane Dufrancastel et « Histoire du Féminisme... »).

Au sein du mouvement ouvrier, seule une minorité défend alors le travail des femmes.

Contré le chômage et la maladie, les ouvriers créent des associations de secours mutuels dont les femmes sont exclues en général.

En effet les femmes sont ressenties d'abord comme des concurrentes directes face au patron. Le travail des femmes, heurte en outre les préjugés dominants dans la classe ouvrière, influencée par les idées proudhoniennes.

Pour Proudhon, l'infériorité de la femme est triple : physique, intellectuelle et morale :

pour la défense de Paris et les soins aux blessés » dirigée par 4 ouvrières dont Nathalie Le Mei (1827-1921), ancienne fondatrice avec Varlin de la société de consommation « La Marmite » et 3 femmes sans profession dont Elisabeth Dimitrieff (1851-1910) toutes deux membres de l'Internationale.

Les femmes de la Commune se sont battues pour :

— l'ouverture d'ateliers féminins,

— la fermeture des maisons de tolérance,

— l'ouverture d'école professionnelles féminines de d'orphelinats laïcs,

— la réorganisation des crèches :

Les crèches « ne doivent pas seulement être considérées comme des garderies pour les enfants pauvres, mais dans un cadre agréable leur donner un début d'éducation. H faut d'abord éviter l'ennui... les crèches comporteront donc des jardins, des volières remplies d'oiseaux, des jouets peints ou sculptés, représentant des animaux, des arbres, des objets réels. Partout des couleurs claires. H faudra compter dix femmes pour s'occuper de cent enfants, des femmes gaies jeunes, Un contrôle médical sera assuré. »

(Edith Thomas, « Les Pétroleuses »).

a

La femme qui essaie d'exercer son intelligence devient laide, folle et guenon »

(Cf. le féminisme au masculin. »).

Au Ier congrès de l'Association internationale des travailleurs (première Internationale), seule la minorité marxiste, avec Varlin attribue un rôle émancipateur, au travail des femmes. On peut lire dans la résolution finale :

« Au point de vue physique, moral et social, le travail des femmes et des enfants dans les manufactures, doit être énergiquement condamné en principe, comme une des causes les plus actives de la dégénérescence de l'espèce hqmaine, et comme un des plus puissants moyens de démoralisation mis en œuvre par la caste capitaliste... la c* )e n'est point faite pour travailler, sa place est au foyer . /p l'éducatrice naturelle des enfants, elle ■v pïuc ! es prepa:<. . à /V stence civmue, mâle et .. » (la première Internation j!e 1Ü ,d

L _ _

En ce qui concerne la France, sous l'influence de VARLIN, la première Internationale évoluera cependant dans un sens favorable au travail des femmes ; elle apportera son soutien à la première grève de femmes — la grève des ovalistes de Lyon en 1869 (les ovalistes mettent la soie en échevaux).

Cette grève fut un succès.

Dans les premières années de l'Empire, les femmes ouvrières impulsent des associations de consommateurs. Elles sont nombreuses à adhérer à la première Internationale.

La Commune

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Déjà pendant le siège de Paris, les femmes ont largement participé à l'organisation de la résistance. Elles joueront un rôle décisif dans le déclenchement de la Commune.

A nouveau comme dans les précédentes crises révolutionnaires, elles interviennent sur tous les plans, à travers différentes organisations, en particulier les comités de vigilance dirigés par Louise Michel (1830-1905) et « l'Union des femmes

Manifeste du comité central de l'union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés

Deux décrets de la Commune concernent directement les femmes :

— celui du 9 avril : « une pension de 600 F sera accordée à ta femme mariée ou non du garde national tué... chacun des enfants reconnus ou non recevra jusqu'à l'âge de 18 ans, une pension annuelle de 365 F... »,

— celui du 12 mai : « En matière de séparation de corps, le président pourra allouer à la femme demandant la séparation, une pension alimentaire qui lui sera servie jusqu'à ce qu'il en ait été autrement décidée par le tribunal. ».

D'autres mesures intéressent les femmes :

— la remise des loyers pour les termes d'octobre 70, janvier et février 71,

— la suppression de la vente des objets déposés au Mont de Piété,

— et le 18 mai, la décision de rendre égaux les salaires des instituteurs et des institutrices,

— de plus sous la pression des ouvrières, dès le 10 avril, une circulaire de la commission du travail et des échanges, dirigée par Léo Frankel, avait prescrit dans chaque arrondissement « l'ouverture d'un atelier pour les femmes » ; Fin avril les dirigeantes de l'Union des Femmes, Elisabeth 'DIMITRIEFF, Aline JACQUIER, Nathalie LE MEL, sont appelées à la commission d'Enquête et d'Organisation du travail ; Frankel écrit lui-même aux municipalités, pour les prier d'accorder aux citoyennes chargées d'organiser les ateliers de quartier, une aide de deux francs par jour. Pendant les premiers jours de mai, les ateliers s'organisent. Le 11 mai, un décret de la Commune charge officiellement l'Union des Femmes de l'étude d'ateliers coopératifs. En outre, sur intervention de la commission du travail et de l'échange, la commune décrète le 13 mai, pour défendre le niveau des salaires des ouvriers et des ouvrières.

1) la révision des marchés intervenus entre la Commune et les entrepreneurs, la fixation d'un prix de journée ou à la façon, dans le cahier des charges,

2) la préférence accordée aux coopératives.

Enfin l'Union des femmes, en accord avec la commission du travail, invite toutes les ouvrières à se réunir à la Bourse, le 18 mai pour constituer des chambres syndicales etune chambre fédérale ; une autre réunion est convoquée le 21 mai.

Ce jour-là, les versaillais entrent dans Paris !

Mais un décret annoncé sur le divorce n'a jamais vu le jour, il n'y a eu aucune représentante du sexe féminin au conseil de la Commune composé de 90 membres.

Le manque de temps n'explique pas tout : des travailleuses du XIIIe arr. protestèrent dans une lettre contre la « non utilisation des femmes ». Aucune suite ne fut donnée au projet d'E. Dimitrieff qui voulait mettre sur pied une ligue militaire des femmes ouvrières. Les articles d'André Léo (pseudonyme de Léodile Champseix) dans le journal « La Sociale » dans lesquels elle dénonce l'hostilité de certains médecins et officiers envers les femmes, parmi lesquels des hommes très prestigieux comme Dombrowski ou Eudes, en témoignent.

La Révolution sans la femme (La Sociale, N° 39, le 8 mai 1871)

Savez-vous, général Dombrowski, par qui a été accomplie la Révolution du 18 mars ?

Par les femmes.

On avait dirigé de grand matin des troupes de ligne sur Montmartre. Le petit nombre de gardes nationaux qui gardaient les canons de la place Saint-Pierre avait été surpris et les canons enlevés ; on les descendait sur Paris — sans obstacles — La garde nationale, sans chefs, sans ordre, hésitait devant une attaque ouverte. Encore quelques tours de roue, et vous n'auriez jamais été général de la Commune, citoyen Dombrowski.

Mais alors, sur la place de l'abbaye, les femmes, les citoyennes de Montmartre se portèrent en foule, saisirent la bride des chevaux, entourèrent les soldats et leur dirent :

— Quoi, vous servez les ennemis du peuple, vous, ses enfants ! n'êtes-vous pas las d'être les instruments de vos propres oppresseurs ? N'êtes-vous pas honteux de servir des lâches ?

Arrêtés tout d'abord par la crainte de blesser les femmes et d'écraser leurs enfants, qui s'attachaient aux roues des canons, les soldats comprirent ces reproches, et ils mirent en l'air la crosse de leurs fusils. Le peuple poussa des cris de joie : les prolétaires, divisés sous différents noms et sous différents costumes, se comprenaient enfin et se retrouvaient. Plus d'armée, partant, plus de tyrannie. Soldats et gardes nationaux s'embrassèrent. On replaça les canons ; désormais, la confiance, l'enthousiasme, un indomptable courage, remplissaient les âmes, indécises un instant avant. La Révolution était faite.

Grâce aux femmes, surtout. Il faut bien l'avouer, et je vous le répète, citoyen Dombrowski — et vous, grand-prévôt, qui chassez de vos avant-postes les femmes assez dévouées à la cause de la Révolution, pour lui sacrifier leur vie.

