Les liens entre féminisme et syndicalisme aujourd'hui
Christiane Gilles pour la CGT et Jeannette Laot pour la CFDT précisent leurs positions
Nous avons eu l'occasion, dans le cadre du débat qui a suivi l'exposé de l'évolution des confédérations syndicales, de demander aux responsables femmes des deux principales confédérations de préciser dans quel sens, selon elles, pouvaient se développer la bataille féministe...
Cahiers du féminisme
En parlant des revendications spécifiques dans son exposé, Marie-Noelle Thibaut a maintenu une réelle ambiguïté en les définissant comme des revendications discriminatoires, allant dans le sens de l'aménagement du statut de double oppression des femmes, comme travailleuses et ménagères. Mais ce ne sont pas ces « revendications spécifiques » là que le mouvement des femmes a mis en avant.
Ce qu'on appelle aujourd'hui les revendications spécifiques ce sont toutes les revendications qui vont dans le sens de la lutte contre l'oppression et la surexploitation des femmes, qui visent à briser leur statut social d'inférieures. Et de ce point de vue, je m'adresse aux responsables des confédérations syndicales CGT et CFDT en leur demandant où en est l'élaboration de ces revendications spécifiques qui vont dans le sens du combat contre l'oppression.
Ma deuxième question portera sur l'organisation des femmes dans les syndicats et ses conséquences justement sur l'élaboration des revendications.
Dans la CGT et la CFDT, il existe des collectifs féminins, des commissions femmes syndicales qui ont acquis une certaine expérience, qui ont avancé en ce qui concerne l'analyse du travail et de la condition des femmes. N'est-il pas envisagé aujourd'hui la possibilité de coordonner les commissions femmes, à travers par exemple l'existence de commissions femmes confédérales.
Nous avons vu hier comment le développement de l'informatique, dont témoigne le rapport Nora, a des incidences sur des branches telles les banques, les PTT, etc. Ne peut-on pas imaginer une coordination de l'ensemble des commissions femmes par branches, comme inter-branches pour examiner ses conséquences sur l'emploi et les conditions de travail des femmes, et envisager l'élaboration de revendications communes.
Et enfin, dernière question, quels sont les obstacles qui existent aujourd'hui, de la part des confédérations syndicales, à la réalisation d'un front commun entre ce qui fait les forces vives du mouvement des femmes et les commissions femmes syndicales. N'est-il pas pensable de trouver ou de créer des lieux où peuvent en commun s'élaborer non seulement des revendications communes, mais aussi des actions, des coordinations ouvertes qui permettraient aux militantes féministes et syndicalistes, et elles sont souvent les deux à la fois, de définir leurs objectifs de luttes ?
Christiane Gilles
Il est difficile de répondre directement et abruptement à la question sans en aborder un certain nombre d’autres à propos de notre mouvement syndical.
Il faut d'abord faire une distinction entre ce que peuvent faire les femmes dans une association féminine ou féministe et une organisation syndicale, qui est mixte.
L'ambition des femmes de la CGT, du moins celles qui sont décidées à faire avancer la question féminine dans un sens féministe, c'est de faire avancer toute l'organisation et de la rendre réellement mixte.
Ce n'est pas sans problème à l'intérieur de la CGT. Il y a toujours des épidermes un peu fragiles et certains voudraient garder le monopole de la défense des femmes, mais par contre nous avons un créneau à occuper qui est le créneau syndical.
dans la lutte des femmes :
le créneau syndical
Alors qu'elle est ce créneau syndical ?
Il faut reconnaître qu'il y a eu une évolution de notre organisation qui ne s'est pas fait simplement. S'intéresser à tout ce qui se passe dans l'entreprise, à tout ce qui est revendication à l'égard du patronat, oui !
Mais ce qui s'est passé d'important ces derniers temps, c'est la reconnaissance que, s'il y avait surexploitation des travailleuses dans l’entreprise, c'était précisemment parce qu'à l'extérieur même de l'entreprise, dans la société, la famille, les femmes étaient inégales.
