sa ta
D
O
S
S
I
Curieux discours en vérité que celui des organisations ouvrières traditionnelles ! A les en croire, nous vivrions une époque formidable, pleine de promesses, où les conditions de l'égalité pourraient enfin être créées grâce au développement des scien-
A bonne entendeuse, salut ! Que demander en effet de plus ? Allons-nous nous couler dans une mentalité d’assistées ? Les « injustices d’un autre âge » sont certes toujours bien vivantes, mais « les possibilités modernes », « immenses » et « inédites » qui s’offrent à nous sont à même, semble-t-il, et à condition que nous y mettions du nôtre, de balayer tout cela. Les discriminations hommes-femmes pourraient en effet disparaître grâce au progrès des sciences et des techniques. A l’ère des automatismes, de l’informatique, de la robotique, l’égalité se poserait en termes nouveaux...
Que l'introduction des nouvelles technologies et l’informatisation de la société à laquelle nous assistons réponde avant tout à une volonté capitaliste d’accroître les profits importe visiblement peu ; il suffirait, selon J. Ralite, de donner « un visage humain » à cette grande mutation technologique qui s’annonce.
Les nouvelles technologies...
« un instrument formidable » ?
De tels discours sont dangereux car ils s'appliquent à cacher les difficultés accrues auxquelles sont confrontées les femmes sur le marché du travail. Parler, comme le fait Gisèle Moreau (dirigeante du PCF), de « chance exceptionnelle », ou Yvette Roudy de « chance historique », alors que les travailleuses sont massivement concentrées dans des secteurs et des professions qui sont et/ou vont être touchés de plein fouet par l'introduction des nouvelles techniques a quelque chose de profondément indécent, de choquant.
Avant de parler d'une quelconque « chance » pour les femmes, il faudrait dire que celles-ci ont des difficultés de plus en plus grandes à s'adapter aux changements en cours. La ségrégation dont elles sont victimes sur le marché du travail se retrouve largement dans la situation créée par l’adaptation au changement technologique et, loin de s’améliorer, leur situation tend plutôt à s’aggraver.
ces et des techniques. Les femmes auraient un rendez-vous de la première importance à ne pas manquer. Un défi leur serait lancé et ce serait à elles, et à elles seules de le relever, le « gouvernement de gauche » qu 'elles ont la chance d’avoir se déclarant
Mieux vaudrait en effet ne pas oublier que le développement de la bureautique, par exemple, ouvre un champ nouveau au travail à temps partiel, au travail intérimaire ou sous contrat à durée déterminée, au travail à domicile... c'est-à-dire à toutes les formes d’emplois précaires qui ne peuvent que marginaliser un peu plus les femmes.
Dans l’industrie, la robotisation ne semble pas favoriser l’emploi féminin. Là comme ailleurs, on constate souvent une modification de la structure de l’emploi qui n’avantage aucunement les travailleuses, à quelques exceptions près. Et si des branches entières se transforment profondément avec l’automatisation (chimie, électricité, etc.), peu d’emplois nouveaux y sont offerts aux travailleuses. De plus, l’introduction des nouvelles techniques se traduit par une concentration accrue du savoir et du pouvoir avec, d’un côté, une catégorie de cadres et de techniciens très qualifiés (et peu de femmes parmi eux) et, de l’autre, une masse d’exécutantes qui ont plus le sentiment d’avoir perdu un certain « savoir-faire » professionnel que d’avoir gagné une réelle qualification.
N’en déplaise à Gisèle Moreau, ce n’est pas parce que « le travail ne fait plus appel à la force musculaire mais à l’intelligence » que « les conditions de l’égalité peuvent être créées »... A moins de croire que les biceps masculins sont l’origine et la raison de l’oppression des femmes. En effet, « fantastiques progrès » ou non, les capitalistes entendent bien continuer à faire jouer à la main-d’œuvre féminine une certaine fonction « régulatrice » sur le marché du travail, qui n’a à voir ni avec les muscles, ni avec l’intelligence, et qui va dans le sens d’un accroissement du nombre des emplois précaires, d’une plus grande « fluidité » du marché du travail et d'une compression des salaires. Il est du même coup essentiel de comprendre que si les nouvelles technologies peuvent beaucoup pour la libération des femmes (possibilité d’une réduction massive du temps de travail, suppression d’emplois pénibles, modification profonde de l'organisation du travail, revalorisation de certains postes, allègement des tâches répétitives, par ailleurs toujours prêt, tel un boy-scout, à les épauler : « Je le répète souvent :je peux faire la moitié du chemin, il appartient aux femmes de faire l 'autre moitié. Je forge les outils indispensables au changement, à elles de s’en emparer. » (Yvette Roudy)
d'appels incantatoires à la mobilisation des femmes.