Il faudrait cependant raisonner un peu : croit-on pouvoir faire la Révolution sans les femmes ?

Voilà quatre-vingts ans qu'on l'essaie et qu'on n'en vient pas à bout.

La première Révolution leur décerna bien le titre de citoyennes mais non pas les droits. Elle les laissa exclues de la liberté, de l'égalité.

Repoussées de la Révolution, les femmes retournèrent au catholicisme, et, sous son influence, composèrent cette immense force réactionnaire, imbue de l'esprit du passé, qui étouffe la Révolution toutes les fois qu'elle veut renaître.

Quand trouvera-t-on que cela a assez duré ? Quand l'intelligence des républicains s'élèvera-t-elle jusqu'à comprendre leur principe et servir leur intérêt ?

Dossier

Ils demandent que la femme ne soit plus sous le joug des prêtres ; et il leur déplaît de la voir libre-penseuse Ils veulent bien qu'elle ne travaille pas contre eux, mais ils rejettent son concours dès qu'elle veut agir.

Pourquoi cela ?

Je vais vous le dire :

C'est que beaucoup de républicains — je ne parle pas des vrais — n'ont détrôné l'empereur et le bon Dieu... que pour se mettre à leur place.

Et naturellement, dans cette intention, il leur faut des sujets, ou tout au moins des sujettes. La femme ne doit plus obéir aux prêtres ; mais elle ne doit pas plus qu'auparavant relever d'elle-même. Elle doit demeurer neutre et passive, sous la direction de l'homme, elle n'aura fait que changer de confesseur.

Et bien, cette combinaison n'a pas de chances.

Dieu a sur l'homme, en ce point, un avantage immense, c'est de rester inconnu ; c'est cela qui lui permet d'être l'idéal.

D'un autre côté, la religion condamne la raison et défend la science. Voilà qui est simple, radical et net : c'est un cercle d'où l'on ne sort pas, quand on y est — à moins de le rompre.

Mais la Révolution, mais l'esprit nouveau, n'existe au contraire que de par l'exercice de la raison, de la liberté, par la recherche du vrai, du juste en toutes choses. Ici, se n'est plus le cercle mais la ligne droite projetée dans l'infini.

Où s'arrêter dans cette voie ? Où poser la borne que tel ou tel esprit en marche ne dépassera pas ? Et qui a le droit de la poser ?

La Révolution. Il faut bien en prendre son parti, est la liberté et la responsabilité de toute créature humaine, sans autre limite que le droit commun, sans aucun privilège de race, ni de sexe.

Les femmes n'abandonneront la vieille foi, que pour embrasser avec ardeur la nouvelle. Elles ne veulent pas, elles ne peuvent pas être neutres. Entre leur hostilité et leur dévouement, il faut choisir. Quelques-unes, sans doute, méprisant l'obstacle, fortes et convaincues, persistent malgré les dégoûts ; mais ces natures-là sont rares. La plupart des êtres humains sont frappés surtout par le fait et découragés par l'injustice.

Or, qui souffre le plus de la crise actuelle, de la cherté des vivres, de la cessation du travail ? la femme ; et surtout la femme isolée, dont ne s'occupe pas plus le régime nouveau, que ne s'occupèrent jamais les anciens.

Qui n'a rien à gagner, immédiatement du moins, au succès de la Révolution ? la femme encore. C'est de l'affranchissement de l'homme qu'il est question, non du sien.

Et quand, poussée par l'instinct sublime, qui entraîne heureusement en ce siècle tous les cœurs vers la liberté, elle offre malgré tout son dévouement à cette Révolution qui l'oublie, on la rejette avec insulte et mépris !...

— On pourrait, d'un certain point de vue, écrire l'histoire depuis 89, sous ce titre : Histoire des inconséquences du parti révolutionnaire. — La question des femmes en ferait le plus gros chapitre, et l'on y verrait comment ce parti trouva moyen de faire passer du côté de l'ennemi la moitié de ses troupes, qui ne demandait qu'à marcher et à combattre avec lui.

André Léo

Les femmes ont défendu jusqu'au bout la Commune en combattant sur les barricades. Elles furent nombreuses à être assassinées, arrêtées, condamnées. Elles n'ont pas subi la répression seulement en tant que membres du prolétariat mais aussi en tant que femmes ayant osé transgresser leur rôle traditionnel. Elles virent ainsi se déverser sur elles des flots d'injures sexistes commes celles d'A. Dumas fils :

« Nous ne dirons rien de leurs femelles. Par respect pour les femmes à qui elles ressemblent quand elles sont mortes ». (Cf. « Histoire du féminisme »...).

Ainsi, de 1789 à 1871, nous avons vu les femmes s'engager totalement dans l'action révolutionnaire à travers des clubs mixtes mais aussi à travers des associations non mixtes où elles ont pris leurs affaires en mains. Mais nous avons constaté chaque fois, que ce soit au cours des révolutions bourgeoises comme 1789 ou en 1848 ou même au cours de la première Révolution prolétarienne que les femmes ont été dénigrées, écartées des décisions politiques centrales ou du moins n'ont pas été associées directement, comme dans le cas de la Commune.

Est-ce seulement par ce que le courant marxiste n'était pas encore majoritaire ? l'explication serait bien simpliste.

photos : Roger Violet Viva Horace Gamma D. Maillac Commission paritaire de presse en cours.

Directrice de publication : Denise Avenas

La deuxième Internationale

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— Les acquis théoriques : deux ouvrages marxites ont été publiés qui ont marqué pendant plusieurs dizaines d'années l'approche du problème de la femme et de la famille, dans le mouvement ouvrier. Il s'agit du livre de Bebel : « La femme et le socialisme » (1879) et de celui d'Engels : « L'origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat » (1884). L'ouvrage de Bebel connut un très grand succès : c'est un livre d'agitation axé sur la dénonciation minutieuse de la double oppression des femmes en système capitaliste.

« Dans les classes inférieures, le mariage d'argent est à peu près inconnu. Généralement l'ouvrier se marie par amour mais les causes de trouble de sa vie conjugale ne manquent pas. De nombreux enfants amènent soucis et peines et trop souvent la misère s’installe au foyer. Maladies et décès sont les hôtes habituels des familles ouvrières. Le chômage porte la misère à son paroxysme... De tels coups du sort amènent la mauvaise humeur et l'amertume et cet état d'esprit explose souvent au cours de la vie familiale, lorsque journellement, à chaque heure, se font entendre des réclamations, demandant le strict nécessaire, et qu’on ne peut satisfaire. Disputes et batailles éclatent. H s'ensuit la ruine du ménage et de la famille.

Ou bien l'homme et la femme vont tous deux travailler. Les enfants sont livrés à eux-mêmes ou confiés à la garde de leurs aînés qui auraient pourtant besoin eux-mêmes de surveillance et d'éducation. En toute hâte on engloutit un déjeuner presque toujours misérable, à supposer que les parents aient le temps de rentrer chez eux à midi, ce qui est impossible dans des milliers de cas, étant donné l'éloignement du lieu de travail et la brièveté des pauses ; fatigués, abattus, les parents reviennent le soir à la maison. Au Heu d’un intérieur agréable et riant, ils retrouvent un logement étroit et insalubre, souvent privé d’air et de lumière et dépourvu presque toujours du confort te plus élémentaire... L ’ouvrière qui rentre épuisée le soir a encore du travail par dessus la tête, en toute hâte elle doit abattre la besogne la plus indispensable. On met vite les enfants au lit et elle reste à coudre et à repriser jusqu'à une heure tardive. Distractions et consolations si indispensables, lui font défaut. Le mari est ignorant, la femme plus encore et le peu qu'on a à se dire vite dit. Le mari va au cabaret pour y trouver les distractions qui lui manquent à la maison ; H boit et même s'il boit peu, c'est trop pour ce qu'il gagne. Le cas échéant, H se met à jouer... Pendant ce temps la femme est à la maison et remâche ses rancœurs ; elle travaille comme une bête de somme et pour elle il n'y a ni repos ni trêve ; le mari utilise comme H peut la liberté que lui a donnée le hasard qui a fait de lui un homme. Ainsi naît la discorde. Mais si la femme est moins fidèle à la tâche et si le soir, elle cherche une distraction justifiée, le ménage va à l'envers et la misère redouble. Malgré tout, nous vivons dans le « meilleur des mondes ».

