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Solidarité ex-Yougoslavie

De retour de Croatie et Slovénie

· Cahiers du féminisme, n° 66, automne 1993 · p. 28-31 · 4 093 mots

Entretien avec Sonia Lokhar, Sura Dumaric.

Sura Dumaric est croate, journaliste, militante féministe et pacifiste. Elle est membre du Mouvement de la paix Suncokret et de l’Atelier pacifiste des femmes à Rijeka.

Jacqueline, militante féministe et syndicaliste, est allée cet été en ex-Yougoslavie. Elle raconte :

« Pour moi, la guerre en ex-Yougoslaoie est un choc permanent. J'ai du mal à imaginer comment des gens qui se sont côtoyés pendant des décennies en sont arrivés à se haïr, à perpétrer des massacres, des viols, alors même que la Yougoslavie était un état fédéral et qu'il existait dans la Constitution des garanties très fortes pour les minorités nationales. Syndicaliste, j'étais d'autant plus intéressée que la Yougoslavie avait opté pour l’autogestion, même s’il ne s’agissait pas d’une véritable autogestion. L’ex-Yougoslavie, ce sont aujourd’hui des républiques indépendantes dont la situation politique et sociale est très diversifiée et je voulais savoir s’il existait encore un mouvement social, des organisations syndicales indépendantes, si les militants se battaient contre la guerre et comment ? La décision d’un tel voyage n’était cependant pas évidente. Ce qui m’a décidée, c’est que je connaissais des gens à Ljubljana, Rijeka et que j’avais des adresses à Belgrade, Split, Zagreb, Dubrovnik. En définitive, je n’ai pu me rendre qu’en Slovénie et en Croatie.

J’y ai rencontré des syndicalistes (notamment le président de syndicats libres de Slovénie), des militants et militantes politiques, pacifistes, féministes qui luttent malgré les dangers et rêvent d’une société qui respecte « la fraternité, l'égalité, la liberté, la tolérance, la connivence ». Tous voulaient témoigner, expliquer, débattre pour que la situation dans l’ex-Yougoslavie soit mieux connue et pour, espèrent-ils, qu’une solidarité active se développe en France. »

♦ Peux-tu présenter ton organisation ?

Sura Dumaric -Nous sommes un groupe pour la paix et contre la violence, crée en 1991 contre la guerre en Slovénie. Nous avons collecté 15 000 signatures contre la guerre en sept jours à Rijeka, on a fait la même chose dans de nombreuses villes en Yougoslavie. Mais il y avait en Croatie des groupes sociaux, les militaires, l'oligarchie politique, qui voulaient la guerre. Nous avons mobilisé contre la guerre, mais c’était visiblement trop tard !

Notre groupe comprend cent membres à Rijeka : des citoyens croates, des Croates de Bosnie et des Musulmans. Il existe un autre mouvement à Split et à Zagreb. En Istrie, c’est l'« Alliance démocratique d’ Istrie » qui unit les initiatives pacifistes, féministes, etc.

♦ Pourquoi un mouvement pacifiste ? Pouvez-vous agir ouvertement ?

S. D. -Il devient très difficile d’être pacifiste. Ce n’est pas acceptable par le pouvoir politique parce que, nous dit-on, la Croatie est la victime de la guerre. C’est vrai, mais ce n’est pas toute la vérité. Le pouvoir utilise les médias qui nous attaquent, nous calomnient, nous désignent comme ennemis, nous appellent « tchekniks ». C’est la même politique qui a été menée à Belgrade contre les pacifistes.

Notre nom complet est « Mouvement pacifiste et humanitaire Tournesol ». Ce n’est pas un camouflage, nous pensons quon ne peut pas agir ouvertement politiquement parce que la politique est fondée principalement sur le nationalisme qui finit en cannibalisme. Par contre on peut le faire sur le plan humanitaire, culturel, pacifiste. C’est l’unique moyen pour survivre. Il y a des idées, des mots dangereux : personne ne dit jamais qu’il est Yougoslave, c’est dangereux. Il est dangereux de contacter ouvertement les autres forces en Serbie, en Bosnie. Nous ne faisons pas de publicité ; les médias ne sont plus que des rouages de la politique du gouvernement et font rapologie du nationalisme, du religieux, etc.

♦ Que penses-tu de la situation en Croatie ?