Et cela a provoqué une double crainte qui commence seulement à être vaincue :
Cahiers du féminisme
Christiane Gilles
Dans la lutte des femmes : le créneau syndical
l'histoire des femmes
— d'une part d'arriver à des déviations du terrain de classes, la crainte, qu'à prendre en compte des revendications sur les rapports hommes/femmes dans la famille, la société, certaines femmes s'en-grouffent sur ce terrain, sans liaison avec les intérêts de classe que l'organisation défend ;
— et d'autre part, il y a une certaine crainte à prendre de front la lutte contre toutes les conceptions traditionnalistes qui existent dans la classe ouvrière, qui sont très pesantes et que nous ne devons las nier ! (...)
Par exemple, il y a plusieurs années que nous avons modifié dans les chartes revendicatives, le mot d'ordre sur le paiement des journées pour les enfants malades. C'est vrai que nous l'avions d'abord mis en avant pour les femmes. Et ce sont les femmes qui se sont battues dans l'entreprise pour l'obtenir. Mais aujourd'hui, nous le revendiquons pour les hommes et pour les femmes. C'est tout à fait juste, parce qu'ainsi, cela fait avancer notre conception du rôle des femmes dans la famille. Ceci dit, dans la pratique, nous savons bien que se sont encore les femmes qui s'absenteront le plus pour soigner les enfants malades. Mais en l'avançant, nous encourageons aussi les hommes qui veulent s'arrêter, pour soigner leur enfant malade, à le faire. (...)
Sur les revendications traditionnelles, telles les augmentations de salaire, l'égalité des salaires, etc. la tendance est de vouloir les faire communes aux hommes et aux femmes, sans pour autant nier le rôle que peuvent jouer les travailleuses comme fer de lance de la bataille autour de certaines de ces revendications.
Par exemple, je me casse la tête pour définir des modalités d'action, pour les prochains mois, sur la défense de l'emploi féminin parce que je sens qu'il y a nécessité d’une lutte spécifique des femmes sur cette question.
L'emploi des femmes est de plus en plus compromis, sans oublier toutes celles dont l'emploi n'est pas directement menacé, mais qui s'interrogent sur la durée de leur temps de travail et qui mettent, très fort, en avant les revendications comme la réduction de l'âge de la retraite.
Nous avons là un problème et une contradiction :
— nous ne sommes pas encore au point sur ces revendications ;
— et d'autre part, nous nous heurtons à cette réflexion : « La réduction du temps de travail, c'est valable pour tout le monde, alors pourquoi demander plus aux femmes de se mobiliser et d'agir sur cette question ? » (...)
L'élargissement des revendications CGT
Mais je crois que le point que nous avons quand même franchi, c'est l'élargissement de nos revendications. Et ça n'a pas été vrai que pour les femmes dans la CGT. Sur l'enseignement, la CGT n'a pas une position confédérale, elle se reposait sur ses syndicats d'enseignants — qui sont en nombre limité puisque la majorité des enseignants sont à la FEN — pour élaborer sa politique. Jusqu'à ce qu'il y ait ces affaires de comités de soldats, la position de la CGT dans l'armée et le contingent était en termes revendicatifs limitée ; nous avons été obligés de prendre une position plus globale. Cela nous a d'ailleurs permis de bien voir, dans un sens, qu'il fallait aussi s'occuper des questions hors entreprises, d'autant plus qu'elles avaient des répercutions dans l'entreprises.
Cela peut paraître aberrant de découvrir aujourd'hui seulement et pour beaucoup de camarades, que la surexploitation des femmes reposait sur l'infériorité des femmes dans la société et que donc nous pouvions lui donner une dimension de classe.
A propos des question de viols et de femmes battues :
— sur la question des femmes battues, nous n'avons pas encore de revendication, si ce n'est de dénoncer le fait. C'est une préoccupation, mais nous n'avons pas de revendication très concrète autre que de demander des possibilités d'accueil pour les femmes battues ;
— sur le viol, nous avons pris position au congrès confédéral dernier et c'est une avancée bien entendu !
— sur la contraception, cela a été dur à venir, parce que pesait sur nous une sorte d'interdiction d'aborder des problèmes de société qui n'était pas en relation directe avec le travail. Je crois que ce qui nous a aidés d'ailleurs à prendre position sur la contraception, c'est qu'il y avait des actions sur l'avortement dans le pays. La crainte et le choc qu'elles provoquèrent sur l'opinion publique a facilité la prise de position collective sur la contraception, puis sur l'avortement.