(Bebel, La femme et le socialisme).

Dans la dernière partie de son livre, il laisse libre cours à son imagination, et rêve à « ta femme de l’avenir ». Pour lui comme pour Engels, la fin de la propriété privée, supprime tous les problèmes. Pourtant, Bebel est un de ceux qui a su dénoncer les comportements réactionnaires vis-à-vis des femmes, y compris ceux des ouvriers et qui a su mettre en évidences les raisons (en termes d'intérêts immédiats) de ces comportements :

« Il y a des socialistes qui s'opposent avec autant d'acharnement à l'émancipation de la femme, que le capitalisme s'oppose au socialisme. Chaque socialiste discerne l'état de dépendance du travailleur par rapport au capitaliste, et H ne comprend pas que d'autres et plus spécialement les capitalistes refusent de l'admettre ; mais le même socialiste souvent ne discerne pas l'état de dépendance delà femme par rapport aux hommes, car cette question touche de plus ou moins près son propre petit moi. La volonté de défendre des intérêts réels ou imaginaires, qualifiés toujours d'incontestables, d’inattaquables, rend les hommes aveugles. »

(Cité dans Féminisme et Révolution, page 94).

C'est pourquoi il invite les femmes à ne compter que sur elles-mêmes :

« En jouant le rôle de maître et seigneur, ils flattent leur vanité, ils nourrissent leur orgueil, ils servent leurs intérêts, ils sont comme tous les maîtres peu accessibles à la raison. H est d'autant plus indispensable que les femmes s'appliquent ■ à créer des conditions nouvelles leur permettant de s'affranchir elles-mêmes de leur situation d'infériorité. Les femmes ont aussi peu à attendre des hommes, que les travailleurs des classes moyennes. » (Cité dans « Féminisme et Révolution », page 93).

Bebel n'en tire pourtant aucune conséquence pratique : L'idée d'une organisation de masse où les femmes de la classe ouvrière en particulier, pourraient se retrouver entre elles, prendre confiance, agir, n'est pas du tout abordée. Il est vrai que Bebel comme Engels se situent dans la perspective de « l'imminent coup de balai » qui doit régler l'essentiel.

Dossier

L'ouvrage d'Engels est plus théorique : en s'appuyant sur les données de l'anthropologie de l'époque, il montre les relations entre l'évolution des structures économiques et sociales et celle de la famille. Même si ses données sur les sociétés « primitives » sont aujourd'hui contestées, la démarche d'Engels a une portée révolutionnaire, dans la mesure même où elle rompt avec la vision de la famille dominante à son époque : la famille monogame étant conçue comme une donnée naturelle, éternelle.

Néanmoins plusieurs aspects de la théorie d'Engels sont discutables (pour une critique plus approfondie Cf. l'article de A. Arthous dans Critique Communiste N° 19).

Nous insisterons sur une idée essentielle : Engels n'a pas seulement surestimé les rythmes d'éclatement de la famille ouvrière sous les coups du capitalisme, mais il n'a pas tiré les conséquences et insisté sur les conséquences de la prolétarisation des femmes en tant que femmes :

« Depuis que la grande industrie, arrachant ia femme à la maison, /'a envoyée sur le marché du travail et dans ia fabrique, et qu'elle en a fait assez souvent le soutien de ia famille, toute base a été enlevée, dans la maison du prolétaire, à l'ultime vestige de la suprématie masculine — sauf peut-être encore, un reste de la brutalité envers les femmes qui est entrée dans les mœurs avec /'introduction de la monogamie... » (L'origine de la famille..., page 80).

En effet les femmes acquièrent à travers un travail salarié une certaine indépendance à la fois parce qu'elles rompent ainsi leur isolement traditionnel et qu'elles obtiennent une certaine indépendance financière.

Mais cette indépendance est toute relative car les femmes ne sont pas à égalité avec les hommes au travail : elles sont sous payées, sous qualifiées, elles servent de main-d'œuvre d'appoint : dans la société capitaliste, leur « spécialité » reste encore l'éducation des enfants, les tâches ménagères dans le cadre privé de la famille.

En outre la famille n'a pas seulement pour fonction la transmission de l'héritage, comme le laisse entendre Engels. Elle a une fonction politique et idéologique qu'a délibérément cultivée la bourgeoisie surtout à la fin du xix* siècle. Rien de tel que la famille pour donner à n'importe quel homme l'illusion du pouvoir, rien de tel que la famille pour ramener « à la raison », l'ouvrier récalcitrant ; un article paru dans le Droit des Femmes N°6, le 15 mai 1869, rédigé par Maria DERAISMES, militante féministe et membre de la franc-maçonnerie, illustre de manière humoristique une aspect de la question :

La grandeur des petits hommes

« Ne nous y méprenons pas, les ennemis les plus acharnés de la cause que nous soutenons sont les petits hommes (...). Chaque petit homme est au moins assuré d'être grand devant quelqu’un : grand devant ta femme en général, grand devant la sienne en particulier. Le jour où il va aux élections, il se sent supérieur à Madame George Sand et à toutes les femmes .d’esprit de son temps ; il est homme enfin, cela le dispense du reste.

Rentré chez lui, il est souverain, il est arrogant, il impose silence, il tape du talon, il sacre, il jure, il fait tout trembler autour de lut ; on croirait presque qu 'il peut quelque chose ; il a des « Je veux » napoléoniens. Par moment, il se livre à des pantomimes adorables ; il essaie d’obscurcir son front étroit, if contrefait la préoccupation et le sourire. Sa femme l'interroge timidement. H répond par monosyllabes : les inquiétudes politiques le dévorent ; il craint pour sa patrie. Ah ! s’exclame-t-il, les femmes sont bien heureuses de ne s'occuper que de chiffons ! Nous autres pilotes vigilants, nous sommes au gouvernail ! — C’est à pouffer de rire. »

(Cité dans Révoltes logiques Nà 5, page 73).

Enfin, les rapports de classes sont masqués par la juxtaposition de cellules familiales soit-disant à égalité face « aux petits problèmes de la vie quotidienne ».

Négliger la fonction idéologique de la famille aboutit d'ailleurs à idéaliser les rapports qui peuvent exister à l'intérieur même de la famille ouvrière, ce que fait Engels.

Pour lutter contre la prédominance masculine, Engels et Bebel préconisent l'appropriation collective des moyens de production, l'indépendance économique de la femme, la prise en charge collective des tâches ménagères et de l'éducation des enfants, comme si d'ailleurs la suppression de la propriété privée entraînait quasi automatiquement le reste. Or ce qu'ont montré les différentes expériences de transition au socialisme, c'est précisément la difficulté à remettre en cause la coupure entre vie privée (sexualité, éducation des enfants...) et vie publique (travail...), cette séparation se doublant d'ailleurs traditionnellement d'une coupure entre ce qui est politique (lutte contre l'exploitation) et ce qui ne l'est pas soi-disant (les questions de vie quotidienne...). L'idée développée par Bebel et Engels suivant laquelle, avec le socialisme « les relations entre les sexes deviendront une affaire strictement privée » ne pouvait que renforcer au sein même du mouvement ouvrier, cette vision économiste de la politique. Conception économiste qui comme l'a écrit Lénine, se nourrit du fonctionnement même du capitalisme et des institutions bourgeoises.

L'idée d'Engels et Bebel est juste néanmoins dans le sens où elle s'oppose aux mariages d'intérêts et réaffirme le droit au libre choix des individus.

— L 'activité de la deuxième Internationale sur la question des femmes s'est appuyée sur l'expérience des femmes socialistes allemandes ; c'est pourquoi un petit retour sur l'Allemagne est indispensable.

En Allemagne

En 1875, en Allemagne, quand se crée le nouveau parti social-démocrate par fusion du courant réformiste et du courant marxiste, le parti n'intègre pas dans son programme le droit de vote des femmes, ne s'oppose pas au travail des femmes mais demande une protection spéciale du travail des femmes. Cette revendication sera un axe permanent de polémique avec les féministes bourgeoises qui y étaient opposées. Clara Zetkin elle-même (1857-1933) la dirigeante féministe la plus importante du SPD et de la deuxième Internationale, s'est opposée pendant très longtemps à cette revendication par crainte d'introduire des discriminations supplémentaires vis-à-vis des femmes.

