Depuis qu’Isabelle a réalisé à Belgrade, V interview que vous lirez ci-dessous, la situation a notablement évolué. L’ONÜ a décidé le 23 septembre dernier d’alléger les sanctions économiques contre Belgrade pour « récompenser » S. Milosevic pour sa bonne volonté à l’égard du « plan de paix » occidental. N’a-t-il pas accepté la présence d’observateurs à la frontière avec la Bosnie ? N’a-t-il pas décidé de rompre les ponts avec R. Karadzic, le leader des Serbes de Bosnie toujours aussi inflexible ? N’a-t-il pas mis hors-la-loi puis arrêté
V. Seselj, chef d’une milice d’extrême droite qui s’est illustrée par ses crimes en Bosnie ? Peut-être, mais, en tous cas, il n’a toujours pas reconnu la Bosnie-Herzégovine et la purification ethnique, avec ou sans son soutien officiel, continue en Bosnie-Herzégovine, à Banja Luka notamment, où dernièrement des milliers de non Serbes ont été chassés.
Nous ne joindrons pas nos voix à ceux qui demandaient le maintien à tout prix de l’embargo contre la Serbie. Nous savons qu’il pénalisait avant tout la population et le peu d’opposition encore présente à Belgrade. Mais il est certain que la levée partielle de l’embargo a une signification inquiétante. Elle officialise le soutien politique apporté par les gouvernements occidentaux à S. Milosevic, principal responsable de la guerre commencée il y a trois ans. A contrario, le maintien de l’embargo contre l’Irak souligne un peu plus le traitement de faveur dont bénéficie la Serbie. Et ce, alors que Milosevic n’a sans doute pas renoncé définitivement à son projet de grande Serbie.
Pendant ce temps, la population de Sarajevo est à nouveau étranglée et les snipers ont repris leurs cartons contre la population civile. Le général Mladic, chef de guerre des Serbes de Bosnie, n’hésite pas à provoquer l’ONCJ en annonçant sa volonté de bloquer les convois humanitaires pour Sarajevo et de « fermer » l’aéroport de Sarajevo. Ce qu’il a partiellement réussi à réaliser... L’armée bosniaque semble de nouveau sur la défensive et l’annonce par A. Izetbegovic que son gouvernement ne réclamait plus la levée immédiate de l’embargo sur les armes, révèle l’impasse des Bosniaques qui redoutent maintenant de voir partir, à la veille de l’hiver, les troupes de la FORPRONCI qui permettent à la population de survivre, malgré tout.
Dans ce contexte, notre solidarité va plus que jamais aux démocrates de l’ex-Yougoslavie qui, au-delà des souffrances, continuent à œuvrer pour une solution pluraliste et multi-ethnique à Tuzla comme Sarajevo, à Belgrade comme à Zagreb.
Claire Bataille le 10 octobre 1994.