S. D. -La démocratie est inexistante, nous vivons dans le fascisme. Le fascisme ne contrôle pas tout, mais il existe une manipulation énorme des valeurs. Ce fascisme est plus dangereux que pendant la guerre où nous avons pu faire un front uni. Aujourd'hui, ce n’est pas facile parce qu’avec l’aide des médias, il detniit cnaque iour nos valeurs : fraternité, égalité, liberté, tolérance, etc. Chaque jour, c’est une destruction terrible.

♦ Tu appelles l’ancien gouvernement fasciste également ?

S. D. -Les méthodes sont les mêmes. Aucun membre du parti n’adhère aux mouvements pacifistes. Seuls les anciens partisans sont avec nous. La nomenklatura a choisi la guerre pour consolider ses privilèges, ce qui n’est pas le cas en Slovénie.

En Croatie, en Serbie, les dirigeants de l’ancien parti communiste sont tous nationalistes, et quelques-uns fascistes. Il s’agit de la continuité du pouvoir par la violence ouverte. Ils ont invite des fascistes de la Deuxième guerre mondiale qui avaient quitté la Yougoslavie et évité la prison à la Libération. Maintenant, ils sont revenus, ils siègent dans les organes d’Etat. Ils forment un lobby aux Nations Unies, aux USA, etc.

+ Quels problèmes posent les réfugiés ?

S. D. -Les réfugiés sont une catégorie

Rolitique, pas une catégorie humaine. s sont utilisés dans les relations avec Sarajevo pour faire pression sur le gouvernement bosniaque et à F extérieur comme faire-valoir de la politique « humanitaire » du gouvernement croate.

Il existe deux groupes de réfugiés de Bosnie : les réfugies croates et les réfugiés bosniaques. Le gouvernement les sépare soigneusement et pratique la discrimination. Les réfugiés musulmans n’ont pas une scolarité normale, pas d’assistance sanitaire. Beaucoup de droits garantis par la déclaration d’Helsinki ne leur sont pas reconnus. Autrefois, tous ces gens étaient citoyens de l’Etat yougoslave. Maintenant, ils sont dégradés de citoyens en réfugiés, puis en réfugiés de deuxième catégorie.

Les Croates réfugiés de Bosnie sont, eux, citoyens. Mais ils sont parqués dans les hôtels. Ils ont le droit au travail, mais pas les Bosniaques. Les enfants croates vont dans les écoles croates. Mais on pratique une discrimination entre les enfants : les enfants catholiques sont acceptés, pas les musulmans. Ce fut un choc pour nous comme pour les Bosniaques. Nous avions, en effet, toujours eu le droit d’aller ensemble à l’école, de travailler ensemble, etc.

Nous avons organisé trois écoles à Rijeka pour les enfants. Nous avons des équipes qui visitent les écoles pour convaincre les directeurs d’accepter les enfants. Dès janvier, la majeure partie des enfants bosniaques ont été admis dans les écoles. Mais tous les jours, des femmes, isolées, viennent nous voir pour nous dire que leurs enfants ne vont pas à l’école.

La position des Musulmans est encore plus difficile depuis la reprise des combats entre Croates et Musulmans. Ils veulent aller en Europe mais les frontières sont fermées. L�ambas-sade bosniaque à Zagreb envoie donc les gens au Pakistan et même au Japon. Les gens refusent, mais il n’y a pas d’autre possibilité.

L’idéologie religieuse était inconnue chez nous. Jusqu’à ce qu’il y ait des attaques à propos de la religion, nous ne pouvions croire que cela pouvait exister.

La guerre camoufle aussi un processus de mutation sociale très grave : les couches moyennes perdent leur position et les couches ouvrières perdent tout, le droit de vivre, le droit au logement...

♦ Combien y a-t-il de réfugiés en Croatie ?

S. D. -Il y a quatre millions d’habitants en Croatie et deux cent mille réfugiés. A Rijeka, nous avons deux nulle réfugiés bosniaques en camp et dix-huit mille en famille. Ceux qui sont en famille paient tout : leur appartement, leur nourriture. Ils ont apporté leurs économies. En Croatie, on nous dit que nous supportons les frais d’entretien des réfugiés, mais l’ex-Yougoslavie reçoit chaque jour un million de dollars pour les réfugiés et la Croatie en touche quatre cent mille. De plus l’ONU paie récole, l’assistance sanitaire et d’autres choses encore. Les gouvernements européens, la CEE, la Croix Rouge, les organisations humanitaires donnent également beaucoup d’argent. Mais le président croate affirme toujours que la Croatie supporte seule le poids des réfugiés bosniaques. C’est faux !