En 1889, au congrès de Paris, la deuxième Internationale, quant à elle, se déclare favorable au travail des femmes, à l'égalité des salaires entre hommes et femmes, et réclame une protection spéciale pour les femmes. Ce n'est qu'en 1891, à Erfurt, que le SPD élabore un programme systématique pour les femmes :

— droit de vote et éligibilité pour toutes les femmes au-dessus de 20 ans,

— suppression de toutes les lois inégalitaires, notamment l'interdiction des réunions pour les femmes, qui se maintiendra jusqu'en 1908, création d'écoles gratuites, publiques, laïques, mixtes et obligatoires,

— soins médicaux, publics et gratuits, y compris pour les accouchées,

— journée de8 h de travail, interdiction de travailler pour les enfants en-dessous de 14 ans,

— suppression du travail de nuit, là où c'est possible,

— congé par semaine d'au moins 36 h d'affilée.

Ce programme sera repris par la deuxième Internationale, en 1891, au congrès de Bruxelles.

Le programme de revendications du SPD sur les femmes sera enrichi :

• D'une part en 1902 : une réglementation détaillée du travail des femmes et des enfants est adoptée, ainsi qu'une réglementation sur le travail à domicile.

• En 1904 : un programme d'agitation en direction des femmes de travailleurs, non actives est adopté.

• En 1906 : à la conférence de Manheim,face au développement d'un mouvement de femmes domestiques, une série de revendications sont avancées pour lier leurs luttes à celles de la classe ouvrière ; une résolution porte aussi sur le rôle des femmes agricoles. La protection des femmes enceintes fait l'objet de revendications détaillées, de même que la question de l'éducation populaire.

Enfin, des restaurants populaires, des blanchisseries, des services de nettoyage, des crèches sont réclamés pour socialiser les tâches ménagères.

La nécessité de la prise en charge des enfants, et de leur éducation, non seulement par les mères, mais aussi par les pères est réaffirmée.

— C'est le grand mérite de la social-démocratie allemande, que d'avoir été capable d'élaborer un programme de revendications très concret en direction des femmes, programme qui sera repris par la deuxième Internationale elle-même.

— Le deuxième mérite, c'est d'avoir été capable d'organiser autour d'elle un mouvement de femmes socialistes de plusieurs milliers de femmes, alors que les conditions politiques étaient très difficiles.

De 1879 à 1889, le SPD était illégal, et jusqu'en 1908, les femmes n'avaient pas le droit de participer aux réunions politiques et syndicales. Les femmes furent donc contraintes de s'organiser de manière séparée du parti, tout en y étant rattachées politiquement par le biais de quelques militantes responsables.

Ce mouvement des femmes socialistes jouait tout à la fois un rôle d'organisation des femmes du parti, en même temps qu'un rôle de mouvement de masse plus large.

Les femmes ne représentèrent jamais plus de 10 % des effectifs du parti, alors que les femmes représentaient, en Allemagne, 1/4 de la population active.

De manière empirique, la social-démocratie allemande a expérimenté l'intérêt pour les femmes de se regrouper entre elles, pour prendre confiance, pour briser leur isolement et imposer un rapport de force.

L'importance du travail développé par les femmes socialistes en Allemagne, pourrait laisser croire qu'elles ont reçu un soutien continu de l'ensemble du parti. Il n'en a rien été, bien souvent ces militantes se sont heurtées à la méfiance, à la dérision des militants à leur égard.

A plusieurs reprises, au cours de congrès, les militants contestèrent la validité des mandats des déléguées contraintes par les lois répressives à une représentation spécifique ; il fallut tout le poids politique de Clara Zetkin, pour les convaincre de prendre en considération ces mandats.

La citation de Bebel lui-même sur les militants socialistes (Cf. plus haut) témoigne elle aussi des difficultés qu'ont pu rencontrés les femmes socialistes pour développer leur activité politique.

CLara Zetkin impulsa un quinzomadaire « Die G/eichheit », dont on peut mesurer l'impact par l'importance du tirage :

4 000 en 1900 23 000 en 1905 77 000 en 1908

112 000 en 1913

En 1907, il devint l'organe de l'Internationale. Gleichheit joua non seulement un rôle d'éducation politique important pour les femmes, mais en même temps, face à la montée du réformisme dans le SPD, constitua un pôle d'opposition révolutionnaire jusqu'en 1917, date à laquelle Clara Zetkin perd la direction du journal.

Sur le plan international, les tentatives de mettre sur pied un secrétariat international en 1896, sur la question des femmes a échoué. En 1907, la première conférence internationale des femmes a lieu à Stuttgart: 58 déléguées de 15 pays sont présentes. La conférence se prononce à la majorité pour le droit de vote des femmes, contre l'avis des Anglaises et des Autrichiennes. Un secrétariat international est constitué, Gleichheit devint un organe international.

En 1910 : ce fut la 2e conférence internationale à Copenhague ;

100 déléguées de 17 pays sont présentes; une résolution contre la guerre est votée.

Le 8 mars est décidé à l'unanimité comme JOURNEE INTERNATIONALE pour le droit de vote des femmes et leurs revendications.

En 1911 : le 8 mars constitue en Allemagne un immense succès; 45 000 participantes autour de Berlin, de même qu'en Autriche, en Suisse, au Danemark...

La déclaration de la guerre de 1914, la trahison des réformistes fera éclater la deuxième Internationale, qui cessa dès lors ses activités.

Dossier

Jusqu'à la première guerre mondiale

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En France

:

Les proscrits de la Commune pourront rentrer légalement à partir de 1880 ; en 1884, les syndicats ont une existence légale. Pendant toute cette période, deux débats resteront centraux au sein du mouvement ouvrier :

— celui sur le droit au travail des femmes, leur droit à s'organiser sur le plan syndical et politique,

— celui sur le droit de vote des femmes.

Sur le plan syndical, en France, le droit au travail pour les femmes n'est toujours pas admis :

En 1883, la Fédération du Livre a voté le principe de la grève pour s'opposer à l'entrée des femmes dans les ateliers.

En 1898, la CGT veut bien admettre le travail seulement pour les femmes célibataires ou veuves qui n'ont pas d'autres moyens de subsistance.

Mais dans la Fédération du Livre, il faut attendre, le congrès de Bordeaux en 1910 pour que soit votée à une très faible majorité la proposition suivante : « Pendant une période transitoire, les femmes actuellement employées pourront être admises à la fédération aux mêmes conditions que les hommes. »

Mais l'affaire Courriau qui éclate en 1913, met en évidence les limites des résolutions votées au niveau fédéral ; la section lyonnaise du Livre refuse de syndiquer Emma Courriau, typote depuis 17 ans et son mari est radié du syndicat pour l'avoir laissée exercer la typographie... Cette affaire qui suscitera une vive polémique dans la presse syndicale, ne sera pas réglée avant la guerre. Les organisations féministes apporteront leur soutien à E. Courriau.

Les grèves de femmes, très dures, à la fin du xix* siècle et au début du xx-siècle et la pression du mouvement féministe bourgeois contraindront, la CGT à lancer au début de l'année 1914, un vaste plan d'action sur le travail des femmes.

Le mouvement féministe bourgeois quant à lui, connaît un développement important à partir des années 1890. Il s'appuie à la fois :

— sur l'augmentation du nombre de femmes dans l'économie. Les femmes de la petite bourgeoisie notamment vont pénétrer le secteur des banques et du commerce. Des femmes vont accéder aux professions libérales jusque-là réservées aux hommes,

— sur les discriminations sur le plan civil et politique dont sont victimes les femmes, y compris celles de la bourgeoisie,

— sur les carences du mouvement ouvrier organisé, lui-même,

— sur la rencontre ponctuelle entre le mouvement féministe et le mouvement ouvrier (Cf. l'article de Christiane Dufrancastel, in Les Révoltes logiques N° 5, pp 61-93).

