1979: Année de l’enfance.
Et la France, comme les pays développes, voit ses taux de natalité et de fécondité dégringoler depuis une quinzaine d’années. Cela suscite partout, dans la presse et parmi ceux qui nous gouvernent, inquiétude, alarme et mesures de sauvetage : « En avant vers le petit troisième à tout prix ! », nous dit Evelyne Sullerot. Pierre Chaunu (éminent universitaire, fondateur de Laissez-les vivre à l’université ) et Debré multiplient articles, livres et libellés nous annonçant la fin de l’Occident et la mort prochaine de la race blanche. Giscard envisage la création d’un Monsieur (ou d’une Madame) Natalité : « Je me propose de confier une mission à une haute personnalité pour rechercher la manière d’améliorer la contribution que les moyens d’information peuvent apporter à la politique familiale. » (Le Monde du 15 décembre 1978.)
Pour nous, les femmes, cette politique nataliste se traduit d’abord par de nouvelles menaces : contre le droit à l’avortement, contre le droit à l’emploi, les incitations douceureuses ou fermes à retourner au foyer, fabriquer de la chair fraîche pour payer demain nos retraites, se multiplient.
Qu’en est -il en fait de la situation démographique en France et en Europe occidentale ?
La baisse du nombre des naissances est -elle réellement dramatique ?
Comment défendre notre droit à une libre maternité ?
Pourquoi faisons -nous moins d’enfants ?
Du début du XVIIe siècle jusqu’au milieu du XVIIIh, la population française reste très stable (1 8 à 20 millions d’habitants), la forte mortalité due à la peste, aux guerres et aux famines équilibrant une forte natalité et empêchant toute progression importante de la population (notamment par la forte surmortalité infantile). Aucune contraception n’est pratiquée en masse pour contrôler l’adaptation de la population aux subsistances, la seule « arme contraceptive » est le recul de l’âge du mariage. Puis, jusqu’à 1820 environ, la population connaît un soudain essor dû à une baisse massive de la mortalité infantile et juvénile (réduction des crises de subsistances et des épidémies) et non à une augmentation de la natalité dont les taux commencent à baisser lentement dès la fin du XVIIIe siècle.
En effet, les pratiques contraceptives se sont répandues dans la population en raison d'une adaptation à la stabilisation de la mortalité, mais aussi des transformations économiques et idéologiques introduites par la Révolution française (en gros, la suppression du droit d’aînesse et le partage égalitaire des biens impliquant un contrôle de la fécondité pour éviter la parcellisation du patrimoine et d'autre part, dès le XVIIIe siècle, le changement du statut de l’enfant avec la découverte de sa valeur affective). Ce contrôle relatif de la fécondité s’exerce évidemment du fait de l’homme (aucune forme de contraception féminine n’étant évidemment connue sinon l'avortement) et sous son contrôle avec le coït interrompu.
Durant les trois derniers quarts du. XIXe siècle et jusque vers 1914 en France, l’essor démographique se ralentit largement du fait de la stabilisation du taux de mortalité et surtout de la baisse massive du taux de natalité, particulièrement après 1 8 50, en raison de la baisse du taux de fécondité, c’est-à-dire du nombre de naissances par femme en âge de procréer.
C’est le triomphe de l’esprit malthusien dans la bourgeoisie du Second Empire et surtout de la
IIIe République qui concentre ses investissements sur un ou deux enfants pour leur permettre de gravir les échelons de l’échelle sociale.
En même temps, le modèle idéologique bourgeois de la famille étroite s’impose peu à peu aux ouvriers et aux paysans qui s’y identifient, bien que le ralentissement de la fécondité soit plus lent en milieu ouvrier car la mortalité infantile et juvénile y est forte durant la révolution industrielle et entraîne le recours aux « naissances de remplacement » pour la compenser.
Le phénomène de baisse de la natalité avec le modèle de la famille de 2 ou au maximum 3 enfants est donc ancien et irréversible (il a commencé plus tôt en France que dans les autres pays européens mais a été ensuite observé dans tous les pays développés), il s’explique par l’urbanisation, l’aspiration à la promotion sociale, l’affaiblissement du sentiment religieux.
La Première Guerre mondiale a entraîné la perte par la France de près de 8 % de sa population (les morts,
ANALYSE : LA POLITIQUE NATALISTE les disparus et le déficit des naissances dû à la guerre).