En fait nous pensons que l’Etat croate reçoit cet argent et qu’il lui sert à faire la guerre. C’est absurde, mais c’est vrai.

♦ Quelle est la situation des femmes dans ce contexte ?

S. D. -La situation est naturellement plus grave pour les femmes parce qu’elles travaillaient principalement dans le tourisme et le tertiaire qui n’existent quasiment plus.

Il y a également un projet de remise en cause des acquis : le droit à la contraception, à l’avortement, le droit au travail.

Culturellement et politiquement, les femmes en ex-Yougoslavie existent comme sujet politique, alors que les hommes n’existent plus en tant que force politique, ils n’existent plus que biologiquement.

Avec un petit groupe à Rijeka, nous avons mis en place un projet d’autoorganisation des femmes. Nous allons creer une maison pour les femmes avec l’aide d’Italiennes de Milan. Tous nos projets sont mixtes : italiennes, croates, serbes, bosniaques, toutes les femmes, nous sommes toutes ensemble.

Ce projet est conçu comme un modèle qui pourra être exporté en Croatie et en Bosnie aussi. Nous allons réaliser la maison vue en rêve par les femmes attaquées, violées, battues. Chaque femme pourra rencontrer des avocates, des psychiatres. Nous allons faire un atelier où des femmes au chômage pourront travailler.

♦ Peux-tu revenir sur l’avortement et la réaction des femmes ?

S. D. -Quand le projet a été connu, nous avons fait une contre-manifestation et des appels dans les médias. Cela a été suffisant pour faire reculer le gouvernement.

En fait le gouvernement a édicté une loi selon laquelle une femme peut avorter à condition de payer. Mais ça ne fait rien, nous faisons des collectes, ce n’est pas le problème. Mais il faut que l'avortement reste légalisé.

♦ Y a-t-il eu des manifestations dans la rue ?

S. D. -Non, des meetings. Dans la rue c’est trop dangereux, il y a beaucoup d’extrémistes qui attaquent les gens. À Rijeka, deux ou trois cents femmes ont participé au meeting. Mais également dans ds autres villes. Les féministes ont fait des discours très courageux et ont

Sonia LOKHAR est Slovène. Militante féministe, pacifiste, ex-députée de la Ligue communiste yougoslave, elle est actuellement vice-présidente du parti » Liste unie », troisième parti de Slovénie (14 % des voix aux élections). La Liste unie est un regroupement de partis dont la majorité est issue de l’ex-Ligue communiste Slovène et qui comprend : le Parti des travailleurs, l’ancienne Union social-démocrate, quelques membres venus du Parti socialiste et le Parti des pensionnaires, c’est-à-dire les retraités. Elle a pris une part importante dans la lutte contre la remise en cause du droit à l’avortement et des droits sociaux, et contre la suppression des droits des travailleurs dans les entreprises.

été attaquées dans les médias. Le gouvernement a reculé tout de suite.

♦ Que pense le peuple croate de la situation depuis la déclaration d’indépendance ?

S. D. -Il existait un mouvement contre le stalinisme. Le référendum était formulé pour l’indépendance, mais les gens comprenaient cela comme quelque chose contre l’Etat stalinien. Ils ont été manipulés parce qu’en même temps que le référendum, ont été organisées des attaques de villages croates en Slavonie, des provocations des gouvernements serbes et croates. Ceux-ci collaborent depuis toujours et ils le font encore pour continuer la guerre et la violence. Parce que sans la violence, sans la guerre, ils ne pourraient pas diriger, gouverner.

Les Croates ont voté pour l’indépendance, mais quel est le contenu de ce mot ? Le gouvernement a répondu : un Etat avec son armée, sa police, etc. Alors que les citoyens pensaient à la liberté, à l’émancipation des structures étatiques.

Lors des dernières élections régionales, le gouvernement a perdu des grandes villes, Rijeka, Pula, Split, etc., ainsi que de nombreuses regions : l'Istrie, la Dalmatie. Il conserve uniquement Zagreb et sa région. A chaque élection nationale, Tudjman gagne. Mais aux élections régionales, il perd au profit de partis qui ne sont pas tous de gauche, mais dont le point commun est d’être contre Tudiman. C’est clair, il y a une manipulation électorale. Je ne sais pas où ni comment, mais c’est évident. Ce sont les mêmes gens qui votent ! Les élections nationales ont eu lieu en septembre et les régionales en novembre, presque en même temps !