« Un formidable défi pour les femmes ! »
« Les nouvelles technoloÿes sont à la fois un formidable défi pour les femmes et un risque majeur d'exclu-
La gauche et les nouvelles technologies
»
développement des équipements collectifs, etc.) elles peuvent aussi beaucoup pour l’exploitation accrue des travailleuses tant il est vrai qu’on ne peut dissocier le progrès technique et scientifique de l'utilisation qui en est faite. Et aujourd’hui, plus que jamais, aller à l'encontre de la politique patronale vis-à-vis des femmes suppose l'engagement d'une lutte résolument anticapitaliste et non une politique de compromis constants, de collaboration de classe doublée sion du marché du travail spécialisé. C’est là une des batailles les plus importantes que nous avons à livrer. » (Yvette Roudy)
Soyons justes, et rendons grâce à Yvette Roudy, ainsi d’ailleurs qu’à Gisèle Moreau : elles n’ignorent pas les dangers qui guettent les travailleuses. On peut même dire qu’elles en ont pleinement conscience. Seulement voilà, lutter contre ces dangers implique de refuser toute gestion de la crise, implique une véritable rupture avec la politique actuelle du gouvernement. Et de cela, il n’est évidemment pas question. Il faut donc, en conséquence, s’appliquer à faire croire que tout discours différent de celui de « nos » réformistes ne peut être qu’un discours de primaire rejetant stupidement le progrès et s’opposant à l’introduction des nouvelles technologies. On se construit ainsi une autoroute... qui mène tout droit au bra-dage pur et simple des revendications des travailleuses. Et force est de constater que les reculs des organisations ouvrières dans la défense des travailleuses sont particulièrement impressionnants.
En effet, si la CGT n'est pas revenue sur sa dénonciation du travail à temps partiel, si elle rejette les « fausses solutions » de « partage du travail » (tout comme le PCF), elle a tout de même nettement tempéré son langage et se fait tort discrète sur les 35 heures. Antoinette a même réussi l’exploit dans un article consacré à la robotisation dans le textile, d’oublier purement et simplement cette revendication. Non, semble nous dire Antoinette, ce n’est pas de réduction du temps de travail qu’il faut parler mais de « rentabilité » : « C'est un peu dur pour nous, au départ, mais on conçoit la rentabilité de l’usine pour les hommes, pas pour le profit privé » (sic). Peu importe, en quelque sorte, que les travailleurs et les travailleuses fassent les frais de la rentabilité puisque celle-ci est pour leur bien.
La CFDT, elle, solidement installée sur son perchoir recentré, écrit carrément à Yvon Gattaz pour lui demander de permettre « le développement du travail à temps partiel » (et pourquoi pas demain du travail à domicile ?). Elle ne ferait ainsi que reprendre une revendication avant-gardiste des travailleuses qui seraient, selon elle, à la pointe du combat pour une autre manière de vivre et de travailler : « Les revendications des femmes en matière de temps... ne sont-elles pas annonciatrices de mutations concernant l’ensemble des salariés ? » Cette idée de femmes pionnières, bien accommodante quand on s’apprête à reculer, Yvette Roudy l’a également reprise à son compte, en novembre 1983, aux carrefours de l'emploi féminin : « Je préfère pour ma part réfléchir à la réduction du temps de travail pour tous, en acceptant peut-être d’envisager un statut de travailleur de 30 heures par semaine qui pourrait préfigurer une formule pour demain. Le gouvernement est en train de réfléchir à cette possibilité. »
Q O </) H H 0S d’appels incantatoires à la mobilisation des femmes.