Une sévère politique nataliste fut mise en œuvre après cette guerre pour repeupler la France :
— vote de la célèbre loi de 1920 sur l’avortement et de la loi interdisant toute propagande en matière de contraception ;
— retour massif et obligatoire des femmes au foyer après qu’elles aient remplacé les hommes dans les usines quand ceux-ci étaient au front.
Cette politique fut d’une inefficacité remarquable : la baisse de la natalité et de la fécondité fut continue entre les deux guerres, accentuée par les effets de la crise économique de 1931-1936 et ceci malgré les appels au secours des gouvernements inquiets d’une France qui se dépeuplait face à l’ennemi allemand qui croissait en nombre.
Au long de cette période, la population n’assurait plus son renouvellement, mais ce phénomène a été compensé par une immigration importante et par la baisse de la mortalité.
Aussi, en 1939, est promulgué le Code de la famille qui met en place un système nataliste :
— extension des allocations familiales (mais suppression de l’allocation au premier enfant) ;
— prêts aux jeunes ménages ruraux ;
— aménagement de la législation successorale et fiscale ;
— lutte contre l’avortement ;
— introduction obligatoire de la démographie dans l’enseignement.
Ces mesures ont été accentuées par le gouvernement de Vichy dont la devise est : « Travail, famille, patrie ».
Mais le « boom démographique »
n’a lieu qu’après la Deuxième Guerre mondiale de 1 946 à 1 964. Il coïncide avec une période de reprise économique et de politique nataliste s’intégrant dans une politique sociale globale mise en place à la Libération :
— le quotient familial en matière de fisc ;
— l’intégration des prestations familiales dans le système général de la Sécurité sociale ;
— le relèvement du taux des allocations ;
— la création de nouvelles prestations (en 1946, le transfert en faveur des familles atteignait 22 % du PNB ; en 1976: 5,9 %).
Dès les années cinquante, les allocations familiales régressent par rapport aux salaires. Mais la natalité reste en hausse pour atteindre un maximum en 1964.
La stagnation démographique en Europe
A cette date, une baisse brutale du nombre des naissances est constatée non seulement en France mais dans l’ensemble des pays européens, baisse qui s’accélère après 1972 en France. Ainsi, les naissances ont diminué de 18 % en France entre 1972 et 1976, de 37 % en RFA de 1966 à 1973, de 16 % en Belgique et de 23 % en Angleterre-Galles entre 1971 et 197 5.
Cette stagnation démographique est indéniable et le taux de remplacement des générations n’est même plus atteint (il faut un taux de descendance finale de 2,1 enfants par femme, alors que ce taux est évalué actuellement à 1,8), même si le phénomène est dramatisé par les adeptes d’une politique nataliste à outrance.
Aussi, dès 1967, le gouvernement français relance-t-il une politique nataliste dont l’inefficacité notoire est illustrée par la chute continue de la courbe des naissances, notamment depuis que la crise économique fait sentir ses effets sur le niveau de vie des travailleurs.
Alors ? Faut-il penser avec Giscard quV une société qui n 'est plus capable d'assurer le remplacement des générations, c’est-à-dire dont l’effectif diminue, est une société condamnée » ? Et doit-on prôner une politique nataliste « de gauche » comme tendrait à le faire le PC ?
Ou faut-il avec certains écologistes adeptes de la croissance zéro ou de la croissance négative prôner un malthusianisme égal dans les pays développés et dans les pays du tiers-monde (cf. l’article de Rudolf Kalman, le Monde du 6 mars 1979)?
Les dessous douteux de l’inquiétude nataliste
Notons d’abord l’attitude ouvertement raciste de nos pamphlétaires natalistes, inquiets devant le « déclin de l’Occident, face à la démographie galopante des Noirs, des Jaunes, des Arabes et autres ” métèques ” » (il faut rappeler que les pays de l’Est sont aussi touchés par la baisse de la fécondité et que, de la même façon, les dirigeants staliniens s’alarment devant la baisse de la natalité des populations msses en URSS quand les autres peuples : Ousbeks, Turkmènes, Caucasiens... continuent de croître).
