Nous regrettions, dans notre article du n° 45, qu'un seul volume de Dorothy Parker soit disponible en français 1 . Avec Comme une valse 2, voilà l'injustice réparée. En effet, ce volume contient le solde des nouvelles de cette grande méconnue de la « génération perdue » américaine, plus quatre de ses articles, échantillon des diverses cordes de son arc de journaliste, dont le très beau « portrait » de l'Espagne révolutionnaire sous les bombes franquistes, qui sait restituer la noble dignité de son peuple en même temps que l'atmosphère du pays et de l'époque. Si certaines des nouvelles sont plus faibles que celles du premier volume, la plupart sont des petits chefs-d'œuvre, jouant avec maîtrise de tous les modes de narration -soliloque, dialogue, discours intérieur, « behaviorisme » -pour rendre toutes les facettes de la vie féminine, à tous les niveaux sociaux, à la fois avec une ironie qui peut aller jusqu'à la férocité, et une tendresse glissant parfois jusqu'au désespoir. Significativement, la première nouvelle du recueil -choix de l'auteur ou de l'éditeur ? -est sous le signe de La Rochefoucauld. Dorothy Parker a bien sa lucidité de pessimisme triste. Elle est vraiment un grand classique des lettres féminines, donc féministes.
Michel Lequenne
1. La Vie à deux, 10/18.
2. Comme une valse, Julliard, collection Parages, 90 F.
Notes
- 1. La Vie à deux, 10/18.
- 2. Comme une valse, Julliard, collection Parages, 90 F.