La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Féminin, masculin et pratiques sportives

· Cahiers du féminisme, n° 73, été 1995 · p. 27-30 · 3 597 mots

Entretien avec Annick Davisse, Catherine Louveau.

Jeannie Longo, Florence Arthaud..., des femmes qui ont fait la « une » de la presse sportive. Cette féminisation de la compétition sportive de haut niveau signifie-t-elle que désormais , dans le sport, femmes et hommes c'est « du pareil au même » ? Faut-il le croire ou faut-il l'espérer? Pour éclairer ces questions, nous avons recueilli les points de vue de Catherine Louveau, sociologue, auteure, notamment d'une étude intitulée Talons aiguilles et crampons alu, et Annick Davisse, professeure puis inspectrice pédagogique en éducation physique. Ensemble, elles ont publié récemment une étude sur la part des femmes dans le sport, à l'école et dans la société. *

B Les féministes évoquent peu la question du sport, les sportives ne se revendiquent guère du féminisme. Y a-t-il eu malgré tout des débats sur les femmes et le sport ? Quelle est l’histoire de ces débats ?

Catherine Louveau -Alors que les mouvements féministes se sont souvent focalisés sur toutes les questions relatives au corps des femmes, bizarrement, ils ont ignoré -en France tout au moins -ce qui était de l’ordre des pratiques sportives, c’est-à-dire les questions des transformations morphologiques, des charges pesant sur le corps, des mises en jeu du corps, etc. De même, alors qu’ils ont beaucoup dénoncé le peu de représentation des femmes dans la vie politique, dans les institutions, ils ne se sont jamais interrogés sur la place des femmes dans le mouvement sportif où elles sont pourtant encore moins représentées qu’ailleurs -dans les institutions sportives, dans les postes d’encadrement et de responsabilité...

La situation est un peu différente aux Etats-Unis. Là-bas, le Women’s Lib revendique une égalité complète, voire un gommage des différences. C’est une sorte d’affirmation de principe : femmes et hommes, c’est du « tout comme », le sport n’a pas de sexe.

Les Américaines vont jusqu’à parler d’androgynie : c’est la thèse développée notamment par Carole Oglesby dans son ouvrage « Le sport et la femme, du mythe à la réalité », dont le sous-titre est très significatif : « Le Sport, laboratoire de l’androgynie »\

Cette affirmation de principe me paraît complètement utopique, elle n’a aucune prise avec

la réalité historique d’une part, ni avec la réalité quotidienne des pratiques et des modes de vie des hommes et des femmes !

Si l’on reprend l’histoire des débats sur la présence des femmes dans les pratiques sportives, il faut citer le nom de la socialiste Marie-Thérèse Eyquem, qui a véritablement joué un rôle précurseur dans ce domaine -elle a publié un ouvrage sur cette question en 1 944 2 -en soulignant les inégalités, les impossibilités. En dehors d’elle, les premiers travaux sur cette question sont assez récents, et peu nombreux. Dans ces analyses, la problématique de l’accès des femmes aux pratiques sportives est posée en termes d’émancipation, de « conquête », d’égalité : l’égalité c’est faire la même chose, « en faire aussi ». Ces travaux étudient l’histoire de la présence des femmes dans le sport à la lumière de cette analyse : « les femmes se sont émancipées, elles pratiquent de plus en plus ». C’est un point de vue qui me semble univoque, en ce qu’il analyse les choses du seul point de vue de la place et de la position des femmes : les femmes pour les femmes. Pour moi, on ne peut comprendre et expliquer ce qui se passe pour les femmes sans prendre en compte simultanément les hommes : le féminin et le masculin sont inséparables.

Annick Davisse -Lorsque j’ai commencé à me poser la question des femmes et de leur rapport au sport, dans les années soixante, en bonne communiste je posais le problème en termes d’« empêchements » : si les femmes ne font pas de sport c’est à cause de leur condition sociale. Il faut donc lever ces empêchements, et pour cela baisser les prix et leur libérer du temps. A aucun moment, à l’époque, je ne me posais la question du contenu : pour accéder à quoi ? Il était clair, dans mon esprit, que c’était pour accéder aux pratiques universelles, c’est-à-dire à celles des hommes. Je ne me posais pas du tout la question de l’objet, seulement celle des moyens : libérer les femmes de l’oppression quantitative. Ce n’est que plus tard, vers la fin des années soixante-dix/début des années quatre-vingts, que je me suis dit : si les femmes ne pratiquent pas c’est aussi parce qu’elles n’en ont pas envie, elles n’ont pas envie de s’approprier quelque chose qui s’est fait sans elles, il n’y a pas ou peu d’histoire au féminin là-dedans.

