La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Une lutte de longue haleine

· Cahiers du féminisme, n° 55, hiver 1990 · p. 8-9 · 1 112 mots

Violences contre les femmes

CINE LUTTE DE LONGUE HALEINE

Depuis peu, V opinion et les pouvoirs publics ont reconnu la gravité et le caractère inacceptable des violences multiples subies par les femmes. Un indice révélateur, malgré les réserves d'usage vis-à-vis de ce type d'indicateur : le sondage publié dans le Nouvel Observateur du 6 décembre 1990, dans lequel 65 % des femmes interrogées se disent prêtes à mener des actions collectives contre le viol et en défense des femmes battues.

Après les grandes luttes féministes des années soixante-dix contre le viol, il a fallu attendre de nombreuses années pour que les questions du viol par inceste, des violences conjugales et des enfants maltraités, du harcèlement sexuel au travail soient au centre d’émissions télévisées grand public comme les « Dossiers de l’écran » en 1986, « Ciel mon mardi » ou « Médiations » en 1989. Ces émissions, relayées par les magazines féminins et la grande presse quotidienne, ont joué un rôle de sensibilisation non négligeable. La sortie du film Promotion canapé, quelles que soient les nombreuses critiques que nous puissions lui porter, a contribué à faire connaître la réalité du droit de cuissage dans les entreprises.

La lutte des associations

Tout cela est avant tout le résultat de l’action persévérante des associations militantes qui, pendant des années, ont mené avec obstination sur le terrain, dans des conditions souvent très précaires, un travail non spectaculaire mais irremplaçable auprès de milliers de femmes. Ce sont souvent ces associations qui ont permis aux femmes victimes de violences de trouver un accueil, une écoute et une solidarité qu’elles n’avaient pas rencontrés auprès des institutions traditionnelles (une certaine psychiatrie, la police, divers services sociaux, etc., souvent mal informés ou tout simplement complices). C’est en mars 1986 que le Collectif féministe contre le viol, à Paris, a mis en place, sa permanence téléphonique ; d’autres collectifs ont fait de même en province. Plus tard, en 1988, le cÔN�otif parisien a produit un film vidéo, Y Inceste, la conspiration de�opeUl�s bouchées, composé de témdtgv�és d’une grande force et d’une grande pudeur JDans son domaine, l’Association contre les violences faites aux

- » -8 - femmes au travail (AVFT) a soutenu de nombreuses femmes isolées sur leur entreprise, comme nous le rappellent les animatrices de cette association dans l’interview qu’elles nous ont accordée De leur côté, les différents SOS et collectifs regroupés au sein de la Fédération nationale Solidarité-femmes s’efforcent d’apporter des solutions d’urgence aux femmes battues et de mettre sui pied des projets à plus long terme, comme or pourra le constater dans le reportage consacré à h Maison des femmes de Cergy-Saint-Christophe

Plus récemment se sont ouverts des centres d’accueil pour hommes violents. Ceci est aussi h résultat indirect de l’action du mouvement féministe, même si les animateurs de ces centres ne font pas tous la même analyse des causes de cette violence, certains traitant de manière identique agresseurs et victimes, d’autres mettant clairement en cause les rapports de domination hommes/femmes, comme le font les animateurs di centre de Lyon que nous avons rencontrés.

Les pouvoirs publics interpellés

Depuis, les pouvoirs publics ont été contraint! de s'impliquer eux aussi dans la lutte contre le: violences : numéro d’appel téléphonique gratuit i destination des enfants maltraités, campagne d< sensibilisation dans les écoles à l’aide du filn québécois Mon corps est mon corps, spots publi citaires (plutôt sibyllins) contre les violence: conjugales et, en novembre dernier, l’organisa tion d’Assises nationales par le secrétariat d’Eta aux Droits des femmes. A cette occasion, a ét< rendu public un projet de réforme du Code pénal inscrivant dans la loi la reconnaissance des vio lences conjugales comme un délit et prévoyan l ’aggravation des peines. Ce projet vient s’ajoute: à deux modifications déjà effectives : depuisjuille 1989, la loi autorise les femmes victimes d’in ceste dans leur enfance à porter plainte contre leur agresseur jusqu'à dix ans après leur majorité, donc jusqu’à vingt-huit ans ; en juillet 1990, les associations militant contre les violences depuis au moins cinq ans ont obtenu le droit de se constituer partie civile. Enfin Michèle André a annoncé un projet de loi contre le harcèment sexuel, dont le contenu n’est pas encore connu.

D’ores et déjà la justice a enregistré ce nouveau rapport de forces en condamnant pour la première fois, à Lyon, en septembre 1 990, un mari pour viol conjugal. Les magistrats de la cour de cassation de Lyon ont ainsi déclaré que « la volonté des époux de mettre en commun et de partager tout ce qui a trait à la pudeur n ’autorise nullement l ’un d ’entre eux à imposer à l’autre par violence un acte sexuel s ’il n ’y consent et [que] notamment doit être respectée la liberté sexuelle de la femme mariée ».

(Illustration tirée de la Parole métèque (Québec), été 1990)

Des solutions complexes

Malheureusement il ne suffit pas d’ouvrir quelques centres d’accueil ni d’apporter quelques modifications au Code pénal ou au Code du travail pour remettre en cause fondamentalement cette violence exercée par les hommes à l’encontre des femmes et des enfants. Celle-ci est profondément ancrée dans les rapports d’exploitation et d’humiliation au travail ainsi que dans les rapports de domination hommes/femmes qui structurent toute la société, comme l’a rappelé Françoise Collin lors de son intervention aux Assises nationales de novembre dernier (cf page suivante). En conséquence, l’objectif ne peut être seulement de neutraliser la violence physique ; il s'agit aussi de mettre en cause les mécanismes, conscients et inconscients, qui préparent les hommes à affirmer leur autorité sur les femmes, par les pressions morales, le chantage affectif, la force, etc., et préparent les femmes à subir cette sujétion par l'esprit de sacrifice et de dévouement qu'on leur inculque dès l’enfance. Ceci implique, dans l’immédiat, une politique de l’emploi et du logement qui respecte le droit à l’autonomie des femmes, à l’évidence en contradiction avec la précarisation actuelle de l’emploi, la spéculation immobilière et l’exclusion raciste. Au-delà, cela suppose un bouleversement radical des rapports sociaux, inconcevable sans l’action consciente d’un mouvement féministe.

Anne-Marie Granger et Josette Trat

r

Pour joindre les associations citées

A

AVFT : 71, rue Saint-Jacques, 75005 Paris, tel. : 46 28 74 08.

Collectif féministe contre le viol : c/o MFPF, 4, square Saint-lrénée, 75011 Paris. Permanence Viols -femmes -information, tél. : 05 05 95 95 (numéro vert -appel gratuit). Fédération nationale Solidarité-femmes : 14, rue Mendelssohn, 75020 Paris, tél. : 43 48 20 40. Maison des femmes : 31, rue du Cheminde fer, 95800 Cergy-Saint-Christophe, tél. : 30 73 51 52. RIME : Recherches et interventions masculines, 21, rue Belfort, 69004 Lyon, tél. : 72 00 81 00 V�cette association anime le centre d'accueil pour hommes violents de Lyon).

Notes

  1. (Illustration tirée de la Parole métèque (Québec), été 1990)

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