La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

UGFF-CGT : L’entourloupe

· Cahiers du féminisme, n° 48, printemps 1989 · p. 21 · 616 mots

Au congrès de l’ünion générale des fédérations de fonctionnaires (l’üGFF regroupe l’ensemble des fédérations à l’exception des PTT et des enseignants) qui s ’ est tenu il y a quelques semaines, les commissions femmes syndicales ont été déclarées obsolètes.

Suivant le texte d’orientation, « les collectifs “femmes” ne correspondent plus aux réalités d’aujourd’hui. Il y a plus de différences entre une femme attachée d’intendance et une femme agent de service ou une femme ingénieur des TPE et une commise de DDE, qu’entre un homme et une femme de même corps et catégorie. » « De plus, les femmes dans notre secteur les rejettent comme des éléments perpétuant plus leur extériorité globale du syndicat que comme des éléments permettant la prise en charge de leurs problèmes. »

L’entourloupe est de taille. L’UGFF met en avant la féminisation de la fonction publique (phénomène d’ailleurs pas si nouveau que cela) pour ne retenir que le nombre de femmes dans ce secteur, en déduire l’égalité des hommes et des femmes et faire l’impasse sur la place des femmes dans l’échelle hiérarchique.

L’impasse sur la réalité

Et pourtant la répartition des femmes et des hommes dans les différentes catégories est éloquente. Au ministère des Finances, par exemple, où le taux global de féminisation est de 60 %, il passe à 75 % en catégorie C (dite d’« éxécu-tion »), mais se réduit à 22,5 % en catégorie A. Et plus on monte dans la haute hiérarchie, plus le nombre de femmes s’amenuise : à la direction générale des Impôts sur 104 chefs des services fiscaux, on trouve 102 hommes... et deux femmes !

L’UGFF minimise donc le fait que le plus grand nombre des femmes dans les ministères est toujours cantonné dans les catégories d’exécution, avec les plus petits salaires et les tâches les moins intéressantes. Elle n’entend considérer que l’égalité de droit au niveau de chaque catégorie (un commis=une commise, un attaché= une attachée) sans vouloir connaître les discriminations parfois insidieuses mais toujours présentes au quotidien : paternalisme à l’égard de toutes et tout particulièrement des secrétaires, tendance à leur utilisation pour des tâches bien « féminines », obligation pour les femmes de toujours prouver leur compétence, impossibilité pour les mères d’enfants en bas âge d’accepter certaines fonctions pour des raisons d’horaires ou d’éloignement, refus de maintien de poste à l’issue d’un congé de maternité, etc.

En gommant tous les aspects spécifiques de la situation des femmes, l’UGFF peut logiquement conclure que des collectifs femmes conduiraient à la marginalisation : s’il n’y a pas de problèmes à débattre dans les collectifs, ils n’ont plus de raisons d’être !

La position de l’UGFF peut être lourde de conséquences. Elle conduit à la relativisation de revendications essentielles pour les femmes telles que la possibilité de préparer des concours sur le temps de travail, la semaine de trente-cinq heures, des équipements collectifs adaptés. En laissant les femmes faire face individuellement à leurs difficultés, elle les détourne de l’action collective — comment se tourner vers un syndicat si éloigné de la situation concrète des femmes ?

L’histoire des quinze dernières années nous a appris que c’étaient les collectifs de syndiqués qui avaient permis d’impulser à l’intérieur des syndicats — que ce soit la CGT ou la CFDT — la prise en compte de la situation des femmes salariées dans la société, au travail... et dans les organisations elles-mêmes. Le nouveau cours de l’UGFF ne pourra être détourné que par les femmes, syndiquées et non syndiquées. Mais les orientations de ce secteur de la CGT, marquées depuis plusieurs années par le sectarisme, des actions minorisantes, le repli sur quelques slogans et la langue de bois, ne rendent pas la tâche facile...

Mathilde Le Breton

Antoinette

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