La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

A Paris, une crèche modèle, mais pas sans problème

· Cahiers du féminisme, n° 4, mai 1978 · p. 24 · 794 mots

La crèche de la rue Fonck, Paris XIX*, se trouve sur une île. Mais, au lieu de l’air iodé de la mer, ce sont les rejets des pots d’échappement que les enfants respirent à longueur d’année. En forme de triangle, la crèche est délimitée sur deux côtés par deux rues, dont une à circulation intense. Le troisième côté est constitué par la bretelle des Lilas du périphérique. Situation très favorable pour la santé des enfants comme de n’importe quel être humain.

C’est d’ailleurs parce qu’ils se sont aperçus que ce terrain était invendable que les pouvoirs publics ont décidé de construire ici cette crèche. Dans la situation actuelle de pénurie les parents ne peuvent pas se permettre d’être regardants...

La porte vitrée passée, cette crèche ressemble à beaucoup d’autres : murs peints de multiples couleurs attrayantes, miniaturisation de l’ameublement et de tous les objets usuels.

Pourtant, une différence : l’âge de certains enfants est élevé pour une crèche. Christian, un parent d’enfants explique : « Ce n ’est pas seulement une crèche, mais aussi un jardin d’enfants jusqu’à 4 ans, 4 ans et demi. »

Sympathique, cette crèche l’est à plus d’un titre. Les parents n’apportent ou n’emportent pas leurs enfants comme des colis. Us discutent avec le personnel et peuvent même passer une demi voire une journée à la crèche. Evidemment, les contraintes profes-sionnelles des parents limitent pas mal cette possibilité... Les jardinières d’enfants animent toute une série d’activités « psychomotrices et sensorielles », mots bien barbares pour qualifier les jeux auxquels les enfants se livrent volontiers. L’idée générale étant « liberté et autonomie », les enfants du jardin sont totalement libres d’aller d’une zone d’activité à l’autre : de la zone de « dépense physique » où, se trouvent les ballons, les vélos, toboggans, etc., à la zone « éducative » (jeux de construction, livres), en passant par la zone « création » (peinture, découpages, modelages). Ce qui n’exclut pas les regroupements par équipe avec la puéricultrice, pour se raconter des histoires ou pratiquer des activités en commun. Les enfants sont aussi ravis de prendre en charge la vie quotidienne, débarrasser la table, faire les lits, etc.

Tout n’est pourtant pas rose dans cette crèche modèle.

« D’abord, explique Christian, on retrouve le problème des crédits : les seuls qui puissent être dépassés sans limite par la directrice, ce sont les crédits alloués pour la nourriture. L’enveloppe pour le matériel est dérisoire, quant aux crédits de fonctionnement (stylos, papier, peinture, etc). Ils doivent s’élever royalement à 600 F par an ! Il faut préciser que le montant des crédits est fonction du taux de fréquentation de la crèche, ce qui a pour but de pousser les directrices à la surpopulation et rejoint la circulaire Veil : « Le nombre des inscrits doit être légèrement supérieur à la capacité de la crèche afin de tenir compte de l’absentéisme des enfants... » Et puis, il y a aussi les problèmes liés à la circulaire Veil. « Mais, dit Christian, jusqu’à maintenant, les deux directrices — celle du jardin d’enfants et celle de la crèche — ont refusé de l’appliquer. Elles n’ont jamais obligé les parents à payer d’avance et elles ont déclaré que ce n’était pas leur rôle de réclamer des justifications d’absence ou le paiement mensuel. Pour l'instant, elles ont les crédits pour la fourniture des vêtements de crèche dont la suppression était prévue par la circulaire. C’est d’ailleurs pratiquement la seule chose qui a été obtenue lors de l’intrevue de l’association parisienne avec Lafay. »

L’association des parents de la rue Fonck participe évidemment à l’association parisienne des parents de crèches et se bat localement pour obtenir un rideau végétal le long du périphérique : « cela limitera au moins la poussière qui tombe dans les jardins ». « Mais, dit Christian, à côté de l’aspect revendicatif, nous voulons intégrer d’autres activités. Par exemple, nous faisons fonctionner une bourse d’échange de vêtements .-les parents apportent les vêtements qui ne vont plus à leurs enfants et, à date fixe, contre un franc symbolique qui sert à alimenter les caisses de l’association, les parents prennent les vêtements qui leur conviennent. Nous organisons aussi des sorties, comme par exemple une visite à l’exposition « la ville et l’enfant ».

« Nous avons collecté du matériel pour une femme dont le logement avait brûlé. Et nous mettons sur pieds des commissions comme la commission marionnettes. A Noël, nous avons fait une séance d’animation musicale avec des gamelles, des chochettes et des dessins animés. Evidemment, nous travaillons de concert avec le personnel et avec les enfants. Pour nous, la crèche, cest un moyen d’épanouissement de l’enfant et non, comme le voudrait le gouvernement un moyen de s’en débarasser pour que l’adulte soit plus productif. »

Simone Hameiin

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