On passe alors de la question de l’interdit à celle de l’appropriation. C’est très proche de la question de la place des femmes dans la vie politique. J’ai tendance à penser aujourd’hui que, quand les femmes se disent « ce n ’est pas pour moi », ce n’est pas seulement parce qu’elles intériorisent la domination, c’est parce que c’est vrai que ce n’est pas « pour elles », au sens où cela s’est construit sans elles.

■ C’est là qu ’il y a débat : faut-il penser qu ’il y a une corporéité féminine, un rapport au corps féminin ?

A. D. -Il est clair que le rapport au corps est une construction sociale. Mais dans ce qui est

construit socialement, il y a de la sexualité, donc de l’invariant. Tous les efforts pour sépa- rer les deux sont, à mon avis, des constructions intellectuelles.

C. L. -Où est l’origine des différences ? Elle est sociale, d’accord, mais avant, elle est quand même corporellement inscrite : les hommes sont plus grands, plus forts, plus lourds, etc. Le corps ça existe, c’est une donnée ! Cependant, l’histoire montre que les filles s’entraînant, sur des générations, finissent par rejoindre les hommes, ou tout au moins tendent à les rejoindre. L’écart se réduit. On ne sait pas actuellement ce qu’il en sera après... Les Américains n’ont pas craint d’extrapoler : d’ici cinquante ans, d’après eux, les femmes dépasseront les hommes dans les pratiques d’endurance.

Mais il y a des signes sexuels secondaires que l’on pourra difficilement modifier. . . Encore que, si l’on prend le cas des sportives de haut niveau, on puisse s’interroger : elles ont non seulement des corps qui se transforment mais, pour certaines d’entre elles, une physiologie qui se modifie également, je pense par exemple aux problèmes qu’elles rencontrent par rapport aux cycles féminins. Mais je ne dis surtout pas qu’elles se masculinisent !

■ Tu as dit tout à l’heure que les femmes n ’ ont pas envie de faire du sport parce que cela s ’est construit sans elles. Mais le fait qu ’il y ait aujourd’hui des femmes parmi les stars du sport de haut niveau ne donne-t-il pas une image positive qui pousse des filles à s’engager dans ce domaine, qui joue un rôle « émancipateur » ?

A. D. -Oui, cette évolution est plutôt positive, cela déplace les modèles.

C. L. -Le sport se féminise, certes, mais beaucoup plus lentement qu’on a pu le dire. Il y a aujourd’hui une tendance à considérer qu’il n’y a désormais plus de problèmes, « la preuve, regardez, Florence Arthaud, Jeannie Longo, etc. ». Oui, mais depuis vingt ou trente ans que les filles se sont mises au vélo, à la boxe, à la lutte, à des sports qui n’étaient, historiquement, pas très « féminins », elles ne représentent toujours que 1 ou 1,5 % des pratiquants. J’étudie les chiffres régulièrement, cela se féminise à toute petite allure. Je continue de penser que le sport est un lieu qui demeure masculin, un lieu d’expression des valeurs viriles -le courage, la force, la résistance, la violence, le risque, l’effort au sens le plus dur.

■ Faut-il alors vraiment vouloir que les femmes fassent du sport, si c’est ce lieu épouvantable de la violence ?

A. D. -Oui, je crois que les femmes ont un monde à gagner, et les hommes également, à ce que j’appelle l’esprit de mixité, qui est autre chose que l’égalité, qui la dépasse : l’esprit de mixité, c’est la reconnaissance des valeurs, la prise en compte des particularités, de leur complémentarité... Dans ce qu’ont construit les hommes, il n’y a pas que de l’oppression, il y a aussi de la valeur positive ! Les femmes ont beaucoup à gagner à se réapproprier, à recomposer leur place dans ce monde de l’activité physique.