Pour comprendre l'ampleur du mouvement féministe bourgeois, il faut rappeler parmi des dizaines de publications féministes, le quotidien « La Fronde » qui paru pendant six ans à partir de l'année 1897 ; le premier numéro se vendit à 200 000 exemplaires. Dirigée par Marguerite Durand, ancienne comédienne mariée à un avocat, devenue féministe, « La Fronde » est le seul quotidien dirigé, administré, composé et imprimé par des femmes.

Tirant le bilan de son journal, M. Durand déclare :

« Elle était jugée trop bourgeoise par les socialistes et trop révolutionnaire par les bourgeois, trop sérieuse par les parisiens, trop parisienne par la province. »

Les thèmes d'intervention de La Fronde ont été les suivants :

— pour la révision du code civil,

— pour la maternité volontaire,

— pour la suppression de la réglementation de la prostitution qui ne pénalise que les femmes,

— pour le droit de vote,

— pour l'émancipation économique des femmes,

— pour la suppression de la législation protégeant le travail féminin considérée comme discriminatoire,

— contre l'exploitation abusive des orphelines dans les ouvroirs (établissements de bienfaisance),

— contre la faiblesse des salaires féminins, La Fronde soutint la lutte des institutrices pour l'égalité des salaires.

Dans La Fronde, on trouvait aussi des informations sur les grèves de femmes, sur les heures de permanence des syndicats, les réunions de la bourse du travail ; elle joua aussi un rôle de bureau de placement gratuit.

L'action du mouvement féministe bourgeois se concrétisa aussi par la tenue de 11 congrès de 1878 à 1913. L'un des plus importants fut « le congrès international de la condition et du droit des femmes », en 1900. Les 500 délégués comprenaient de nombreuses femmes riches et élégantes ainsi que plusieurs députés et des représentants de 6 gouvernements. Pour la première fois, les féministes essayèrent de répondre aux problèmes des femmes ouvrières. E. Renaut et L. Saumonau, militantes du Groupe Féministe et socialiste (Cf. plus loin) vinrent y porter la contradiction.

En général le mouvement socialiste et le mouvement syndical dénoncèrent le caractère paternaliste de l'action des féministes bourgeoises et l'insuffisance de leurs propositions qui ne remettaient pas en cause le capitalisme. Mais au-delà de ces critiques, il faut souligner le caractère sectaire et les carences énormes des organisations ouvrières dans leur action vis-à-vis des femmes.

Le mérite du courant socialiste français, c'est d'avoir adopté en octobre 1879, au 3e congrès ouvrier de Marseille, la résolution suivante : « Le congrès partant de ce principe, de l'égalité absolue des 2 sexes, reconnaît aux femmes les mêmes droits sociaux et politiques que les hommes », non seulement le congrès reconnaît les mêmes droits, mais « n'assigne aucun rôle particulier à ta femme » et reconnaît même l'existence d'un mouvement des femmes.

Mais comme l'analyse Christiane Dufrancastel dans son article, cette décision apparaît comme un coup de tonnerre dans un ciel serein :

En effet au 1or congrès ouvrier de France, à Paris (2/10 octobre 1876) la résolution sur le travail des femmes est la suivante : « tout en reconnaissant le droit au travail pour la femme, nous voudrions qu'elle ne fit rien en dehors du foyer, elle réclame la journée de 8 heures et l'interdiction du travail de nuit pour les femmes. »

A Lyon, au 2e congrès ouvrier, la résolution demande : « la suppression de toutes les lois qui restreignent la liberté d'association et de réunion sans laquelle la femme qui est une mineure déparia loi, ne pourra jamais de venir une associée. »

Mais ni à Lyon, ni à Paris, n'est revendiqué le droit de vote pour les femmes ; à Lyon même, la citoyenne Hardouin est exclue de la présidence du congrès, au nom du respect de la légalité bourgeoise qui interdit la présidence d'une réunion par une femme.

Au 4* congrès socialiste ouvrier du Havre on déclare encore : « la femme doit être l'égale de l'homme et posséder comme lui tousses droits civils, politiques et économiques » mais, seule la révolution sociale, précise-t-on, pourra la lui apporter.

Le courant socialiste renvoie donc aux calendes Grecques, la bataille concrète pour les droits des femmes. Quant au courant anarchiste, il ne jugera pas nécessaire de revendiquer le droit de vote pour les femmes puisqu'il dénonce le recours aux élections comme moyen d'action.

Le courant socialiste a été incapable d'intégrer dans son activité quotidienne, une dimension féministe conséquente.

En 1899, quatre femmes dont Elisabeth Renaud et Louise Saumoneau constitue Le Groupe Féministe Socialiste.

En mars 1901, elles lancent un journal la « Femme Socialiste » . Ce journal disparut en septembre 1902. Sur le plan politique, elles ont combattu le féminisme bourgeois au nom de la lutte des classes, mais n'ont pas de contradictions à soutenir la participation de Millerand à un gouvernement bourgeois. De plus la « Femme Socialiste » apporta son soutien chaleureux aux femmes socialistes belges qui décidèrent de cesser toute agitation en faveur du vote des femmes pour faciliter la campagne du parti pour le suffrage universel... masculin. Après

Annexe

(tiré du dossier : Patrons et Ouvriers au XIXe la documentation française )

BREVE CHRONOLOGIE DE LA LEGISLATION SOCIALE 1840-1919

1841 Loi Guizot pour la protection du travail des enfants.

1848 Décret diminuant d'une heure la durée de la journée de travail.

1852 Décret sur les sociétés de secours mutuel.

1864 Loi Emile Ollivier sur le droit de coalition et de grève.

1874 Loi sur la durée du travail des femmes et des enfants.

1884 Loi Waldeck-Rousseau sur les syndicats leur donnant une existence légale.

1892 Loi sur la durée du travail desfemmes, desfilles mineures.

1898 Loi sur les accidents du travail.

1900 Loi Millerand sur la durée du travail : 10 heures.

1906 Loi établissant le repos dominical.

1910 Loi sur les retraites ouvrières.

1919 Loi instituant la journée de 8 heures.

Voir aussi Travail et condition ouvrière. -Paris, la Documentation Française, 1972 -(Les

Cahiers Français ; page 6).

PRINCIPALES LOIS SUR TRAVAIL DES FEMMES ET DES ENFANTS

22 mars 1841

Réglementation du travail des enfants des deux sexes dans les manufactures occupant plus de 20 ouvriers : ils ne pourront être embauchés avant l'âge de 8 ans ; de 8 à 12 ans, la durée de leur journée de travail ne peut pas dépasser 1 2 heures ; jusqu'à 13 ans le travail de nuit est interdit.

La loi admettait des dérogations et fut très mal appliquée.

2 mars 1848

Fixe à 12 heures la durée de la journée de travail pour tous les ouvriers des usines et manufactures.

Tombée en désuétude après juin 1848.

19 mars 1874

Outre les dispositions citées en document, interdit le travail des enfants les dimanches et jours fériés, le travail souterrain aux enfants de moins de 13 ans et aux femmes de tous âges. Annonce une législation particulière pour les femmes adultes. Institue, à la discrétion des Conseils Généraux, le corps des Inspecteurs du Travail.

2 novembre 1892

Votée après cinq ans de navette entre la Chambre et le Sénat. Elève à 13 ans l'âge d'embauche dans les ateliers industriels et les mines, limite la journée de travail à 10 heures pour les jeunes de moins de 18 ans et à 1 1 heures pour les femmes de plus de 18 ans. Interdit le travail de nuit à tous les moins de 18 ans et femmes de tous âges. Etend le droit de repos hebdomadaire à tous les moins de 18 ans et aux femmes. Augmente le nombre des Inspecteurs du Travail et en fait un corps d'Etat.

Fut mal appliquée en ce qui concerne la durée du travail.

30 mars 1900 *

Précise la loi précédente, en alignant la durée du travail pour les hommes et les femmes travaillant dans le même atelier ,-en prévoyant une heure de coupure au cours de la journée.

Son application fut aussi difficile.

— --— ......... ......... — 1 1 fltr de multiples avatars, ce groupe se transforma en groupe des femmes socialistes de la SFIO, de 1913 à 1915. Le groupe ne semble pas avoir dépassé quelques dizaines de femmes (Cf. Articles de Sowerwine. Mouvement Social numéro janvier-mars 75).

En France donc après la Commune, le féminisme se développa sur une base réformiste, ce qui ne fut pas le cas en Allemagne.