« Un formidable défi pour les femmes ! »
« Les nouvelles technologies sont à la fois un formidable défi pour les femmes et un risque majeur d'exclu- uvelles technologies v sion du marché du travail spécialisé. C’est là une des batailles les plus importantes que nous avons à livrer. » (Yvette Roudy)
Soyons justes, et rendons grâce à Yvette Roudy, ainsi d’ailleurs qu’à Gisèle Moreau : elles n’ignorent pas les dangers qui guettent les travailleuses. On peut même dire qu’elles en ont pleinement conscience. Seulement voilà, lutter contre ces dangers implique de refuser toute gestion de la crise, implique une véritable rupture avec la politique actuelle du gouvernement. Et de cela, il n'est évidemment pas question. Il faut donc, en conséquence, s’appliquer à faire croire que tout discours différent de celui de « nos » réformistes ne peut être qu’un discours de primaire rejetant stupidement le progrès et s’opposant à l’introduction des nouvelles technologies. On se construit ainsi une autoroute... qui mène tout droit au bra-dage pur et simple des revendications des travailleuses. Et force est de constater que les reculs des organisations ouvrières dans la défense des travailleuses sont particulièrement impressionnants.
En effet, si la CGT n’est pas revenue sur sa dénonciation du travail à temps partiel, si elle rejette les « fausses solutions » de « partage du travail » (tout comme le PCF), elle a tout de même nettement tempéré son langage et se fait tort discrète sur les 35 heures. Antoinette a même réussi l’exploit dans un article consacré à la robotisation dans le textile, d’oublier purement et simplement cette revendication. Non, semble nous dire Antoinette , ce n'est pas de réduction du temps de travail qu’il faut parler mais de « rentabilité » : « C’est un peu dur pour nous, au départ, mais on conçoit la rentabilité de l’usine pour les hommes, pas pour le profit privé » (sic). Peu importe, en quelque sorte, que les travailleurs et les travailleuses fassent les frais de la rentabilité puisque celle-ci est pour leur bien.
La CFDT, elle, solidement installée sur son perchoir recentré, écrit carrément à Yvon Gattaz pour lui demander de permettre « le développement du travail à temps partiel » (et pourquoi pas demain du travail à domicile ?). Elle ne ferait ainsi que reprendre une revendication avant-gardiste des travailleuses qui seraient, selon elle, à la pointe du combat pour une autre manière de vivre et de travailler : « Les revendications des femmes en matière de temps... ne sont-elles pas annonciatrices de mutations concernant l’ensemble des salariés ? » Cette idée de femmes pionnières, bien accommodante quand on s’apprête à reculer, Yvette Roudy l’a également reprise à son compte, en novembre 1983, aux carrefours de l’emploi féminin : « Je préfère pour ma part réfléchir à la réduction du temps de travail pour tous, en acceptant peut-être d’envisager un statut de travailleur de 30 heures par semaine qui pourrait préfigurer une formule pour demain. Le gouvernement est en train de réfléchir à cette possibilité. »
Q O C/3 C/3
I
E
R
Extrait du monde. Le domaine de la bureautique...
La bureautique intègre des machines de conception ancienne, déjà utilisées dans le bureau pour imprimer, reproduire, miniaturiser, stocker et transmettre l’information textuelle (machines à écrire, photocopieurs, microcopieurs, classement, télécopieurs, télex). Mais les techniques de pointe qui leur ont été adjointes, développées initialement pour l’informatique, les télécommunications et l’optique (circuits intégrés, mémoires magnétiques, microprocesseurs, écrans de visualisation, imprimantes, câbles, stalli-tes, fibres optiques, lasers. . .) amplifient considérablement leur capacité d’action, et grâce à l’automatisation des tâches répétitives, procurent à l’utilisateur un indéniable confort.
Les systèmes de traitement de textes, les copieurs « intelligents », le courrier électronique, les imprimantes d’ordinateurs sur microfiches n'ont ainsi plus rien à voir avec les outils précédents. Nouvelles machines et nouveaux systèmes prolifèrent depuis cinq ou six ans, rejoignant d’ailleurs l'informatique : la similitude des techniques utilisées rend les frontières plus floues. Les microordinateurs effectuent de plus en plus du traitement de textes.