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Là, c’est vrai, cela pose aussi le problème du rapport au temps : non pas, comme je le croyais dans les années soixante, la question objective du manque de temps ou du manque d’argent -même si cela joue, ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel c’est un problème très profond d’émancipation : que les femmes osent prendre du temps pour elles.

Pour avoir fait des expériences dans des cités populaires, je sais que c’est possible, mais cela demande des moyens considérables sur le terrain de l’animation sociale : pour que les femmes construisent ces nouvelles formes de « prendre du temps pour soi », dans des conditions démocratiques (pas dans le secteur marchand), pour qu’elles accèdent au domaine de l’activité physique, il faut qu’elles puissent le faire collectivement, elles ne peuvent le faire chacune séparément, dans les milieux populaires en tout cas : cela pose la question des quartiers, du social, de la compétence des animateurs, etc. Il faut essayer de penser la question des moyens de façon nouvelle, à partir du désir des personnes, et non en projetant sur elles des modèles préétablis.

C.L. -J’ajouterai qu’il ne faut pas voir les choses uniquement en termes techniques -perfectionnement, gestuelle parfaite, affrontement, rivalité, compétition, etc. C’est à partir du moment où tout le champ des pratiques et des finalités s’est ouvert que la féminisation se pose en de tout autres termes.

■ Dans votre livre, vous définissez ainsi votre démarche : « travailler les différences contre les inégalités ». Qu ’ entendez-vous par là ?

A.D. -C’est la question du « vrai » et du « juste ». Si l’on parle en termes d’objectif politico-social, je suis bien sûr du côté du juste : je suis pour quelque chose qui a à voir avec l’égalité, au sens historique. Mais je suis pour une égalité qui soit ancrée dans le réel, et non une égalité mythifiée qui consiste à faire « comme si » les hommes et les femmes c’était pareil. Construire l’égalité sur le réel, c’est partir des différences, parce que, dans le réel, ce qui fonctionne ce sont les différences. Le discours égalitaire n’a pas de prise s’il ne prend pas en compte la réalité des différences. Mais il faut en même temps éviter une logique relativiste, du type à « chacun sa culture », les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes, ce que les petits mômes traduisent à leur façon : « la danse aux filles, aux garçons la bagarre ».

Autrement dit, il faut essayer de construire là-dessus une démarche dialectique, qui ne renonce pas à l’idéal d’émancipation, donc qui soit porteuse d’égalité (même si ce terme est ambigu en matière de corps) et qui ait en même temps les yeux grand ouverts sur le réel, c’est-à-dire qui n’ignore pas les différences.

Le premier effort consiste à identifier le féminin, à regarder ce que font réellement les filles -et pas seulement Jeannie Longo ou d’autres sportives de haut niveau. L’existence de Jeannie Longo prouve que les filles peuvent faire du cyclisme, oui, et ce n’est déjà pas mal ; mais après, il faut réfléchir à ce qu’on peut faire pour que cela se généralise, et regarder aussi tout l’espace qui reste à construire : si l’on a cet esprit de mixité qui consiste à dire que le féminin et le masculin, ça existe, cela suppose d’identifier de quelle demande sociale, de quelle transformation sociale le féminin est porteur. Dans l’exemple des cités dont je parlais tout à l’heure, on peut dire que le féminin est porteur d’une demande sociale qui, pour le moment, n’est pas identifiée. Lorsque les élus pensent la politique sportive de leur ville, ils vont voir les clubs ; je leur dis : attention, si vous n’allez voir que les clubs, vous aurez la demande sportive des sportifs -c’est-à-dire un tiers des gens qui font quelque chose en France -, mais vous n’aurez pas la demande d’activité physique de la population, et notamment celle des femmes.

Il y a là une potentialité « révolutionnante » : identifier, à partir des différences, la nécessité d’accéder à ce qui existe -l’égalité pour accéder à ce qui existe -mais aussi construire des espaces nouveaux, prendre en compte des façons nouvelles de voir. C’est tout sauf facile !