Tiré de l'histoire du féminisme français, p. 366. Quelques grèves féminines (ou è majorité féminine) avant 1936

Durée Motif Résultat

1892

1895

1897

1901

Casseuses de sucre de Paris Corsetières de Limoges Lisseuses de Rouen

Ouvrières cartonnières de Guerche

20 jours Salaires 108 jours Salaires 40 jours Salaires la

130 jours Amendes

Echec

1905 Sardinières de Douarnenez Mai-juilletMaintien du contrat aux pièces

Satisfaction

1905 Ouvrières des soieries de Vizille 54 jours

1906 Transbordeuses d'oranges de

Salaires

Cerbère

Salaires réintégratioüaible ouvrières satisfaction

1910 Fileuses de Ganges

Salaires

Echec

1913 Ouvrières des sucreries LeBaudy

Satisfaction

Salaires

1917 Midinettes de Paris

Horaires

Salaires

Satisfaction

1924-25 Sardinières de Douarnenez

Salaires

Satisfaction

1927-28 Ouvrières des Textiles du Nord7 mois

Salaires

Horaires

Echec

Dossier

La Révolution russe

En 1917 la Révolution russe signifie pour les femmes un immense progrès :

Les Mesures :

Le premier code de la famille est publié en 1918 :

Le mariage religieux n'est plus reconnu, seul le mariage civil est valable.

Les époux doivent choisir un nom commun, soit celui de l'homme, soit celui de la femme.

Les enfants nés d'un mariage enregistré ou non bénéficient des mêmes droits.

Le divorce peut avoir lieu à la simple demande de l'un ou l'autre époux.

1918, c'est aussi l'année où est mis en place le GENOTDEL, le ministère des femmes communistes ; dans les faits cet organisme sur lequel nous disposons encore d'une documentation insuffisante impulsa une activité de masse très importante auprès des femmes travailleuses, leur faisant connaître leurs droits, les aidant dans les problèmes de la vie quotidienne. Ce fut bien plus que le regroupement de femmes communistes. En 1929 cet organisme devenu gênant, a été dissous.

1920 : L'avortement est libre et gratuit.

1924 : Les époux n'ont plus l'obligation de choisir un nom commun.

1926 : Le 2e code paraît : dans le souci de régulariser les mariages de fait, innombrables, le mariage non enregistré est reconnu mais il ne donne pas droit au logement dans un immeuble communal par exemple. Le divorce et l'avortement restent libres.

Mais les obstacles à une authentique libération des femmes en URSS furent nombreux :

— Les conditions économiques et sociales désastreuses au lendemain de la guerre civile ; il y avait sept millions d'enfants abandonnés en 1923, une crise du logement aiguë et les équipements collectifs de qualité indispensables pour libérer la femme étaient totalement insuffisants.

— Le niveau d'arriération culturelle et le poids des traditions étaient considérables ; l'analphabétisme, l'alcoolisme étaient largement développés ainsi que les préjugés religieux. Le servage avait sévi en Russie tsariste jusqu'en 1861.

On raconte que dans des villages, des femmes refusaient d'amener leurs enfants à la garderie parce qu'elle était trop propre !

Plusieurs centaines d'assassinats antiféministes eurent lieu en Ouzbékistan en 1928 pour s'opposer à l'émancipation des femmes.

Les limites mêmes de la théorie marxiste sur l'analyse de la famille et le rejet dans le domaine privé des questions relatives à la sexualité préparaient mal les bolchéviks à comprendre la violence de la crise de la famille, telle qu'elle s'est développée dans les années 20 en URSS (cf. A. Kopp « Changer la vie, changer la ville », coll. 10/18).

A. Kollontaï qui a toujours affirmé la nécessité de débattre publiquement de la « crise sexuelle », c'est-à-dire les problèmes des rapports individuels sur tous les plans, etTrotski (cf. « Questions sur le mode de vie » 10/18) ont joué un rôle d'avant-garde, même si les bolchéviques ont insisté en permanence sur la nécessité de socialiser les tâches ménagères et l'éducation des enfants, ils ne semblent pas avoir abordé la remise en cause de la division traditionnelle des tâches entre hommes et femmes, y compris Kollontaï. En 1920 les arguments développés pour la liberté de l'avortement portent sur l'importance de la pénurie, et non pas sur le droit des femmes à contrôler leurs maternités. Il est évident qu'il faut restituer ces problèmes dans le contexte historique ; le poids de la guerre civile et de la crise économique.

Mais face aux problèmes de pénurie multiples, deux démarches essentielles furent préconisées :

— celle de Semachko (dirigeant bolchévique) : il recommanda l'abstinence à la jeunesse ;

— celle de Trotski : il tablait sur une amélioration économique progressive qui permettrait au gouvernement d'améliorer les équipements collectifs et en même temps sur les initiatives exemplaires de la jeunesse, en particulier sur les expériences de vie communautaire susceptibles d'impulser un mode de vie nouveau.

Ce débat avait lieu en 1923 et à la fin des années vingt.

Avec la montée du stalinisme les solutions conservatrices s'imposeront.

La troisième internationale

Les congrès de l'Internationale étaient précédés de conférences internationales sur les femmes. Il faudrait en analyser les résolutions, mais n'en ayant pas encore eu connaissance, je me contenterais de faire le point sur le 3e et 4e Congrès.

Les thèses votées en juin 1921 au 3e Congrès de l'International Communiste peuvent se résumer ainsi sur le plan des principes généraux.

I) L'I.C. a besoin des femmes

:

L'I.C., dans la perspective de la révolution socialiste dans les pays capitalistes et la réalisation du communisme dans les pays où existe la dictature du prolétariat, doit rechercher « l'appui actif des femmes » car « ces deux tâches seront d'autant plus facilement réalisées que les femmes y prendront une part active, plus consciente et plus volontaire ».

Et ce pour deux raisons : « la pratique de la République soviétique a montré combien est essentielle ia participation de l’ouvrière et de ia paysanne, tant pour ia défense de ia République pendant ia guerre civile, que dans tous les domaines de ia vie soviétique ».

Deuxième raison : « les partis communistes doivent savoir apprécier le grand danger que représente dans ia révolution les masses inertes des ouvrières non entraînées dans ie mouvement, des ménagères, des employées, des paysannes non affranchies des conceptions bourgeoises, de l'église et des préjugés, non rattachés par un Heu quelconque, au grand mouvement qu’est ie communisme. »

En conclusion : il faut « étendre l'influence du Parti et du communisme aux vastes couches de ia population de leur pays, au moyen d'un organe spécial fonctionnant à l’intérieur du Parti, et des méthodes particulières permettant d’aborder plus facilement les femmes, pour les soustraire à l'influence des conceptions bourgeoises et à l'action des partis coa/itionnistes, pour en faire de véritables combattantes pour l’affranchissement total de la femme. »

Sans sous-estimer le contexte historique dans lequel sont rédigées ces thèses (la guerre civile en URSS se termine à peine) les femmes sont ici appréhendées essentiellement comme une force sociale qu'il faut neutraliser ; l'apport positif des femmes prolétaires à la révolution est à peine abordé.

Les femmes, quand elles s'engagent dans le processus révolutionnaire sont amenées non seulement à remettre en cause la propriété privée, mais aussi leur situation d'oppression dans la famille, ce qui est un des facteurs d'approfondissement de la transformation des rapports sociaux.

Il) La femme a besoin du communisme

« Seul le communisme créera un état de choses dans lequel la fonction naturelle de la femme, la maternité, ne sera pas en conflit avec les obligations sociales et n'empêchera plus son travail productif au profit de la collectivité », et encore : « les femmes doivent toujours se rappeler que leur esclavage a toutes ses racines dans le régime bourgeois. Pour en finir avec cet esclavage, H faut passer à un ordre social nouveau. »

Malheureusement, l'expérience de la révolution russe et de toutes les révolutions qui lui ont succédé a montré que le renversement de l'état bourgeois, l'abolition de la propriété privée, le vote même d'une législation très avancée du point de vue social, sont nécessaires, mais pas suffisants.