♦ Y a-t-il encore un mouvement syndical ?

S. D. -Non. Il existe bien trois ou quatre syndicats qui se disent tous indépendants sans l’être. Il y avait un projet de créer des syndicats vraiment mdépendants, mais les forces progou-vemementales ont assassiné devant chez lui un leader syndicaliste qui avait formé un syndicat indépendant des cheminots. Il n’est pas possible de parler de démocratie syndicale pendant la guerre. Les syndicats, les partis d’opposition officiels existent mais comme un simulacre de démocratie, pour dédouaner le gouvernement. Cette démocratie est de la manipulation. Les syndicats sont un espace, mais « manipulé ». Tous les médias et les groupes sociaux forts, capables de changer la situation, sont bloqués, interdits. Seuls les petits groupes inconnus qui ne sont pas capables de changer la situation peuvent exister.

♦ Y a-t-il un débat sur une reconstruction de la Yougoslavie ?

S. D. -Plutôt la constitution d’un espace balkanique, économique, culturel. C’est possible et nous sommes pour. Un espace plus large que l’ex-Yougoslavie. ■

♦ Quelle est la situation des femmes dans la crise économique ?

Sonia Lokhar -En Slovénie, il y a 48 % de femmes salariées. Avant le changement de système, il n’y avait pas de chômage, tout le monde travaillait. Le chômage a commencé dans les grandes industries métallurgiques, les mines, la sidérurgie, où les hommes étaient majoritaires. Au début, c’était une affaire d’hommes, pas de femmes.

Cela commence à changer : le chômage des jeunes se développe. Parmi ceux qui cherchent du travail pour la première fois, les femmes sont 20 % de plus que les hommes à ne pas en trouver.

Il y a aussi, bien sûr, un discours sur le retour des femmes au foyer. Ce qui est fou, car l’économie des familles Slovènes repose sur le revenu de l’homme et de la femme. Seule l’addition des deux revenus permet de subvenir aux besoins.

Les idéologues de la femme-mère, « mère de la nation », ne veulent pas en tenir compte. Ils pensent au grand rôle de la femme qui va avoir cinq enfants, qui se dépense avec amour pour la famille, etc, etc, qui prend soin de son « pauvre mari », alors que seules 2 ou 3 % des familles ont la possibilité de vivre de cette manière.

♦ Est-ce que cette idéologie « prend » dans la population ?

S. L. -On peut estimer la frange « nataliste » de la population à 10 ou 1 5 %, mais la tradition Slovène sur le travail des femmes est très forte et date de deux cents ans. Les hommes ont émigré en Amérique, dans les mines de France, de Belgique, d’Allemagne. Ils ont laissé les femmes avec les enfants à la maison. Elles se sont donc débrouillées toutes seules. Elles ont appris.

Il y a beaucoup de jeunes femmes qui ne trouvent pas de travail et qui veulent rester à la maison. Pour celles qui ont des places très pénibles dans l’industrie, travailler dix heures par jour (parce qu’on les force à travailler plus de huit heures sur des machines), n’est pas vivable. Quand on peut s’en sortir, on le fait, mais elles sont aussi fières d’être économiquement libres. Celles qui travaillent dans des situations plus « humaines », qui trouvent du plaisir dans le travail, ne veulent pas retourner au foyer.

♦ Comment expliquer qu ’il y ait si peu de femmes au Parlement dans un pays où existent des traditions fortes d’activité des femmes ?

S. L. -Quand on regarde comment les femmes se sont libérées, où que ce soit, on voit que l’action politique arrive toujours en dernier. Dans l’ancien système, il y avait 25 % de femmes au Parlement, maintenant seulement 13 %. Les femmes ayant des responsabilités politiques ont compris qu’il fallait changer les choses. Alors maintenant, dans tous les partis politiques, il y a une fraction des femmes qui lutte pour l’égalité. Dans les syndicats, la situation est cruelle. Les syndicalistes ne savent pas qu’un ouvrier sans sexe, cela n’existe pas ! Ils pensent qu’il suffit de dire « ouvrier » pour résoudre les problèmes. Il faut donc faire quelque chose aussi pour changer le rapport de force politique dans les syndicats en faveur des femmes. Pour le moment, cela ne se fait pas.

