La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

CAMPAGNE AVORTEMENT EN FRANCE

Ne pas attendre

Cahiers du féminisme, n° 10, juin - septembre 1979 · p. 41 · 742 mots

Après le vote de la loi Veil en 197 5, il a fallu toute la conviction et toutes les forces des féministes et des révolutionnaires pour empêcher que ta question de l'avortement et de la contraception soit enterrée...

Curieusement et brusquement, en moins de deux mois, on ne parle plus que de cela, dans la presse, à la radio, à la télévision. Au premier plan de l’actualité, l’avortement est devenu un des enjeux décisifs de la polémique entre les deux partis de la majorité. Certes, le débat à l’Assemblée nationale sur te bilan de la loi Veil est prévu à l'automne prochain. Les échéances se rapprochent. Mais à n’en pas douter, c’est l'enjeu des élections européennes qui a donné le coup de fouet au débat et à la polémique sur ce sujet.

Du droit des femmes à disposer librement de leur corps, les hommes et les femmes de la majorité n 'ont pourtant rien à faire. Pire, ce droit, ils le contestent cyniquement au nom de l ’intérêt national. Pour Chirac, la loi Veil « a fait un tort considérable à notre pays » ,• pour Debré, il faut réclamer la suppression de ce qu'il appelle « l'avortement à la carte pratiqué pour des motifs futiles », l’avortement « à la convenance de l’intéressée » (sic), responsable d'après lui du « dépeuplement » de la France .! Et ce n ’est pas tout ! « Le thème de la femme maîtresse de son corps peut aller trop loin », rajoute-t-il dans une interview au Nouvel Observateur. Il ira « très loin », nous n ’en doutons pas !

Mais à cela, que répondent Giscard, Simone Veil et le gouvernement considérés comme responsables de la première « libéralisation » de l’avortement en France ? Ils se contentent de faire remarquer avec flegme et bon sens que la chute du taux de natalité en France comme en Europe remonte à 1964, bien avant la « libéralisation » de l'avortement. L'enquête, toute récente de FINED (Institut national de la démographie) sur ! ’avortement en France en 1976, confirme que le nombre d’avortements n'a pas augmenté depuis le vote de la loi Veil : il serait de 250 000, clandestins compris !

Mais ils ne prennent surtout aucun engagement. Ils attendent, ils jaugent le rapport de forces et celui<i peut évoluer d'ici le débat au Parlement. Giscard est trop fin pour compromettre l'équilibre de ta majorité pour « une histoire de bonnes femmes » et pour cause...

Hier, en 1974, Giscard comptait sur les voix des femmes pour se faire élire président. Aujourd’hui, il a besoin de préserver l’équilibre fragile de la majorité. Chirac, l’épiscopat et l’extrême droite qui viennent d’amorcer une campagne d’ampleur sur te thème « Halte à l’acte de mort », « Halte à la régression de la conscience morale », n ’ont pas tort de tabler sur quelques concessions de la part du gouvernement au moment du débat à l'Assemblée. Les remises en cause récentes de certains acquis dans d’autres pays européens (cf. articles) le prouvent ! Tout dépendra du rapport de forces !

Or, de ce point de vue, sans dramatiser la situation, il y a lieu d’être inquiet(e). Certes, dernièrement, toutes les organisations du mouvement ouvrier, PC, PS, CGT, SNES, etc. ont solennellement pris position sur la nécessité de défendre le droit des femmes à avorter librement et de mener campagne sur ce thème. Reste que chaque organisation se soucie plus de justifier et défendre ses propres amendements à la toi Veil, voire son contre -projet de loi (plus libéraux à coup sur que la loi actuelle) que d'organiser ; d’appeler et de contribuer à la mobilisation de masse, dans la rue, ta plus unitaire possible, Comme si lors du débat au Parlement, le projet de loi le plus peaufiné dans des commissions de spécialistes devait forcément l'emporter, comme s’il ne s ’agissait pas d’un rapport de forces entre le gouvernement et la mobilisation de masse.

Certes, il y a des divergences aujourd'hui sur les revendications à avancer, mais, nous le déclarons solennellement, ces divergences, c’est à la base, dans des comités unitaires larges qu 'elles doivent être réglées. Elles ne doivent pas servir d'alibi, comme c’est le cas actuellement, pour ne rien faire ensemble, pour refuser de s’engager dans une campagne nationale de masse pour le droit des femmes de choisir, pour le droit à ta contraception et à l’avortement libres et sans restriction aucune, c'est-à-dire, pour nous, gratuits.

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