La conception féministe : un mouvement irréversible
Des camarades se demandaient si la pensée et la conception féministe dans la CGT était très minoritaire, moyennement minoritaire, ou si elle commençait à devenir majoritaire. Le débat a été tranché par cette réflexion : <r Peu importe qu’elle soit petitement ou largement minoritaire, l'important c'est de savoir que c'est un mouvement irréversible. » Nous avons donc à le prendre en compte, à ne pas chercher une position médiane, mais à nous exprimer de la manière que nous considérons comme la mieux sur les revendications.
Nous avons une charte revendicative, nous avons des revendications communes avec la CFDT, et il est vrai que les revendications sont quelque chose de vivant et sur lesquelles personne ne peut prétendre être complètement à jour (...).
Les liens avec les mouvements féministes
En ce qui concerne les liens avec les associations féministes, je dois dire que, pour certaines, il y a eu déjà des contacts de pris. Mais pour le moment, dans le mouvement syndical, nous n'en sommes pas encore là.
Il y a ce que nous disons et ce qui n'est pas dit. Je crois que dans le non-dit, il faut observer qu'il n'y a pas eu de positions confédérales qui se déclarent contre les mouvements féministes, et les groupes femmes. Cependant il faut savoir que les pressions étaient fortes pour avoir une position confédérale. Ma position à moi, c'est, quand il existe des groupes dans des entreprises, de juger en fonction de ce qui se passe dans l'entreprise. S'il y a un groupement quelconque qui ait une activité qui détourne les femmes de l'activité syndicale plutôt qu elle ne les y engage, nous avons à prendre notre responsabilité pour dire ce que nous avons à dire. Mais nous devons aussi nous interroger pour savoir si nous-mêmes nous sommes à jour.
Quand on voit l’évolution de ces quelques années, je ne peux pas l ’histoire des femmes dire quelle sera l'évolution exacte des prochaines années, il n'est pas interdit de penser que ces choses-là aussi évolueront.
De longue date pour la défense des intérêts des travailleuses
Jeannette Laot
, , En nous battant pour la défense des intérêts des travailleuses à égalité avec les travailleurs, en remettant en cause les rôles homme/femme dans la société, les rôles prédéterminés des femmes, nous étions amenés à prendre en compte toute la condition féminine qu'il y avait derrière. Nous étions alors obligés de prendre position sur l'avortement et la ontraception. A partir de l'entreprise nous étions amenés à aborder de front tous les problèmes des travailleuses.
Ces problèmes, nous les avions abordés dès les années soixante-soixante-dix (...). Il y avait encore toute une conception de la nature féminine, qui provoqua de nombreux débats sur la question de l'enfance, des rapports parents-enfants. Nous avons sur ces questions des dossiers qui datent de quinze ans et des débats qui ne sont jamais descendus dans l'organisation (...). Nous avons pris position sur l'autonomie de l'enfant par rapport aux parents dans les années 1965-1966, ainsi que sur la sexualité. Nous avions même organisé des sessions de formation sur la sexualité au niveau de nos responsables fédéraux et nationaux. Donc, nous avions déjà traité ces questions à partir d'une approche syndicale.
Les problèmes qui se posent aujourd'hui à la CFDT, c'est justement d'intégrer dans sa pratique de masse toutes ces réflexions antérieures, de les retransmettre aux jeunes militants qui piétinent un petit peu parce qu'ils n'ont pas encore acquis toute l'expérience du mouvement ouvrier et toutes les analyses que peut posséder une organisation de classe et de masse.
Notre problème est de retransmettre aux jeunes militants, mais aussi d'intégrer dans l'analyse que fait la CFDT, la situation des travailleuses dans la société, d'intégrer la condition féminine auprès de nos militants. (...)
Très souvent, ils sont d'accord politiquement, mais quand ils reprennent le débat général, ils font l'impasse sur la condition féminine dans la condition ouvrière. (...) Et si on n'intègre pas la condition féminine, et bien on n'analyse que la moitié de la société française, du fait de la division du travail qui existe entre hommes et femmes. Et quand on n'intègre pas la totalité des données pour analyser la société, cela donne de mauvaises et fausses réponses, cela affaiblit le rapport de classe face aux employeurs.
Des réticences à intégrer les conditions des femmes dans la condition ouvrière
Nous disons qu'il y a de faux débats dans le mouvement ouvrier en France. A la CFDT, il y a des camarades qui disent à la tribune des congrès : « Oui, le problème des femmes c'est important, mais c'est un front secondaire. »
Alors 38 % de la population salariée, qui sont des femmes, sont un front secondaire?