Ainsi, Michel Debré menace * P°ur tin Grenelle des familles », le Monde) : « Avant la fin du siècle, I équilibre de la Méditerranée sera changé à notre détriment. » Ainsi Pierre Chaunu met l’Occident face à ses « responsabilités » : « Le reflux démographique désordonné du quart riche responsable de la planète constitue la menace la plus grave, la plus tangible qui risque de compromettre des siècles d’accumulation, d’efforts et de progrès. »
On voit là pointer le nez des visées militaristes et impérialistes de la propagande nataliste. Mais ces voix, quoiqu’elles fassent beaucoup de bruits, ne sont pas exactement le discours officiel.
Le discours officiel, il s’illustre dans le rapport présenté par E. Sulle-rot devant le Conseil économique et social, le 10 août 1978, sur la question :
« Le respect de l’autodétermination des personnes, pour ce qui concerne leur vie privée, leur fécondité et la constitution de leur famille doit demeurer la règle. La politique démographique doit se garder de régenter les moeurs et s’abstenir d’imposer une morale implicite autre que l’accueil de la vie.
« Le respect du droit des personnes et la convergence d’évolutions économiques et sociales commandent de permettre aux jeunes filles et aux fem - mes d’accéder à l’éducation, à la formation et à l’activité professionnelle dans des conditions d’équité avec les hommes, sans qu’elles soient pénalisées comme travailleuses, du fait de leur rôle procréateur ou maternel, ni déconsidérées comme mères du fait de leur activité professionnelle. »
Toute aussi nuancée est l’intervention de Mme Simone Veil affirmant récemment que la contraception ne pouvait être rendue responsable de la baisse de la natalité.
Il faut donc constater que deux discours se superposent en permanence.
Un discours libéral qui tient compte de l’évolution des mœurs, des nouvelles sensibilités « féministes », l’autre « rétrograde », celui tenu par Debré, mais aussi par Boulin (ministre du Travail), ou le mensuel Parents qui prennent ouvertement parti pour le retour des femmes au foyer, le salaire maternel, une remise en cause de la libéralisation de l’avortement et la
ANALYSE : LA POLITIQUE NATALISTE contraception, etc.
Contradictions réelles ou divisions des tâches ?
Les deux probablement. Mais dans les faits, ce que l’on peut constater, c’est qu’une propagande nataliste, combinée avec le chômage, le développement du travail à temps partiel, les atteintes aux équipements collectifs et les incitations concrètes, tels le rallongement du congé maternité, le remboursement du traitement de la stérilité à 100 %, etc., ne peuvent avoir qu’un résultat : restreindre les possibilités de choix des femmes. (1)
Les véritables causes de la baisse de la natalité
Or, il s’avère que s’il y a en France quasi-co incidence entre la baisse de la fécondité (réamorcée en 1 964 après le boom de l’après-guerre, mais qui était déjà ancienne comme on l’a vu) et la possibilité enfin donnée aux femmes de contrôler leur maternité (c’est en 1967 que la loi Neuwirth autorisa la contraception pour les femmes majeures, mais ce n’est que dans les années soixante-dix que les moyens contraceptifs féminins se répandent dans toute la population), il n’y a pas relation de cause à effet comme en témoigne la dénatalité de l’entre-deux-guerres.
De même, la libéralisation de l’avortement incriminée par les natalistes n’est pour rien dans la baisse de la natalité car il est reconnu que les avortements clandestins se comptaient en centaines de milliers avant la loi Veil et que celle-ci n’a pas permis de les supprimer totalement puisqu’elle ne garantit pas la liberté totale de l’avortement.
Ainsi, les politiques natalistes répressives, de contrainte, sont totalement inefficaces car elles sont inacceptables pour les femmes qui refusent de s’y plier, parfois au risque de leur vie (avortement) ou en sacrifiant leur plaisir.