Le développement massif d'équipements collectifs de qualité pour libérer la femme de l'esclavage domestique, la lutte consciente contre les préjugés masculins, et pour la remise en cause de la division traditionnelle des tâches entre hommes et femmes sont tout aussi indispensables. La suite des thèses aborde ces problèmes et corrige partiellement ce caractère triomphaliste de la 1re partie.

Mais en pratique, quelle utilisation ont fait de ces thèses les différents PC ?

La résolution votée en novembre 1922 sur l'action féminine nous renseigne :

« Malheureusement le quatrième congrès de l’Internationale Communiste doit constater que certaines sections n'ont pas rempli ou rempli superficiellement leur devoir, qui est de soutenir d'une façon systématique le travail communiste parmi les femmes. Jusqu'à présent ils n’ont ni appliqué les règles de l'organisation des femmes communistes dans le parti, ni créé les organismes du parti indispensables au travail parmi les femmes et à l'établissement de la liaison avec ces dernières. Le quatrième congrès exige de ces sections de faire au plus vite ce qu'elles ont négligé... Le front unique ne peut être réalisé que si les femmes en font partie. »

Les documents publiés récemment dans le n° 14 des cahiers d'histoire de l'institut M. Thorez, de la section féminine du PCF en 1926 vont exactement dans le même sens :

« Le congrès doit reconnaître que le « travail parmi les femmes » est demeuré totalement incompris par les membres du parti. Ceux-ci ont généralement estimé qu'il incombait uniquement aux quelques camarades femmes dispersées dans les régions... A l'heure actuelle en dehors de quelques régions et rayons, les commissions féminines sont encore à naître », ceci, quatre ans après le IVe Congrès de l'I.C. !

Alexandra Kollontaï

Dossier

Au total, le chemin parcouru de la 1re Internationale à la IIIe est très important.

On est passé d'une condamnation du travail des femmes (1re Int.) — à l'organisation concrète du soutien aux luttes des femmes par un programme de revendications précises : un journal, un secrétariat international, une journée internationale (2e Int.),

— à une compréhension de la nécessité d'impulser des commissions « femme » dans les PC ;

— à se battre pour la participation des femmes à tous les niveaux de la vie économique, sociale, politique ;

— à la reconnaissance de la double oppression des femmes, de la nécessité de les décharger des tâches domestiques par les équipements collectifs.

Les conditions existaient, sur la base de l'expérience pratique et sur la base du tournant pour le FUO, pour la compréhension de la nécessité d'un véritable mouvement autonome de masse des femmes, mais le recul de la révolution en Europe ne pouvait qu'entraîner une régression sur ce thème.

En Russie, les années 30 correspondent à un recul généralisé de la législation, et à la consolidation de l'institution familiale.

1936 : Au nom de la défense de la famille, l'avortement est interdit ; le divorce entraîne une légère taxe à payer et l'inscription au passeport.

1944 : Après ia guerre, aide accrue aux meres mariées ou célibataires, mais ces dernières sont privées du droit de recherche en paternité et demande de pension alimentaire.

Les mariages de fait ne sont plus reconnus.

Les mères de familles nombreuses sont décorées.

L'avortement est toujours interdit mais la femme n'est plus responsable pénalement.

Le divorce entraîne le passage devant les tribunaux qui peuvent rejeter la demande. Il y a une taxe élevée à payer.

1955 : L'avortement redevient libre mais il est pratiqué sans anesthésie.

1968 : Le divorce par consentement mutuel est possible...

Voilà, pour l'essentiel, quelles sont les grandes étapes de la restauration de la famille traditionnelle en URSS.

Après la victoire du stalinisme et la victoire du fascisme en Allemagne et en Italie, le seul mouvement de masse qui a surgit en Europe depuis le début du siècle a été le mouvement des « Femmes Libres » en Espagne entre 1936-1939. « Femmes Libres » regroupa 20 000 femmes ouvrières en majorité, qui se battirent sur tous les thèmes, y compris celui des crèches, de la sexualité ; ce mouvement était dirigé par des femmes anarchistes qui revendiquaient hautement leur autonomie par rapport au mouvement anarchiste lui-même (cf. « Femmes Libres »).

III) Hommes et femmes du prolétariat doivent être solidaires

u La lutte de la femme contre sa double oppression, le capitalisme et fa dépendance familiale et ménagère doit prendre dans la phase prochaine de son développement un caractère international, se transformant en lutte du prolétariat des deux sexes pour sa dictature et le régime soviétique sous le drapeau de la 3e Internationale » et encore « Nous n'atteindrons au communisme que par l'union dans la lutte de tous les exploités et non par i 'uni on des forces féminines des deux classes opposées. »

Nous ne pouvons qu'être d'accord avec l'affirmation selon laquelle la lutte contre la double oppression des femmes est un combat qui doit être mené par les hommes et les femmes du prolétariat et qu'il doit se situer dans une perspective de classe. Mais ceci ne doit pas aboutir à négliger la nécessité de mener une lutte spécifique contre l'oppression des femmes avant et après la Révolution.

IV) « Les femmes prolétaires conscientes luttant pour leur affranchissement ne doivent pas rester dans un parti non affilié à l'Internationale communiste, tout adversaire de la 3e International© est un ennemi de l'affranchissement des femmes. »

Csîte dernière idée affirmée dans le cadre des principes généraux témoigne d'un sectarisme évident de l'I.C., à l'époque, dans la compréhension des rapports avant-garde/masses, sectarisme qui est remis en cause en 1921, dans le cadre du tournant opéré à propos du Front Unique Ouvrier. Mais pas encore sur le plan de l'intervention en direction des femmes.

La deuxième partie des thèses qui précise « les méthodes d'action parmi les femmes » n'a pas du tout la même tonalité triomphaliste que la première partie. Dans cette partie au contraire, ce sont presque des consignes aux Partis Communistes en vue de combler les carences de ces derniers sur le plan de leur action au sein et à l'extérieur du Parti en direction des femmes.

On pressent les résistances des partis sans encore les dénoncer, comme cela sera fait au congrès suivant.

1 ) » ADMETTRE les femmes à titre de membres égaux en droits et en devoirs à tous tes autres dans te Parti et toute les organisations prolétariennes. »

2) « SE RENDRE COMPTE de l'importance qu 'il y a à faire participer activement les femmes à toutes les branches de la lutte du prolétariat (y compris sa défense militaire). »

3) « Reconnaître la maternité comme une fonction sociale ». Sur les formes d'organisation que doit prendre l'action en direction des femmes, la 3e I.C. profite clairement de l'expérience accumulée par les femmes socialistes allemandes, et reconnaît la nécessité de commissions et sections spécialisées dans l'intervention en direction des femmes sur la base des considérations suivantes :

a) « L'asservissement familial de ta femme non seulement dans les pays bourgeois capitalistes, mais même dans les pays où existe déjà le régime soviétique, dans la phase de transition du capitalisme au communisme. »

Cette phase est très importante, car c'est le fondement même d'un mouvement autonome de femmes, problème sur lequel nous reviendrons.

b) « La grande passivité et l'état politique arriéré des masses féminines, défauts expliqués par l'éloignement séculaire de la femme de la vie sociale et par son esclavage dans la famille ». Cette formulation n'a rien à voir avec les phases de la 1re partie, gonflées de méfiance à l'égard des femmes.

c) « Les fonctions spéciales imposées à la femme par la nature elle-même, c'est-à-dire la maternité et les particularités qui en découlent." »'

Cette décision (de créer des sections et des commissions) est obligatoire pour tous les partis adhérant à l'I.C.

Parmi les tâches fixées aux PC, deux en définissent le contenu d'une lutte idéologique dont la dimension était totalement absente dans la 1re partie.

— « Combattre les préjugés relatifs aux femmes dans les masses du pro ’ ■

— « Lutter system, l;, . r,\;u -'in ■ <>.• ? r 'a tradition, des mœurs bourg . ■ in rehgm. en in on préparer la voie à des rappo ‘ " ux entre les sexes, età rassaun*se,,:c>n mot ai et g.-> v.c l'humanité travailleuse. »

L'insistance sur la participation des hommes à ces structures est intéressante : « Parmi les membres de la commission et de la Direction des sections devront figurer aussi, dans la mesure du possible, des camarades communistes hommes. »

Elle témoigne là encore de manière indirecte sur la difficulté à faire prendre en charge par le parti tout entier, et sa composante masculine en particulier, la question des femmes.