Dire cela, dire que les femmes aussi ont le droit de se construire des espaces é’ activité physique, c’est raisonner en termes de différences, mais avec un idéal d’émancipation et d’égalité. Mais, contrairement aux courants « essentialistes », je suis pour qu’en même temps on mène la bataille pour toutes celles que j’appelle « atypiques » : pour que toutes les filles qui ont envie de faire du foot, par exemple, trouvent leur place, ce qui signifie une bataille pour les terrains et les vestiaires. Je suis pour la levée de tous les interdits sur tous les types d’activités physiques. Aucun dirigeant de fédération ne devrait plus pouvoir décréter, comme le font encore ceux de la boxe anglaise, que tel sport n’est pas fait pour les femmes. Si c’est vrai que ce n’est pas bon pour les femmes, la boxe, alors pour les hommes non plus ! Et c’est le problème des filles qui ont envie de faire de la boxe, pas celui des dirigeants. . .

■ Quel est le rôle de V école dans la formation des sportifs et sportives ? Qu ’ est-ce qui vous paraît souhaitable en ce qui concerne renseignement de V éducation physique et sportive (EPS) ?

A.D. -Pour moi, quand j’ai commencé à écrire là-dessus, vers 1967/68, les choses étaient simples : il suffisait de mettre les filles et les garçons ensemble, je ne voyais pas pourquoi on les traiterait de manière différente. Rappelons que, dans les années soixante, l’EPS était non mixte, et les concours de recrutement séparés. Il restait encore à l’époque des lycées de filles et des lycées de garçons, mais même dans les collèges (qui sont devenus mixtes dans ces années-là), la tradition se maintenait : les profs hommes prenaient les garçons, les profs femmes les filles.

Cela a duré longtemps, et dure encore. C’est bien ce qui m’a fait réfléchir : on était très nombreux à prôner la mixité, mais cela ne changeait pas vraiment. Plus exactement, cela changeait en 6e-5e, mais peu dans les lycées : même quand ceux-ci sont devenus mixtes, les cours d’EPS sont restés séparés, garçons d’un côté, filles de l’autre. Et surtout, on a constaté une tendance à démixter à partir de la 4e, c’est-à-dire à l’adolescence.

J’ai donc été amenée à me poser des questions : en tant que responsable syndicale, je ne considérais pas que tous les profs étaient des réacs, alors, pourquoi continuaient-ils de séparer ? J’ai commencé à regarder de près mes élèves filles et je me suis aperçue que je ne m’occupais pas d’elles, je travaillais au masculin : les garçons -et les filles « atypiques », celles qu’on appelle des « garçons manqués » -sont tellement demandeurs d’activités qu’on ne s’occupe que de ceux-là. C’est une tendance que l’on retrouve chez les profs de toutes les disciplines : répondre à ceux qui sont les plus demandeurs. En éducation physique, cette tendance est multipliée par dix : on travaille avec ceux qui sont physiquement bons, parce qu’ils sont très demandeurs. Les autres on les oublie, par consensus mutuel : les profs oublient les filles et elles, elles font tout pour se faire oublier. On dit alors : ah, elles ne réussissent pas... On aboutit ainsi au résultat d’un relatif échec des filles en EPS, et notamment des filles des milieux populaires, surtout dans les lycées professionnels.

On constate alors que la mixité désavantage les filles : quand on a affaire à des gens différents et qu’on fait comme s’ils étaient pareils, on aggrave en fait les différences.

C. L. -La plus forte « motivation » des garçons, leur demande plus forte, tient aussi au type d’activités que l’on propose : quand il s’agit d’activités historiquement plutôt masculines, les filles s’y retrouvent mal, ou s’y expriment mal, cela renforce les différences d’attitudes que tu évoquais. Pour moi, les activités physiques ne sont pas « neutres », il n’existe pas d’activité qui soit dénuée de tout marquage sexuel : chacune est porteuse d’une histoire, d’une culture, et d’un imaginaire de la pratique. Et l’on constate -Annick l’a observé pour le volley, d’autres travaux l’ont montré pour d’autres disciplines -que les filles et les garçons, sur le même sport, ne jouent pas à la même chose. Là où les garçons jouent « contre », les filles jouent « avec ». En rugby, par exemple, beaucoup d’entraîneurs ont constaté que les filles ne jouent pas à l’avant, à la poussée -le corps à corps rude, la bagarre -, elles ont un jeu beaucoup plus technique, où l’on passe davantage, avec un maintien à distance des corps.