Quant aux politiques natalistes d’incitation, elles ne sont efficaces que quand elles sont assumées jusqu’au bout et donc coûtent cher. Actuellement, le gouvernement français n’est pas prêt à assumer leur coût de façon cohérente. Ainsi, certes les Allocations familiales ont été augmentées (après une baisse relative très importante de 1946 à 1976). Giscard promet 1 000 F mensuels pour la majorité des familles de trois enfants au 1er juillet 1979 et veut proposer un projet de loi instituant un revenu minimum de 3 500 F par mois pour les familles d’au moins trois enfants (a-t-il essayé de faire vivre sa famille avec cela ?), mais cela reste dérisoire. Quand les places en crèche n’existent que dans la proportion d’une pour 57 enfants, et à quel prix, quand les fournitures scolaires restent largement aux frais des familles, quand les écoles ferment et que les classes sont de plus en plus surchargées, quand les logements sont si difficiles à trouver et si chers, quand les parents cumulent des semaines de travail de plus de quarante heures, des temps de transport épuisants, des tâches ménagères écrasantes : quand les enfants doivent supporter un monde où rien n’est fait pour eux, ni l’espace urbain (les terrains vagues comme terrains de jeux, les cloisons d’immeubles en carton : « Fais pas de bruit, les voisins vont gueuler ! »), ni l’école, lieu de dressage, un monde où ils n’existent que comme consommateurs et téléspectateurs : comment s’étonner de ce que les femmes n’aient pas pour principal désir de « repeupler la France » ?
Le véritable droit de choisir
Dans ces conditions, il est juste de constater que le droit de choisir n’est pas pleinement donné aux femmes actuellement et que ce régime est pleinement responsable de la dénatalité qu’il dénonce par ailleurs. Le droit de choisir librement sa maternité que nous revendiquons, c’est, outre la contraception et l’avortement libres et gratuits pour toutes les femmes sans exception, la possibilité pour les femmes qui veulent des enfants de les avoir sans sacrifier leur niveau de vie, leur travail ou leur liberté.
Or, ce n’est pas le cas actuellement, les chiffres en témoignent. Une enquête faite par l’Institut national d'études démographiques montre que parmi les femmes déjà mères, interrogées en 1 974 et qui désiraient un autre enfant dans les trois ans, moins de la moitié ont eu cet enfant souhaité et plus du tiers ont remis en cause ce projet d’enfant supplémentaire, trois ans après. Cette non-concordance entre le désir d’enfant et sa réalisation étant plus importante dans la classe ouvrière. Ainsi, les conditions n’existent pas aujourd’hui pour que les femmes aient le nombre d’enfants qu’elles considèrent comme idéal, nombre que toutes les enquêtes s’accordent à reconnaître plus fort que le nombre d’enfants effectivement nés.
L’aspect économique est donc important pour expliquer la baisse de la natalité (dans un sondage réalisé par l’hebdomadaire Parents , 49 % des interrogés accusaient la crise économique comme cause de la dénatalité contre 19 %, les moyens contraceptifs). Les enfants représentent un sacrifice financier malgré les aides familiales.
En effet, d’après le directeur de l’INED : « C’est seulement dans la~zo-ne de très bas revenus et à condition que l’épouse n’exerce pas de profession que le niveau de vie d’une famille est sensiblement indépendant de son nombre d’enfants. Par exemple, pour des couples de salariés dont les salaires mensuels, lorsque les deux conjoints travaillent, s’élèvent à 3 000 F chacun, l’écart de niveau de vie entre ceix qui ont trois enfants et ceux qui non * pas d’enfants est de l’ordre de 40 '/i si l’épouse exerce sa profession et de . ’ordre de 55 % si l’épouse renonce à exercer sa projession. » (Cahiers français n° 184, janvier-février 1978.)
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ANALYSE : LA POLITIQUE NATALISTE
Ainsi, le choix de l’enfant représente un sacrifice matériel pour un investissement affectif que les femmes sont pourtant plus nombreuses qu’autrefois à souhaiter (le nombre de femmes qui a eu une descendance finale d’aucun enfant n’a cessé de diminuer jusqu'à atteindre quasiment le pourcentage des couples stériles). Ce sacrifice est inadmissible, de même qu’est inadmissible le sacrifice de la vie sociale des femmes à travers un retour imposé au foyer, même agrémenté d’un salaire maternel comme hameçon.
Contre le salaire maternel
Si des femmes envisagent la perspective du salaire maternel avec envie, c’est qu’elles connaissent la difficulté actuelle de concilier l’éducation des enfants et le travail professionnel pour un salaire de misère et — sacrifice pour sacrifice — peuvent préférer qu’on les paie au foyer pour éviter la double journée de travail, en sacrifiant leur vie sociale.