Tous ces matériels peuvent, le cas échéant, communiquer entre eux, et transmettre des informations par l’intermédiaire de réseaux locaux — s’ils sont limités à une entreprise — ou non. Lorsque les réseaux sont à large bande, ils peuvent transmettre, outre des textes, la voix et l’image, toutes ces informations étant numérisées, transformées en 0 et en 1 . Le terminal « intelligent » à écran relié à un réseau, sera l’interlocuteur courant du futur travailleur du bureau lorsqu'il aura besoin d'accéder à une information, de la transmettre ou de la mémoriser. (...)
Extrait d'un dossier du Monde du 24.09.82
Ce détournement des revendications et des luttes des femmes, ce travestissement de la réalité serait risible s’il ne tentait pas de camoufler •une acceptation de l’austérité qui ne peut qu’aggraver dangereusement la situation des travailleuses. Et si les nuances sont de taille entre la CGT et la CFDT, le PCF et le PS. . . le résultat politique est identique, tout ce beau monde étant d’accord pour faire au maximum un effort de discrétion sur la question femme. Une loi, quelques mesures, plates-formes et discours par ci par là, de nombreux appels à la prise de conscience des femmes quant à l'enjeu de cette « révolution industrielle » en cours, un accent mis sur la nécessité de se former (où, quand, comment ?) avec à la clef pas mal d’illusions véhiculées (les fameuses formations offertes aux femmes n’étant le plus souvent que de simples adaptations aux nouvelles machines)... et tout peut ronronner à nouveau.
Tant pis pour les femmes si elles n’ont pas su reprendre au bond la balle des Roudy et des Moreau et « s'emparer de ce combat ». On leur concédera encore quelques excuses paternalistes et on s’appliquera à rappeler que pour elles, plus que pour les hommes, la route est longue et dure. Liées par la « nécessaire conciliation » de leur vie domestique et de leur vie de travailleuse, dépositaires exclusives du feu sacré du foyer familial — comme on l’est, d'une marque, d’un produit — les femmes seront renvoyées à leurs chères casseroles et à leur situation d'acteurs de second rôle : « La majorité des femmes considère que la réussite de la vie familiale est pour elles une condition prioritaire de bonheur. Elles savent que c’est la source de l'équilibre de chacun. » (Gisèle Moreau)
En vérité, soucieuses de ne pas fausser la machine capitaliste, les organisations ouvrières réformistes sont plus empressées de discuter avec les patrons des investissements informatiques et de la politique industrielle à mettre en place que d'engager résolument la lutte pour que cette fameuse révolution technologique soit non pas une source de profits nouveaux pour les patrons mais une occasion supplémentaire de relancer la lutte des travailleuses pour une réduction massive du temps de travail, une reconnaissance des nouvelles qualifications acquises, un développement sans précédent des équipements collectifs, l’accès de toutes aux nouvelles technologies, l’amélioration des conditions de travail.
Nora
Bibliographie
Dans la collection « La découverte/Maspéro ». Trois courts ouvrages introduisent très bien aux problèmes techniques et sociaux qui découlent de l'informatisation :
• L'informatisation et l'emploi de Olivier Pastré ;
• La bureautique de Eric Verdier ;
• La robotique de Benjamin Coriat.
Ces trois ouvrages récents ont été édités en 1983.
Dans le n° 9 de la revue féministe Pénélope consacré à « femmes et techniques » et publié à l’automne 1983, plusieurs articles sont consacrés aux rapports des femmes aux nouvelles technologies.
Par ailleurs, plusieurs documents plus anciens restent d'actualité :
• Le Rapport Simon Nora/ Alain Mine, publié en 1978 par la Documentation française, pour connaître le point de vue technocratique. Collection Points Politique.
• Aux éditions du Seuil, dans la collection Points Politique, le premier ouvrage de critique militante réalisé par des travailleurs de la CFDT en 1977 : Les dégâts du progrès.
• Chez le même éditeur, publié en 1980 : Le tertiaire éclaté, toujours par la CFDT.
• Une brochure a été éditée par la CGT en 1981 sous le titre : Informatisation et conditions de travail dans l'assurance et la banque.
• Enfin, un numéro de Critique de l'économie politique a consacré plusieurs articles aux problèmes soulevés par les nouvelles technologies. Il s’agit du n° 12 de juillet-septembre 1980.