Pourtant, elles sont massivement aux postes d'exécution, elles sont utilisées dans la stratégie patronale pour déstructurer toute la classe ouvrière. Les hors-statuts, les intérimaires, le travail à temps partiel : tout cela ce sont massivement des femmes. Depuis quinze ans, le patronat fait de l'expérimentation sociale sur la main-d'œuvre féminine et, aujourd'hui qu'il est fin prêt, il l'applique à toute la classe ouvrière. Il supprime tous les droits et acquis collectifs obtenus dans le passé par les organisations syndicales et on a laissé faire cela sous prétexte que les femmes étaient des fronts secondaires !
« Le mouvement féministe refuse de poser les problèmes en terme de classe »
Mais aussi parce que le mouvement féministe refuse de poser les problèmes en terme de classe et ne veut poser les problèmes qu'en terme de féminisme. On veut faire une unité d'action illusoire entre les femmes qui ne veulent pas travailler, celles qui ne veulent pas participer à l'action de classe et de masse et les femmes de la classe ouvrière. Bien sûr, je ne dis pas tout le mouvement féministe, je connais, c'est divisé.
Mais il faut bien reconnaître qu'un débat — pourtant central — n'existe pas au sein du mouvement féministe, c'est celui sur la réorganisation de la société sur la base du droit au travail des femmes. Et il faut aller jusqu'au bout de la notion de droit au travail, c'est-à-dire les moyens d'exercer ce droit, l'obligation de travailler — c'est trop souvent qu'il est dit que les femmes doivent pouvoir choisir de ne pas travailler. Mais si nous voulons l'égalité des droits, si nous voulons remettre en cause les rôles prédéterminés des hommes et des femmes dans la société, il faut dire que la société doit être réorganisée avec une répartition du travail entre hommes et femmes totalement autre.
Cela ne se fera pas en 24 heures, mais si nous ne sommes pas clairs sur le sujet, on ne peut ni attaquer les causes ni avancer des revendications communes à toutes les femmes.
Notre problème aujourd'hui à la CFDT, c'est de définir comment mener la bagarre sur le droit à l'emploi des femmes et, en même temps, intégrer la condition féminine dans la condition ouvrière.
Deuxième problème : c'est la place des femmes dans l'organisation. Le fonctionnement de l'organisation résulte de son passé. Ce sont des ouvriers qualifiés qui se sont attelés à sa construction. Et toute l'organisation est bâtie sur leur approche des problèmes et une société un peu dépassée. Aujourd'hui, les choses ne se posent plus de la même façon, mais nos organisations syndicales sont encore structurées comme par le passé. Et du coup, nous avons d'énormes problèmes pour faire pénétrer dans l'organisation, non seulement les femmes, mais aussi des travailleurs. Le discours n'est pas le même, on a des difficultés à rentrer en communication.
Nous avons donc des problèmes extrêmement importants et je dis que le problème des femmes est encore plus difficile parce qu'il traverse tous les secteurs de la classe ouvrière. Elles sont dans les branches industrielles, dans le tertiaire, elles héritent aussi de langages et de réalités différentes. Il n'y a pas les femmes d’un côté et les hommes de l'autre.
Il y a donc un problème des femmes dans les structures syndicales.
Je pense que si les femmes conscientes et les femmes de la l’histoire des femmes classe ouvrière saisissaient bien l'importance qu'il y a à pénétrer dans l'organisation syndicale, à y adhérer de façon massive (...), avec une volonté de se battre contre la surexploitation dans l'entreprise et de participer au coude à coude avec les hommes à la lutte contre le capitalisme, alors nous prendrions très vite notre place dans les structures de l'organisation syndicale...
Marie-Noëlle Thibaut
— (responsable femmes de l'URP-CFDT) Je voudrais répondre à la question : les commissions femmes se coordonnent-elles entre elles ?
Les réalités sont très différentes. Moi je connais celle de la région parisienne où effectivement les commissions femmes se coordonnent entre elles. Ou plus exactement certaines — pas la totalité — se coordonnent entre elles.