Dans la conclusion à cette partie est soulignée pour la première fois le caractère créateur de la participation des femmes aux activités du parti : « H ne s'agit pas de créer un parallélisme, mais de compléter tes efforts du parti par l'activité et l'initiative créatrices de la femme. »

Ensuite les thèses précisent les tâches des sections en fonction de la nature économique et sociale des pays dans lesquelles elles interviennent.

Dans les pays de régime soviétiste, parmi une longue liste de tâches, figure celle-ci, qui est déterminante :

« Les sections faciliteront le développement de tout le réseau d'établissements publics comme orphelinats, blanchisseries, ateliers de réparations, institutions d'existence sur les nouvelles bases communistes, allégeront pour les femmes te fardeau de l'époque de transition, amèneront leur indépendance et feront de l'esclave domestique et familiale, la libre collaboratrice du créateur des nouvelles formes de vie. »

Sans nous arrêter aux tâches définies pour les sections dans les pays capitalistes, passons à celles dans les pays économiquement arriérés (l'Orient). Il est précisé :

« Les sections et les commissions doivent lutter contre les préjugés, les mœurs et les habitudes religieuses pesant sur la femme et mener la propagande parmi les hommes aussi » (souligné par moi).

Parmi l'ensemble des propositions, celles qui portent sur l'organisation des femmes sont particulièrement intéressantes :

« Partout où U est possible de le faire, les sections et les commissions doivent mener la propagande à domicile, elles doivent organiser des clubs d'ouvrières et y attirer celles-ci et en général les éléments féminins les plus arriérés. Les clubs doivent être des foyers de culture et d'instruction et des organisations modèles montrant ce que peut faire la femme pour son propre affranchissement et son indépendance (organisation de crèches, de jardins d’enfants, d'écoles primaires pour adultes, etc.). »

A travers ces propositions en effet, se trouvent jetées les bases d'un véritable mouvement de masse prenant appui sur des activités pratiques liées directement aux préoccupations quotidiennes des femmes les plus exploitées, à travers des structures larges.

Dossier

Conclusions générales

1) Les femmes ont toujours participé massivement aux grandes luttes sociales.

2) Les thèmes principaux des revendications ont été :

— pour le droit au travail ;

— pour l'égalité des droits politiques et civils ;

— pour la prise en charge collective des tâches ménagères et de l'éducation des enfants.

Quand les femmes entrent en luttes, se mobilisent, elles sont obligées de poser aussi les problèmes de la vie quotidienne : qui va prendre soin des enfants si elles vont travailler, si elles sont en grève, si elles participent à des réunions, si elles vont aux barricades ? qui va faire à manger ? qui va entretenir le linge ?

Quand les femmes entrent en luttes, elles gagnent de l'assurance et n'acceptent plus de se soumettre passivement aux limites que veulent leur imposer leurs compagnons qui voient leur autorité s'affaiblir.

Le thème de l'amour semble aussi avoir donné lieu à de nombreuses controverses mais pas celui de la sexualité.

L'ensemble du mouvement ouvrier socialiste s'est battu pour la socialisation des tâches ménagères et de l'éducation des enfants, mais pas pour la mixité des tâches.

Aujourd'hui, le mouvement des femmes dans les pays capitalistes met l'accent non seulement sur le droit au travail (toujours remis en cause !) mais aussi sur la prise en charge collective et mixte des tâches ménagères et de l'éducation des enfants ainsi que sur le droit à la libre disposition de son corps.

Ceci s'explique par l'évolution du contexte historique :

— développement du niveau culturel des masses ;

— développement du niveau économique (jusqu'à la crise du moins) et avec lui de la notion de loisirs ;

— égalisation progressive du statut légal des femmes à celui des hommes ;

— possibilité d'accès à une contraception efficace pour les femmes ;

— développement (de façon insuffisante bien sûr) de certains équipements collectifs comme les maternelles, en France du moins.

3) Les organisations ouvrières n'ont intégré dans leur programme ou leur pratique, les revendications contre l'oppression spécifique des femmes que contraintes et forcées.

Pour nous ces rapports conflictuels entre mouvement ouvrier organisé et luttes des femmes ne sont pas des accidents de parcours.

Les hommes, y compris les ouvriers ne renoncent pas spontanément à leurs privilèges. Tout le monde est d'accord pour reconnaître le caractère dérisoire de ces privilèges au regard des intérêts à long terme du prolétariat tout entier. Mais nous vivons dans un monde très concret où le confort de la vie quotidienne repose encore principalement sur les femmes dans le cadre privé de la famille ou dans le cadre de certains services publics (soins aux malades, soins aux vieillards, éducation des enfants, préparation des repas, nettoyage et bien sûr réconfort affectif...).

C'est là où se noue de manière évidente la contradiction. C'est pourquoi Bebel avait parfaitement raison d'écrire que les femmes doivent d'abord compter sur leurs propres forces (nous rajoutons collectives) pour défendre leurs droits ; c'est ce qui légitime l'existence d'un mouvement autonome de femmes, de masse et sur des bases de classes. L'existence d'un tel mouvement autonome est une des conditions indispensables pour que les organisations ouvrières mixtes prennent en charge réellement la lutte contre l'oppression des femmes.

Bibliographie (livres cités)

Ouvrages généraux :

1 ) « Histoire du féminisme en France, du moyen âge à nos jours » de Maïté Albistur et Daniel Armogathe, éditions des Femmes.

2) « Féminisme et Révolution » de Sheila Rowbotham, petite bibliothèque Payot.

3) « Féminisme au masculin », Benoîte Groult, Denoël Gonthier.

4) « Histoire et Sociologie du travail féminin », Evelyne Sullerot, Gonthier, Sur, 1789.

5) « Les femmes et ta révolution, 1789-1794 » de Paule-Marie Duhet, coli. Archives chez Julliard.

6) « Le club des citoyennes républicaines révolutionnaires » de Marie Cerati, étitions Sociales.

Sur la restauration, le courant utopie et 1848 : _

7) « Les socialistes de l'utopie », Dominique Desanti, petite bibliothèque Payot.

8) « Caire Demar, l'affranchissement des femmes », présenté par Valentin Pelosse, Payot.

..9) « Révoltes logiques », Nos 4 et 5, sur les « Prolétaires saint-simoniennes », par Lydia Elhahad.

10) « Révoltes logiques N° 2 », article sur la présentation de Claire Demar par Valentin Pelosse et celui sur les couvent soyeux.

11) « Révoltes logiques N° 1 », article sur les Femmes libres de 1848.

12) « Flora Tristan, vie et œuvres mêlées, Dominique Desanti, 10/18.

13) « Fourier », morceaux choisis, éditions Sociales.

Sur le second Empire, La Commune : ___

14) « La première Internationale », 10/18.

15) « Les Pétroleuses », Edith Thomas, Gallimard.

16) « La Commune de 1871 », éditions Sociales.

La deuxième Internationale : _

16) « Les origines de la famille, de la propriété, de l'Etat », Engels, éditions Sociales.

17) « La femme et le socialisme », Bebel, Berlin, 1964 -une maîtrise de l'université de Lausanne : « Féminisme et socialisme, une articulation difficile, Clara Zetkin, les Femmes socialistes et le mouvement ouvrier allemand de 1848 à 1914 ».

Jusqu'à la Première guerre mondiale : ----

19) « Ce n'est pas d’aujourd'hui », Madeleine Colin, éditions Sociales.

20) « Les amants de la liberté, stratégies de femmes, luttes républicaines, luttes ouvrières » de Christiane Dufrancastel, Révoltes logiques N° 5.

21) « Le groupe Féministe socialiste de 1899 à 1902 », Charles Sowerwine, dans le « Mouvement social » de janvier-mars 1975.

Révolution Russe, troisiène Internationale : __

22) « Les 4 premiers congrès de l'internationale Communiste », Maspero.

23) « Changer la vie, changer la ville », Anatole Kopp, 10/18.

24) « Questions du mode de vie », Trostsky, 10/18.

25) « Marxisme et révolution sexuelle », Alexandra Koliontaï, petite collection Maspéro.

26) « N° 14, des cahiers d'histoire de l’institut Maurice Thorez ».

27) « Femmes libres ».

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