l’histoire des femmes un collogue sur les fem: et la classe ouvrière
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Les femmes sujets de l’histoire, c’est encore un sujet d’études et d'enseignement récent, qui s’est imposé, particulièrement à de nombreuses femmes chercheuses et universitaires, en même temps que surgissait le mouvement féministe.
Les 15, 16 et 17 décembre 1978 s’est tenu à l’université de Vincennes, un colloque sur le thème : « Les femmes et la classe ou -vrière. »
L’initiative en revient aux trois départements d’histoire, de sociologie et de littérature française de l’université de Vincennes.
Madeleine Rébérioux présenta en ces termes la préparation de ce colloque :
« Pour l ’essentiel, les bases de ce colloque sont historiques et sociologiques. Des contacts avec d’autres chercheurs, historiens et sociologues ont abouti à une information précise sur les différentes recherches en cours autour du thème central : les femmes et la classe ouvrière. Dès lors cinq thèmes ont été retenus, et c’est du point de vue des femmes en relation avec la classe ouvrière qu’ils ont été définis :
— les femmes et le travail pendant la Première Guerre mondiale ; l ’inscription politique du féminisme et son rapport à l ’Etat
— les ménagères et la classe ouvrière ;
— les femmes et la déqualification ouvrière ;
— les femmes, la CGT et la CFDT depuis 1945.
Impression de morcellement, qui correspond à la réalité des recherches conduites sur les femmes. Il signifie que nous ne sommes pas encore capables d’avoir une vue unifiante encore sérieuse du thème de notre colloque ».
Nous voulons ici souligner l’importance du travail de recherche engagé et surtout le rôle qu ’il pourra jouer dans la restitution et la formation d’une conscience collective des femmes : une tâche que tous ceux et toutes celles qui travaillent sur l’histoire du mouvement ouvrier se doivent de mettre à Tordre du jour.
Nous n ’avons pas la prétention de rendre compte en détail des matériaux et des débats de ce colloque (1). Nous avons choisi d’insister particulièrement sur un débat d’actualité pour le mouvement féministe: l’évolution des confédérations syndicales depuis 1945 sur la question des femmes, en présentant d’abord les grandes lignes de l’évolution des principales confédérations syndicales et en restituant une partie du débat sur les liens qui peuvent se créer ou Qui se sont créés entre le mouvement féministe et mouvement syndical d’aujourd’hui. En ce qui concerne les autres thèmes nous ne ferons donc que les signaler.
Chacun des thèmes retenus pour ce colloque a fait l'objet d'une demi-journée de présentation et de débats. Deux thèmes nous ont plus particulièrement intéressés : la question du travail des femmes pendant la guerre de 1914-1918 et leur participation à l'industrie de guerre et la question des femmes et la déqualification ouvrière.
En ce qui concerne le premier point, les animateurs et animatrices ont particulièrement mis en évidence comment la guerre a été un moment nodal pour les femmes — participation massive à l'industrie de guerre et pression de l'Etat pour « encourager » cette main-d'œuvre, modification de la famille, modification du rapport des travailleuses à la maternité, les incidences sur la participation active des femmes au mouvement syndical (constitution de sections féminines dans la fédération des Métaux et création d'un Comité intersyndical contre l'exploitation des femmes), etc. (2).
En ce qui concerne la question de la non-qualification des femmes, Danièle Kergoat a repris son analyse de la déqualification des femmes d'un point de vue général (3), analyse qui a été illustrée par l'étude des caractéristiques du travail des femmes dans une branche particulière, l'industrie du Livre.
Anne Conan et Claude Maignan, toutes deux historiennes, présentèrent de manière extrêmement détaillée toute l'évolution du Syndicat du Livre sur l'entrée des femmes dans la profession (4) et les travailleuses de la commission femmes du Livre-CFDT précisèrent, à travers le conflit des clavistes d'Aigle, les termes dans lesquels se posent aujourd'hui la déqualification des femmes dans cette branche.
En ce qui concerne les deux autres thèmes, on peut facilement retrouver les matériaux qui les ont alimentés (5).
— un excellent montage audio-visuel sur la condition et l'organisation des travailleuses de l'industrie de guerre de la région du bassin de la Loire réalisé par Michèle Zan-carini, professeur à Saint-Etienne.
(3) A lire absolument l'article de D.K. Dans « Critique de l'économie politique » n° 5 (nouvelle série) : « Ouvriers = ouvrières ? ».
Notes
- (1) l'ensembe des matériaux et des débats de ce colloque doivent être publiés. Pour tout renseignement : Madeleine Rébérioux, route de la Tourelle 75571 Paris cedex.
- NOTES
- (2) Les matériaux préparatoires à ce débat étaient constitués par :
- ~ 'es procès-verbaux de la fédération des Métaux entre 1914 et 1919 sir la question féminine ;
- des article de la socialiste Rose Fros
- sard qui tenait une rubrique sur le féminisme dans «Germinal », journal socialiste de la région de Belfort ;
- — les articles tirés de la revue patronale sur les incidences du travail des ouvrières de guerre sur leur maternité, qui donna lieu à une virulente polémique ;