Toujours au niveau de la région parisienne, il y a eu une série de rencontres avec les mouvements féministes sur des problèmes précis. Par exemple, nous avons participé à un certain nombre de meetings pour traiter des problèmes d'avortement. Je pense que dans l'année qui va venir, il y aura d'autres contacts qui seront pris. (...)
Je veux également signaler que sur la question du viol dans la région parisienne, il y a eu dernièrement une initiative conjointe entre l’organisation syndicale et des groupes femmes. Il s'agissait d'une travailleuse de Hachette qui vendait des livres à domicile. Elle a été violée par un employé des PTT. Cet employé travaillait dans un grand centre de tri parisien. C'est donc un milieu quasi exclusivement masculin.
Là-dessus, il y a eu un travail de fait par la section syndicale du centre de tri CFDT, de la RP CFDT-PTT. Elles ont rencontré les groupes femmes, discuté avec la femme violée. Un tract a été distribué à l'intérieur des centres de tri.
Cette initiative est une avancée extrêmement importante. Cela signifie que l'organisation#syndicale n'a pas hésité à prendre ses responsabilités, à prendre des risques, dans un milieu profondément hostile au démarrage, un milieu d'hommes qui se sentaient directement mis en cause.
C'est comme ça qu'on avance.
Vincennes : une université en liquidation
Le colloque « Femmes et classe ouvrière », s'est déroulée dans une université particulière : le ministère a prévu en effet d'implanter Paris VIII dès la rentrée prochaine sur le terrain de l'IUT de Saint-Denis, de manière totalement autoritaire ; cette nouvelle implantation n'a qu'un seul objectif : démanteler l'université de Vincennes. La preuve ? le document remis par le ministère au conseil d'université dans lequel on peut constater :
— l'absence du restaurant universitaire ;
— de l'école maternelle;
— de la crèche;
— des terrains de sports ;
— « bref, de tous les éléments liés à la vie sociale des usagers de l'université (1) »; *
— I'« oubli » de certains départements ou filières :
— théâtre ;
— mathématiques ;
— psychanalyse ;
— linguistique ;
— documentaliste ;
— animation socio-culturelle.
Une surface réduite de moitié pour les services administratifs, déjà entassés actuellement à Vincennes.
La suppression de la régie légère, etc.
Au total une surface de 24 000 mètres carrés contre 40 000 que comptent actuellement Paris VIII.
Les intentions ministérielles sont donc claires : « Supprimer certaines disciplines, rendre impossible la vie quotidienne des usagers pour décourager ceux-ci de poursuivre leurs études (I) ».
Tous les usagers sont menacés par ce « déménagement-démantèlement » : les personnels administratifs-tech-niques, du service du nettoyage, dont la plupart est auxiliaire d'université, les enseig-' nants dont plusieurs centaines sont vacataires payés sur heures supplémentaires, les étudiants et parmi eux les plus défavorisés ; les étudiants salariées, non bacheliers, les étrangers nombreux à Vincennes.
Parmi tous ces usagers, de nombreuses usagères, nombreuses dans les catégories les plus vulnérables des personnels, de l'ensemble des personnels. Parmi les étudiantes non bachelières les mères de famille, risquent de faire les frais de ce démantèlement : A Vincennes, en effet, avoir élevé un enfant pendant trois ans ou plus, équivaut à un certificat de travail comme un autre. De nombreuses femmes ont trouvé ainsi à Vincennes, après avoir élevé leurs enfants pendant plusieurs années, un moyen de sortir de la maison, de reprendre des études, des réfléchir sur des questions d'actualité que les concernent directement comme le féminisme (2) par exemple.
Ce démantèlement s'accompagne donc à coup sûr de nombreux licenciements, d'une sélection sociale plus poussée et d'une normalisation des contenus de l'enseignement et des méthodes pédagogiques a-boutissant ainsi à rejeter hors de cette université ceux et celles qui viennent y chercher une bouffée d'air.
Nous ne l'acceptons pas; c'est pourquoi la solidarité et la lutte doivent s'élargir de manière urgente avant les mois d'été. En tant que féministes, cette lutte est aussi la nôtre.
(1) Commentaires du conseil de l'université de Vincennes.
(2) Dans la plupart des départe-njents, des enseignantes ont entamé un travail de réflexion et de recherche sur le féminisme.
Notes
- Christiane Gilles pour la CGT et Jeannette Laot pour la CFDT
- précisent leurs positions