A. D. -Filles et garçons ne jouent pas pareil et ils ne jouent pas à la même chose. Alors, faut-il mettre ensemble des gens qui ne jouent pas à la même chose ? Je ne pense pas qu’on puisse régler cette question à la légère, je suis moi-même partagée entre le souci de co-éducation, qui me fait penser que c’est démocratique de faire vivre ensemble des gens différents, et la faisabilité, qui tend à me faire dire qu’en les séparant c’est plus facile. Pourquoi n’aurait-on pas (à condition que l’entité classe demeure un ensemble) des moments mixtes et des moments non mixtes, des moments par niveau, des moments par choix d’activité ? Si l’on programme du foot, par exemple, cela m’ennuie que l’on dise « c’est pour les garçons » ; il vaut mieux programmer deux activités et que les élèves puissent choisir. Sinon, que vont faire les « atypiques » ? On ne va pas interdire aux filles sportives de cavaler comme des lapins ! Et les atypiques garçons ? un petit môme qui n’a pas envie de courir vite ?... Le problème, c’est d’obtenir que les élèves identifient bien à quoi ils ont envie de jouer. Penser le féminin, c’est organiser les alternatives.

Cela dit, on bute sur deux problèmes. Un problème matériel : les profs n’ont pas toujours la place pour faire cela dans de bonnes conditions ; et un problème de formation : actuellement, les activités historiquement féminines occupent une place très insuffisante dans la formation des profs d’EPS. En gros, toutes les filles sont formées au hand-ball, mais tous les garçons ne sont pas formés en danse (et toutes les femmes sportives non plus).

C.L. -Il y a un troisième problème, c’est la famille : avant d’arriver au cours d’EPS, les gamins ont une culture corporelle, à travers les jeux, à travers les pratiques familiales ou autres. Garçons et filles ont une plus ou moins grande familiarité avec certaines mises en jeu du corps. Par exemple le foot : les garçons ont déjà toute une culture quand ils arrivent sur le terrain du cours d’EPS, tandis que les filles ont un gros retard là-dessus.

A.D. -Alors, si on les met ensemble... Mais je ne dis surtout plus « y ’a qu’à ». Il y a par exemple des activités où la mixité est plus difficile à mettre en place que d’autres : la question du combat, du corps à corps. On ne peut pas imposer d’emblée la mixité dans le duel, elle ne peut venir qu’ après un travail didactique qui permet de la mettre à distance. Avec les collègues qui bossent bien, cela se voit vite : à la fin ils ont quelques filles qui demandent d’elles-mêmes à combattre avec les garçons. Quand bien même ce mouvement n’est pas massif, c’est important d’arriver à un tel résultat. Mais cela suppose que, au départ, on ne fait pas « comme si » c’était pareil, on ne commence pas par les mettre ensemble de force, auquel cas on n’obtient rien.

Je reste pour l’esprit de mixité, pour que les gens vivent ensemble, cela m’embêterait beaucoup de reséparer les filles et les garçons. Mais il ne faut pas faire de la mixité un dogme, ni dans un sens ni dans l’autre. Décréter qu’il faut à tout prix trois garçons et trois filles dans une équipe de hand n’est pas adéquat si cela conduit les trois garçons à jouer entre eux et les filles à rester à l’arrière : c’est généralement ce qui se passe... Je ne dis pas pour autant qu’il ne faut mettre que des filles ou que des garçons. Il faut trouver la modalité de groupement la plus adéquate à l’objectif qu’on poursuit. Je préfère parler de co-éducation : cela correspond à cette idée d’identification des valeurs différentes. Identifier le féminin, c’est dire : attention, les acteurs sont des femmes, elles ont donc des raisons de faire comme cela. Je combats très fortement l’idée de neutralité de sexe comme de positionnement social.

Cette élucidation de l’identité de sexe serait particulièrement utile à l’école élémentaire, pour décoder la « turbulence » des garçons comme symptôme quant au sens des enseignements.

Propos recueillis par Isabelle Forest et Anne-Marie Granger

Notes

  1. * C. Louveau, Talons aiguilles et crampons alu, les femmes dans les sports de tradition masculine, INSEP, 1986.
  2. A. Davisse et C. Louveau, Sports, école, société : la part des femmes, Ed. Actio, 1991.
  3. 1. Carole A.Ogles-by, Le Sport et la femme, du mythe à la réalité, Paris, Vigot, 1982.
  4. (2) Marie-Thérèse Eyquem, La Femme
  5. et le sport, Paris,
  6. J. Susse, 1944.

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