♦ Comment se mène la lutte pour la parité dans les partis politiques ?

S. L. -On a commencé dans mon parti. C’est moi qui ai donné la première impulsion. On a formé une fraction-femmes. Tout le monde a dit : c’est bête, ça ne donnera rien. Mais comme on a organisé de bonnes actions politiques, par exemple pour la défense de l’avortement, tous les partis politiques ont fait pareil. Pour des raisons de prestige politique ! Peu à peu, tous les partis ont formé des fractions-femmes, avec différents programmes bien sûr.

♦ Même les partis de droite ?

S. L. -Surtout les partis de droite ! Maintenant la fraction la plus forte est celle du parti Chrétien-démocrate. Les partis de gauche ont dans leur programme l’égalité des droits, ainsi que des quotas de représentation. On est pour l’égalité : on met des�quotas, c’est moins que l’égalité, mais on essaie d’atteindre l’égalité pas à pas. Ce qui est curieux, c’est que les partis de gauche ont des quotas tandis que les partis de droite n’en ont pas. Et ce sont les partis de gauche qui n’ont pas de femmes au Parlement, par contre les partis de droite en ont... C’est fou, mais c’est ainsi. Le résultat de la lutte pour l’égalité, ce sont donc les femmes de droite qui en ont profité !

♦ Tu nous a parlé de lutte en faveur de l’avortement, peux-tu nous donner plus de détails ?

S. L. -Depuis 1974, chaque femme peut avorter librement pendant les trois premiers mois de grossesse. Ce sont les services médicaux qui pratiquent l’avortement, aux frais du système social. Les mineures n’ont pas à demander d’autorisation aux parents. Comme on a également développé l’information sur la contraception et que la vente des pilules est libre même pour les très jeunes filles, le nombre des avortements a baissé.

Avant les élections, les chrétiens-démocrates ont commencé à dire que l’avortement était un meurtre, que les femmes étaient des criminelles, que c’était un devoir national de « faire des petits Slovènes ». Ils voulaient abolir la loi, mais leur audience a chuté et ils se sont tus.

Après les élections, ils ont formé une coalition nommée DEMOS et tenté d’inscrire leur position dans la Constitution qui était en débat. Les partis de gauche, les syndicats, les groupes féministes Slovènes ont organisé une grande manifestation devant le Parlement, en décembre 1991.

Nous avons crié que ce n’était pas à l’Etat de nous imposer des enfants et toutes les femmes députées, même celles des partis qui exigeaient l’abolition de l’avortement, étaient avec nous. Nous avons voté ensemble contre cette mesure. Nous avons voté pour le droit au libre choix. Nous avons obtenu que le droit à l’avortement et à la contraception, et le droit à une aide de l’Etat pour avoir un enfant en cas de maladie soient garantis par la Constitution. S’ils veulent changer ces droits, ils ont besoin des deux tiers des voix, mais ils ne les auront jamais !

♦ .Qu 'en est-il des moyens financiers, qui peuvent être une autre façon d’interdire l’avortement et la contraception ?

S. L. -Dans le changement de législation médicale, tous les droits des femmes enceintes sont préservés. On a le droit à l’avortement dans les centres médicaux et c’est pratiquement payé par la sécurité sociale obligatoire.

Il est possible qu’un projet de loi exige demain le paiement de l’avortement. Mais cela ne passera pas au Parlement. Ils n’auront pas la moitié des députés. L’opinion publique en Slovénie est de ce point de vue très « libérale ». Quand les prêtres dans les églises disent que l’avortement est quelque chose d’interdit, les femmes, surtout les jeunes, sortent de l’église. ■

Les enfants bosniaques réfugiés en Slovénie ont besoin de vous !

Anna Mikus, slovène, pédopsychiatre, directrice du centre de consultations pour enfants, adolescents et parents de Ljubiana et Lucien Perpette, ancien syndicaliste belge, tous deux engagés dans l ’aide aux enfants, font appel à votre solidarité.

♦ La Slovénie accueille des réfugiés bosniaques. Qui sont-ils et quelle est leur situation ?

Lucien : Il y a plus de 70 000 réfugiés dont 50 % d’enfants accompagnés de leur mère ou leur grand-mère et de vieillards. Les hommes sont une minorité. La majorité des réfugiés (environ 50 000) sont accueillis chez des amis ou dans leur famille. Les autres (20 000 environ) ont été répartis dans des casernes où ils sont laissés sans aucune activité. Ils n’ont pas le droit au travail. En principe, ils ne peuvent rien faire, même pas préparer eux-mêmes leur nourriture.

