La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Editorial

Mars 1986 : avant le 16, le 8 !

Cahiers du féminisme, n° 35, printemps 1986 · p. 3 · 432 mots

Je ne sais pas si vous êtes comme moi. Je frise la crise d’identité. Pourtant, dans les campagnes électorales précédentes, je m’épanouissais. Je devenais enfin, fugacement mais sûrement, cette catégorie répertoriée, qu’on appelle cible électorale. Souvenez-vous en 1974, Giscard (cela ne nous rajeunit pas), qui regardait la Française moderne au fond des yeux et lui promettait le divorce rapide et même un ministre rien que pour elle. Et Mitterrand, en 1 98 1 , dans son show avec Halimi, qui brassait les chiffres des crèches à construire avec le temps partiel à réduire. Sans parler de la répétition générale de 1978.

Aujourd’hui, rien. Femme rime avec ectoplasme. Je ne rate pourtant aucun « Face à face », aucune « Heure de vérité », aucun « Parlons France ». Sitôt que ça s’arrête sur une chaîne, je saute sur l’autre. Mais rien. Fabius, l’œil fixé sur la ligne du taux d’inflation le-plus-bas-depuis-dix-huit-ans, ne m’accorde pas un regard. Marchais a oublié les travailleuses manuelles et intellectuelles entre deux valises. Barre ne cause que de microcosme, et Chirac ne parle que de Barre. Il y a bien Le Pen qui glapit sur la mère de famille française, mais là, je ferme le poste.

Remarquez, quand je dis rien, j’exagère. Evidemment, sur les affiches on ne voit pas de tête, mais le ventre, personne ne peut le rater. « La France aime les bébés », et la cohabitation s’annonce sous l’égide de la famille, de la patrie, (pour le travail, c’est dur), et des couches-culottes. Alors, le 16 mars, le pire est sans doute le retour des excités du libéralisme et de la vieille droite réactionnaire qui trottine derrière. Mais, on peut aussi faire mieux, dans certains départements ou régions, que de voter pour la bonne vieille gauche traditionnelle dont on connaît le goût prononcé pour satisfaire les aspirations de ses électeurs(trices). Voter pour les listes alternatives ou pour celles de la LCR est un moyen de faire entendre une autre logique politique. On peut aussi, on doit aussi affirmer que le féminisme, c’est plus que jamais le refus d’être une main-d’œuvre flexible, un instrument à repeupler la France.

La Rencontre des lieux de femmes de décembre (voir l’article dans ce numéro) a montré que ses courants pouvaient agir, débattre et trouver ensemble des points d’accord. Le 8 mars dans la rue à Paris, dans des initiatives-débats en province (comme à Lyon, Strasbourg, Marseille...) les féministes auront l’occasion d’affirmer que, quel que soit le gouvernement né du 16 mars, elles se battront autour des thèmes de l’emploi, de la disposition de leur corps et du racisme.

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