Les nouvelles technologies créatrices d'emplois, notamment pour les femmes ? Une étude réalisée par Georges Macé -sur « La décentralisation industrielle et l’emploi 1962-1982 » en Bretagne nous fournit quelques données concrètes intéressantes.
De 1954 à 1974, la décentralisation industrielle 2 en Bretagne va s’accompagner de créations d’emplois ; d’abord dans l’automobile : « L'industrie décentralisée c'est alors (1962), pour l’essentiel, la construction d’automobiles, avec les deux usines Citroën de Rennes et de Chartres-de-Bretagne (La Janais). En 1962, elles occupent 70 % de la main d'œuvre des établissements nouveaux. L’électronique n’est encore qu’embryonnaire avec moins de 200 salariés. Mais neuf ateliers de l’industrie de l’habillement font travailler déjà, 1 560 personnes. »3
Ce sont ces deux dernières industries à main d'œuvre majoritairement féminine qui se développent tout par-ticulièrement à partir de 1968 : « Entre 1968 et 1975, on assiste à une avancée exceptionnelle dans la fabrication de matériel électrique et électronique. Avec 13 300 salariés, elle se place, et pour quelques années encore, à son apogée. Elle devance désormais l’industrie automobile (1 1 600 salariés). Le textile et l’habillement font un nouveau gain : 27 établissements en 1975, avec le chiffre record de 5 174 personnes. »
A cette deuxième phase de développement correspond une féminisation de la main d’œuvre travaillant dans les établissements décentralisés : « ... en 1975 les établissements décentralisés retiennent un peu plus de femmes (50,5%) que d'hommes. Ils diffèrent de l’ensemble de l’industrie bretonne où les femmes en 1975, ne comptent que pour 34,4% dans l’effectif salarié- »
L’emploi féminin touché de plein fouet
Mais avec la crise et l’introduction de nouvelles technologies, l'emploi féminin est touché de plein fouet : « L’électronique et l’habillement ont dû affronter les plus grandes difficultés. Près de 1 000 emplois disparaissent dans l’électronique, avant tout dans les grands établissements fabriquant du matériel téléphonique. Ils traversent alors une période de reconversion en raison d'une mutation technologique. A la commutation électromécanique (crossbar) se substitue, désormais, dans l’équipement des nouveaux centraux téléphoniques, la commutation électronique qui exige beaucoup moins de main-d’œuvre. Quant à l'industrie de l’habillement, la crise frappe très durement : II ateliers sur 27 disparaissent et parmi les plus gros puisque les effectifs s’effondrent : 5 174 salariés en 1975, 2 152 en 1982.
Le travail féminin qui avait été jusqu’ici privilégié par les décentralisations subit seul les réductions d'effectifs lorsqu'elles se produisent. L’emploi masculin est au contraire épargné ; il progresse même entre 1975 et 1982. Conséquence de ce changement récent : les établissements décentralisés n'occupent plus, en 1982, que 23% des femmes salariées du secteur secondaire, contre 31 % en 1975. »
Dans une deuxième partie de son article, G. Macé étudie les conséquences de la décentralisation industrielle sur la structure des emplois en région bretonne ; les établissements décentralisés offrent beaucoup moins d’emplois de service : « Les usines nouvelles sont donc, avant tout, des unités de fabrication. » Deuxièmement « Ils occupent beaucoup plus d’ouvriers sans qualification (48,3 %) que d’ouvriers qualifiés (26,2 %). Dans les établissements non décentralisés la situation est inversée. » Dernière caractéristique, les usines décentralisées « ont créé à l’autre extrémité de l’échelle des qualifications, de très nombreux emplois de niveau supérieur. Ingénieurs, techniciens et personnel d’encadrement, dans la production, représentent 16,2% de l’ensemble des salariés. Or dans les établissements décentralisés, le taux n’est que de 7,6%. »
Les ouvrières sans qualification sacrifiées
Mais avec la crise, la structure des emplois se modifie au profit des postes les plus qualifiés et dans l’état actuel des rapports sociaux, des hommes. G. Macé décrit ainsi ce qui s’est passé dans le secteur de l’électronique : « Les usines de téléphonie, pour faire face aux bouleversements des technologies déjà évoqués, ont dû à la fois réduire leur personnel en se séparant massivement d'ouvrières sans qualification (celles qu'on appelait les OS) et augmenter le nombre des spécialistes de niveau de formation élevé en embauchant des ingénieurs et surtout des techniciens. Dans les établissements décentralisés de l’ électricité-électronique le nombre des ouvriers sans qualification passe, entre 1975 et 1981, de. 7 742 à 4 286 ; celui des ingénieurs et des techniciens, de 1 973 salariés à 2 956. »
Ne rêvons dons pas : lorsque le patronnât introduit de nouvelles technologies, c’est pour produire plus et plus vite avec un personnel plus réduit. Or les femmes comme les immigrés ayant fourni le gros des bataillons d’OS dans l’industrie, ont été, sont et seront pénalisées dans leur emploi. A moins que le développement des luttes ne modifie qualitativement le rapport des forces.
Synthèse réalisée par Josette Desbois
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Notes
- 1. Dans la revue Octant n° 16.
- 2. «... une implantation en province qui s’opère à partir d’un établissement de la région parisienne, avec ou sans transfert d’activité et de matériel ». Encadré A, dans Octant n° 16 p. 6
- 3. Toutes les citations sont tirées de l’article de Mr. Georges Macé.