♦ Comment avez-vous commencé votre travail de solidarité ?

Anna : Mon centre prend en charge les problèmes sociaux, c’est pourquoi on a réagi quand les réfugiés sont arrivés, nous avons pris l’initiative d’un projet d’aide psychosociale aux enfants bosniaques.

Lucien : Je pense que c’est non seulement mon devoir, mais mon intérêt coipme Européen de participer à l’aide à des victimes d’un phénomène qui peut déboucher sur un génocide. Si le système politique a permis cela, alors c’est possible dans toute l’Europe. Il y a un devoir de solidarité et de résistance, solidarité envers les victimes et résistance envers les bourreaux.

♦ Quel est l’état des enfants ?

Anna : A leur arrivée, ils étaient effrayés, ils dormaient très mal. La situation s’est un peu calmée, surtout quand ils ont commencé à aller à l’école. Ils n’ont pas de symptômes graves, mais ils sont angoissés pour leurs pères restés en Bosnie.

Certains, peu nombreux, ont subi des événements très graves, mais le plus important, c’est l’angoisse. Les parents ont perdu leur rôle social. En quelque sorte, ils sont socialement dégradés. Non pas matériellement, mais socialement.

Leur situation est aussi sans espoir, ce qu’ils veulent, c’est retourner dans leur village, sous leur pommier, près de leur vache et c’est impossible !

♦ Comment s’organise la vie dans les camps ?

Lucien : Le problème majeur est la scolarisation des enfants. Un système d’enseignement pour les enfants de 5 à 15 ans s’est mis en place, assuré par 420/450 enseignants volontaires réfugiés bosniaques, quelques Slovènes aussi.

Ils assurent un enseignement primaire raccourci, soit dans les camps, soit dans des écoles Slovènes, quand les enfants Slovènes les ont quittées. Sur 15 000 enfants scolarisables, 9 000 seulement ont été intégrés dans l’enseignement primaire.

Anna : Le Ministère de l’éducation a aussi organisé une équipe mobile avec une Bosniaque chargée de l’organisation de l’école, deux psychologues et moi-même. Nous avons rencontré tous les enseignants et organise des séminaires parce qu’à peu près 40 % des enseignants sont des volontaires (juristes, étudiants...). Il a fallu leur apprendre comment reconnaître les enfants traumatisés et comment les aider.

♦ Que pouvons nous faire ?

Lucien : Des organisations ont donné de l’argent. Des Allemands, des Belges ont apporté du matériel scolaire : cahiers, crayons, etc. Il faut poursuivre en ce sens, nous manquons encore de tout !

Pendant les vacances, il faudrait que les étudiants étrangers viennent donner des cours de langues étrangères ou que les enfants soient invités à l’étranger. Il faut des échanges, des jumelages.

Il faut egalement une aide aux étudiants bosniaques qui veulent poursuivre leurs études. Les Universités demandent des droits d’inscription de 10 000 F, sans compter les autres frais nécessaires à l’entretien d’un étudiant. Certaines organisations belges ont pris en charge des dossiers, mais il y a encore des étudiants demandeurs de bourses.

Nous avons commencé une expérience d’école de français au camp de Roshka, avec une petite équipe, composée de Slovènes et d’étudiants étrangers résidents à Ljubljana. Si cette opération réussit, nous l’étendrons à d’autres camps. Il est impératif de permettre au seul système organisé des réfugiés de Bosnie (l’école), de communiquer et d’avoir une autonomie qui leur permette de réaffirmer leur identité, leur existence. Ils ont besoin de restaurer cette capacité d’initiative.

Anna : il faudrait aussi des instruments de musique, des cassettes, c’est très important pour l’équilibre des enfants.

♦ Comment faire pour parrainer une école, un(e) étudiant(e), à qui s’adresser ? Lucien : il suffit de nous contacter et nous mettrons les écoles et les gens en contact. Le travail se fait toujours en collaboration avec le ministère de l’Education et les associations locales.

* Pour tout contact : Anica MIKUS-KOS -SVETOVALNI CENTER -LJUBLJANA 61 000 LJUBLJANA, Gotska 18, SLOVENIE.

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