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Les femmes travaillent de plus en plus, mais à quel prix...

· Cahiers du féminisme, n° 35, printemps 1986 · p. 7 · 828 mots

Quand on s’intéresse au travail des femmes, le premier élément de référence est le taux d’activité1. Celui-ci, malgré la crise, ne cesse d’augmenter. Si du point de vue des femmes c’est un fait positif, il ne faudrait pas oublier de regarder de plus près dans quelles conditions a lieu cette augmentation.

Le taux d’activité des femmes de vingt-cinq à quarante-neuf ans a continué d’augmenter entre mars 1984 et mars 1985 2. Il est passé de 58,3 % en 1975 à 70,8 % en 1985, soit plus d’un point par an en moyenne sur les dix dernières années.

Pour l’ensemble des femmes, ce taux reste stable (45,4 % en mars 1985) depuis trois ans. Cela est dû à une baisse du taux d’activité des plus jeunes et des plus âgées. Les études durent plus longtemps et les départs à la retraite se font plus tôt. Pour les moins de vingt-cinq ans, le taux de scolarisation progresse toujours, particulièrement chez les filles (de 43,7 % en 1975 à 52,6 % en 1985 pour les filles ; de 41,8 % à 48,8 % pour les garçons).

S’arrêter de travailler à la naissance des enfants devient plus rare qu’aupara-vant. Ce comportement relève d’une évolution notable du rapport des femmes au monde du travail.

La présence d’un enfant n’influe pas sur l’activité des femmes et c’est seulement à partir de trois enfants que l’activité diminue fortement.

Taux d’activité des femmes de 25 à 49 ans

Taux d'activité des femmes de 25 à 49 ans

Le temps partiel se développe...

Le développement du temps partiel est l’une des formes essentielles que prend l’augmentation de l’activité féminine. Le taux de temps partiel pour les femmes qui travaillent a progressé d’un point par an au cours des quatre dernières années.

Taux de temps partiel féminin

Taux de temps partiel féminin

Ce développement du temps partiel est dû à deux phénomènes : la transformation d’emplois à temps complet en temps partiel et la création d’emplois à temps partiel. Les entreprises y incitent de plus en plus (quand ce n’est pas une obligation). Cela se fait en général sans embauches.

Cette incitation trouve un écho limité mais réel chez un certain nombre de femmes qui jonglent entre les enfants, la maison, le travail. Ce phénomène peut être d’autant plus important qu’elles sont peu intéressées par leur travail et qu’il n’y a pas de perspectives de promotion pour elles. C’est le prétendu temps « choisi ».

Mais ce temps « choisi » devient de plus en plus rare, car les entreprises pratiquent des embauches à temps partiel. L’augmentation des emplois féminins du secteur privé 3 entre mars 1984 et mars 1985 est due pour moitié à des emplois à temps partiel. Parmi les femmes ayant un emploi depuis moins de trois ans, quasiment une sur trois travaille à temps partiel. On assiste donc à une accélération du phénomène, jusqu’alors cantonné au commerce et au secteur tertiaire. Aujourd’hui, tous les secteurs d’activité sont touchés, et en particulier l’industrie.

Parallèlement au développement du temps partiel, on assiste à une remontée des emplois précaires. L’augmentation du nombre de contrats à durée déterminée est de 23 % de mars 1984 à mars 1985, alors que ce type d’emplois était en régression depuis plusieurs années. Cette augmentation est plus forte chez les hommes que chez les femmes (126 000 à 175 000 pour les hommes, 130 000 à 136 000 pour les femmes) mais il est à noter que les femmes sont largement touchées aussi par la précarité de statut.

Le taux de chômage continue de croître. Il est de 12,6 % pour les femmes et de 8,5 % pour les hommes. Chez les femmes de moins de vingt-cinq ans, il atteint 30,5 % (24,5 % chez les hommes du même âge). L’insertion ou la réinsertion des jeunes femmes dans le monde du travail se fait de plus en plus difficilement.

Et le chômage aussi

La proportion de chômeurs qui, à défaut d’un emploi à temps plein accepteraient de travailler à temps partiel, est en forte progression. En trois ans, cette catégorie est passée chez les femmes de 32,9 % à 50,3 % (19,1 % à 39,3 % chez les hommes) alors que la demande « ferme » d’emplois à temps partiel, émanant surtout de femmes, reste stable durant la même période (de 14 % à 15 %). Le temps partiel est donc plus accepté à défaut de temps plein que positivement réclamé par les sans-emploi.

L’augmentation du taux d’activité des femmes, malgré la crise, montre qu’elles sont de plus en plus nombreuses à vouloir travailler et que ce droit sera difficile à remettre en cause. Mais cette augmentation se fait aussi au prix d’une précarisation importante (temps partiel, intérim, chômage). L’extension de la flexibilité ne fera que renforcer ce phénomène.

Face à la dégradation de la situation actuelle, il ne suffit plus de se battre pour le droit au travail des femmes, mais il faut exiger en même temps le droit au temps complet et à un statut non précaire.

Sabine Jersey et Françoise Vial

Notes

  1. 1. Taux d’activité par rapport à l’ensemble des femmes. C’est la proportion de celles qui occupent un emploi ou en recherchent un.
  2. 2. Les données chiffrées de cet article proviennent de Economie et statistiques, revue de l’INSEE, numéro de décembre 1985 : «Emploi et chômage en mars 1985 », et de l’enquête emploi 1985.
  3. 3. Ne sont donc pas comptés tous les stages type TUC.

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