Actuellement, c’est l’unique « solution » qu’envisagent des femmes car le gouvernement en fait luire le mirage sans se décider à faire le pas, vu le coût de cette mesure. Cette solution est autant une impasse que toutes les « facilités » accordées aux femmes pour leur permettre d’aménager la double journée et qui ont pu séduire un temps, mais dont les travailleuses découvrent ensuite les pièges : mi-temps, mercredis libres non payés, horaires variables, congé parental non rémunéré d’une durée de deux ans.
« Facilités » qui n’ont pour fonction que de masquer le chômage et qui permettent de reconduire en douceur les femmes au foyer pour dégager le marché du travail et ce sans rien débourser, solutions qui divisent travailleuses et travailleurs en faisant des femmes des salariées de seconde zone qui ont des « faveurs », mais ne peuvent être considérées comme travailleuses à part entière, « solutions » qui continuent comme au XIX* siècle à considérer le salaire de la femme comme un salaire d’appoint et non comme la rémunération de son travail.
Le salaire maternel pour les femmes de trois enfants, proposé par certains pour réduire la baisse de la natalité, n'est pas le moyen d'une véritable liberté de choix entre une activité professionnelle et l'éducation des enfants au foyer ; il est le moyen de l’exclusion des femmes du monde du travail, de leur marginalisation sociale ; il est la justification du chômage, des semaines de travail de plus de quarante heures pour les « actifs », du refus de prendre en charge socialement l’éducation des enfants.
Nous refusons les objectifs natalistes
Pour nous, et quel que soit l’état démographique du pays, nous refusons que des objectifs natalistes (ou de dénatalité) soient assignés impérativement à la société. Une France de 46 millions de Français en 202 > (résultat des calculs de l’INED dans l’hypothèse de fécondité la plus basse : 1 ,4 enfant de descendance finale par femme) ne nous alarme pas.
La procréation est affaire de choix individuel de la femme ou du couple et rien ne pourra faire revenir en arrière après la révolution contraceptive qui a donné aux femmes les moyens de dissocier sexualité et procréation.
Nous dénions même à une société socialiste le droit d’imposer à ses membres le nombre d’enfants qu’ils doivent faire. L’économie doit s’adapter aux résultats démographiques, produits par l’addition des choix individuels (on peut espérer qu’une société socialiste où l’avenir ne sera pas embrumé d’angoisses, de peur du chômage, de la guerre, de l’ennui, éprouvera le besoin de se prolonger sans intervention dirigiste).
Dès aujourd’hui, pour que le libre choix de la maternité soit possible, nous devons exiger avant tout une baisse massive du temps de travail qui permette aux femmes et aux hommes d’élever leurs enfants quand ils en désirent, sans se couper du monde du travail. Nous refusons toute politique nataliste et en termes économiques (primes aux naissances des troisième ou quatrième enfants, mesures favorisant les familles nombreuses) et en terme idéologique (valorisation de la femme-mère). Nous exigeons pour chaque enfant, dès le premier, une aide de l’Etat pour couvrir les dépenses qu’il crée dans la famille, y compris pour les immigré(e)s évidemment.
De même, les moyens de prise en charge sociale des enfants doivent être démultipliés : crèches, maternelles, écoles aux effectifs allégés, gratuité des fournitures scolaires, équipements collectifs pour la jeunesse, esoaces verts, etc.
Et pourquoi faut-il, pour vivre avec des enfants, faire ses enfants ?
Aujourd’hui seuls les parents, les enseignant(e)s, les éducateurs et éducatrices, les employées de crèches peuvent vivre avec des jeunes enfants ! En revanche, ils doivent en avoir la charge en permanence.
Une nouvelle fois, l’organisation de la vie sociale fondée sur le cloisonnement des cellules familiales et la défense de la propriété sont en cause. Ne peut-on imaginer, dans une société organisée pour la satisfaction des besoins de tous et toutes, et non pour le profit de quelques-uns, un mode de vie collectif où pourraient se développer des relations multiples entre la communauté des enfants et celle des adultes sans que cela s’opère sur le mode de l’abandon dans une collectivité anonyme ou de la propriété exclusive ?
Notes
- (1) Nous ne contestons pas le bien-fondé de l’allongement à 1 6 semaines du congé maternité, ni le remboursement à 100 % des soins de la stérilité, mais quand l’avortement n’est toujours pas remboursé, ou qu’il n’y a aucun crédit pour développer les crèches collectives, etc. ces mesures ont une signification évidente !